Vincent Reynouard

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Vincent Reynouard, né le 18 février 1969[réf. nécessaire], est un militant négationniste[1] français, à la fois intégriste catholique[2] et qui se réclame de l'idéologie nationale-socialiste[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né de parents aisés (Son père était médecin, maire et conseiller général, sa mère médecin)[réf. nécessaire] Vincent Reynouard aurait été, selon-lui-même, séduit par le nazisme dès l'adolescence[4]. Étudiant au début des années 1990 à l'ISMRA à Caen, il y crée une « Association normande pour l’éveil du citoyen » (ANEC) qui diffuse un bulletin, Nouvelle Vision. Il s'y réclame du courant négationniste « post-révisionniste » des héritiers de Robert Faurisson, Alain Guionnet et Olivier Mathieu, courant qui affirme dénoncer, au-delà du prétendu « mythe de la Shoah », l'« emprise juive » sur le monde moderne[5]. Il est un temps exclu du campus pour y avoir distribué des tracts et des autocollants et, dès 1991, fait l'objet de poursuites en justice[6]. Il milite alors également au sein du Parti nationaliste français et européen (PNFE), mouvement néo-nazi radical dont il est brièvement secrétaire général en 1991[7].

Le 8 octobre 1992, la cour d'appel de Caen le condamne à un mois d'emprisonnement avec sursis et à 5 000 francs d'amende pour contestation de l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité (arrêt n° 679), Reynouard ayant, selon la Cour de cassation, « adressé aux vingt-quatre élèves d'un lycée, lauréats du concours Résistance et Déportation, des lettres anonymes auxquelles était annexée la photocopie d'écrits contestant l'existence des chambres à gaz en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale[8] ».

Après ses études d'ingénieur chimiste, il opte pour l'enseignement et réussit en 1994 le concours de professeur de mathématiques ; il est titularisé en 1995, bien qu'entre-temps la Cour de cassation ait rendu définitive sa condamnation pour négation de la Shoah et que de nouvelles poursuites contre lui soient en cours, pour distribution de tracts dans les rues de Caen[6]. Il est suspendu le 20 décembre 1996 puis révoqué de l'Éducation nationale en avril de l'année suivante pour avoir conservé dans un ordinateur de son lycée des documents niant la Shoah et avoir distribué à des élèves un exercice sur les statistiques de mortalité à Dachau inspiré d'un article de Robert Faurisson[9],[10].

Il contribue en 1997 à un opuscule intitulé Le Massacre d'Oradour. Un demi-siècle de mise en scène qui prétend innocenter les Waffen SS du Massacre d'Oradour-sur-Glane ; il réitère avec une cassette vidéo, également interdite en 2001[9]. En juin 2004, la cour d'appel de Limoges le condamne à vingt-quatre mois de prison, dont six ferme, pour apologie de crimes de guerre[11].

Réfugié en Belgique, il crée la branche française de la maison d'édition néonazie de Siegfried Verbeke, « Vrij Historisch Onderzoek » (VHO, « Vision historique objective »)[12]. Ses propres écrits sont notamment diffusés par le mensuel L'aSSaut du groupuscule néonazi du même nom[13]. Il y anime également la revue néonazie Sans concession[14]. Il fonde en 2005 avec Jean-Jacques Stormay sa propre structure « catholique national-socialiste et révisionniste », le « Mouvement de combat Saint-Michel »[15].

Arrêté lors d’un déplacement en France le 10 novembre 2006, Reynouard reçoit le soutien de l'hebdomadaire d'extrême-droite Rivarol[16].

Il est condamné le 8 novembre 2007 à un an de prison et 10 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Saverne (Bas-Rhin) pour contestation de crimes contre l'humanité, pour avoir écrit et fait distribuer la brochure « Holocauste, ce que l'on vous cache » auprès de musées, de syndicats d'initiative et de mairies d'Alsace ; la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), partie civile, obtient 3 000 euros de dommages, et une manufacture d'impression et son président où avait été distribué le document, 150 euros[17]. En juin 2008, il est à nouveau condamné, en compagnie de Siegfried Verbeke, par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour négationnisme[18]. Il vit dans la clandestinité pendant un an. En février 2009, les journalistes d'investigation belges Frédéric Loore et Manuel Abramowicz retrouvent sa trace et publient leur information exclusive sur le site de RésistanceS.be et dans l'hebdomadaire Paris Match[19]. Vincent Reynouard est pour finir arrêté le 9 juillet 2010 puis extradé vers la France où il est finalement incarcéré, à Valenciennes pour purger sa peine[18].

Un comité de soutien et un site web (« csvr.wordpress.com ») sont alors créés avec la participation du groupuscule lyonnais d’extrême-droite Jeune Nation, émanation de l'Œuvre française ; on y trouve notamment Robert Faurisson et sa sœur Yvonne Schleiter qui relaie les messages de Reynouard sur sa liste de diffusion « Bocage »[20]. Jacques Leclerq note qu'« en réalité, cette structure sert avant tout à faire passer les idées de l'intéressé, plus que le défendre ; cela lui permet à nouveau de développer ses thèses ouvertement favorables à Hitler […][21] ».

