Archipel des Chagos

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne l'archipel des Chagos en tant qu'entité géographique. Pour l'entité administrative, voir Territoire britannique de l'océan Indien.
Archipel des Chagos
Chagos Archipelago (en)
Carte de l'archipel des Chagos.
Carte de l'archipel des Chagos.
Géographie
Pays Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Revendication par Drapeau de Maurice Maurice
Localisation Océan Indien
Coordonnées 6° S 72° E / -6, 726° S 72° E / -6, 72  
Superficie 60 km2
Côtes 698 km
Nombre d'îles 55
Île(s) principale(s) Diego Garcia, banc Great Chagos, îles Salomon, Peros Banhos, îles Egmont
Point culminant non nommé[1] (15 m sur Diego Garcia)
Géologie Atolls
Administration
Territoire britannique d'outre-mer Territoire britannique de l'océan Indien
Démographie
Population 4 000 hab. (novembre 2004[1])
Densité 66,67 hab./km2
Gentilé Chagossien(ne)s
Plus grande ville Base militaire américano-britannique sur Diego Garcia[1]
Autres informations
Découverte 1512
Fuseau horaire UTC+6

Géolocalisation sur la carte : océan Indien

(Voir situation sur carte : océan Indien)
Archipel des Chagos
Archipel des Chagos
Archipels du Royaume-Uni - Archipels de Maurice

L’archipel des Chagos est un ensemble de cinquante-cinq îles réparties en sept atolls situés dans le centre de l'océan Indien, au sud des Maldives et à l'est des Seychelles. Il est administré par le territoire britannique de l'océan Indien mais il est revendiqué par Maurice. Il est peuplé de Chagossiens du XVIIIe siècle jusqu'au début des années 1970, époque de la construction d'une base militaire américaine sur Diego Garcia, sa plus grande île, et de sa protection en tant que site Ramsar dans la partie orientale de Diego Garcia et réserve naturelle pour le reste de l'archipel. La seule île habitée est celle de Diego Garcia, qui accueille des militaires américains, des fonctionnaires britanniques et des travailleurs sous contrat.

Toponymie[modifier | modifier le code]

L'archipel des Chagos est appelé en anglais Chagos Archipelago. Son nom est parfois rencontré avec l'orthographe « Tchagos », que ce soit en français ou en anglais. Il est appelé Feyhandheebu en divehi, une langue parlée aux Maldives et dans le territoire indien de Lakshadweep, Phehandweep, फेहंद्वीप en hindi et Paeikaana Theevukal, பேகான தீவுகள் en tamoul, une langue parlée au Sri Lanka et dans le Sud de l'Inde.

Son ancien nom colonial est Oil Islands, en français « Îles de l'Huile »[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

L'archipel des Chagos est situé dans le centre de l'océan Indien, au sud du sous-continent indien et à mi-chemin entre les côtes orientales de l'Afrique à l'ouest et l'Indonésie située à l'est[1],[3]. Il est entouré par les Maldives au nord, les Seychelles à l'ouest et les Mascareignes, dont l'île Maurice, au sud-ouest[1].

Relief[modifier | modifier le code]

Plage aux îles Salomon.

L'archipel des Chagos compte six atolls émergés en 55 îles[1],[4], quatre atolls submergés et sept récifs coralliens submergés. Tous ces atolls sont situés au nord ou au sud du banc Great Chagos, le plus grand atoll de l'archipel, sur une zone couvrant 250 kilomètres de longueur pour 150 kilomètres de largeur[4]. La superficie totale de l'archipel est de 54 400 km2, lagons inclus, pour seulement 60 km2 de terres émergées dont 40 km2 rien que pour Diego Garcia[1]. Les îles, d'origine corallienne, ont un relief très peu marqué, majoritairement moins de deux mètres d'altitude[1]. Le point culminant de l'archipel, non nommé, s'élève à quinze mètres d'altitude sur Diego Garcia[1]. Le littoral, essentiellement composé de plages de sable[3], totalise 698 kilomètres de longueur[1]. L'éparpillement des îles confère à l'archipel une zone économique exclusive de 636 600 km2[réf. nécessaire] de superficie, mitoyenne de celle des Maldives au nord[5].

