Chagossiens

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Chagossiens
Îlois

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Chagossien avec une récolte de noix de coco en 1971.

Populations significatives par région
Autres
Régions d’origine

Archipel des Chagos[1]

Langues

Créole à base de français[réf. nécessaire]

Religions

Catholicisme romain[réf. nécessaire]

Ethnies liées

Créoles

Les Chagossiens ou Îlois sont un groupe ethnique créole, originaire de l'archipel des Chagos dans l'océan Indien. Métissage de population provenant de Madagascar, du Mozambique, d'Inde et de France, ils vécurent dans l'île de Diego Garcia et dans deux autres groupes d'îles de l'archipel des Chagos pendant près de deux siècles avant leur expulsion par le gouvernement britannique à la fin des années 1960 vers l'île Maurice et les Seychelles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les Chagossiens seraient issus d'un mélange de peuples africains[2], indiens et français[réf. nécessaire]. Ces peuples sont amenés sur l'archipel des Chagos, alors inhabité, au cours du XVIIIe siècle pour la culture des cocotiers afin d'en tirer du coprah et de l'huile de noix de coco[2],[3],[4]. Les premiers habitants arrivent peut-être en 1776 en provenance de la Réunion ou de l'île Maurice et ils y poursuivent leurs métiers de pêcheurs, fermiers ou travailleurs pour les plantations de cocotiers.[réf. nécessaire] L'archipel passe ensuite sous le contrôle du Royaume-Uni lorsqu'il est intégré à la colonie de Maurice.

Ruines d'une plantation sur Diego Garcia, en 1982.

La vie dans l’archipel des Chagos[modifier | modifier le code]

Ruine d'une église envahie par la végétation, sur l'île Boddam.

Les Chagossiens travaillent majoritairement dans les cocoteraies de l'archipel des Chagos[3],[4],[2]. Ils y récoltent les noix de coco qu'ils retraitent pour en tirer du coprah et de l'huile de noix de coco[3],[4],[2]. Des villages s'établissent dans quelques îles de l'archipel sous la forme de petites communautés comptant des habitations, des commerces, des églises, des écoles et généralement la maison du planteur. Certaines îles comptent des cocoteraies mais pas d'habitations ce qui oblige les Chagossiens à aller d'île en île pour leur travail. Bien que les ancêtres des Chagossiens aient été amenés de force dans l'archipel, il ne semble pas que ces habitants aient été esclaves bien que leurs conditions de travail et de vie soient rudes.[réf. nécessaire]

Au milieu des années 1960, l'archipel reste peu peuplé. Sa population est estimée entre 1 500 et 2 000 personnes réparties en 450 à 500 familles[5] et regroupée sur trois îles ou groupe d'îles qui sont Diego Garcia, la plus peuplée, les îles Salomon (notamment l'Île Boddam) et Peros Banhos. Cette population vit en autarcie, avec un mode de vie n'ayant pas beaucoup évolué depuis le XIXe siècle et avec assez peu de contacts extérieurs. Elle se nourrit de cultures vivrières, d'élevage de volailles et de pêche côtière.

La présence des Chagossiens et de leurs ancêtres a duré quelques générations, soit la période relative à l'exploitation du coprah.

La déportation de la population vers Maurice et les Seychelles[modifier | modifier le code]

Le 8 novembre 1965, élément de l'accord permettant l'indépendance de Maurice, l'archipel des Chagos est détaché de l'ancienne colonie et forme une partie du nouveau territoire britannique de l'océan Indien[6]. La constitution du nouveau territoire est imposée par Statutory Instruments (décision ministérielle sans passage devant le Parlement britannique), ni référendum ou consultation de la population locale de l'archipel. Celle-ci ne prévoyait aucune institution démocratique et interdisait à quiconque de résider dans l'archipel sans un permis de séjour.

Dans les années suivantes, de 1967 à 1973, les Chagossiens, environ 2 000 personnes, sont déportés[7] par le gouvernement britannique, par la force ou la ruse, d'abord sur l'île de Peros Banhos, puis en 1973, à Maurice et aux Seychelles. Le but de cette expulsion forcée (et selon certaines autorités, illégale[8]) et des expropriations était d'établir une base navale et aérienne de l'armée américaine sur Diego Garcia, où un petit contingent de militaires britanniques allait être également stationné, la position de cet archipel étant jugée stratégique.

Lors de débats au Congrès américain en 1975 sur le rôle des États-Unis dans l'océan Indien, les conditions de leur déplacement seront rendues publiques et commentées dans les médias occidentaux. Il apparaît alors que c'était une demande des autorités américaines de pouvoir disposer d'îles inhabitées.

