Marguerite Moreno
Marguerite Moreno (Lucie Marie Marguerite Monceau), née à Paris 9e le 15 septembre 1871 et morte à Touzac (Lot) le 14 juillet 1948[1], est une actrice française de théâtre et de cinéma.
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Biographie [modifier]
Fille de Pierre Monceau, professeur de mathématiques, et de Charlotte Lucie Moreno[1], elle étudie en pension à Paris et en Bretagne[2], puis elle entre au Conservatoire de Paris dans la classe de Gustave Worms[2]. Engagée à la Comédie-Française en 1890, elle côtoie sur scène '''Charles Le Bargy''', Mounet-Sully, Julia Bartet, Coquelin cadet, Paul Mounet. Elle est alors « la muse des symbolistes », et la confidente de Stéphane Mallarmé mais pourtant, elle ne parvient pas à le convaincre de monter Hérodiade. C'est elle qui organise en 1898 les funérailles du poète, en l'église et au cimetière de Samoreau près la Seine où il avait une « campagne ». Après avoir été la maîtresse de Catulle Mendès[3], elle épouse en Angleterre, le 12 septembre 1900, l'écrivain Marcel Schwob. Malade, celui-ci meurt en 1905 à l'âge de 37 ans[4].
En 1903, Marguerite Moreno quitte la Comédie-Française et rejoint le Théâtre de Sarah Bernhardt, puis plus tard le Théâtre Antoine. Pendant sept ans, elle dirige à Buenos Aires la section française du Conservatoire[5]. Quand éclate la Grande guerre, elle s'active à l'hôpital militaire de Nice. Elle s'est remariée en 1908 avec l'acteur Jean Daragon[1] mais elle perd son second époux au début des années 1920. Dès 1915, elle découvre le cinéma et, pendant la période du muet, elle joue notamment dans Vingt ans après d'Henri Diamant-Berger où elle campe la reine Anne d'Autriche « sous un maquillage plâtreux, yeux cernés, bouche en cerise[3] » (1922), donne la réplique à Maurice Chevalier dans Gonzague et Le Mauvais garçon du même réalisateur (1923), et figure dans Le Capitaine Fracasse d'Alberto Cavalcanti (1929). Sur les conseils de son amie l'écrivain Colette, elle se tourne vers les rôles comiques[3] et, en 1929, elle remporte un grand succès sur scène dans Le Sexe faible d'Édouard Bourdet ; elle y joue « [...] une vieille comtesse slave qui, pour occuper son ennui, lève et paie les beaux garçons[6]... » (rôle qu'elle reprendra au cinéma dans la version filmée par Robert Siodmak en 1933).
À partir de l'entre-deux-guerres, elle s'installe dans sa propriété du Lot (rénovée pour elle grâce à son cousin Pierre Moreno, un de ses proches, lui aussi comédien et souvent son partenaire[7]), Sa carrière se partage entre théâtre et cinéma et, selon Olivier Barrot et Raymond Chirat, « Moreno accepte tout ce qu’on lui propose. Le rire du spectateur moyen à chacune de ses apparitions lui suffit [8] ». Elle apparait ainsi dans Un trou dans le mur de René Barberis (1930), Tout va très bien madame la marquise de Henry Wulschleger (1936), La Fessée de Pierre Caron (1937) ; mais elle est aussi dirigée, entre autres, par Raymond Bernard (Les Misérables, dans le rôle de la Thénardier, avec Harry Baur et Charles Dullin, 1934), Sacha Guitry (Faisons un rêve, Le Roman d'un tricheur et Le Mot de Cambronne en 1936, Les Perles de la couronne en 1937, Ils étaient neuf célibataires en 1939, Donne-moi tes yeux en 1943), Marcel Pagnol (Regain avec Fernandel en 1937, La Prière aux étoiles en 1941 - film inachevé), Christian-Jaque (Carmen en 1942, Un revenant en 1946 avec Louis Jouvet), ou encore Claude Autant-Lara (Douce en 1943). En 1945, aux côtés de Jouvet, elle triomphe au théâtre dans le rôle d'Aurélie de La Folle de Chaillot, écrit pour elle par Jean Giraudoux. Son dernier film, L'assassin est à l'écoute, sort quelques semaines après sa mort en 1948.
Sa maison La Source bleue à Touzac (Lot) est un magnifique domaine, aujourd'hui transformé en auberge par ses héritiers.