Diego Garcia est l'atoll le plus méridional de l'archipel[1]. Ses terres émergées, la majorité de l'archipel[1], entourent un lagon qui constitue un port naturel pouvant accueillir les plus grands navires du monde[3]. Seul atoll habité de l'archipel des Chagos[4], il abrite une base militaire américaine comportant, outre le port dans le lagon, un aéroport et quelques routes reliant les différents bâtiments militaires, d'habitation et techniques[1],[3].

Carte de l'archipel des Chagos.

Les îles isolées, atolls et récifs qui composent l'archipel sont, du nord au sud :

Géologie[modifier | modifier le code]

L'archipel des Chagos repose sur un plateau sous-marin d'une superficie de 20 607 km2[réf. nécessaire] formé il y a 45 millions d'années[6]. Celui-ci constitue l'extrémité méridionale de la ride Chagos-Laquedives, une chaîne de montagnes sous-marines de l'océan Indien qui émerge pour former les archipels des Laquedives, des Maldives et des Chagos[6]. Cette chaîne de montagnes s'est formée par le point chaud de La Réunion lors de la remontée du sous-continent indien en direction de l'Asie à travers l'océan Indien[6].

Les îles et atolls de l'archipel sont toutes d'origine corallienne[3],[6].

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat de l'archipel des Chagos est tropical, caractérisé par la douceur de ses températures et son humidité modérées par les alizés[1],[3]. Les cyclones y sont inexistants du fait de sa proximité avec l'équateur[1].

Faune[modifier | modifier le code]

Ctenella, une espèce de corail cerveau endémique de l'archipel des Chagos.

De par sa nature et sa topographie, l'archipel des Chagos abrite une faune essentiellement marine[6]. Le principal biome est constitué par les récifs coralliens constituant les atolls[6]. Ceux-ci ont été construits par 220 espèces de coraux[6]. Ils apportent un abri et une source de nourriture pour plus de 1 000 espèces de poissons ainsi qu'un site de reproduction sûr pour plusieurs espèces de requins, de tortues marines, de dauphins, de crabes[6].

Plusieurs espèces d'oiseaux nidifient sur les îles de l'archipel des Chagos[6].

Flore[modifier | modifier le code]

La flore de l'archipel des Chagos est constituée d'une végétation tropicale[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Découverte de l'île et colonisation[modifier | modifier le code]

Bas-relief du temple de Borobudur (VIIIe siècle) dans le centre de Java en Indonésie, montrant un bateau à balancier typique de la technologie navale austronésienne
Plantation en ruine sur Diego Garcia en 1970.

Des simulations sur ordinateur de la navigation entre l'Indonésie et Madagascar permettent de comprendre les itinéraires possibles qui ont amené à la colonisation de Madagascar par des Austronésiens à partir du début de notre ère. Outre les Maldives, les Chagos étaient une escale probable sur la route de Madagascar, aussi bien depuis Sumatra que depuis le sud de l'Inde et Sri Lanka, où des marins et marchands javanais et malais se rendaient pour le commerce[7].

Les habitants des Maldives connaissaient les Chagos[8]. L'archipel est peut-être découvert en 1512 par Pedro de Mascarenhas qui en prend possession au nom du Portugal[2]. D'abord appelé Ilha de Dom Garcia, Diego Garcia apparait avec l'orthographe actuelle sur une carte datant de 1559[2]. Néanmoins, ce n'est qu'avec l'arrivée des Français dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle que l'archipel commence à être occupé de façon permanente. L'archipel est alors réclamé, alternativement, par la France et le Royaume-Uni : le 23 septembre 1721 lorsqu'il est intégré à la colonie française de l'Île-de-France, actuelle île Maurice; en janvier 1745, avec le premier débarquement britannique; en 1768, lorsque le capitaine français Nicolas Thomas Marion-Dufresne y met pied à terre; en 1785, avec le début de la colonisation française; le 27 avril 1786, lorsque le Royaume-Uni réclame l'archipel; en 1786, avec l'annexion officielle par la France; enfin, le 17 mai 1810, lorsqu'il est intégré à la colonie britannique des Seychelles[2].

