Orgie

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Illustration d'une orgie par Édouard-Henri Avril

Une orgie est une réunion où l'on se livre à toutes sortes d'excès. L'étymologie se réfère aux fêtes organisées dans la Grèce antique en l'honneur de Dionysos. C'est à partir du XVIIe siècle que le terme détient une connotation sexuelle ; on emploie aussi le terme d'orgie pour donner une image de profusion ou d'excès : orgie de couleurs, orgie de lumière. Ce terme évoque par ailleurs une frénésie sexuelle couplée d'une profusion alimentaire, faisant partie de ces jeux de l'excès ayant pour but l'exaltation collective.

Dans l'Antiquité grecque et romaine, des orgies étaient pratiquées au moment de certaines fêtes religieuses, comme les bacchanales et les saturnales.

Aujourd'hui, le mot orgie a pris le sens de débauche de toute sorte et particulièrement : débauche de table (par exemple : faire une orgie de foie gras), ou débauche sexuelle dans le cas d'une sexualité de groupe.

Fondement psychobiologique[modifier | modifier le code]

L'homo sapiens est avant tout un être émotionnel, qui évite la souffrance et recherche le plaisir[1].

Chez l'humain, et dès le plus jeune âge, la recherche des plaisirs est la finalité principale de nombreux comportements. Pour chaque modalité sensorielle, on peut donner plusieurs exemples qui montrent l'investissement majeur que l'être humain est prêt à fournir uniquement pour ressentir des plaisirs.

Le système auditif, par exemple, est à l'origine des comportements de recherche des plaisirs liés à l’écoute musicale. L'être humain cherche à produire et à écouter des sonorités qui lui procurent du plaisir. Cette caractéristique « mélomane » est ainsi à l'origine d’inventions et d’innovations culturelles (connaissance musicale, écriture et enseignement spécifiques à la musique, concerts, chants, etc.) ainsi que de nombreuses productions matérielles (instruments de musique, salles de concert, matériel électronique spécialisé, etc.) essentiellement destinées aux plaisirs liés à l'audition.

Le système vestibulaire est à l'origine des activités procurant des plaisirs liés à la variation de vitesse linéaire et angulaire. L'être humain cherche à produire et ressentir des plaisirs liés aux déplacements du corps dans l'espace. Cette caractéristique vestibulaire est à l'origine d'élaborations culturelles (innombrables jeux et sports de glisse, de vitesse et d'acrobatie, manifestations sportives et festives spécifiques…) et de nombreuses productions matérielles (construction d'usines et de magasins spécifiques ; construction de terrains adaptés pour la course, la glisse, les sauts… fabrication de matériels spécifiques : manèges parfois très sophistiqués, balançoires, patins, planches de surf ou à voile, skis, trampolines…) destinées aux plaisirs liés à la vestibuloception.

Par rapport à l'olfaction, l'être humain cherche à produire et à sentir des odeurs qui lui procurent du plaisir. Cette caractéristique olfactive est à l'origine de nombreuses productions matérielles (usines spécifiques, déodorants, parfums…) destinées aux plaisirs liés à l'olfaction.

Quant au goût, associé au système olfactif par la voie rétronasale, il est à l'origine des comportements de recherche des plaisirs liés aux aliments. L'être humain cherche à produire et à déguster de savantes préparations liquides ou solides qui lui procurent du plaisir. Cette caractéristique « gastronomique » est à l'origine de nombreuses élaborations culturelles (connaissances culinaires, arts de la table, pratiques et enseignement spécifiques à la gastronomie…) et de nombreuses productions matérielles (fermes, usines agro-alimentaires, restaurants, ustensiles culinaires…) destinées principalement aux plaisirs des sens chimiques (olfaction et gustation).

Il en va de même pour le système visuel et sa dimension « esthétique », qui est à l'origine d'élaborations culturelles (connaissances artistiques, arts graphiques et enseignement spécifiques aux arts visuels…) et de nombreuses productions matérielles (instruments graphiques et vidéos, galeries d'expositions, appareils holographiques, lasers, matériel pyrotechnique, matériel d'imprimerie…) destinées principalement aux plaisirs liés à la vision.

Enfin la somesthésie est à la base des activités de recherche des plaisirs liés aux stimulations du corps (comportement érotique[2],[3]), et elle est à l'origine d'élaborations culturelles (connaissances corporelles, techniques de massage, érotisme et enseignement spécifiques de la sexualité…) et de nombreuses productions matérielles (saunas, salons de massages, magasins spécialisés, appareils de stimulation corporelle, stimulants pharmacologiques, livres, magazines et vidéos érotiques…) destinées aux plaisirs somatosensoriels.

Article détaillé : Comportement érotique.

Mais la gamme très large des plaisirs ne se limite pas aux plaisirs sensoriels. L'activité sportive, le jeu[4], l'activité intellectuelle (humour, réussite de l'action…) sont également à l'origine de plaisirs spécifiques. L'humour est l'exemple type d'une composante cognitive du plaisir. Enfin, on peut également citer tous les plaisirs provoqués par la prise de certaines substances chimiques (dérivés opioïdes en particulier) qui, par voie sanguine, stimulent directement les centres cérébraux du plaisir.