Paul Valéry considérait qu'elle était la seule à savoir dire des vers et l'invitait à en réciter lors de ses cours au Collège de France. Sur elle, Paul Léautaud a écrit : « Ce soir, en écoutant Moreno dans Aricie, je pleurais tout bas… » et « On la trouve laide, on n'est pas laide avec un visage si expressif, si fin en même temps - les yeux, le nez, la bouche sont pleins d'esprit. Elle en a d'ailleurs comme rarement chez une femme. C'est la malice et la satire féminines en personne »[9].
Publications [modifier]
- Une Française en Argentine, Georges Crés, 1914.
- La Statue de sel et le bonhomme de neige : souvenirs de ma vie et quelques autres, Flammarion, 1926.
- Souvenirs de ma vie, préface de Colette, introduction de Robert Kemp, Éditions de Flore, 1948.
Filmographie [modifier]
- 1911 : Un marié qui se fait attendre de Louis J. Gasnier
- 1915 : Debout les morts ! de Henri Pouctal, Léonce Perret et André Heuzé
- 1916 : Paris pendant la guerre de Henri Diamant-Berger
- 1922 : Vingt ans après de Henri Diamant-Berger : la reine Anne d'Autriche
- 1922 : Le Mauvais Garçon de Henri Diamant-Berger
- 1923 : Gonzague de Henri Diamant-Berger : Madame Durand
- 1923 : L'Emprise de Henri Diamant-Berger
- 1923 : L'Accordeur de Henri Diamant-Berger - court métrage, sonorisé en 1933 -
- 1929 : Le Capitaine Fracasse d'Alberto Cavalcanti
- 1930 : Paris la nuit de Henri Diamant-Berger
- 1930 : Paramount on Parade de Charles de Rochefort
- 1930 : A mi-chemin du ciel de Alberto Cavalcanti
- 1930 : Cendrillon de Paris de Jean Hémard
- 1930 : Un trou dans le mur de René Barberis
- 1930 : Chérie de Louis Mercanton
- 1930 : Dans une île perdue de Alberto Cavalcanti
- 1930 : Amies de pension de (anonyme) - court métrage -
- 1930 : Bouton d'avril de (anonyme) - court métrage -
- 1930 : Ce qu'on dit, ce qu'on pense de (anonyme) - court métrage -
- 1930 : Elle veut faire du cinéma de Henry Wulschleger - court métrage -
- 1930 : Cinopolis de José-Maria Castellvi et Francisco Elias, (version espagnole du film précédent)
- 1930 : El mejor es reir de E.W Emo et Florian Rey
- 1930 : Le Sexe fort de (anonyme) - court métrage -
- 1931 : Cordon bleu de Karl Anton
- 1931 : Marions-nous de Louis Mercanton : Mme Marshall
- 1931 : Miche de Jean de Marguenat
- 1931 : Sola de Henri Diamant-Berger : Ellane
- 1931 : Conférence sur la beauté de Louis Mercanton - court métrage -
- 1931 : Un joli succès de Louis Mercanton - court métrage -
- 1931 : La Peur des histoires de (anonyme) - court métrage -
- 1931 : Le Dandy masqué de André E. Chotin - court métrage -
- 1931 : Le Mille pattes de Jean de Marguenat - court métrage -
- 1931 : La Tournée Verdure de André E. Chotin - court métrage -
- 1932 : Le Chasseur de chez Maxim's de Karl Anton
- 1932 : Cognasse de Louis Mercanton
- 1932 : Mon cœur balance de René Guissart
- 1932 : La Poule de René Guissart
- 1932 : Une petite bonne sérieuse de Richard Weisbach et Marguerite Viel - court métrage -
- 1932 : L'agence O'Kay de André E. Chotin - court métrage -
- 1932 : Madame Salamandre, voyante de Jean Marguerite - court métrage -
- 1933 : Rien que des mensonges de Karl Anton
- 1933 : Casanova de René Barberis
- 1933 : Paris Deauville de Jean Delannoy : la duchesse de Latour Lupé
- 1933 : Pour être aimé de Jacques Tourneur
- 1933 : Primerose de René Guissart
- 1933 : Le Sexe faible de Robert Siodmak : la comtesse Polacchi
