Viatcheslav Molotov

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur les redirections « Molotov » redirige ici. Pour les autres significations, voir Molotov (homonymie).
Viatcheslav Molotov
Image illustrative de l'article Viatcheslav Molotov
Fonctions
Premier vice-président du Conseil des ministres de l'URSS

(14 ans, 10 mois et 13 jours)
Prédécesseur Nikolaï Voznessenski
Successeur Nikolaï Boulganine
Ministre des Affaires étrangères

(3 ans, 2 mois et 27 jours)
Prédécesseur Andreï Vychinski
Successeur Dmitri Chepilov

(9 ans, 10 mois et 1 jour)
Prédécesseur Maxime Litvinov
Successeur Andreï Vychinski
Membre du Politburo

(31 ans, 1 mois et 26 jours)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Koukarka
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Date de décès (à 96 ans)
Lieu de décès Moscou, RSFS de Russie
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Nationalité Drapeau de la Russie russe puis Drapeau de l'URSS soviétique
Parti politique PCUS
Conjoint Polina Jemtchoujina

Signature de Viatcheslav Molotov

Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov (en russe : Вячеслав Михайлович Молотов ; né le [1] et mort le ) est un homme politique et diplomate soviétique. Chef du gouvernement de l'URSS de 1930 à 1941, ministre des Affaires étrangères jusqu'en 1949, membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, il est considéré comme le bras droit de Joseph Staline. Il demeure un membre influent du Parti communiste de l'Union soviétique jusqu'à son éviction, lors de la déstalinisation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Molotov à Berlin le 14 novembre 1940 saluant Joachim von Ribbentrop, le ministre des Affaires étrangères allemand.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Viatcheslav Molotov est né à Koukarka (aujourd'hui Sovetsk) en Russie, sous le nom de Viatcheslav Mikhaïlovitch Skriabine (Вячесла́в Миха́йлович Скря́бин)[2].

Après des études au Gymnasium (école secondaire ou lycée) de Kazan, il s'inscrit en 1906 au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) sous le pseudonyme de Molotov (du russe : molot (молот) marteau), abandonnant son nom de famille de Skriabine.

En 1912, il est l'un des fondateurs de la Pravda.

Ascension dans l'appareil du parti communiste d'Union soviétique[modifier | modifier le code]

En 1917, il est, avec Alexandre Chliapnikov, le plus ancien bolchevik à Pétrograd lorsque éclate Révolution de Février, alors que Lénine est encore en exil en Suisse. Après avoir appuyé le gouvernement provisoire, il se rallie à l'analyse et à la politique de Lénine, mais joue un rôle mineur dans la Révolution d'Octobre et dans la guerre civile russe. Son ascension dans les hautes sphères du parti et de la nomenklatura commence en 1922 : tout au long de sa carrière il manifeste ostensiblement son entière obéissance à Joseph Staline, évitant même de soutenir son épouse Polina Jemtchoujina lorsqu'elle fut accusée le 10 août 1939 d'avoir des « connexions avec des éléments ennemis, facilitant ainsi leur missions d'espionnage » (elle est alors exclue du Comité central), et en décembre 1948 d'avoir « trahi l'Union soviétique » (elle écope alors de cinq ans de relégation dans l'oblast de Koustanaï, au Kazakhstan, et ne sera libérée qu'en 1953 grâce à Beria[3]).

Du au , il est « Président du Conseil des commissaires du peuple » (Sovnarkom), équivalent soviétique d'un premier ministre. Il fut également secrétaire du Comité central jusqu'en 1935. À la fin des années 1930, il fit partie avec Lazare Kaganovitch, Nikolaï Iejov et Kliment Vorochilov du groupe restreint de cinq membres qui prenait toutes les décisions importantes en compagnie de Staline.

À ce titre, il fut un des chefs de la « dékoulakisation » dans les campagnes (1930-1933). Il n'hésita pas à se rendre en Ukraine pour conforter la politique stalinienne et « inciter les communistes défaillants à rester fermes contre les paysans révoltés ».

Article détaillé : Holodomor.

Pendant les Grandes Purges de 1937-1938, Molotov fut le dirigeant soviétique le plus souvent reçu dans le bureau de Staline au Kremlin, avant même le chef suprême de la police politique Nikolaï Iejov. Il ne se cacha jamais d'avoir soutenu fermement la politique de la Grande Terreur, qui aboutit à 680 000 exécutions en deux ans et à l'envoi de centaines de milliers de personnes au Goulag. Sa signature apparaît aux côtés de celle de Staline sur de très nombreuses listes de condamnations à mort collectives.

Dans des entretiens dans les années 1970 avec le journaliste Félix Tchouïev (ru)[4], Molotov fut sans ambiguïté : Staline était le principal responsable de la Terreur, « et nous l’encouragions, qui étions actifs, j’ai toujours été actif, toujours favorable à ce que des mesures soient prises ». Comme membre du Politburo, il continua d'approuver fermement les exécutions en masse des « ennemis du peuple ». Molotov est ministre des Affaires étrangères de 1939 à 1949[5].

Il signe le Pacte germano-soviétique avec le régime hitlérien en août 1939 et, le , il signe, comme tout le Politburo, l'ordre (préparé par Lavrenti Beria) d'exécuter des milliers de prisonniers de guerre polonais, surtout des officiers, qui est connu comme le Massacre de Katyń.

