Nomenklatura

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
 Ne doit pas être confondu avec Nomenclature.

La nomenklatura (en russe : номенклату́ра) est un terme russe, passé dans les langues des autres pays communistes (nomenklatura, nomenclatura), pour désigner l'élite du parti communiste de l'Union soviétique et de ses satellites du bloc communiste.

On peut comparer les élites des anciens blocs de l'Est et de l'Ouest : à la nomenklatura de l'Est détenant les pouvoirs publics et tout ce qu'ils contrôlent, correspond à l'Ouest un establishment [1] qui lui détient ou contrôle à la fois des pouvoirs privés et publics (médias, finances, commerce, industrie, État et institutions) [2].

Description politique[modifier | modifier le code]

Il s'agissait initialement de listes de noms de « camarades dignes de la confiance du Parti », donc susceptibles de se voir confier des responsabilités et les avantages qui les accompagnent, comme le décrit Mikhaïl Voslenski, qui dans son ouvrage La Nomenklatura : les privilégiés en URSS (1970) dénonçait le régime mis en place par ces privilégiés[3] :

  • sur le plan politique, la position constitutionnelle de jure du Parti communiste comme « parti unique et organe dirigeant de l’état », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité » (souveraineté), allant du sommet (le Soviet suprême) vers la base (les autres structures du Parti, les soviets locaux, les citoyens) ;
  • sur le plan logistique, la présence massive de la police politique (successivement Tchéka, Guépéou, NKVD, MVD, KGB) dans la société, active par la censure, l’écoute aléatoire et sans aucun contrôle juridique des conversations téléphoniques, l’ouverture du courrier, le quadrillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays ;
  • sur le plan économique, une stricte planification d’État, ne touchant pas seulement les orientations macro-économiques et au commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation, au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l'environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la nomenklatura qui disposait d’un niveau de vie élevé, et le reste de la population confronté à une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative) ;
  • sur le plan social, un strict contrôle des activités culturelles, des média et des droits des citoyens des pays du bloc communiste à l’opinion, à l’expression et au déplacement (nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l'intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non-communistes).

Aujourd'hui, le terme nomenklatura est toujours utilisé, hors de son contexte historique, pour désigner, de façon péjorative, l'élite et les privilèges qui lui sont associés, ou le groupe qui exerce par le truchement de l'État un pouvoir exorbitant dans un domaine commercial sans responsabilité personnelle. Dans le langage courant des anciens pays communistes, un privilégié est un nomenklaturiste.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Pour déterminer quels camarades sont « dignes de la confiance du Parti », on utilisait la « classification sociale » communiste, qui distingue les classes « d'origine sociale saine » (les descendants d'ouvriers industriels ou agricoles non-propriétaires), « d'origine sociale douteuse » (les salariés des administrations du régime renversé par la révolution, désignés comme « laquais des classes exploiteuses »), « d'origine sociale malsaine » (les descendants de la classe moyenne : « petite bourgeoisie » ayant possédé des propriétés tels des commerces, immeubles, entreprises, offices… fermiers petits propriétaires désignés comme « koulaks » ou officiers dans l'armée ou la police tsariste), et « descendants des ennemis du peuple » (appartenant à l'aristocratie ou la haute bourgeoisie, et désignés comme « classes exploiteuses »). L'« ascenseur social » communiste était (en théorie) réservé aux personnes « d'origine sociale saine », qui, avec les carriéristes et les opportunistes de toute origine sociale, formèrent la nomenklatura, terme qui finit par désigner péjorativement l'ensemble des privilégiés (principalement les permanents des partis communistes au pouvoir, les bureaucrates, les technocrates, les officiers de l'armée, les membres de la police politique et leurs familles) qui détournaient et accaparaient à leur profit les avantages de la société communiste (et notamment l'équipement électroménager ou automobile, les aliments de qualité, les meilleurs hôpitaux, universités, emplois, sites de vacances, la possibilité de voyager à l'étranger…).

Historique[modifier | modifier le code]

On en trouve les premières attestations littéraires dans Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov, qui décrit la vie moscovite à la fin de la NEP: de cette époque date le motto : « Dans la maison du peuple communiste, toutes les briques sont égales, mais celles qui sont en dessous doivent supporter le poids de celles qui sont au-dessus »[4].

Postérité artistique[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alan Barcan, Sociological theory and educational reality, Kensington (Nouvelle-Galles-du-Sud), New South Wales University Press, p. 150.
  2. Voir aussi Norbert Elias, The Established and the Outsiders. A Sociological Enquiry into Community Problems, Londres, F. Cass, 1965.
  3. Archie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105 ; Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Paris, Armand Colin, coll. « U », 1996, pp. 11-42, et Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Paris, Julliard, 1981, p. 58.
  4. Antoine et Philippe Meyer, Le communisme est-il soluble dans l'alcool?, Paris, Le Seuil, 1979.
  5. Dictionnaire mondial de la photographie, Paris, Éditions Larousse, 1994, p. 629, (ISBN 978-2035113153)

Bibliographie[modifier | modifier le code]