Croix celtique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Croix celtique (Knock, Irlande)

La croix celtique ou croix nimbée est une croix dans laquelle s'inscrit un anneau. Elle est le symbole caractéristique du christianisme celtique. Les branches de la croix dépassent toujours de l'anneau, et sur les représentations les plus détaillées, le cercle est en retrait par rapport à la croix. L'utilisation chrétienne combine une croix latine (croix à jambe inférieure plus longue que les autres) avec le cercle, tandis que les autres utilisations (symboliques, politiques, etc.) sont basées sur une croix régulière (chaque branche de la croix a une longueur identique).

Le nom de croix celtique appliqué au dessin symbolique composé d'un cercle et d'une croix (les branches de la croix dépassant les bords du cercle) tient au fait que l'on trouve couramment des monuments de la sorte dans les cimetières d'Irlande et partout dans la campagne irlandaise. Elle est aussi appelée croix eucharistique dans les milieux catholiques, le cercle symbolisant la Sainte Hostie.

Cette représentation de croix est utilisée pour les hautes croix, populaires en Irlande et dont quelques exemplaires existent en France (Normandie, Limousin, etc.). L'utilisation du cercle semblait initialement destiné à consolider les branches de la croix, avant de devenir un motif décoratif en lui-même.

4 représentations du même symbole, en haut le signaculum domini, puis la croix de Jérusalem, la croix recroisetée et la croix celtique.

Historique des croix[modifier | modifier le code]

Muiredach's High Cross (Monasterboice, Irlande).
Croix la plus ancienne du cimetière et sans doute aussi de toute l'Irlande (Monasterboice, Irlande).
Croix celtique (cimetière du Père-Lachaise).

En Grande-Bretagne et en Irlande[modifier | modifier le code]

Beaucoup de croix en pierre avec un cercle en son centre ont été érigées dès le début du VIIIe siècle en Irlande et sur l'île de Bretagne (aujourd'hui appelée "Grande-Bretagne"). Hormis l'Irlande, on en rencontre donc en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouailles, bien que dans cette dernière région, le modèle de croix diffère généralement, le cercle étant généralement plus large que la croix[1]. Les plus connues sont celles d'Irlande, avec la croix de Kells (comté de Meath) et celle de Monasterboice (comté de Louth), qui est aussi probablement la plus ancienne, même si la date exacte où ces croix ont été érigées n'est pas connue avec précision. La plus vieille croix hors d'Irlande est probablement celle de Bewcastle (Cumberland, aujourd'hui en Angleterre).

En Grande-Bretagne, des croix celtiques continuent d’être érigées jusqu'à la fin du Moyen Âge. La Réforme signe la fin de l'époque des croix celtiques. Une des dernières croix à être mise en place est la croix dite "de MacLean" sur l'île écossaise de Iona ; elle date d'environ 1515.

Dans les années 1850, un mouvement culturel panceltique, le "Celtic Revival" (le Renouveau Celtique) redécouvre et réutilise la forme et la graphie des croix celtiques, notamment en bijouterie et dans les représentations picturales. De cette époque datent les bijoux représentant d'abord des réductions des hautes croix d'Irlande puis des créations en forme de croix celtique mixant les entrelacs traditionnels avec des symboles plus contemporains.

À la fin du XIXe siècle, les croix celtiques commencent à apparaître sur des tombes individuelles, notamment sur celles des émigrants d'origine irlandaise ou écossaise comme signe de reconnaissance de leurs origines. Le même phénomène arrive en Irlande au début du XXe siècle et se développe principalement après la création de l'État d'Irlande dans les années 1920. Le mouvement se répand en Grande-Bretagne où les cimetières regorgent de croix celtiques sur des tombes appartenant à des familles bien britanniques. Bien que plutôt présente dans les églises catholiques, la croix celtique est présente aussi dans certaines églises protestantes, particulièrement celles qui se réfèrent à leur origine irlandaise ou écossaise.