- 1934 : Les Misérables de Raymond Bernard - tourné en 3 époques : Une tempête sous un crâne, Les Thénardier, Liberté, liberté chérie - La Thénardier
- 1934 : L'Aristo de André Berthomieu
- 1934 : La Reine de Biarritz de Jean Toulout
- 1934 : Voila Montmartre de Roger Capellani
- 1934 : Pierrot mon ami de Jaquelux - court métrage -
- 1935 : Bourrachon de René Guiss
- 1935 : Les dieux s'amusent de Reinhold Schünzel et Albert Valentin
- 1935 : Jim la Houlette de André Berthomieu
- 1935 : Train de Plaisir de Léo Joannon
- 1935 : La Marraine de Charley de Pierre Colombier
- 1935 : Une demi-heure en correctionnelle de Henri Diamant-Berger - court métrage -
- 1936 : Tout va très bien madame la marquise de Henry Wulschleger : la marquise de Ploevic
- 1936 : Le Coupable de Raymond Bernard
- 1936 : Faisons un rêve de Sacha Guitry
- 1936 : Le Roman d'un tricheur de Sacha Guitry
- 1936 : Le Mot de Cambronne de Sacha Guitry - court métrage -
- 1936 : Mes tantes et moi de Yvan Noé
- 1936 : Jeunes filles de Paris de Claude Vermorel
- 1936 : Radio de Maurice Cloche - court métrage -
- 1937 : Boulot aviateur de Maurice de Canonge : Cléopâtre de la Béraudie
- 1937 : Ces dames aux chapeaux verts de Maurice Cloche
- 1937 : Gigolette de Yvan Noé
- 1937 : La Dame de pique de Fedor Ozep
- 1937 : La Fessée de Pierre Caron
- 1937 : Quatre heures du matin de Fernand Rivers
- 1937 : Regain de Marcel Pagnol
- 1937 : Les Perles de la couronne, film de Sacha Guitry et Christian-Jaque, rôle de Catherine de Médicis
- 1938 : L'Accroche-cœur de Pierre Caron
- 1938 : Les femmes collantes de Pierre Caron
- 1938 : Barnabé de Alexander Esway
- 1938 : La Chaleur du sein de Jean Boyer
- 1938 : Eusèbe député d'André Berthomieu
- 1938 : J'étais une aventurière de Raymond Bernard
- 1938 : La Route enchantée de Pierre Caron
- 1938 : Le Danube bleu de Emil-Edwin Reinert
- 1938 : Derrière la façade de Georges Lacombe et Yves Mirande
- 1939 : Ils étaient neuf célibataires de Sacha Guitry
- 1939 : Le Château des quatre obèses d'Yvan Noé
- 1939 : Jeunes filles en détresse de Georg Wilhelm Pabst : rôle de Madame Vuilliard
- 1939 : Ma tante dictateur de René Pujol
- 1939 : En correctionnelle de Marcel Aboulker - court métrage -
- 1940 : Les surprises de la radio de Marcel paul
- 1941 : L'Étrange Suzy de Pierre-Jean Ducis
- 1941 : La Sévillane de André Hugon
- 1941 : La Prière aux étoiles de Marcel Pagnol - Film resté inachevé -
- 1942 : Le Camion blanc de Léo Joannon
- 1942 : Secrets de Pierre Blanchar
- 1942 : Carmen de Christian-Jaque
- 1943 : La Collection Ménard de Bernard Roland
- 1943 : Donne-moi tes yeux de Sacha Guitry
- 1943 : Douce de Claude Autant-Lara
- 1946 : Les Malheurs de Sophie de Jacqueline Audry
- 1946 : L'Idiot de Georges Lampin
- 1946 : Chemins sans loi de Guillaume Radot
- 1946 : Un revenant de Christian-Jaque
- 1947 : Rendez-vous à Paris de Gilles Grangier
- 1947 : L'Éventail de Emil-Edwin Reinert
- 1947 : Les jeux sont faits de Jean Delannoy
- 1948 : L'assassin est à l'écoute de Raoul André
Théâtre [modifier]
- 19 avril 1890 : L'Infidèle de Georges de Porto-Riche, Théâtre d'Application
- 26 septembre 1890 : la reine dans Ruy Blas de Victor Hugo
- 15 mai 1891 : Bertrade dans Grisélidis de Paul-Armand Silvestre et Eugène Morand
- 22 août 1891 : Dona Sol dans Hernani de Victor Hugo
- 27 avril 1892 : Bianca dans Par le glaive de Jean Richepin
- 28 avril 1892 : Zacharie dans Athalie de Racine