Finalement, les Britanniques en prennent formellement possession avec le traité de Paris du 30 mai 1814 à l'issue des guerres napoléoniennes[2],[3],[6]. L'archipel est alors intégré à la colonie des Seychelles sous le nom d'Oil Islands puis passe dans le cadre de la colonie de Maurice le 31 août 1903[2]. L'intérêt économique de l'archipel se résume alors au coprah extrait des cocoteraies où travaillent des esclaves amenés sur les îles par les Français[6]. Des scientifiques s'intéressent aussi à l'archipel si bien que Charles Darwin s'appuiera sur certains de leurs travaux sur les coraux pour élaborer sa théorie de l'évolution des espèces à la fin du XIXe siècle[6].

Territoire britannique d'outre-mer[modifier | modifier le code]

Vue aérienne d'une partie de la base militaire américaine de Diego Garcia montrant le porte-avion USS Saratoga accosté dans le port en 1985.

À l'occasion de l'indépendance de la colonie britannique de Maurice, l'archipel des Chagos en est détaché le 8 novembre 1965 pour constituer le territoire britannique de l'océan Indien, un territoire britannique d'outre-mer[1],[2],[3],[6]. Cette scission de territoire fait suite à un accord du conseil des ministres de Maurice qui reçoit d'importantes subventions en dédommagement[6]. Entre le 17 juillet 1966 et 1973, les Chagossiens, les habitants autochtones de l'archipel, sont intégralement expulsés et déportés vers Maurice et les Seychelles[1],[2],[3]. Dans le cadre de cette déportation, le gouvernement britannique crée une caisse suite à des négociations menées entre 1971 et 1982 afin de les aider financièrement à s'installer dans leurs nouveaux pays[1]. Cette déportation est motivée par la construction d'une base militaire britannique et ouverte aux Américains[2]. Autorisée le 30 décembre 1966, la base est ouverte le 1er octobre 1977 après le rachat de toutes les terres le 3 avril 1967[2].

C'est dans ce contexte que les Chagossiens se lancent à partir de 1998 dans une série de recours en justice à l'encontre du gouvernement britannique[1]. Leurs revendications portent sur un meilleur dédommagement de leur expulsion, le droit de pouvoir retourner vivre dans l'archipel et l'obtention de la nationalité britannique lors d'une demande formulée en 2001[1],[2]. La politique d'immigration inscrite en 2004 dans la constitution du territoire britannique de l'océan Indien est invalidée en 2006 et 2007 par la cour d'appel britannique[1],[2]. Mais dans le même temps, cette cour d'appel confirme le statut militaire et extraordinaire de Diego Garcia[1]. Quelques Chagossiens ont la possibilité de retourner en visite dans l'archipel en avril 2006[1]. Finalement, les Chagossiens sont déboutés le 22 octobre 2008 lorsque la chambre des Lords, le dernier recours en appel dans le système judiciaire britannique, entérine la situation et ne laisse aucune possibilité de retour pour les Chagossiens[1],[2].

Présence et activités humaines[modifier | modifier le code]

Démographie[modifier | modifier le code]

À l'origine, l'archipel des Chagos est peuplé de Chagossiens, un peuple cultivateur[1],[3] issu du métissage de populations africaines et indiennes[réf. nécessaire]. Ces populations y sont amenées par la France, puissance coloniale de l'époque, au cours du XIXe siècle pour y servir de main-d'œuvre[réf. nécessaire]. Ils sont entre 800 et 1 500 sur Diego Garcia, les îles Salomon et Peros Banhos lorsqu'ils sont déportés vers les Seychelles et Maurice entre 1966 et 1973[1],[3]. Depuis le départ des derniers Chagossiens, les seuls occupants de l'archipel se trouvent sur Diego Garcia[1]. Ce sont des militaires britanniques et américains ainsi que des employés britanniques, américains, mauriciens et philippins dont l'effectif s'élevait à environ 4 000 personnes en novembre 2004[1].

Administration et politique[modifier | modifier le code]

Vue des bureaux de la police du territoire britannique de l'océan Indien sur Diego Garcia.

L'archipel des Chagos est intégralement inclus dans le territoire britannique de l'océan Indien, en anglais British Indian Ocean territory abrégé en BIOT, un territoire britannique d'outre-mer[1]. Dans le cas de l'archipel des Chagos, les entités géographiques et administratives se superposent totalement[1].

Les installations de la base militaire britannique située sur Diego Garcia sont louées à l'armée américaine dans le cadre d'un bail se terminant en 2016[1]. Toutefois, la défense et la sécurité intérieure du territoire sont assurées par la Royal Overseas Police Officers[1],[3].