En France[modifier | modifier le code]

En dehors de l'Irlande, des Îles britanniques et des pays où ont émigré leurs habitants, ce dessin de croix est rarement utilisé. Une telle croix culmine, par exemple, sur la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans. On la trouve souvent en Normandie : sur le littoral du pays de Caux (Veules-les-Roses, Saint-Pierre-en-Port, le Tréport, Anglesqueville-la-Bras-Long, etc.), utilisée comme croix sommitale sur le pignon d'une église ou dans un cimetière. Dans le Cotentin, il y a plusieurs exemplaires de cette croix gravés dans des murs d'église ou sur des tombes. On en trouve quelques unes aussi en Bretagne, comme sur l'île de Saint-Cado ou à Lanvallay.

Elle jalonne aussi les chemins et marque certains villages en Limousin et en Angoumois, voire en Auvergne (ex: Chambon-sur-Lac), sans qu'on puisse y associer un quelconque symbolisme celtique. Le cercle semble destiné à consolider les branches de la croix, tout en respectant l'harmonie et la symétrie du dessin de la croix. En Anjou, on retrouve une variante de ce modèle de croix, appelée croix de Saint-Maur au monastère de Glanfeuil[2].

On retrouve ce thème très souvent en gravure sur les pierres tombales, notamment en Cotentin[3].

Historique du terme croix celtique[modifier | modifier le code]

Le qualificatif de « celtique » s'est peu à peu substitué dans la terminologie populaire à celui plus descriptif et plus neutre de « nimbée », voire « cerclée ».

Dans les Îles britanniques, le terme semble utilisé pour la première fois par le mouvement culturel panceltique Celtic Revival dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Ses membres le préféraient au terme plus ancien de "croix irlandaise" parce qu'il associait de fait toutes les communautés celtiques : Irlandais, Écossais, Gallois et Cornouaillais (de Grande-Bretagne).

Le terme mettra du temps à franchir la Manche. En France, Françoise Henry publie en 1932 deux volumes sur La sculpture irlandaise dans les douze premiers siècles de l'ère chrétienne, réédités par les Éditions Zodiaque en 1964 en trois volumes sous le titre L'art irlandais. C'est la première étude sur les premières représentations de ce symbole. L'appellation de « croix celtique » dans les descriptions de ces monuments n'apparaît pas.

Charbonneau-Lassay donne une interprétation du symbolisme de cette croix dans la revue Le Rayonnement intellectuel (1934-39), réédité par Gutenberg reprints en 1986. Il n'utilise pas non plus le terme de « croix celtique ».

Le père Doncœur l'appelait la « croix cadet » et la diffusa chez les ainés du scoutisme catholique. Il semble que le premier usage de la dénomination « croix celtique » apparaisse dans le règlement intérieur des équipes nationales édité en janvier 1944 (les Équipes nationales sont créées pour faire participer les jeunes volontaires à la protection et au secours des populations victimes de la guerre).

Pierre Sidos prend le terme "croix celtique" quand il décrit le symbole en 1947. Depuis le mot s'est imposé en France.

Symbolisme[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas de représentation de la croix celtique, c'est-à-dire avec les branches dépassant le cercle, avant les croix irlandaises chrétiennes. On trouve des symboles antiques de représentation proche (un cercle avec une croix à 4 branches inscrite dans ce cercle, c'est-à-dire que les branches s'arrêtent au cercle) ; ces symboles, appelés roues solaires, apparaissent dès le néolithique (6000 av. J.-C.)[4] et dans des Gravures rupestres de Suède[5]

Un symbole graphiquement semblable a aussi été utilisé dans d'autres traditions non chrétiennes. On le retrouve chez les Indiens des plaines d'Amérique. Il était très couramment utilisé et servait à orienter l'espace avant chaque cérémonie, comme l'explique Élan noir dans Rites secrets des indiens Sioux, Le mail, 1992.

On le retrouve dans l'héraldique japonaise. Sur les blasons (Mon), il représente alors un mors de cheval. La roue solaire est aussi un symbole de la divinité bouddhique Vairocana.

Dans la symbolique chrétienne, la croix cerclée est une représentation du signaculum domini, c'est-à-dire les cinq plaies du Christ en croix. Par extension, c'est aussi une image du cœur qui est d'un symbolisme plus fort que celui du soleil ou du pôle car le cœur ne se contente pas de recevoir mais donne la vie dans un échange constant (les prières des hommes et les grâces de Dieu)[6]. Le symbole est répandu dans l'Église catholique aussi bien pour les sculptures que les vêtements liturgiques ou le culte privé (croix des cimetières, ex-voto). On le retrouve aussi autour de la mer Baltique et en Russie.