Le 6 août 2010, l’écrivain Paul-Éric Blanrue lance une « pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard »[22]. Le texte de cette pétition précise qu’il « ne s’agit pas, pour les signataires de cette pétition, de soutenir les idées de Vincent Reynouard mais de défendre son droit à les exprimer »[23]. Cette pétition marque cependant le début de l'engagement négationniste de Paul-Éric Blanrue selon Valérie Igounet[24]. Elle est signée par des personnalités aux opinions politiques diverses, parmi lesquelles le physicien et essayiste Jean Bricmont, le professeur Noam Chomsky[25], mais également le délégué du Front national Bruno Gollnisch[26], des personnalités passées par le FN et l’ayant quitté comme Jean-Yves Le Gallou et Alain Soral, le polémiste Dieudonné[27]. On y trouve également les signatures des négationnistes Robert Faurisson, Pierre Guillaume, Jean Plantin et Bernard Notin. Selon les journalistes Abel Mestre et Caroline Monnot, certains signataires sont des « idiots utiles », parmi lesquels, outre Bricmont et Chomsky déjà cités, l’écrivain et réalisateur Yann Moix (qui retirera sa signature lorsqu’il constatera la présence de négationnistes parmi les signataires), le journaliste et fondateur de RSF Robert Ménard, le journaliste et écrivain Dominique Jamet, et plus à gauche, l’évêque catholique Jacques Gaillot (qui a retiré sa signature), et le journaliste québécois Jean-Guy Allard[27].

Libéré après neuf mois de détention en avril 2011[22], il reste sous contrôle judiciaire et sous le coup d'une procédure pour la diffusion de cédéroms négationnistes en 2009 à cent vingt lycées[28]. Il écrit notamment dans Rivarol[29] et crée en novembre 2011 un site internet négationniste, « phdnm.org » (« Pour une Histoire Débarrassée des Nombreux Mensonges ») qui se présente comme une réponse au site internet PHDN (Pratique de l'Histoire et Dévoiements Négationnistes). Reprenant une tradition de son courant de pensée[30], il propose une somme d'argent (5 000 euros) à celui qui « démontrera au terme d'un débat libre, loyal et courtois que les chambres à gaz homicides hitlériennes ne sont pas un mythe de propagande ».

Négationnisme et intégrisme catholique[modifier | modifier le code]

Vincent Reynouard est très marqué par le catholicisme traditionaliste : il appartient au courant sédévacantiste. Pour Jean-Yves Camus, « l’affaire Reynouard établit des liens entre plusieurs courants de l’intégrisme catholique et le négationnisme » : la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) et le courant sédévacantiste « dont la position sur le génocide nazi est assez clairement négationniste »[31]. C'est « un hybride d’un genre nouveau. Il a un rôle important. La nouveauté par rapport à Faurisson, c’est qu’il fait pénétrer le négationnisme au cœur du catholicisme intégriste[32] ».