La mobilisation des Chagossiens et les recours en justice[modifier | modifier le code]

Des 450 familles déportées dans les années 1960, il ne reste plus qu’une cinquantaine de personnes qui ont connu l’archipel des Chagos adultes, à présent âgées. Leurs descendants, soutenus par l’île Maurice qui revendique toujours la souveraineté de l’archipel, demandent à pouvoir retourner sur la terre de leurs ancêtres. En 1983, les Britanniques donnèrent au gouvernement mauricien 4 millions de livres sterling dont 1 million fut transféré par les autorités mauriciennes aux Chagossiens déportés[7] et résidant sur Maurice en tant que réfugiés. Plus tard, près de trente ans après leur « rapatriement », les Îlois exigèrent le droit de retourner dans leur « patrie ». Leur cas fut porté devant la Haute Cour de justice britannique à Londres par un cabinet d'avocat et le 3 novembre 2000, la Haute Cour arbitra en leur faveur, indiquant qu'ils devaient être autorisés à revenir dans leur pays d'origine et rétablissant leur citoyenneté britannique. Du 5 au 23 novembre 2001, plus de 200 Chagossiens manifestèrent en permanence devant la Haute commission britannique à Port-Louis à Maurice. Le 21 mai 2002, le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw signa un document conférant la citoyenneté britannique aux Îlois, plus tard ajouté sous le nom de « Section 6: The Ilois: Citizenship » au British Overseas Territories Act 2002.

En dépit du jugement de la cour reconnaissant les droit des Îlois, les îles restèrent inhabitées et il n'existait aucune liaison de transport civil vers celles-ci. La plupart des Îlois restèrent donc à Maurice, dans leur condition misérable, incapables d'organiser eux-mêmes leur retour. Les promesses du gouvernement britannique d'aider à leur réinstallation ne se matérialisèrent pas.

Le 9 octobre 2003, dans un jugement controversé[précision nécessaire], Justice Ousley de la Haute Cour décida que les Îlois n'avaient le droit à aucune compensation de la part du gouvernement britannique. Puis, en juin 2004, le cabinet de Tony Blair outrepassa la décision de la cour prise en l'an 2000 en faveur des Îlois par un ordre en conseil, une procédure parlementaire archaïque et rarement utilisée. Les Îlois et leur avocats contestèrent alors cette décision du gouvernement devant la Haute cour d'Angleterre et du Pays de Galles et devant la Cour européenne des droits de l'homme.

Début avril 2006, un groupe d'une centaine d'îlois fut autorisé à visiter le Territoire britannique de l'océan Indien pour la première fois depuis trente ans. Le voyage fut organisé et financé par le ministère des Affaires étrangères britannique et le gouvernement de Maurice[9].

Le 11 mai 2006, les Îlois gagnèrent devant la Haute Cour, qui décida qu'ils étaient en droit de retourner sur l'archipel des Chagos. Reste à savoir si le gouvernement britannique fera appel de cette décision, et quand et comment ce jugement sera mis en pratique[10].

Le 22 octobre 2008 la Haute cour des Recours chambre des Lords déboute les revendications des Chagossiens. Le dernier recours en appel dans le système judiciaire britannique entérine la situation et ne laisse aucune possibilité de retour pour les Chagossiens

Le bail américain sur Diego Garcia doit prendre fin en 2016.

Le point de vue du Chagos Conservation Management Plan[modifier | modifier le code]

La déportation (ou le rapatriement)[7] des Chagossiens rendit à la nature la cinquantaine d’îles que comporte l’archipel. L’archipel fut déclaré réserve naturelle en totalité et réserve naturelle stricte sur certaines parties[11], seul l’atoll de Diego Garcia restant habité sur sa partie occidentale. Ce statut de réserve naturelle impose des conditions de visite bien définies quand elles ne sont pas purement interdites pour les zones classées en réserve naturelle stricte[11]. Une zone côtière s’étendant à plus de 24 km (13 miles marins) du littoral de toutes îles incluant ainsi les lagons, sont interdits à toutes pêches commerciales. Dans ces conditions, plusieurs espèces naturelles en voie d’extinction ou menacées reprennent de la vigueur, notamment le Crabe de cocotier, certaines Testudines à la recherche de plages de ponte, plusieurs centaines de milliers d’oiseaux marins nichant au sol, la biodiversité de la faune corallienne, et en particulier des espèces de requins gravement mises en danger de par la consommation de leurs ailerons.

L’étude d’impact du Chagos Conservation Management Plan tend à démontrer qu’il n’est pas écologiquement souhaitable de sacrifier cette réserve naturelle unique ; le littoral de ces îles de sable est sujet à un cycle de forte érosion naturelle suivie d’un ensablement saisonnier au rythme des moussons. Les Chagossiens habitaient autrefois à l’intérieur des îles[12], ce qui laissait les plages aux cocotiers et aux palétuviers dont les racines ralentissent le phénomène d'érosion. Une repeuplement humain, s’il impliquait l’aménagement de ce territoire selon des critères modernes et de développement touristique des plages et ainsi que la levée de l’interdiction de pêche commerciale côtière, serait préjudiciable à tout le biotope, selon ce même rapport, critiqué par ceux qui défendent le retour des Chagossiens[13],[14].