La guerre[modifier | modifier le code]

Molotov joue un très grand rôle derrière Staline durant la Seconde Guerre mondiale. Il est chargé de la production des blindés, dont on sait avec le T-34 qu'ils ont joué un grand rôle dans la victoire finale.

Quand Adolf Hitler attaque l'URSS dans la nuit du 21 au 22 juin 1941, Staline charge Molotov de l'annoncer à la radio. Quand Staline apprend le projet de bombe atomique américaine, Staline charge Molotov d'en créer une aussi. Comme Staline ne peut se déplacer à cause de la guerre, il envoie Molotov à Londres et Washington. Il accompagne aussi Staline à Yalta, à Téhéran et à Potsdam ; et Staline l'envoie représenter l'URSS à la fondation de l'ONU.

Sa famille a souffert de la guerre, comme beaucoup de familles soviétiques. Son cousin Vassili Kontouline combattit, fut fait prisonnier des Allemands puis gardé en otage jusqu'à la fin de la guerre[6].

Déclin politique[modifier | modifier le code]

À la mort de Staline, en mars 1953, Molotov est à nouveau chargé du ministère des Affaires étrangères (Dmitri Chepilov lui succèdera en 1956). Il s'oppose à la déstalinisation menée par Nikita Khrouchtchev et tente avec les partisans staliniens, comme Lazare Kaganovitch, de s'opposer à ce qu'il considérait comme un « coup d'État de Khrouchtchev ».

À la suite de sa défaite politique lors d'un Congrès spécial organisé en 1957, il est exclu du Politburo (alors appelé Présidium du Comité central).

Khrouchtchev le nomme ambassadeur en Mongolie de 1957 à 1960, puis délégué soviétique permanent auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Vienne de 1960 à 1961.

Il est exclu du parti communiste d'URSS en 1962[7] en période de déstalinisation.

Il y est réintégré en 1984, mais ce n'est que symbolique : selon Molotov, « l'URSS était perdue depuis le coup d'État khrouchtchévien »

Il meurt le , à 96 ans : sa tombe se trouve au cimetière de Novodiévitchi, à Moscou.

Le « cocktail Molotov »[modifier | modifier le code]

Le célèbre cocktail Molotov lui doit son nom. Il fut donné par dérision par les soldats de l'armée finlandaise, pendant l'invasion de leur pays par les Soviétiques en 1939[8], au dispositif incendiaire rudimentaire qu'ils utilisaient contre les chars soviétiques.

Ce nom est une réponse à une déclaration de Molotov qui avait affirmé que l'URSS ne lançait pas de bombes sur la Finlande, mais transportait simplement par avion des provisions pour les Finlandais affamés. Une nouvelle bombe soviétique, une des premières bombes à sous-munitions, avait été surnommée par les Finlandais « panier à pain de Molotov ».

La ville de Perm[modifier | modifier le code]

La ville de Perm, au pied de l'Oural, s'est appelée Molotov de 1940 à 1957, en son honneur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le calendrier julien est resté en vigueur dans la Russie tsariste jusqu'en 1918
  2. L'historien britannique Simon Sebag Montefiore, dans une note (no 62) en bas de la page 39 de l'édition britannique de son ouvrage Staline : la cour du tsar rouge (Stalin : the court of the Red Tsar), paru en 2003, s'inscrit en faux contre une assertion courante qui prête un lien de parenté proche entre Viatcheslav Molotov, né Viatcheslav Mikhaïlovitch Scriabine, et le compositeur russe Alexandre Scriabine, certaines personnes qualifiant les deux hommes de « cousins germains », d'autres de « parents ».
  3. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Vasileva_p.155.
  4. Félix Tchouev, Conversations avec Molotov, 1995 (ISBN 2-226-07650-6).
  5. 1939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Michael J. Carley, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001.
  6. Léon Blum, Le dernier mois, Paris, Arléa, 94 p.
  7. Décision prise par sa cellule locale de Moscou, celle du quartier de Sverdlov
  8. John Langdon-Davies, publié dans le Picture Post : Lessons of Finland, juin 1940

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Cercle du Kremlin. Staline et le Bureau politique dans les années 1930 : les jeux du pouvoir, (traduit par Pierre Forgues et Nicolas Werth), Paris, Seuil, coll. « Archives du communisme », 1998, 332 p. 
  • Jean-Jacques Marie, Staline, Fayard, 2001.
  • Viatcheslav Molotov, Discours au XXe congrès du Parti communiste de l'Union Soviétique : 18 février 1956, Paris, Bureau d'information soviétique, , 15 p.
    Supplément à "Études soviétiques", n°97, avril 1956.
  • Simon Montefiore, Staline. La cour du tsar rouge, traduction française, Éditions des Syrtes, 2005.
  • Félix Tchouev, Conversations avec Molotov, tr. fr. 1995.
  • (en) Bernard Bromage, Molotov, the Story of an Era, P. Owen, Londres, 1956, 225 p.
  • (en) Derek Watson, Molotov: A Biography, Palgrave Macmillan, New York, 2005, 376 p.

Lien externe[modifier | modifier le code]