Coup d'État de 1954 au Guatemala

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Coup d'État de 1954 au Guatemala

Informations générales
Date Juin 1954
Casus belli Réforme agraire nuisant aux intérets de la United Fruit Company.
Issue Renversement du président Jacobo Árbenz Guzmán
Belligérants
Drapeau du Guatemala GuatemalaDrapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau du Guatemala Putschistes guatémaltèques
Commandants
Drapeau du Guatemala Jacobo Árbenz GuzmánDrapeau des États-Unis Dwight D. Eisenhower
Drapeau des États-Unis Allen Dulles
Drapeau du Guatemala Carlos Castillo Armas

Le coup d'État au Guatemala en 1954 est le résultat d'une série d'opérations organisées par la CIA en lien avec la United Fruit Company, en réaction aux réformes agraires du gouvernement du président Jacobo Árbenz Guzmán qui affectaient directement les intérêts de la multinationale américaine – dont Allen Dulles (directeur de la CIA de 1953 à 1961) était actionnaire.

L'opération PBSUCCESS de la CIA qui commence en 1953 et prend fin en 1954 avait pour objectif d’armer et former une « Liberation Army » de circonstance d’environ 400 combattants, sous les commandes d’un officier de l’armée guatémaltèque exilé de l’époque, le colonel Carlos Castillo Armas. La CIA prévoyait d'engager le « mouvement révolutionnaire » conjointement avec une campagne diplomatique, économique et de propagande.

Histoire[modifier | modifier le code]

Causes[modifier | modifier le code]

En 1949, l'United Fruit Company possédait ou affermait près de 3,5 millions d’hectares aux Caraïbes et en Amérique centrale. La multinationale exerçait une très forte influence sur les gouvernements de la région, ce qui popularisera l'expression de république bananière. Les ouvriers sont mal rémunérés et l'entreprise applique une forme de ségrégation raciale, obligeant « toutes les personnes de couleur à s’effacer devant les Blancs et à ôter leur chapeau en parlant avec eux »[1].

Au Guatemala, le régime dictatorial de Jorge Ubico Castañeda est renversé en 1944 par des militaires et des manifestations populaires. Les premières élections démocratiques de l'histoire du pays qui s'ensuivent portent au pouvoir Juan José Arévalo, lequel s'emploie, lors de ses six années au pouvoir, à mener une politique réformiste modérée, notamment marquée par l’établissement d'une nouvelle constitution, d'un code du travail et d'un système de sécurité sociale. Son successeur Jacobo Árbenz Guzmán, élu en 1951, projette de transformer « une nation dépendante à l’économie semi-coloniale en un pays économiquement indépendant » en favorisant l'industrialisation du pays et en luttant contre les monopoles américains. Il jette en particulier les bases d'une réforme agraire.

Le 8 octobre 1951, l’ambassadeur des États-Unis au Guatemala, John Emil Peurifoy, pensait que le gouvernement représentait une menace pour la sécurité nationale des États-Unis, soupçonnant Arbenz d’avoir un lien avec l’URSS et de vouloir implanter le communisme au Guatemala, mais ce n’était pas le cas. En 1954, Jacobo Arbenz Guzmán avait effectivement voulu donner aux plus pauvres du pays 90 000 hectares de parcelles de terre non cultivée, achetées à la United Fruit Company au prix de 3 $, prix que la compagnie avait déclarée. Dans les négociations avec le gouvernement d'Arbenz, la compagnie affirme que les terres valent 75 $, mais Arbenz reste ferme en plus d'instaurer une taxe d’importation sur les produits[2]. La compagnie ayant des membres de son comité exécutif qui siègent au Congrès, très vite, Arbenz est déclaré comme étant « contre les intérêts américains ».

Prémices[modifier | modifier le code]

L'UFCO demanda l’aide de la CIA et commença un coup d’État. La CIA fournit des armes à l'UFCO afin qu’elle les remette par la suite aux rebelles de Carlos Castillo Armas. Les troupes d’Armas étaient constituées d’exilés guatémaltèques, de mercenaires d’Amérique latine et de soldats américains.

L’ambassadeur, Peurifoy, ne cessa d’infliger une pression sur le président guatémaltèque pour le faire démissionner. Le Honduras et le Salvador accusèrent le Guatemala de vouloir les envahir, mais Arbenz était plutôt occupé à se procurer des armes pour se défendre des attaques ennemies. Il a tenté de s’en procurer en Europe de l’Ouest, puis en Europe de l’Est. Le , le secrétaire d’État John Foster Dulles annonçait qu’un bateau suédois venant de la Pologne, transportant 2 000 tonnes d’armes et munitions, avait accosté à Puerto Barrios deux jours plus tôt[2]. Dwight David Eisenhower, le président américain, ordonna la fouille de tout vaisseau étranger susceptible de procurer de l’armement au Guatemala. De plus, Eisenhower mit en place l’opération Hardrock Backer, un blocus naval dans lequel chaque bateau ou sous-marin était inspecté et arraisonné[2]. Pour mettre davantage de pression sur Arbenz, le Nicaragua rompait ses relations diplomatiques avec le Guatemala le . Le Nicaragua d'Anastasio Somoza Garcia et le Honduras de Juan Manuel Galvez signèrent des traités de sécurité mutuelle avec les États-Unis et permirent à la CIA d'exploiter sur leur sol des camps d’entraînement dans l'optique du coup d’État.

