Stigmates

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La couronne d'épines, la plaie de la main droite et la plaie sur le flanc du Christ

Les stigmates sont les traces des plaies infligées à Jésus-Christ au cours de sa crucifixion, selon le Nouveau Testament. Diverses personnes auraient présenté, à partir du XIIIe siècle, des marques semblables à celles du Christ sur diverses parties de leur corps.

Définition[modifier | modifier le code]

Giovanni Battista Tiepolo, Les Stigmates de Catherine de Sienne.

Dans l'acception religieuse, stigmates est toujours un nom masculin pluriel, à la différence des significations médicale (plaie, cicatrice), judiciaire (marque d'infamie), militaire (marque faite sur les recrues dans l'Empire romain), botanique et autres.

Stigmatisés[modifier | modifier le code]

Diverses personnes, alors dites "stigmatisées", auraient présenté, à partir du XIIIe siècle, des marques semblables à celles du Christ sur diverses parties de leur corps :

  • sur les mains ou les poignets, rappelant les plaies causées par les clous lors de la crucifixion ;
  • sur les pieds ou les chevilles, rappelant les plaies causées par les clous ;
  • sur la tête, rappelant les plaies causées par la couronne d'épines ;
  • sur le dos, rappelant les coups de fouet ;
  • sur le flanc, rappelant la plaie causée par une lance.

Il existe une grande variété de stigmates, les plaies pouvant apparaître simultanément ou l'une après l'autre, lentement ou instantanément, durant certaines fêtes religieuses ou en permanence ; les plaies peuvent être profondes et saigner abondamment, d'autre à peine[1].

Selon les témoignages, le processus s'accompagne en général d'une vision des scènes de la Passion du Christ, vision qui déclencherait probablement le mécanisme producteur des plaies[2]. Thérèse Neumann, qui ne parlait qu'un dialecte germanique, disait entendre des propos en araméen qu'elle répétait à des professeurs de faculté

Histoire[modifier | modifier le code]

Giotto, Les Stigmates de François d'Assise.

Il n'est pas question de stigmatisés dans le christianisme avant le début du XIIIe siècle, c'est-à-dire après la mort de François d'Assise, qui est donc chronologiquement le premier des stigmatisés connus. Plusieurs peintres le montrent séjournant sur le mont Alverne (La Verna ?) en 1224, voyant un séraphin à six ailes flottant dans les airs dont le corps est fixé à une croix, comme le Christ. Selon la tradition franciscaine, une fois la vision disparue, François d'Assise aurait constaté l'apparition sur son propre corps de marques semblables à celles qui furent faites à Jésus, marques qui seraient restées indélébiles mais qu'il n'a jamais révélées de son vivant. Son corps fut ainsi porteur de deux stigmates qui n'auraient été découverts qu'après sa mort.

Le docteur Antoine Imbert-Gourbeyre a présenté plus de 320 cas semblables avec commentaires critiques par Joachim Bouflet[3]. Joachim Bouflet a répertorié 137 stigmatisés au vingtième siècle, appartenant à 26 pays différents, plusieurs d'entre eux ayant fait l'objet d'observation médicales rigoureuses[4].

Les stigmatisés et l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Ces personnes sont dites « stigmatisées ». À ce jour, l'Église catholique romaine n'a reconnu que deux stigmatisés par décision pontificale :

De nombreux tableaux et sculptures les représentent recevant les stigmates.

Les autres personnes à la fois stigmatisées et canonisées (comme Padre Pio) ne font pas l'objet d'une déclaration spécifique quant à leurs stigmates.

Une procédure de reconnaissance a été ouverte concernant:

D'autres ont également été béatifiés ou canonisés, comme:

sans que l'Église les reconnaisse pour stigmatisés.