Répartition géographique[modifier | modifier le code]

Avant leur déplacement, les Chagossiens vivaient sur quelques îles de l'archipel des Chagos et notamment Diego Garcia[2],[3],[4]. Depuis 1973, ils vivent dans leur grande majorité à Maurice et aux Seychelles[2],[15]. Certains ont émigré au Royaume-UNi[16].

Aspects socio-culturels de la population chagossienne[modifier | modifier le code]

Les Chagossiens sont un peuple créole parlant un créole à base de français. Ils sont majoritairement catholiques romains. Ils possèdent un faible niveau d’éducation et un niveau de vie inférieur dans la société mauricienne[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Populations africaines, indiennes et françaises[réf. nécessaire] amenées dans l'archipel.
  2. a, b, c, d, e et f (en) « The World Factbook - British Indian Ocean Territory », sur https://www.cia.gov/ (consulté le 4 février 2010)
  3. a, b, c et d (en) « Commander Navy Installations Command - History », sur https://www.cnic.navy.mil/DiegoGarcia/index.htm (consulté le 4 février 2010)
  4. a, b, c et d (en) The Chagos Archipelago: its Nature and the Future, The Chagos Conservation Trust,‎ janvier 2009, 25 p. (lire en ligne), p. 15
  5. Rapport Prosser, 1976
  6. (en) « World Statesmen - British Indian Ocean Territory », World Statesmen.org
  7. a, b et c Le terme employé diffère entre « rapatriement » et « déportation » en fonction des sources[Lesquelles ?].
  8. « Nul ne peut-être arbitrairement arrêté, détenu ni exilé » — clause no 9 de la Déclaration universelle des droits de l'homme
  9. (en) Chagossians’ visit - BBC News, 10 avril 2006
  10. (en) Court victory for Chagos families - BBC News, 11 mai 2006
  11. a et b (en) British Indian Ocean Territory - Laws and Guidance for visitors, British Foreign & Commonwealth Office, 5 p. (présentation en ligne, lire en ligne), p. 1
  12. Leurs maisons, les objets et les traces de leur habitation restent tels qu’ils ont été abandonnés subitement au moment de leur départ. Voir Il était une île, Diego Garcia, Michel Daëron, documentaire diffusé le jeudi 21 janvier 2010 sur France 2 ( Documentaires - France 2 ).
  13. « La Cour européenne des droits de l’homme est en vue », article du journal réunionnais Témoignages du mardi 22 décembre 2009, relayant la position du Groupe Réfugiés Chagos. « Comme l’explique Olivier Bancoult au journal mauricien L’Express, il ne peut que s’opposer aux visées impérialistes qui se cachent derrière le « Parc marin des Chagos ». »
  14. Thierry Ollivry, Diego Garcia. Enjeux stratégiques, diplomatiques et humanitaires, L’Harmattan,‎ 2008, 193 p. (ISBN 9782296052765) (cf. Google books)
  15. (en) Christian Nauvel, A Return from Exile in Sight? The Chagossians and their Struggle, Northwestern Journal of International Human Rights, 31 p. (lire en ligne), p. 1 à 7 - introduction
  16. (en) House of Commons Library, The Chagos Islanders, 23 p. (lire en ligne)
  17. Jusqu'à leur déportation, ils sont pour la plupart quasi analphabètes, catholiques romains et créolophones unilingues [...] Privées de leur population d'origine, les Chagos ne font plus parties de la "Franconésie". Voir Diplomatie (magazine) n°50 (mai-juin 2011) en particulier la section ethnopolitique.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie
Articles de presse
Filmographie
  • Diego l’interdite, David Constantin, 52ʹ, Maurice, 2002, Résumé du film p. 7, « D’encre et d’exil » 9e rencontres internationales des écritures de l’exil. Insulaires, du 27 au 29 novembre 2009, centre Pompidou
  • Diego Garcia, « Le dessous des cartes », Alain Jomier, Lépac-Arte, décembre 2003, diffusé sur Arte le 3 mars 2004. Site web
  • (en) Stealing a Nation, John Pilger, 2004, récompensé par la Royal Television Society (2004) et le Chris Award du Columbus International Film and Video Festival (2004-2005). Voir le site du journaliste-réalisateur
  • Les sentinelles écologiques, « Le dessous des cartes », Didier Ozil, Lépac-Arte, diffusé sur Arte le 1er novembre 2008. Site web
  • Il était une île, Diego Garcia, documentaire, réalisé par Michel Daëron, diffusé le jeudi 21 janvier 2010 sur France 2. Site de la chaîne

Liens externes[modifier | modifier le code]