Les États-Unis financent une campagne médiatique très hostile au gouvernement[3]. The New York Times, l'International Herald Tribune, Newsweek, United Press International, The Christian Science Monitor et The Miami Herald participent à cette campagne, présentant le gouvernement guatémaltèque comme une tête de pont soviétique sur le continent américain et préparant l'opinion publique du pays à la nécessité de le renverser. Le célèbre publicitaire Edward Bernays est recruté par l'UFC pour ses campagnes de presse[1].

Après plusieurs contacts avec la CIA, l'archevêque Marino Arellano invoqua dans une lettre pastorale « la menace du communisme » et exhorta « le peuple du Guatemala à se « dresser comme un seul homme contre cet ennemi de Dieu et de la nation ». Le texte de ce message fut diffusé à plusieurs reprises sur les ondes, et des milliers de tracts le reproduisant furent parachutés jusque dans les régions les plus reculées du pays[1].

Juin 1954[modifier | modifier le code]

Le , les forces de Castillo Armas, qui comptaient quatre cents hommes, entraient sur le territoire du Guatemala. Leur plan était d’attaquer des cibles près des frontières pour faire croire à une offensive majeure, mais l’échec du plan a été rapidement constaté. Les troupes prenaient trop de temps à se déplacer, donc l’armée gouvernementale n’avait pas de difficulté à mettre leur plan en déroute. Pendant ce temps, Castillo Armas attendait un soulèvement populaire qui était censé le soutenir, mais il n’a finalement pas eu lieu[2]. Le même jour, lors de la réunion populaire qui avait pour but d’appuyer Arbenz, un avion de la CIA a lâché des tracts au-dessus du stade menaçant le bombardement de sites précis si le président Arbenz ne démissionnait pas, des messages semblables ayant été diffusés à la radio.

Le , le lieutenant-colonel Carlos Castillo Armas lance son offensive au Guatemala à la tête de 400 rebelles, aidé par des mercenaires entraînés au Honduras et au Nicaragua par la CIA, et « soutenus par des avions de combat américains pilotés par des Américains »[4]. Les rebelles sont supposés éviter l'armée pour que celle-ci ne réplique pas ; une propagande radiophonique s'efforce de retourner la population. L'échec est rapide : les rebelles, lourdement équipés, mettent plusieurs jours à atteindre leurs objectifs. Constitués de troupes indisciplinées et de faible valeur, ils sont facilement mis en déroute quand ils rencontrent une résistance.

Démission et conséquences[modifier | modifier le code]

Cependant, le président craint que la déroute des rebelles débouche sur une invasion directe des États-Unis et ordonne à l'armée de laisser les rebelles avancer. La peur d'une intervention américaine conduit une garnison à se rendre aux forces rebelles décimées. Le président décide de démissionner le .

Les jours suivants, plusieurs juntes se succèdent jusqu'à ce qu'Armas prenne la tête du pays. Il se montrera gravement incompétent pour diriger le pays. L’entrée au pouvoir d’Armas a comme conséquences d’annuler la réforme agraire et d'interrompre l’expropriation de l’United Fruit Company, qui récupère l'ensemble de ses terres. Castillo Armas interdit la formation de syndicats, et prive les trois quarts des Guatémaltèques de leur droit électoral en excluant les analphabètes du vote[2]. L'action américaine est vivement critiquée dans la presse étrangère. La CIA envoie une équipe au Guatemala pour établir l'affiliation du régime du Guatemala à l'Union soviétique. Malgré des recherches profondes, aucun lien ne peut être établi.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Noam Chomsky commentait ainsi l'intervention américaine dans une conférence prononcée en 1985 :

« […] nous nous sommes arrangés pour interrompre, en 1954, une expérience démocratique. Il s'agissait pourtant d'un régime réformiste, capitaliste et démocratique, du type new deal, que notre intervention a permis d'éliminer, laissant à sa place un véritable enfer sur terre, probablement le régime de la période contemporaine le plus proche de l'Allemagne nazie[5]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Edmond de Clermont, « Le renversement de la démocratie de Jacobo Arbenz au Guatemala », Le Monde diplomatique, .
  2. a b c d et e Dumais et Languirand 2011.
  3. Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d'Etats modernes et autres tentatives de destabilisation, Don Quichotte, , p. 628.
  4. Zinn 2002, p. 498.
  5. Chomsky 2002, p. 44.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles
  • Étienne Dasso, « Aux origines du coup d’État de 1954 au Guatemala : le rôle de la United Fruit Company dans la préparation du soulèvement contre Jacobo Arbenz », L'Ordinaire des Amériques [En ligne], 210 | 2008, mis en ligne le 01 novembre 2015, consulté le 30 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/orda/2667 ; DOI : https://doi.org/10.4000/orda.2667
Ouvrages

Images, filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]