Polina Jemtchoujina

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Polina Jemtchoujina
Fonctions
Commissaire du peuple à la Pêche
Prédécesseur Poste créé
Successeur Poste supprimé
Biographie
Nom de naissance Perl Karpovskaïa
Date de naissance
Lieu de naissance Polohy, gouvernement de Iekaterinoslav
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Date de décès (à 73 ans)
Lieu de décès Moscou, RSFS de Russie
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Nationalité Drapeau de la Russie russe → Drapeau de l'URSS soviétique
Conjoint Viatcheslav Molotov

Polina Semionovna Jemtchoujina (en russe : Полина Семёновна Жемчужина), née Perl Karpovskaïa le et décédée le est une femme d'État soviétique. Elle était l'épouse du ministre soviétique Viatcheslav Molotov.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Fille d'un modeste tailleur juif, elle naît dans le village de Polohy, près d'Aleksandrovsk, dans le gouvernement de Iekaterinoslav (aujourd'hui l'oblast de Zaporijia, en Ukraine)[1].

Ascension politique[modifier | modifier le code]

Elle rejoint le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, côté bolcheviks en 1918 et devient « commissaire à la propagande » au sein de l'Armée rouge pendant la guerre civile russe. En tant que communiste, elle change son nom de famille en Jemtchoujina, ce qui signifie « perle » (traduction de son ancien prénom)[1].

En 1921, elle épouse Viatcheslav Molotov, alors membre du Comité central du PCUS[1]. Elle grimpe rapidement dans la hiérarchie étatique soviétique, travaillant au commissariat du peuple à l'Alimentation sous la direction d'Anastase Mikoyan avant de devenir commissaire du peuple à la Pêche, en 1939. La même année, elle est élue membre du Comité central[2],[3].

Relations tendues avec Staline[modifier | modifier le code]

Durant les années 1920, sa sœur émigre en Palestine, alors sous mandat britannique ; son frère est un homme d'affaires qui a fait fortune aux États-Unis[4]. Selon l'historien Jaurès Medvedev, Staline est très méfiant à l'égard de la femme de Molotov, pensant même qu'elle l'influençait de manière négative. Il demande alors à Molotov de divorcer.

Dans la cité constructiviste des quais de la Moskova où résident les principaux apparatchiks, les Molotov occupent l'appartement voisin des Staline. Polina Jemtchoujina et la femme de Staline, Nadejda Allilouïeva, deviennent ainsi des amies proches. En novembre 1932, Polina soutient son amie, sévèrement réprimandée lors d'un dîner en compagnie d'amis[4]. Le lendemain matin, Nadejda Allilouïeva est retrouvée morte : c'est apparemment un suicide. Cet événement alimente dès lors une haine secrète de Staline envers celle qui fut la dernière à parler à son épouse[4].

Lors d'une réunion secrète du Politburo, le 10 août 1939, le point 33 de l'ordre du jour concerne « la camarade Jemtchoujina » et ses présumées « connexions avec des espions ». Cela conduit à une demande de vérification auprès du NKVD. Comme il était d'usage au cours des Grandes Purges, plusieurs de ses collègues sont arrêtés et interrogés, mais les « preuves » (souvent acquises par la torture) contre elle sont si contradictoires, que le Politburo conclut que « les allégations sur la participation de la camarade Jemtchoujina à des actes de sabotage et d'espionnage sont diffamatoires ». Toutefois, elle est sévèrement réprimandée et rétrogradée pour avoir « eu sans le savoir des contacts avec des éléments ennemis, facilitant ainsi leur missions d'espionnage ». En février 1941, elle est exclue du Comité central.

Liens avec la culture juive[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Polina Jemtchoujina soutient activement le Comité antifasciste juif et se lie d'amitié avec bon nombre de ses membres éminents, comme Solomon Mikhoels. Elle assiste régulièrement à des spectacles du théâtre d'État juif de Moscou[5]. Elle se lie d'amitié avec Golda Meir, qui arrive à Moscou en novembre 1948, en tant que première ambassadrice israélienne en URSS[6].

Arrestation et réhabilitation[modifier | modifier le code]

C'est le prétexte que Staline attendait : Jemtchoujina est arrêtée en décembre 1948 pour « trahison », sur des accusations forgées de toutes pièces, après que Molotov ait divorcé d'elle. Elle écope de cinq ans de relégation dans l'oblast de Koustanaï, au Kazakhstan. Après la mort de Staline, en mars 1953, elle est réhabilitée et retrouve finalement son mari grâce à Beria[7].

Le couple, remarié, vit alors comme des staliniens impénitents dans l'immeuble Granovski, près du Kremlin. Elle décède en 1970 à l'âge de 74 ans. Elle est enterrée au cimetière de Novodevitchi.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Shimon Redlich, War, the Holocaust and Stalinism : A Documented History of the Jewish Anti-Fascist Committee in the USSR, Routledge, , 548 p. (ISBN 9781134367108, lire en ligne), p. 43, 47, 58, 149-150, 162, 253, 448. 
  • (en) Rachel Polonsky, Molotov's Magic Lantern : A Journey in Russian History, Faber & Faber, , 416 p. (ISBN 9780571258277, lire en ligne). 
  • (en) Larisa Vasileva, Kremlin Wives : The Secret Lives of the Women Behind the Kremlin Walls—From Lenin to Gorbachev, Arcade Publishing, , 251 p. (ISBN 9781559702607, lire en ligne), p. 136-160. 

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Rachel Polonsky, p. 69.
  2. Rachel Polonsky, p. 70.
  3. Larisa Vasileva, Kremlin Wives, The Secret Lives of the Women Behind the Kremlin Walls—From Lenin to Gorbachev, Arcade Publishing 1994, 251 pages, ISBN 9781559702607, p. 137 - [1]
  4. a, b et c Larisa Vasileva, p. 137.
  5. Shimon Redlich, p. 149.
  6. Larisa Vasileva, p. 142.
  7. Larisa Vasileva, p. 155.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]