La Revue blanche

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Illustration de Toulouse-Lautrec pour La Revue blanche (1895).
Les Lois scélérates de 1893-1894, Francis de Pressensé et Émile Pouget, Éditions de La Revue blanche, 1899.

La Revue blanche (1889-1903) est une revue littéraire et artistique, de sensibilité anarchiste[1], à laquelle collaborèrent les plus grands écrivains et artistes de l'époque.

Histoire[modifier | modifier le code]

Elle fut fondée et dirigée par les frères Natanson (Alexandre, Thadée et Louis-Alfred, dit Alfred Athis). Après avoir vu le jour à Liège en 1889, la revue s'installe à Paris en 1891 où elle se pose en rivale du Mercure de France, d'où son nom qui marquait la différence avec la couverture mauve du Mercure. L'épouse de Thadée, Misia, participe au lancement de la revue et sert de modèle à quelques couvertures. Les secrétaires de rédaction furent le critique Lucien Muhlfeld puis Léon Blum et, surtout et enfin, l'exigeant Félix Fénéon de 1896 à 1903.

Porte-parole de l'intelligentsia culturelle et artistique de l'époque, la revue apporte sa contribution à l'affaire Dreyfus à partir de 1898, à l'instigation de Lucien Herr, prenant parti pour le capitaine accusé de trahison[2]. C'est aussi dans les colonnes de La Revue blanche que parut en feuilleton, en 1900, Le Journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau.

Elle disparaît en 1903 après avoir publié 237 numéros.

Citation[modifier | modifier le code]

« La Revue Blanche, dont l'aventure n'a guère duré plus de dix ans, a joué en France un rôle-charnière essentiel. La plupart des écrivains, peintres, musiciens, hommes politiques, intellectuels les plus marquants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle y ont collaboré ou l'ont côtoyée. Créée, financée et dirigée par les trois frères Natanson, jeunes Juifs polonais, avec la complicité enthousiaste de leurs condisciples du Lycée Condorcet, la Revue Blanche devient vite un lieu de débat sur tous les sujets qui agitent la France. Elle mène des combats politiques sous l'impulsion d'anarchistes comme Fénéon, Mirbeau ; de socialistes, tels Blum, G. Moch, Péguy ; de dreyfusards et de fondateurs de la Ligue des droits de l'homme, comme Reinach et Pressensé. En témoignent ses campagnes dénonçant le génocide arménien, les dérives coloniales, la barbarie des interventions, européenne en Chine, anglaise en Afrique du Sud, et la diffusion des pamphlets de Tolstoï, Thoreau, Nietzsche, Stirner... Elle promeut les peintres Nabis, les Néo-impressionnistes et l'Art nouveau, anticipe le fauvisme, le futurisme et les arts premiers. Toulouse-Lautrec, Bonnard, Vuillard, Vallotton, Hermann-Paul, Cappiello illustrent les articles de la revue et les ouvrages publiés par ses Éditions. Après avoir soutenu fidèlement Mallarmé, la Revue Blanche accueille Proust, Gide, Claudel, Jarry, Apollinaire qui y débutent, tandis qu'elle édite une nouvelle traduction des Mille et une nuits et Quo vadis ?, le premier best-seller du siècle. Elle salue l'innovation dramatique avec Antoine et Lugné-Poe, Ibsen, Strindberg et Tchékhov, sans oublier le triomphe de l'école française de musique avec Debussy. Humour et esprit de fête, liberté, engagement et créativité, pacifisme, laïcité, mondialisation sont les valeurs promues par cette génération emportée dans le sillage de la Revue Blanche. Cet ouvrage illustré et nourri de nombreuses citations décrypte l'histoire de cette avant-garde, nous familiarise avec ses membres, ses réseaux, ses utopies et ses réalisations. Il donne la mesure de l'étape majeure alors franchie par la société française vers le modèle culturel et politique qui est le sien aujourd'hui[3]. »

— Paul-Henri Bourrelier, La Revue blanche : une génération dans l'engagement, 1890-1905

Principaux collaborateurs[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages :

  • Paul-Henri Bourrelier, La Revue blanche : une génération dans l'engagement 1890-1905, Paris, Fayard, 2007. ISBN 9782213630649
  • Cécile Barraud, La Revue Blanche. Une anthologie, avant-propos d'Éric Marty, Houilles, Manucius, coll. Littéra, 2010. ISBN 9782845781122

Articles :

  • Claire Paulhan, « Tout l'esprit d'une époque », Le Monde, 7 décembre 2007, (recension du livre de Paul-Henri Bourrelier[4]).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Caron, « La Revue blanche. 1871, enquête sur la Commune, introduction et notes de Jean Baronnet, Paris, Les Éditions de l’Amateur, 2011, 205 p. », Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, Société d’histoire de la révolution de 1848, no 43,‎ 2011/11/13, p. 169 (ISBN 978-2-85917-514-6, ISSN 1265-1354, lire en ligne).
  2. Outre les très nombreux articles consacrés directement à l'affaire, Lucien Herr publie également fin 1898 Philoctète d'André Gide qui fait un parallèle politico-littéraire avec le cas de Dreyfus.
  3. La revue blanche: une génération dans l'engagement, 1890-1905, Paul-Henri Bourrelier, éd. Fayard, 2007, Présentation du livre, Introduction
  4. On apprend dans cet article que Paul-Henri Bourrelier est le mari de la petite-fille d'Alexandre (Natanson).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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