Reynouard est d'ailleurs signataire de la pétition en faveur de Richard Williamson en 2009 aux côtés de Jean Plantin et de Robert Faurisson[33].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cet ingénieur de formation, néonazi revendiquant ouvertement ses idéaux, est un enfant précoce du négationisme [sic]. Il s'investit dans la défense et dans la diffusion de la propagande faurissonienne alors qu'il est étudiant. Vincent Reynouard associe son idéologie — le national-socialisme — et sa pratique religieuse — il est catholique intégriste — au négationisme [sic]. » Igounet 2012, p. 310
  2. (en) Jean-Yves Camus, « Holocaust-denial – new Trends of a Pseudo-Scientific Smokescreen of Anti-Semitism », dans Uwe Backes, Patrick Moreau, The Extreme Right in Europe, Vandenhoeck & Ruprecht,‎ 2011 (ISBN 9783525369227), p. 253
  3. Invité d'honneur au banquet des 60 ans et du 3 000e numéro de Rivarol le 21 mai 2011, il y déclare « Vous me traitez de néonazi. Moi, je dis pourquoi néo ? » Cité par Igounet 2012, p. 389
  4. « Vers quatorze ans, j’ai pu contempler les photos du IIIème Reich. J’ai rapidement compris que le vrai socialisme, celui auquel j’aspirais, avait été réalisé par Adolf Hitler. », Vincent Reynouard, « En passant par Fleury-Mérogis », Sans concession, no 30,‎ avril 2007
  5. Chombart de Lauwe 2006, p. 26 ainsi que Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Éditions du Seuil,‎ 2000, 691 p. (ISBN 978-2020354929), p. 548-560
  6. a et b Éric Conan, « Calvados: le révisionniste sans masque », L'Express,‎ 27 février 1997 (lire en ligne)
  7. Jacques Leclercq, Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale de 1945 à nos jours, L'Harmattan,‎ 2008, 698 p. (ISBN 9782296207516), p. 521
  8. Par un arrêt du 26 mai 1994, la Cour de cassation a cassé partiellement, sans renvoi, cet arrêt, en ses seules dispositions relatives à la contrainte par corps, laquelle ne peut être prononcée pour une infraction ayant un caractère politique, les délits de presse étant assimilés aux infractions politiques. Voir Cour de Cassation, Chambre criminelle, « 26 mai 1994, pourvoi n° 92-85638 », sur legifrance.gouv.fr
  9. a et b Chombart de Lauwe 2006, p. 27
  10. « Le prof révisionniste de Honfleur révoqué », Libération, 23 avril 1997.
  11. La Cour de cassation a cassé cet arrêt, les faits reprochés ne constituant pas une apologie de crimes de guerre, mais une contestation de crimes de guerre, laquelle n'est pas réprimée par la loi. Voir Cour de Cassation, Chambre criminelle, « 12 avril 2005, pourvoi n° 04-84.288 », sur legifrance.gouv.fr. Voir également Leclercq 2010, entrée « Vrij Historisch Onderzoek »
  12. Igounet 2012, p. 311
  13. Vick 2006
  14. Leclercq 2010, entrée « Sans Concession » ainsi que Jean-Yves Camus, « Prison ferme pour avoir nié la Shoah », sur resistances.be,‎ 9 novembre 2007
  15. Igounet 2012, p. 311 et Vick 2006
  16. Alexandre Vick, « Rivarol » soutient le négateur-menteur Reynouard, sur resistances.be,‎ 14 décembre 2006
  17. Igounet 2012, p. 382 ainsi que Jean-Yves Camus, « Prison ferme pour avoir nié la Shoah », sur resistances.be,‎ 9 novembre 2007
  18. a et b Leclercq 2010, entrée « Vrij Historisch Onderzoek »
  19. RésistanceS.be et Paris Match ont retrouvé Vincent Reynouard ! RésistanceS.be 11 février 2009 http://www.resistances.be/reynouard06.html
  20. Igounet 2012, p. 311 et 388
  21. Leclercq 2010, entrée « Comité de soutien à Vincent Reynouard »
  22. a et b Igounet 2012, p. 383
  23. Paul-Éric Blanrue, « Pétition pour l’abrogation de la loi Gayssot et la libération de Vincent Reynouard »,‎ 2010 (consulté en 27 août 2012)
  24. Igounet 2012, p. 382-385
  25. Tout en écrivant qu'« [il] ne connait rien à propos de M. Reynouard […] », l'intellectuel américain « considère la loi Gayssot complètement illégitime et contredisant les principes d'une société libre, tels qu'ils ont été compris depuis les Lumières […] Par conséquent, [il] souhaite exprimer [son] soutien à la pétition contre l'application de cette loi dans le cas de M. Reynouard (ou dans tout autre cas) ». Igounet 2012, p. 383
  26. Igounet 2012, p. 383 ainsi que AFP, « Gollnisch affiche son soutien à la libération du négationniste Reynouard », sur lepoint.fr, Le Point,‎ 7 février 2011 et Abel Mestre, Caroline Monnot, « Négationniste et vieilles dentelles: Vincent Reynouard, en fuite, passe la tête au XIIIe forum de la nation », sur droites-extremes.blog.lemonde.fr,‎ 31 décembre 2009.
  27. a et b Abel Mestre, Caroline Monnot, « L’écrivain Yann Moix, la pétition et les négationnistes », sur droites-extremes.blog.lemonde.fr,‎ 1er novembre 2010
  28. Igounet 2012, p. 388
  29. Jacques Leclercq, De la droite décomplexée à la droite subversive : Dictionnaire 2010-2012, L'Harmattan,‎ 2012, 256 p. (ISBN 978-2-296-96809-7), p. 50.
  30. Par exemple, l’Institute for Historical Review avait offert lors de sa première conférence en 1979 une somme de 50 000 $ à qui prouverait que les chambres à gaz homicides avaient existé à Auschwitz ; finalement, l'institut fut condamné à payer 90 000 $ à Mel Mermelstein (en), un rescapé du camp qui avait relevé le défi (la preuve étant un témoignage signé de ses expériences).
  31. Camus 2009
  32. Cité par Arthur Nazaret, « Le négationnisme est son métier », Le Journal du Dimanche,‎ 9 octobre 2010 (lire en ligne). Voir également (en) Jean-Yves Camus, « Holocaust-denial – new Trends of a Pseudo-Scientific Smokescreen of Anti-Semitism », dans Uwe Backes, Patrick Moreau, The Extreme Right in Europe, Vandenhoeck & Ruprecht,‎ 2011 (ISBN 9783525369227), p. 253
  33. Igounet 2012, p. 314