Opération Ajax

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ajax.

L’opération Ajax (officiellement TP-AJAX) est une opération secrète menée par le Royaume-Uni et les États-Unis en 1953, exécutée par la CIA, pour mettre un terme à la politique nationaliste du Premier ministre d'Iran, Mohammad Mossadegh, et consolider le pouvoir du Chah, Mohammed Reza Pahlavi, ceci afin de préserver les intérêts occidentaux dans l'exploitation des gisements pétrolifères iraniens. Durant l’administration du président américain Bill Clinton en 2000, la secrétaire d’État Madeleine Albright a reconnu officiellement le rôle des États-Unis dans l'organisation et le soutien financier du coup d’État de 1953[1]. Barack Obama est le premier président à reconnaître l'implication de son gouvernement et à s'en excuser dans un discours adressé à la communauté musulmane le 4 juin 2009[2]. « En pleine guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu. »

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le gouvernement nationaliste de Mohammad Mossadegh entreprend une série de nationalisations de compagnies pétrolières de l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), qui devient la National Iranian Oil Company (NIOC)[3].

L’origine du conflit est le refus d’AIOC d’autoriser un audit des comptes pour déterminer si le gouvernement iranien reçoit les redevances qui lui sont dues. L’intransigeance de la compagnie pétrolière induit une escalade de demandes du gouvernement nationaliste, qui exige un partage des revenus à parts égales. La crise finale est précipitée quand l’AIOC interrompt ses opérations plutôt que d’accepter les demandes des nationalistes, ce qui conduit à la nationalisation de la compagnie.

Le Royaume-Uni tente sans succès de porter l'affaire devant la Cour internationale de justice, qui se déclare incompétente en juillet 1952 (Anglo-lranian Oil Co. (Royaume-Uni c. Iran)), prépare même une opération militaire à partir de Chypre et du Golfe. Les nouvelles compagnies pétrolières appartenant à l’État constatent une chute dramatique de productivité et conséquemment, des exportations. La crise d'Abadan est le résultat de cette situation qui s’est envenimée avec la fermeture des marchés d’export. Sans réseau de distribution, le gouvernement iranien est rejeté des marchés par un blocus international pour forcer Mossadegh à la reprivatisation. Les États-Unis, alors sous l'autorité de Truman, "bloque le projet militaire anglais, accorde un prêt à Mossadegh, et lui suggère d'indemniser l'Anglo-Iranian"[4]. Mais Mossadegh, en 1952, refuse de négocier l'indemnisation, rompt toute relation diplomatique avec Londres, critique les États-Unis, et se rapproche de l'URSS, ce que le nouveau gouvernement républicain des États-Unis voit d'un très mauvais œil.

Organisation[modifier | modifier le code]

En planifiant l’opération, la CIA organise une guérilla afin d’empêcher le parti communiste Tudeh de prendre le pouvoir dans le cas d'un échec de l’opération Ajax. Selon des documents autrefois classés « top secret » de la National Security Archive, le sous-secrétaire d’État Walter Bedell Smith révèle que la CIA est parvenue à un accord avec des chefs de tribu Qashqai dans le sud de l’Iran, afin d’établir un refuge pour que les agents et guérillas financés par les États-Unis puissent opérer.

Le chef de l’opération Ajax était Kermit « Kim » Roosevelt, Jr. (en), un agent senior de la CIA et petit-fils de l’ancien président des États-Unis Theodore Roosevelt. Alors que la direction officielle lui était attribuée, le projet est conçu par Donald Wilber, un agent de la CIA et auteur encensé de livres sur l’Iran, l’Afghanistan et Ceylan (Sri Lanka), et mené sur le terrain par le colonel Herbert Norman Schwarzkopf[5].

La CIA, organise une fausse manifestation du Tudeh à Téhéran, ses agents détruisent les symboles de la monarchie, attaquent des mosquées pour provoquer une riposte des monarchistes et de l'armée. Les objectifs sont atteints, Mossadegh est arrêté, le Shah est remis sur le trône, le général Zahedi est nommé premier ministre, et le Front national interdit. Mossadegh, jugé, emprisonné, puis assigné à résidence, meurt en 1967[4].