Le symbole a été repris par des organisations politiques suite à l'usage qu'en a fait le père Doncœur (1880-1961). Ancien combattant, orateur de la Fédération nationale catholique du général de Castelnau, et fondateur des routiers, il utilisait la croix celtique comme emblème personnel. Elle est reprise par les mouvements scouts puis par les équipes nationales sous le régime du maréchal Pétain. C'est précisément cette représentation qui est adoptée par Pierre Sidos quand il crée le mouvement politique Jeune Nation pour s'opposer au général de Gaulle et à sa croix de Lorraine. La guerre d'Algérie voit le symbole récupéré par d'autres mouvements nationalistes. L'usage politique de la croix celtique va alors se généraliser dans les mouvements d'extrême-droite, avec un graphisme simplifié par rapport aux croix celtiques historiques : un rond barré d'une croix régulière, sans jambage allongé.

La croix celtique en politique[modifier | modifier le code]

Emblème de l'Œuvre française

Années 1940-1950[modifier | modifier le code]

La croix celtique fit son entrée politique en France "écourtée" , c'est-à-dire que toute la partie basse de la croix est supprimée et que celle-ci tient dans un carré. Après la Seconde Guerre mondiale, utilisée comme emblème par les mouvements Jeune Nation puis l'Œuvre française, tous deux animés par Pierre Sidos. Le symbole fut, à partir de cette période, couramment associé à des mouvements d'extrême droite et néofascistes, en France puis dans d'autres pays européens comme l'Italie.

Emblème de Jeune Nation, Ordre Nouveau et autres mouvements néofascistes

Années 1960-1970[modifier | modifier le code]

Cet insigne fut repris par beaucoup de mouvements nationalistes de diverses tendances (catholiques comme païens).

Elle fut surtout utilisée, au début des années 1970, par le mouvement Ordre nouveau, puis, après la dissolution de celui-ci en juin 1973, par les différents mouvements de jeunesses liés au Parti des forces nouvelles comme le Front de la jeunesse ou le Groupe union défense.

Années 1980-2000[modifier | modifier le code]

Un troisième mouvement issu du Parti des forces nouvelles, le Renouveau nationaliste, a également utilisé la croix à partir de 1981.

En revanche, le symbole fut rejeté par les mouvements parlementaires tel le Front national de Jean-Marie Le Pen.

Heraldique[modifier | modifier le code]

La croix celte ou celtique est un meuble peu fréquent, qui n'est toutefois pas synomyme de croix nimbée, laquelle croix est très rare. "Nimbé" se dit d'une figure accompagné d'un disque plein placé derrière la partie haute (la tête s'il s'agit d'un humain ou d'un animal.) Un blason comportant la figuration d'une croix nimbée au sens non héraldique devra donc dans le blasonnement lever l'ambigüité par exemple en utilisant "à la croix nimbée du lieu".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Henry, L'Art irlandais (3 volumes), éd. du Zodiaque, 1964.
  • Thierry Bouzard, La croix celtique, éd. Pardès, collection bibliothèque des symboles, 2006.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. [2]
  3. Frédéric Scuvée, Les croix nimbées du Cotentin in Heimdal n°2, 1971.
  4. Le Cairn du Petit Mont ...la construction du cairn du Petit Mont s'est étalée sur trois millénaires (de 5000 à 2500 ans avant notre ère)...Les deux chambres qui subsistent offrent aux visiteurs un large éventail de gravures courantes au Néolithique, mais aussi des sculptures plus rares représentants une silhouette de déesse et une roue solaire.
  5. Gravures rupestres de Suède ... gravures rupestres de Bohuslän, Tanum, Hallristningar en Suède. Elle ne datent pas de l'époque viking, elles datent de l'âge du bronze scandinave, environ entre 1000 et 500 avant notre ère...Ces gravures sont des représentations mélangeant de très nombreux symboles : des symboles solaires, principalement représentés par des roues solaires...
  6. Ce symbolisme a été mis en évidence par Louis Charbonneau-Lassay, Études de symbolique chrétienne, 2 volumes, Gutenberg reprint, 1986

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :