Alphonse Bertillon

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Alphonse Bertillon

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Alphonse Bertillon, autoportrait, 1900.

Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 60 ans)
Paris Drapeau de la France France
Nationalité Française
Pays de résidence France
Profession Criminologue
Activité principale Identification criminelle, anthropométrie judiciaire
Ascendants
Famille
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Alphonse Bertillon, né à Paris le [1] et mort à Paris le , est un criminologue français. Il fonda en 1870 le premier laboratoire de police d'identification criminelle et inventa l'anthropométrie judiciaire, appelée « système Bertillon » ou « bertillonnage », un système d'identification rapidement adopté dans toute l'Europe, puis aux États-Unis, et utilisé jusqu'en 1970.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le petit-fils d'Achille Guillard (féru de statistique, il invente le mot démographie), fils de Louis-Adolphe Bertillon, directeur de la préfecture de police de Paris et le frère cadet du statisticien et démographe Jacques Bertillon. Élève médiocre, il abandonne ses études de médecine et son père le fait entrer en 1879 à la préfecture de police de Paris dans l'emploi de commis aux écritures[2].

D'abord simple employé chargé de classer les dossiers des criminels notoires et rédiger les fiches de signalement des personnes arrêtées, puis nommé chef du service photographique de la préfecture de police de Paris, en 1882[3], il s'inspire des travaux statistiques développés par Adolphe Quetelet[4] pour déterminer qu'en prenant 14 mensurations (taille, longueur des pieds, main, oreille, avant-bras, arête du nez, écartement des yeux, etc.) sur n'importe quel individu grâce à un simple pied à coulisse et une pince céphalique (pour les relevés crâniens), il y a seulement 1 chance sur 286 millions pour qu'on retrouve les mêmes chez une autre personne, suppléant ainsi aux « mouches » (espions) et « physionomistes » pour identifier notamment les récidivistes[5]. Ce système anthropométrique, appliqué à la fin du XIXe siècle (époque où les récidivistes représentent la moitié de la population carcérale en France, d'où la loi sur la relégation des récidivistes du 27 mai 1885), a été utilisé en France jusqu'en 1970. La préfecture de police adopte son système avec réticence en 1883 (le préfet Louis Andrieux ne voit en son subordonné qu'un cas d'« aliénation mentale » et ce n'est que le nouveau préfet Jean Camescasse qui donne trois mois au modeste employé en décembre 1882 pour tester la validité de sa méthode[6]), suite à la première reconnaissance anthropométrique d'un récidiviste le 16 février 1883[7]. Un Bureau d'identité est créé dès 1883 et un matériel spécialisé est dès lors utilisé dans tous les établissements pénitentiaires : table, tabouret, toise, compas de proportion, tablette et encreur pour prise d'empreintes digitales. Les fiches de signalement qui s'échangent entre les services sont progressivement compilées dans le Bulletin de Police Criminelle mis en place par la Sûreté générale. Ce « système Bertillon » (mensurations, description des stigmates physiques[8] - cicatrice, tatouage, grain de beauté, invention de la photographie anthropométrique dite aussi face/profil, création de la théorie du « portrait parlé[9] ») connaît son heure de gloire par le bertillonnage de Ravachol en 1890 qui permet son arrestation en 1892[2]. Le Bureau d'identité est fusionné avec le service photographique et celui des sommiers judiciaires pour former, sous l'impulsion du préfet Lépine, le service de l'Identité judiciaire fondé par un décret présidentiel du 11 août 1893[10].

Demeurant intimement persuadé de la supériorité de sa méthode anthropométrique et réticent (réticence due à la difficulté du classement dactyloscopique et la recherche fiche par fiche très longue) à l'ajout des empreintes digitales sur ses fiches signalétiques, il doit accepter, sous la pression de ses supérieurs, la dactyloscopie sur fiche en 1894 (fiche des 4 doigts de la main droite puis de l'index gauche à partir de 1900 et enfin fiche décadactylaire - 10 doigts - en 1904)[11]. Il utilise le premier cette technique dactyloscopique le 24 octobre 1902 pour confondre Henri-Léon Scheffer, assassin d'un domestique au cours d'un cambriolage[12]. Affaire présentée comme la « première identification au monde » par les « seules empreintes digitales » d'un assassin, ce mythe de la police criminelle est remis en question par le fait que l'enquête de proximité à l'époque avait mis en lumière que le domestique avait une relation homosexuelle avec Scheffer, le meurtrier déguisant une simple affaire de jalousie ayant mal tourné en cambriolage, Bertillon ayant été orienté vers le coupable par cette enquête de proximité et non par les empreintes[13].

Pendant l'Affaire Dreyfus, Bertillon, qui n'était pas un expert d'expertise en écriture[14] mais un antisémite notoire[réf. souhaitée], intervint cependant à la demande de l'accusation insatisfaite des conclusions des premiers experts graphologues, dans le débat qui devait décider si l'écriture du fameux bordereau était ou pas celle du capitaine. Sous la pression de l'armée, il affirma que Dreyfus était l'auteur du bordereau, ce qui fut par la suite une contre-vérité démontrée par les mathématiciens Jacques Hadamard et Henri Poincaré qui réfutèrent le pseudo-calcul des probabilités de Bertillon et sa thèse totalement délirante de l'« autoforgerie » (Dreyfus aurait contrefait sa propre écriture selon un procédé savant)[15],[16]. La presse antidreyfusarde le traite de fou[2].

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 89)[17].

Deux ans après sa disparition, naît le laboratoire de l'Identité judiciaire[réf. souhaitée]. Une rue de Paris porte son nom dans le quartier Saint-Lambert du 15e arrondissement (au sud-ouest de la gare de Paris-Montparnasse).

Postérité[modifier | modifier le code]

Après avoir ciblé les récidivistes, le bertillonnage s'élargit aux fous trouvés sur la voie publique, aux morts, étrangers, puis après la mort de Bertillon, aux étrangers, interdits de séjour, puis in fine se retrouve appliqué sur le carnet anthropométrique d’identité des nomades en 1912[18] et sur la carte d'identité nationale[2]. La biométrie qui s'applique au fichage en France s'enracine dans le bertillonnage.

Arthur Conan Doyle mentionne Bertillon dans Le Chien des Baskerville (un des clients de Sherlock Holmes le désigne comme le « plus grand expert en Europe ») et dans Le Traité naval. Il est également mentionné dans L'Aliéniste de Caleb Carr.

Les méthodes de Bertillon qui rédige des ouvrages traduits dans de nombreuses langues, sont reprises et adaptées par toutes les polices du monde. Cité 200 fois dans le New York Times, cette gloire nationale reste le policier le plus illustre dans le monde à la fin du XIXe siècle jusqu'à ce que le système de classifiction des empreintes digitales ne supplante le bertillonnage[2].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Publications[modifier | modifier le code]

  • Ethnographie moderne : les races sauvages (1883)
  • La Photographie judiciaire, avec un appendice sur la classification et l'identification anthropométriques (1890)
  • Identification anthropométrique, instructions signalétiques (1893) Texte en ligne
  • La Comparaison des écritures et l'identification graphique (1898)
  • Anthropologie métrique. Conseils pratiques aux missionnaires scientifiques sur la manière de mesurer, de photographier et de décrire des sujets vivants et des pièces anatomiques. Anthropométrie, photographie métrique, portrait descriptif, craniométrie, avec Arthur Chervin (1909)
Articles
  • « L'Identité des récidivistes et la loi de relégation » dans Annales de démographie internationale, 1883
  • « Notice sur le fonctionnement du service d'identification de la préfecture de police, suivie de tableaux numériques résumant les documents anthropométriques accumulés dans les archives de ce service » dans Annuaire statistique de la ville de Paris, 1887
  • « Les Noms propres : Calcul de leurs combinaisons orthographiques » dans la Nature, no 782, 26 mai 1888
  • « Photographie judiciaire à la préfecture de police de Paris » dans la Nature, no 833, 18 mai 1889
  • « Document de technique policière. Affaire Renard et Courtois, assassinat du financier Y » dans Archives d'anthropologie criminelle et de médecine légale, octobre-novembre 1909
  • « Le Dynamomètre d'effraction » dans la Nature no 1929, 14 mai 1910
  • « La Photographie judiciaire de la préfecture de police à l'exposition de Gand » dans la Nature, no 2086, 17 mai 1913

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Marchesseau, Le Portrait parlé et les recherches judiciaires, avec dessins et planches, Marchal et Godde, Paris, 1911. Traité complet d'investigation judiciaire basé sur la méthode Bertillon.
  • Suzanne Bertillon, Vie d'Alphonse Bertillon, inventeur de l'anthropométrie, Paris, Gallimard, 1941.
  • Michel Frizot, Serge July, Christian Phéline, Jean Sagne, Identités : de Disderi au photomaton, éditions Photo Copies - Centre National de la Photographie, Paris, 1985.
  • Martine Kaluszynski, « L'antropometria e il “bertillonnage” in Francia », in La Scienza e la colpa : crimini, criminali, criminologi : un volto dell'ottocento, acura di Umberto Levra, Université de Turin, Electa, 1985, p. 227.
  • Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l'anthropométrie », in Philippe Vigier (dir.), Maintien de l'ordre et polices en France et en Europe au XIXe siècle, Paris, Créaphis, collection « Pierres de mémoire », 1987, p. 269-285, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Martine Kaluszynski, « Le criminel à la fin du XIXe siècle : Autour du récidiviste et de la loi du 27 mai 1885. Un paradoxe républicain », in André Gueslin et Dominique Kalifa (dir.), Les exclus en Europe, vers 1830-vers 1930, Paris, Les Éditions de l'Atelier, 1999, p. 253-266.
  • Ilsen About, « Les fondations d'un système national d'identification policière en France (1893-1914). Anthropométrie, signalements et fichiers », in Genèses. Sciences sociales et histoire, no 54, mars 2004, Éditions Belin, p. 28-52.
  • Jean-Marc Berlière, « Police réelle et police fictive », in Romantisme, Volume 23, no 79, 1993, p. 73-90.
  • Jean-Marc Berlière, « Aux origines d'une double généalogie policière », in Pierre Birnbaum (dir.), La France de l'affaire Dreyfus, Gallimard, collection « Bibliothèque des Histoires », 1993, p. 194-196.
  • Jean-Marc Berlière, « L'affaire Scheffer : une victoire de la science contre le crime ? (octobre 1902) », Criminocorpus, revue hypermédia, Histoire de la police, Articles, mis en ligne le 01 janvier 2007.
  • Pierre Piazza, « La fabrique « bertillonienne » de l'identité », Labyrinthe, 6 | 2000, Thèmes (no 6), mis en ligne le 23 mars 2005.
  • Pierre Piazza (dir.), Aux origines de la police scientifique. Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Paris, Karthala, 2011.
  • Martine Kaluszynski, « Alphonse Bertillon et l'anthropométrie judiciaire. L'identification au cœur de l'ordre républicain », in Pierre Piazza (dir.), Aux origines de la police scientifique. Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Paris, Karthala, 2011, [lire en ligne] sur le site HAL-SHS (Hyper Article en Ligne - Sciences de l'Homme et de la Société).
  • Quinche, Nicolas, Crime, Science et Identité. Anthologie des textes fondateurs de la criminalistique européenne (1860-1930). Genève, Slatkine, 2006, 368 p., passim.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. « Notice no LH/213/57 », base Léonore, ministère français de la Culture
  2. a, b, c, d et e Pierre Piazza, Aux origines de la police scientifique : Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Karthala,‎ 2011, 384 p. (ISBN 9782811105501)
  3. Concours Lépine. Le Livre des inventions, Éditions Flammarion, 2006.
  4. Pierre Piazza, Aux origines de la police scientifique : Alphonse Bertillon, précurseur de la science du crime, Karthala Éditions,‎ 2011, p. 12
  5. La police scientifique au XIXe siècle
  6. Pierre Piazza, Histoire de la carte d'identité nationale, Odile Jacob,‎ 2004, p. 85
  7. Gustave Macé, Le Service de la Sûreté par son ancien chef, Paris, Charpentier, 1884, p. 376 sq
  8. Signalement descriptif appelé « portrait parlé ».
  9. Signalement descriptif grâce à un vocabulaire standard.
  10. Jean-Marc Berlièrec, Le monde des polices en France : XIXe-XXe siècles, Éditions Complexe,‎ 1996, p. 47
  11. Jean-Marc Berlière, « L’Affaire Scheffer : une victoire de la science contre le crime ? La première identification d’un assassin à l’aide de ses empreintes digitales (octobre 1902) », Les Cahiers de la sécurité, no 56, 2005, p. 349-360
  12. Arrestation du premier assassin confondu par ses empreintes digitales
  13. Jean-Marc Berlière, Le Monde des polices en France aux XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Complexe, 1996, p. 57
  14. Le système Bertillon dans l'Affaire Dreyfus
  15. Le Monde des polices en France aux XIXe et XXe siècles, op. cité, p. 64
  16. laurent Rollet, Henri Poincaré et l'action politique - Autour de l'Affaire Dreyfus, Séminaire de l'Institut de Recherche sur les Enjeux et les Fondements des Sciences et des Techniques, 1997
  17. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 110
  18. loi du 16 juillet 1912 sur gallica

Liens externes[modifier | modifier le code]