Jusqu'alors intégrée à la colonie britannique de Maurice, l'archipel des Chagos en est détaché en 1965 avec l'indépendance de ce pays[1]. Toutefois, Maurice réclame la souveraineté de l'archipel[2],[3].

Les îles ne sont pas ouvertes au tourisme, et sont considérées comme une zone militaire Américaine. L'accès aux îles est très réglementé; et elles sont surveillées par radars, qui signalent les approches de bateaux ou avions. La zone est très sensible, et stratégique : depuis les attentats du 11 Septembre 2001, la base Américaine est un lieu privilégié d'observation du moyen-Orient, de la corne de l'Afrique, et de l'Asie du sud, ou des actions militaires de l'armée Américaine sont diligentées.

Économie[modifier | modifier le code]

Les ressources naturelles de l'archipel des Chagos sont le coprah issu des cocoteraies, le sucre de canne et la pêche[1],[3]. Toutefois, seules les ressources halieutiques sont exploitées par la vente de licences de pêche, les terres cultivées et les industries étant inexistantes dans l'archipel[1]. Une autre source de revenus est constituée de la vente de timbres postaux[1], le territoire britannique de l'océan Indien possédant sa propre administration postale détachée de celle du Royaume-Uni[9].

Les occupants de l'archipel disposent du téléphone, d'internet, y compris d'un domaine de premier niveau .io, d'une chaîne de télévision et utilisent le dollar américain[1] et la livre sterling comme monnaie[2].

Protection[modifier | modifier le code]

Étude d'un récif corallien de l'archipel des Chagos par un plongeur.

L'archipel des Chagos abrite le plus grand atoll au monde dont le récif corallien est en totalité sain[6]. Celui-ci est constitué de 220 espèces de corail qui constituent un refuge et une source de nourriture pour plus de 1 000 espèces de poissons[6]. Pour ces raisons et depuis le 1er avril 2010, l'intégralité de l'archipel des Chagos est classé en réserve naturelle et quelques îles sont classées en réserve naturelle stricte ce qui interdit formellement leur accès et leur approche sans autorisation[10]. De plus, la partie orientale de Diego Garcia et de ses fonds sous-marins qui n'est pas dévolue aux activités de la base militaire américaine constitue un site Ramsar[11],[12],[13]. D'autres mesures de protection sont à l'étude comme l'interdiction totale de la pêche et un programme de protection des requins[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v, w, x, y, z, aa, ab, ac, ad, ae, af, ag, ah, ai, aj et ak (en) « The World Factbook - British Indian Ocean Territory » (consulté le 22 janvier 2010)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (en) « World Statesmen - British Indian Ocean Territory » (consulté le 22 janvier 2010)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Nauvel 2007, p. 1 à 7 - introduction
  4. a, b et c (en) « Chagos Conservation Trust - About CCT »
  5. (en) Marine conservation in the British Indian Ocean Territory (BIOT) : science issues and opportunities, National Oceanography Centre Southampton, 16 p. (lire en ligne)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p (en) « Chagos Conservation Trust - About Chagos »
  7. Scott M. Fitzpatrick et Richard Callaghan (2008), « Seafaring simulations and the origin of prehistoric settlers to Madagascar », in Islands of Inquiry : Colonisation, Seafaring and the Archaeology of Maritime Landscapes (Geoffrey Richard Clark, Sue O'Connor et Bryan Foss Leach éds.), ANU E Press, Canberra, p. 47-58
  8. Romero-Frias, Xavier, (2012) Folk tales of the Maldives, NIAS Press, ISBN 978-87-7694-104-8, ISBN 978-87-7694-105-5
  9. (en) « Union postale universelle - Membres, T » (consulté le 22 janvier 2010)
  10. (en) British Indian Ocean Territory - Laws and Guidance for visitors, British Foreign & Commonwealth Office, 5 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 1
  11. (en) « Ramsar Site Information Service - Diego Garcia », sur http://ramsar.wetlands.org/ (consulté le 4 février 2010)
  12. (en) « Ramsar Site Information Service - Diego Garcia Summary Description », sur http://ramsar.wetlands.org/ (consulté le 4 février 2010)
  13. a et b (en) « Chagos Conservation Trust - Conservation »

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :