Titisme

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Le terme de titisme (parfois appelé « titoïsme ») est utilisé pour décrire la version de l'idéologie communiste adoptée après 1948 par Tito, dirigeant de la République fédérative socialiste de Yougoslavie. Il dérive du nom de guerre de son principal inspirateur.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1948, la rupture Tito-Staline survient après que l'URSS a échoué à soumettre comme elle l'entendait la Yougoslavie communiste. Le Kominform exclut le Parti communiste de Yougoslavie et dénonce la déviation nationaliste de Tito. Le terme est initialement utilisé de manière péjorative, l'accusation de « titisme » est utilisée dans le cadre des purges des appareils communistes.

Le principal concept du titisme, dont le slovène Edvard Kardelj fut l'un des principaux théoriciens, consiste en la recherche par chaque pays de la voie du socialisme, en utilisant ses propres ressources et en usant de politiques adaptées à son propre contexte national, plutôt que de se conformer à une politique définie de l'extérieur. Dans le contexte de la guerre froide, le titisme était perçu comme une voie socialiste indépendante de celle préconisée par l'Union soviétique, et généralement opposée à celle-ci.

L'évolution du régime yougoslave, qui usait jusqu'en 1948 de méthodes staliniennes classiques, a été notable. La mue idéologique s'est accompagnée de bons rapports avec le « monde libre » et d'un allègement de la répression politique, et surtout par l'adoption d'une politique d'« autogestion » économique, généralisée à partir de 1950, et se voulant une mise de l'économie entre les mains des producteurs directs, excluant ainsi la formation d'une classe des bureaucrates comme cela a été le cas dans les autres régimes communistes[1]. Les entreprises sont gérées par des dirigeants théoriquement élus par les travailleurs, bien qu'en pratique la désignation de ceux-ci revienne au Parti. Des éléments d'économie de marché sont progressivement introduits : en 1965, la notion de rentabilité est appliquée de manière générale, avec l'abandon de la planification économique.

Le système d'autogestion économique appliqué par Tito engendre, jusqu'à la fin des années 1970, de bons résultats[réf. nécessaire] : la Yougoslavie est l'un des pays communistes les plus prospères et pratique, dans les faits, une économie proche de l'économie de marché. Bien que le marxisme-léninisme soit demeuré une matière obligatoire à l'université yougoslave, le pays connaît une réalité très éloignée de celle des pays demeurés au sein du bloc de l'Est.

L'expérience titiste a été notamment appréciée, dans les années 1960, par certains intellectuels de gauche déçus par le marxisme orthodoxe[2].

Sur le plan politique, le titisme a été une notion moins claire : tout en maintenant sur le plan international une position de neutralité et sur le plan intérieur une affirmation de l'identité nationale, Tito a dû avec le temps composer avec le problème croissant des nationalismes internes, surtout à partir du printemps croate de 1971.

Chronologie[modifier | modifier le code]

La résolution du Bureau d'Information du 28 juin 1948, au-delà des communistes yougoslaves[5], dénonçait avec une violence particulière tous les communistes qui sympathisaient avec les « titistes », alors que la rupture n'était pas encore connue[6]. Le conflit aurait eu pour origine le projet de fédération balkanique de Tito, Staline se plaignant de ne pas en avoir été informé à temps, même si Tito a rapidement accepté un accord prévoyant une consultation préalable de Moscou pour la politique extérieure. Les Bulgares sont inquiets car au cours de l'entrevue Tito-Dimitrov de 1947 il avait été décidé que la région de Pirin (Macédoine bulgare) puisse être donnée à une république macédonienne en échange de régions frontalières accordées à la Yougoslavie a Versailles rendues à la Bulgarie[7].

La résolution du 28 juin 1948 condamnant les dirigeants du parti communiste yougoslave pour déviationisme, suscite pourtant « étonnement et stupeur, tant elle paraissait invraisemblabl »e. La Yougoslavie était une alliée fidèle de l'U.R.S.S. et « rien ne laissait prévoir une telle mesure d'expulsion », si ce n'est un rapport prudent rédigé en juin 1948 par l'ambassade des Etats-Unis à Belgrade[5], auquel Washington a accordé peu de crédit, émettant à partir de quelques indices ténus[5], parmi lesquels le retrait des portraits de Tito en Roumanie[5], évoqué dans un article du quotidien français Le Figaro, le 12 février 1948. l'hypothèse d'une opposition entre Belgrade et Moscou[5].

En 1948, au comité central du PCF organisé du 8 au 9 juillet, à la suite du Bureau d'Information (Kominform) de l'Internationale communiste [5]. Les membres du comité central qui ne s’étaient pas associés à la condamnation de Tito, comme la célèbre résistante Mounette Dutilleul, qui avait par ailleurs été témoin à l'été 1940 des démarches pour la reparution de l’Humanité, ou pour la réoccupation des mairies en région parisienne par le Parti communiste français[8] ne sont pas réélus en avril 1950, lors du XIIe congrès du Parti communiste français qui voit l'éviction d'autres suspects de "Titisme"[8], comme le grand résistant du Limousin Jean Chaintron ou du biologiste Marcel Prenant, intellectuel communiste de premier plan[9]. Pourtant, entre-temps, Jean Chaintron s'était amendé en dénonçant, mais trop tard, « la misérable clique de Tito » et en tenant en 1949 le secrétariat du Comité de patronage de l’exposition en l’honneur du 70e anniversaire de Joseph Staline[10]. Cependant, il avait présenté en 1949, un rapport à la commission des affaires étrangères du PCF sur « la situation en Grèce et la politique de Tito »[11], qui fait les louanges de Márkos Vafiádis, l'ancien héros de la Guerre civile grecque éloigné du commandement dès août 1948, puis exclu du parti communiste grec en octobre sous accusation de titisme[11]. Lors de ce XIIe congrès du Parti communiste français il est demandé aux délégués "d'intensifier la vigilance révolutionnaire" contre les titistes[12].

En juillet 1948 aussi débuta le blocus de Berlin[5]. L'intervention soviétique, vingtans plus tard, en août 1968, en Tchécoslovaquie suscita chez les Yougoslaves la crainte d'une action analogue de l'URSS[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dimitri T. Analis, Les Balkans 1945-1960, Puf, 1978, pp. 192-194
  2. Paul Garde, Vie et mort de la Yougoslavie, Fayard, , 480 p., broché [détail de l’édition] (ISBN 2213605599 et 978-2213605593), p. 93.
  3. "André Marty : l’homme, l’affaire, l’archive" par Paul Boulland, Claude Pennetier, et Rossana Vaccaro, 2012 [1]
  4. Article de Marcel Servin, «Contre les espions titistes», l’Humanité, 12 juin 1950[2]
  5. a b c d e f g et h "Le conflit entre le Kominform et la La rupture entre la Yougoslavie" par Marie-Paule Canapa Revue d'études comparatives Est-Ouest en 1973 [3]
  6. "Le Kominform: Le communisme de guerre froide" par Lilly Marcou en 1977 aux Presses de Sciences Po [4]
  7. LA GRANDE " PURGE " DES PARTIS COMMUNISTES dans Le Monde du 17 juillet 1948 [5]
  8. a et b Biographie Le Maitron de Mounette Dutilleul [6]
  9. "Des vies en rouge: Militants, cadres et dirigeants du PCF (1944-1981)" par Paul Boulland
  10. Biographie Le Maitron de Jean Chaintron [7]
  11. a et b "Les communistes grecs dans la guerre: histoire du Parti communiste de Grèce de 1941 à 1949", par Christophe Chiclet L'Harmattan, 1987
  12. "Anatomie du Parti communiste français" par Alain Brayance, Paris, Denoël- Les presses d'aujourd'hui, 1952,

Voir également[modifier | modifier le code]

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