Par ailleurs, les plaisirs perçus sont rarement spécifiques à un seul système cérébral. La plupart des situations impliquent la perception simultanée de différentes modalités de plaisirs : le plaisir alimentaire correspond en fait à la perception simultanée de plaisirs gustatif, somatosensoriel, et surtout olfactif. De plus, l'être humain cherche le plus possible à combiner différents plaisirs dans une même situation : les mets fins se mêlent à la musique, à la décoration, aux senteurs et à l'ambiance raffinée d'un restaurant gastronomique pour fournir une sensation de plénitude hédonique. Dans cet ordre d’idées, les orgies de l’antiquité combinaient toutes les modalités possibles du plaisir[5].

Selon les époques et les cultures, certains plaisirs sont valorisés, ignorés ou interdits. En ce qui concerne l’occident chrétien, c’est surtout la composante somatosensorielle des plaisirs qui a été mise sous silence avec une sorte d'« interdit du toucher ». La culture occidentale valorise la recherche des plaisirs autres que corporels : l'hédoniste est qualifié d'artiste, d'esthète, de mélomane, de gourmet ou de gastronome raffiné. Par contre, celui qui recherche les plaisirs corporels est encore souvent considéré comme un pervers lubrique, obsédé ou dépravé, se débauchant dans le vice et la luxure. C’est ce que note Maryse Jaspard dans La sexualité en France : « Certes la sexualité s'est échappée du carcan qui l'enserrait… [mais il] existe un grand décalage entre pratiques et représentations : la libéralisation sexuelle apparaît, plus que jamais, comme un des grands mythes du XXe siècle siècle ».

En conclusion, le plaisir est un guide psychique qui permet d'assurer l'homéostasie de l'organisme[6],[7]. La recherche du plaisir, de la combinaison de tous les plaisirs, est « biologiquement normale », et ne pose pas de problèmes ni physiologique ni psychologique tant qu'il n'y a pas d'excès[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine des orgies remonte plus loin que l'Antiquité grecque ou romaine, c'étaient des fêtes religieuses associées à la vie et à la régénération du Cosmos. Dans la vie spirituelle de l'homme archaïque, les orgies étaient pratiquées pour renouveler les forces vives de l'univers comme ils avaient pu le voir intuitivement pour les saisons. Lors de l'avènement de l'agriculture, l'orgie devint une fête des moissons dont les traditions ont traversé le temps : la hiérophanie de l'acte primordiale est repris pour devenir sacré (Mircea Eliade, Traité d'histoire des religions).

Des données historiques (textes, poteries, mosaïques, bas-reliefs…) attestent l'existence des orgies dans la plupart des périodes de l'histoire : l'Antiquité grecque et romaine, le Moyen Âge, la Renaissance, et l'Époque moderne[9].

« Manger, boire, vomir, c'est l'image traditionnelle de l'orgie romaine. Les Romains, à la différence des Grecs, n'ont pas su contenir leurs banquets dans les limites d'un rituel, celui du plaisir et de la volupté sous toutes leurs formes. La cena romaine, c'est la bombance, une certaine image de la Rome impériale, où tout fut toujours démesuré, à l'image même de la cité et de ses habitants[5]. »

« Dans le banquet, les Grecs ont voulu faire la synthèse de tous les plaisirs intellectuels ou physiques qu'ils ont pu concevoir. Soucieux de réduire tout comportement humain à des règles d'harmonie, ils ont “codifié” leurs fêtes pour en faire un enchaînement raisonné de distractions esthétiques, sensuelles ou spirituelles. Craignant par-dessus tout d'être les esclaves de leurs désirs, se méfiant du dévergondage qui relève du domaine de l'ubris [démesure], haïssable pour un Grec, ils rationalisent l'irrationnel et transposent jusque dans leurs bombances la définition élitiste du Kalos Kagathos, le Beau et le Bon[5]. »

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Van Lier, « Plaisir », Encyclopaedia Universalis, version CD-ROM 9.0, 2003.
  2. (en) Anders Agmo, Functional and dysfunctional sexual behavior Elsevier 2007.
  3. (fr) Serge Wunsch, Thèse de doctorat sur le comportement sexuel [PDF] EPHE-Sorbonne, Paris, 2007.
  4. Roger Caillois, Les Jeux et les Hommes, Gallimard, 1957 (ISBN 2070326721).
  5. a, b et c Catherine Salles, Les Bas-fonds de l'Antiquité, Petite Bibliothèque Payot, 2004.
  6. M. Cabanac, « Physiological role of pleasure », Science, 173(2):1103-1107, 1971.
  7. M. Cabanac, « Pleasure: the common currency », Journal of Theoretical Biology, 155(2):173-200, 1992.
  8. Serge Wunsch et Philippe Brenot, « Neurobiology of pleasure », Sexologies, 13(50):17-27, 2004.
  9. Burgo Partridge, A History of orgies, Prion, 2002.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Burgo Partridge, A History of orgies, Prion, 2002

Articles connexes[modifier | modifier le code]