On peut citer d'autres personnes, non reconnues par l'Église, ni comme saintes ni comme stigmatisées, entre autres au XVIe siècle en Bretagne :

et au XIXe siècle

ou, ailleurs dans le monde et plus récemment :

pour lesquelles une demande de béatification a été déposée auprès du Vatican depuis plusieurs années.

Point de vue sceptique, psychiatrique et psychanalytique[modifier | modifier le code]

Padre Pio et ses stigmates.

Du côté de ceux qui nient l'origine divine des stigmates, l'hypothèse la plus communément admise est que ce phénomène est une manifestation d'hystérie. Bien que plusieurs médecins de son époque avaient écarté cette hypothèse pour Marthe Robin[7] d’autres (tel que Gonzague Mottet, pour qui, parlant de Marthe Robin, « l’avalanche de troubles qui n’ont en commun que leur appartenance à la classique sémiologie des manifestations hystériques est assez caricaturale pour nous permettre de porter le diagnostic de conversion hystérique. »[8], Jean Lhermitte, pour qui ces phénomènes sont « des accidents de nature névrosique ou mieux psychonévrosique à caractère hystérique. »[9], Pierre Janet, pour qui « les sainte Hildegarde, les Marie Chantal, les Catherine Emmerich et bien d'autres avaient tout simplement des attaques de catalepsie » (un symptôme de l'hystérie)[10] ainsi que le prêtre sceptique Herbert Thurston (en)) qui déclare qu'il n'a « encore jamais vu de cas de stigmatisation chez un sujet dépourvu de symptômes névrotiques. »[11],Jean-Martin Charcot, qui explique toutes « les manifestations extraordinaires »  : l’inédie, les guérisons miraculeuses, les possessions diaboliques, la lévitation, les apparitions, par le diagnostic d'hystérie[12], « Pour Herbert Thurston, le cas de Thérèse Neumann présente des analogies frappantes avec ce que vivait l’hystérique américaine Mollie Fancher » [13] se rangent au diagnostic « d'hystérie » qui avait été fait en 1938 pour une autre stigmatisée célèbre: Thérèse Neumann[14].

Certains auteurs ont été portés à voir dans une certaine attitude vis-à-vis des menstruations une cause possible au phénomène des stigmates. Analysant le livre de Jean-Pierre Albert, Le sang et le Ciel. Les saintes mystiques dans le monde chrétien, Claudine Leduc écrit : « Et Jean-Pierre Albert d'émettre l'hypothèse que la sainte, à cause de l'impureté du sang menstruel qui s'écoule du corps des femmes, est dans l'obligation de reconquérir sans cesse sa sainteté en faisant s'échapper de son corps un sang sublimé[15]. ». Jean-Pierre Albert cite les propos de Jean Lhermitte qui aurait établi « que la plupart des femmes (saintes ou non) ne sont stigmatisées qu'entre 15 et 50 ans, période pendant laquelle la femme a ses règles. Les stigmates sont eux aussi soumis à des rythmes cycliques : « Natuzza Evolo (1924-2009) les voyait apparaître chaque année pendant le Carême, Gertrude d'Oosten (1358), chaque jour aux heures canoniales [mais] la formule la plus habituelle est qu'ils saignent le vendredi avec plus d'abondance, ou exclusivement ce jour-là, et sont à peine visibles le reste du temps »[16]. Divers hagiographes précisent souvent que le sang des stigmates serait parfumé et que les saintes n'ont plus leurs règles[17]. Certains sceptiques sont ainsi portés à penser que la stigmatisation serait une conversion opérée par la conscience religieuse du sang menstruel : à un sang impur se substitue un sang dont le parfum signale la pureté[18]. Mais ces suppositions n'expliquent pas le phénomène des stigmates masculins, présentant les mêmes caractéristiques.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans son roman Le Complot des Franciscains [19], l'écrivain américain John Sack imagine que, à la mort de saint François d'Assise, sa dépouille a été enterrée dans un lieu secret qui ne sera découvert que plusieurs siècles plus tard. Le « complot » vise à préserver le mythe des stigmates de saint François, qui ont participé à la réputation du saint et à l'expansion de l'ordre des Franciscains. Il s'agit d'une œuvre de fiction que l'auteur ne présente pas comme une thèse historique.

