Armand du Paty de Clam

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Le colonel du Paty de Clam

Le lieutenant-colonel Armand Auguste Charles Ferdinand Marie Mercier du Paty de Clam, né à Paris le 21 février 1853, mort à Versailles le 3 septembre 1916, est un officier français, passionné de graphologie, à qui l’on confia l’instruction préliminaire de l’affaire Dreyfus.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Élève à Saint-Cyr en 1870, lieutenant en 1874, capitaine en 1877, il est affecté à l’État-Major général, au 1er bureau en 1879, au 3e en 1887 et y est maintenu quand il devient chef de bataillon en 1890. Chargé de l’enquête préliminaire après la découverte du bordereau, il se persuade de la culpabilité du capitaine Alfred Dreyfus par les dictées qu’il analyse en graphologue amateur et au fil de six interrogatoires. Son rapport oriente l’instruction du commandant d’Ormescheville au point qu’en 1913, le député radical Maurice Viollette évoque son « rôle particulièrement triste (...) Il a été, de façon indiscutable, l’artisan criminel d’une œuvre détestable ».

Il est promu lieutenant-colonel en mars 1897. Mais coauteur des faux télégrammes visant à compromettre Picquart, il voit sa carrière brisée après le suicide de son complice Hubert-Joseph Henry. En « non activité par retrait d’emploi », le 12 septembre 1898, il est admis d’office à la retraite le 26 février 1901. La Cour de cassation le contraint, en mars 1904, à verser à la procédure son commentaire des pièces secrètes communiquées aux juges de 1894.

Le 6 janvier 1913, il obtient sa réintégration comme lieutenant-colonel dans l’armée territoriale[1]

Son rôle dans l’affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

En octobre 1894, quelques jours après la découverte du « bordereau », une lettre adressée à l’attaché militaire allemand à Paris qui mentionnait des informations classées secret-défense, les soupçons se portent sur Dreyfus.

Chargé de comparer l’écriture de Dreyfus et celle du bordereau, du Paty en conclut que les points communs suffisent à justifier une enquête approfondie. Les autorités militaires le nomment alors responsable de l’enquête officielle. Le 15 octobre, il convoque Dreyfus au ministère après avoir soigneusement préparé la rencontre. Prétextant une blessure à la main, il demande à Dreyfus d’écrire à sa place une lettre qui reprend des éléments du bordereau.

Bien que Dreyfus refuse de se reconnaître comme l’auteur du bordereau, du Paty lui annonce son arrestation pour haute trahison et il lui offre une arme : en vain, parce que Dreyfus n’a pas l’intention de se suicider.

Dreyfus est conduit à la prison du Cherche-Midi où on lui impose une série de tests graphologiques préparés par du Paty : debout, couché, assis, avec la main gauche. L’avis de Du Paty de Clam, toutefois, doit être appuyé par celui d’un expert en graphologie.

Un premier expert, Alfred Gobert, remet un rapport négatif. On s’adresse alors à un autre, Alphonse Bertillon. Celui-ci fournit un rapport positif soutenu par la thèse, qu’il vient de créer à l’occasion, de l’« autoforgerie » et qui prétend expliquer que Dreyfus a rédigé la note en imitant sa propre écriture mais en y introduisant volontairement des différences. Il y aurait par exemple imité l’écriture de son frère Mathieu.

Finalement, du Paty de Clam rédige un rapport qui passe sous silence les informations favorables pour Dreyfus et ajoute des données « accablantes ». C’est lui qui, au procès de 1894, remet une pièce secrète au tribunal militaire pendant que le jury délibère, c’est-à-dire à huis-clos. La défense n’a donc pas la possibilité d’examiner de telles « preuves » puisqu’elle ignore leur existence. Il ordonne aussi à Mme Dreyfus de garder le silence sur la détention de son mari.

Quand l’affaire prend un tour défavorable pour l’état-major, du Paty de Clam est écarté de son poste. Zola le cite nommément, parmi les premiers responsables de l’injustice, dans son article fracassant publié dans l’Aurore sous le titre de J’accuse…!

En 1914, pendant la Première Guerre mondiale, il revient dans l’armée à l’âge de 61 ans, servant sous les ordres de son propre fils Charles du Paty de Clam. Il meurt en 1916 des suites d’une blessure reçue au front.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandre Millerand: Socialiste discuté, ministre contesté et président déchu - (1859-1943) par Jean-Louis Rizzo (2013) aperçu disponible sur Google Livres