L’opération Ajax est le premier complot organisé par la CIA pour renverser un gouvernement démocratiquement élu. Le succès obtenu avec une logistique modique et un coût relativement faible encourage l'agence américaine à mettre en œuvre une opération similaire au Guatemala un an plus tard.

Conséquences[modifier | modifier le code]

En 1954, les États-Unis imposent leurs conditions dictant la fin de son monopole. Des licences sont données à cinq entreprises pétrolières américaines, en plus de la Royal Dutch Shell et de la Compagnie française de pétroles. La NIOC reste propriétaire des installations, et de la distribution en Iran, la commercialisation extérieure est assurée par un consortium anglo-américain, les revenus pétroliers sont partagés. La NIOC devient, en 1955, la British Petroleum, BP.

Dès son rétablissement sur le Trône du Paon, le Chah joue un rôle plus actif et central dans la gestion de l'État, tant d'un point de vue politique qu'économique. Les partis d'opposition sont ainsi décrétés illégaux et la Savak, police politique chargée de surveiller et de réprimer au nom de la sûreté de l'État, est mise en place avec l'aide des services secrets américains et du Mossad. Simultanément, un train de réformes sociales, économiques et culturelles inspirées des modèles occidentaux est lancé dans les années 1960 (Révolution blanche).

L’insatisfaction dominant au milieu des années 1970, et ce malgré une croissance économique forte, le régime pro-occidental du Chah a de plus en plus de mal à justifier son autoritarisme (censure, parti unique, abus commis par la Savak et dénoncés par Amnesty International) et ses nombreuses dépenses (festivités de Persépolis, projets pharaoniques, achats d'appareils militaires sophistiqués). Les effets pervers de la crise pétrolière de 1973 n'étant pas encore évalués à leur juste valeur, l'amélioration du niveau de vie ne s'étend pas à l'ensemble des Iraniens : le fossé se creuse entre la classe dirigeante et une part grandissante de la population, aux aspirations diverses et pour certaines diamétralement opposées, exigeant certaines réformes et en rejetant d'autres. La situation se détériorant dès la fin de l'année 1977, elle tournera au chaos, à la confusion et aux affrontements violents durant l'année suivante. C'est la révolution iranienne qui verra l'émergence de l'ayatollah Khomeyni, chef religieux en exil depuis quinze ans en Irak puis en France et soutenu par le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing dans un contexte de concurrence entre la CEE et les États-Unis, et la chute du régime impérial pro-occidental au profit d'un système théocratique instauré en avril 1979 : la République islamique d'Iran[6].

Réfutations de l'opération et des interventions étrangères[modifier | modifier le code]

La réalité de l'opération Ajax est contestée par certains protagonistes des évènements de 1953, ainsi que par d'anciens hauts dirigeants de la CIA, qui soutiennent que le gouvernement Mossadegh a été renversé sous la pression populaire, après sa destitution par le Chah selon les termes de la constitution de 1906. L'un de leurs arguments est que les documents déclassifiés de l'opération, d'avant le 19 août 1953, qui auraient pu prouver sans ambiguïté l'intervention des services secrets américains et britanniques, ont été détruits dans leur intégralité, ce qui jette le doute sur son existence et sur tous les documents publiés par la suite : le rapport secret publié en 2000 par The New York Times, de même que le livre de Kermit Roosevelt, Jr., sont des témoignages individuels a posteriori. Selon Richard Helms, ancien directeur de la CIA, l'opération aurait été au départ une rumeur, reprise après coup par la CIA pour son propre compte dans le but de pouvoir présenter un succès après l'échec retentissant du débarquement de la baie des Cochons à Cuba[7]. Par ailleurs, l'opposition iranienne favorable au Shah estime que si les États-Unis n'ont jamais démenti l'opération Ajax, c'était afin de délégitimer le régime du Chah auprès de l'opinion publique, notamment lorsque celui-ci a annoncé son intention de ne pas reconduire les accords pétroliers internationaux de l'Iran à leur échéance de 1979[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]