- 7 juillet 1892 : Orsola dans Par le glaive de Jean Richepin
- 16 août 1893 : Junie dans Britannicus de Racine
- 26 août 1893 : Armande dans Les Femmes savantes de Molière
- 21 décembre 1893 : Phénice dans Bérénice de Racine
- 21 mai 1894 : sœur Gudule dans Le Voile de Georges Rodenbach
- 1899 : Othello de William Shakespeare, Comédie-Française
- 1899 : La Douceur de croire de Jacques Normand, Comédie-Française
- 1901 : Andromaque de Racine, Comédie-Française - Céphise
- 1903 : Les Phéniciennes de Georges Rivollet, Théâtre antique d'Orange
- 1903 : La Sorcière de Victorien Sardou, Théâtre Sarah-Bernhardt
- 1913 : Le Phalène de Henry Bataille, Théâtre du Vaudeville
- 1920 : Athalie de Racine, Théâtre Sarah-Bernhardt
- 1920 : Le Courrier de Lyon d'Émile Moreau, Paul Siraudin et Alfred Delacour, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
- 1921 : La Bataille de Pierre Frondaie d'après Claude Farrère, mise en scène Firmin Gémier, Théâtre Antoine
- 1922 : La Dernière Nuit de Don Juan d'Edmond Rostand, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
- 1923 : Le Phénix de Maurice Rostand, Théâtre de la Porte-Saint-Martin
- 1927 : Ventôse de Jacques Deval, mise en scène René Rocher, Comédie Caumartin
- 1928 : Le Cercle de William Somerset Maugham, mise en scène Lucien Rozenberg, Théâtre des Ambassadeurs
- 1929 : L'Homme de joie de Paul Géraldy et Robert Spitzer, Théâtre de la Madeleine
- 1929 : Le Train fantôme de Arnold Redley, mise en scène Madeleine Geoffroy, Théâtre de la Madeleine
- 1929 : Dans la rue d'après Street Scene d'Elmer Rice, adaptation Francis Carco, Théâtre de l'Apollo
- 1929 : Le Sexe faible d'Édouard Bourdet, Théâtre de la Michodière
- 1931 : Bluff de Georges Delance, Théâtre des Variétés
- 1933 : Le Cercle de William Somerset Maugham, mise en scène Lucien Rozenberg, Théâtre des Ambassadeurs
- 1934 : La Revue des Variétés revue de Rip, mise en scène Edmond Roze, Théâtre des Variétés
- 1937 : V'la le travail revue de Rip, Théâtre des Nouveautés
- 1945 : La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux, mise en scène Louis Jouvet, Théâtre de l'Athénée
Notes et références [modifier]
- Acte de naissance sur archivesenligne.paris.fr (acte no 1089, image 7)
- Marguerite Moreno, Souvenirs de ma vie, préface de Colette, introduction de Robert Kemp, Éditions de Flore, 1948. Réédité par les Éditions Phébus, 2002
- Olivier Barrot et Raymond Chirat, Noir & Blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1960, Flammarion, 2000 (ISBN 2-08-067877-9), p. 387-390
- Biographie de Marcel Schwob
- Cette période lui inspire un récit romancé, Une Française en Argentine, publié en 1914
- Maurice Martin du Gard, Carte rouge, Ernest Flammarion, 1930 - cité par O. Barrot et R. Chirat, op.cit
- Marguerite Moreno, op.cit, Éditions Phébus, 2002, note de l'éditeur
- O. Barrot et R. Chirat, op.cit
- Paul Léautaud, Journal littéraire, tome I (1893-1906), Mercure de France, 1954 - cité par O. Barrot et R. Chirat, op.cit.
Bibliographie [modifier]
- Raymond Chirat, La Vie de Marguerite Moreno, 1871-1948, Editions du Rocher, 2003
- Raymond Chirat, Olivier Barrot, Les Excentriques du cinéma français : 1929-1958, Henri Veyrier, Paris, 1983 (ISBN 9782851993045)
- Yvan Foucart, Dictionnaire des comédiens français disparus, Éditions cinéma, Mormoiron, 2008, 1185 p. (ISBN 978-2-9531-1390-7)
- François Soustre, Marguerite Moreno, Éditions Séguier, 2009
