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Révolution de Saur

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Révolution de Saur
Description de cette image, également commentée ci-après
Le palais présidentiel de Kaboul après le soulèvement communiste.
Informations générales
Date (1 jour)
Lieu Kaboul (Afghanistan)
Casus belli Arrestation des dirigeants du PDPA
Issue

Victoire du PDPA

Belligérants
République d'Afghanistan
  • Garde présidentielle
Parti démocratique populaire d'Afghanistan
Commandants
Mohammad Daoud Khan
Abdul Qadir Nuristani (en)
Ghulam Haidar Rasuli (en)
Hafizullah Amin
Mohammed Aslam Watanjar[1]
Abdul Qadir Dagarwal (en)
Nour Mohammad Taraki[1]
Babrak Karmal[1]

Conflit afghan

Coordonnées 34° 31′ 31″ nord, 69° 10′ 42″ est

La révolution de Saur (persan : انقلاب ثور) est le nom donné à la prise du pouvoir par le Parti démocratique populaire en Afghanistan le . Le nom « Saur » fait référence au nom dari du deuxième mois du calendrier persan, mois au cours duquel le soulèvement a eu lieu, soit le 7 du mois de Saur, 1357[2],[3].

L'avènement de la révolution communiste en Afghanistan est généralement attribué à l'assassinat de Mir Akbar Khyber, le . Celui-ci, membre influent et apprécié du Parti démocratique populaire de l'Afghanistan (PDPA) est assassiné en pleine rue, vraisemblablement par des agents du gouvernement du président Mohammad Daoud Khan. La situation est alors très tendue en Afghanistan, frappé par des famines, une récession économique majeure, une instabilité et une insécurité croissante, contre laquelle le gouvernement républicain nationaliste et autoritaire du prince Daoud Khan se montre globalement impuissant. Deux jours plus tard, le PDPA organise une manifestation de protestation qui rassemble près de quinze mille personnes et se termine par une rafle policière de nombreux militants du parti, dont Nour Mohammad Taraki, secrétaire général du parti, et son adjoint, Babrak Karmal. Toutefois, la purge ne touche pas l'armée, qui compte un grand nombre d'officiers secrètement membres de l'aile militaire du PDPA. Surtout, l'un des principaux dirigeants du parti, Hafizullah Amin, chargé entre autres de l'infiltration des forces armées, est maintenu durant une journée en résidence surveillée, ce qui laisse suffisamment de temps à son jeune fils, Abdul Rahman Amin, alors agé de 17 ans, de transmettre aux militaires, dans la crainte d'une purge sanglante ordonnée par Daoud, l'ordre d'attaquer pour le 27 avril, soit le 7 du mois de Saur[4].

Militants du PDPA en train de protester contre le régime de Daoud Khan à la suite de l'assassinat de Mir Akbar Khyber le 17 avril de la même année.

Le coup d'État

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À l'aube du , les unités de l'armée nationale afghane (ANA) fidèles au PDPA se mutinent. Le gouvernement de Daoud est isolé, les lignes téléphoniques et télégraphiques ayant étés coupées dans la nuit par les insurgés, et ignore tout de la situation dans les premières heures de l'insurrection. La 4ème unité blindée, hors de Kaboul, investit la prison de Pul-e Charkhi, mitoyenne à la base militaire, où les dirigeants communistes ont étés emprisonnés quelques jours plus tôt.

Les insurgés de la 4ème unité font ensuite la jonction avec ceux de la base aérienne de Bagram, mitoyenne à l'aéroport international de Kaboul, et procèdent à l'arrestation et à l'exécution sommaire des officiers loyalistes. Le plan des insurgés prévoit d'envoyer immédiatement l'aviation bombarder le palais présidentiel pour décapiter le commandement ennemi, mais les avions ne peuvent décoller pour cause de mauvais temps, ce qui rend la réalisation du coup d'État beaucoup plus hasardeux.

Ayant sécurisé Bagram et Pul-e Charkhi, les forces de la 4ème unité blindé entrent dans Kaboul et prennent le ministère de la défense sans rencontrer de résistance sérieuse. Ils se dirigent ensuite vers le palais présidentiel, la citadelle de l'Arg. Daoud Khan est pris de court, surpris en plein conseil des ministres. Une fusillade éclate au sein de la garde présidentielle, où la confusion est totale : certains officiers - secrètement membre de la faction parchami du PDPA et qui n'ont pas étés prévenus par les autres conjurés - se retrouvent brièvement à combattre leurs camarades du PDPA[5].

Scène à Kaboul après la révolution.

À midi, ayant tiré parti de la confusion générale pour encercler leurs ennemis, les insurgés ouvrent le feu sur la citadelle. De très violents combats ont lieu pour la prise du palais présidentiel, mais à partir de 16H00, l'aviation, aux mains des insurgés, entre en scène, et bombarde la citadelle, ce qui fait tourner décisivement la balance en faveur du PDPA. Le général Haydar Rassouli, ministre de la défense, tente de mobiliser les unités fidèles au gouvernement, mais beaucoup d'unités refusent de le suivre, jugeant plus prudent d'attendre de voir quel camp l'emportera avant de se prononcer. Certains éléments au sein de la 8ème division le suivent, mais les tankistes, secrètement membres de l'aile militaire du PDPA , retournent leurs canons contre leurs officiers et les maîtrisent. Seule la 7ème division prend résolument parti pour Daoud Khan, mais est dans l'incapacité de tenir sous le feu des MIG-21 des insurgés, et se disperse. Dans l'après-midi, les insurgés prennent un à un les ministères, la mairie, le siège de la police, et le centre des télécommunications. Aslam Watanyar et Abdul Qadir annoncent alors à la radio en pachtoune et en dari la fin du régime de Daoud et la prise du pouvoir par « le peuple afghan ».

Timbre commémorant la Révolution en 1979.

Dans la nuit du 27 au 28, les dernières poches de résistance au sein du palais présidentiel sont écrasées. Peu après minuit, le 28 avril, un détachement insurgé entre dans la pièce où s'est réfugié Daoud Khan et sa famille, et lui propose de se rendre. Daoud refuse et ouvre le feu. D'autres soldats insurgés entrent alors dans la pièce puis abattent indistinctement Daoud et toutes les personnes s'y trouvant, achevant la prise de contrôle totale de Kaboul[5].

Le , jour de la journée internationale des travailleurs, Taraki devient président de la république, Premier ministre et secrétaire général du PDPA. Le pays est alors rebaptisé « république démocratique d'Afghanistan ».


Les diplomates soviétiques et le KGB sont pris de court par ce coup de force. Selon eux, l’Afghanistan est encore trop féodal pour un passage au socialisme et le PDPA trop minoritaire pour constituer un gouvernement stable[6].

Notes et références

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  1. a b et c (en) « THE KGB IN AFGHANISTAN: DEFECTOR'S DOCUMENTS SHED NEW LIGHT ON SOVIET WAR », Federation of American Scientists, (consulté le ).
  2. « Analyse de la révolution afghane de 1978… », sur Archipel UQAM, (consulté le ).
  3. (en) David B. Edwards, Before Taliban, (lire en ligne), Part I : The Saur Revolution
  4. « Retour sur l’expérience communiste en Afghanistan », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. a et b (en) Nabi Azimi, The army and politics : Afghanistan 1963-1993, (lire en ligne), Part 1 - The second Coup of the afghan army.
  6. Christian Parenti, « Retour sur l'expérience communiste en Afghanistan », sur Le Monde diplomatique, .

Liens externes

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