Le dénouement montre les stigmates de saint François comme les marques indélébiles d'une crise aiguë de lèpre[20].

Cinéma[modifier | modifier le code]


Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Albert, Le sang et le Ciel. Les saintes mystiques dans le monde chrétien, Paris, Aubier, Collection historique. 1997, 458 p.
  • Patrick Sbalchiero (dir.), Dictionnaire des miracles et de l'extraordinaire chrétiens, Paris, Fayard, 2002, p. 752-755
  • Sous la direction de Dominique de Courcelles, Stigmates, Paris, Éditions de l'Herne, 2001, 272 p.
  • Antoine Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation. L'extase divine et les miracles de Lourdes, 1895. 2-84137-035-6 ; 544p., 16/24, 1996

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Père François Brune, Christ et Karma, La réconciliation ?, éd. Le temps présent, 2012, p. 165.
  2. Père François Brune, Christ et Karma, La réconciliation ?, éd. Le temps présent, 2012, p. 166.
  3. Dr Imbert-Gourbeyre, La stigmatisation, édition établie par Joachin Bouflert, éd. Jérôme Million, 1996.
  4. Joachim Bouflet, Les stigmatisés, éd. du Cerf, p. 8 et 21.
  5. Dictionnaire de spiritualité, article « Stigmates ».
  6. http://books.google.fr/books?id=2EPCADgWbNUC&pg=PT537&lpg=PT537&dq=%22françoise+hellegouarc'h%22+%22inzinzac%22&source=bl&ots=j9ZY04it47&sig=N8dG9xpTEXQvkBrkXcafmcf2MSw&hl=fr&sa=X&ei=YHfdUI3XLdCThge-qIGIBg&ved=0CFMQ6AEwBQ#v=onepage&q=%22françoise%20hellegouarc'h%22%20%22inzinzac%22&f=false
  7. Blanche, Marthe, Camille: Notes Sur Trois Mystiques par Jean Vuilleumier, L'âge d'homme, 1996, p. 42 « Les spécialistes (…) ont écarté la supercherie ou la simulation (…) ils ne remarquaient rien qui puisse laisse penser à des perturbations psychiques (…) aucun signe de débilité mentale, aucune manifestation délirante »
  8. Marthe Robin, la stigmatisée de la Drôme. Etude d’une mystique du XXe siècle, Gonzague Mottet, Toulouse, Erès, 1989, p. 84
  9. « Marie-Thérèse Noblet (1889-1930), considérée du point de vue neurologique », Jean Lhermitte, p. 207.
  10. L’automatisme psychologique, Essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l'activité humaine (1889) dans Pierre Janet, Encyclopédie psychologique, L’Harmattan, 2005
  11. Herbert Thurston, Les phénomènes physiques du mysticisme, p. 246
  12. Stigmatisés, hystériques : des « symptômes » similaires ?
  13. dans Stigmatisés, hystériques : des « symptômes » similaires ? sur le site de Université Jean Moulin, Lyon 3
  14. Théo livre 1 - Les saints par Michel Dubost, Stanislas Lalanne, Mame, 2011
  15. Claudine Leduc
  16. J.-P. Albert, Le sang et le Ciel. Les saintes mystiques dans le monde chrétien, 1997, p.209
  17. C. Bynum, 1987, p.291-294
  18. La femme dans le christianisme
  19. Paru en 2005. Traduction en langue française : éd. Michel Lafon, 2006
  20. Il s'agirait de lèpre lépromateuse limitrophe, qui se distingue par une seule lésion de forme ovale et de couleur rosée sur le côté, ainsi que par une diminution de la vision et des croûtes maculaires sur les mains et les pieds, p. 451