Religion gauloise

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Religion gauloise
Description de cette image, également commentée ci-après
Cernunnos, le dieu père des Gaulois aux bois de cerf gravé sur le Pilier des Nautes à Lutèce.
Religion Religion gauloise, religion gallo-romaine
Pays Gaulois (peuples de la Gaule)
Langue(s) Gaulois, gallo-romain

La religion gauloise est l'ensemble des croyances et des rites propres aux peuples de la Gaule. Du fait de l'absence de sources écrites directes avant l'époque romaine, ses particularités d'avant la romanisation demeurent mal connues, et difficiles à distinguer de celles de la religion gallo-romaine.

Sources[modifier | modifier le code]

Les témoignages antiques[modifier | modifier le code]

La classe sacerdotale des druides connaissait l'écriture, mais privilégiait systématiquement la transmission orale. Aussi les premiers documents écrits sont ceux d'écrivains grecs et latins, depuis Hécatée de Milet au VIe siècle av. J.-C. jusqu'à Tacite au IIe siècle apr. J.-C.[1]

Hécatée et Hérodote mentionnent simplement la localisation des Celtes.

Les premières descriptions sont celles des Grecs Polybe et Posidonios au IIe siècle av. J.-C. Polybe est un historien rigoureux, qui se refusait à rapporter les témoignages douteux, et croisait ses informations. Il s'intéressait particulièrement aux pays qu'il avait lui-même parcourus, comme la Gaule du Sud[2].

Il ne reste que des bribes de l'ouvrage de Posidonios, mais on en retrouve des passages chez les auteurs du Ier siècle av. J.-C. Diodore de Sicile, Strabon, tout comme César dans la Guerre des Gaules sont largement tributaires de ces deux auteurs[3].

Après la conquête de la Gaule en 50 av. J.-C., celle-ci fut décrite par les historiens latins. Pline l'Ancien, procurateur en Gaule narbonnaise en 70 apr. J.-C., puis nommé en Gaule belgique en 79, offre ainsi la vaste compilation d'informations de son Histoire naturelle.

L’archéologie[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1950, l'archéologie a fait de nouvelles découvertes ; l'archéologie aérienne a ainsi permis de repérer des vestiges enfouis, décelables sur les photographies par les modifications de couleur du sol ou de développement des cultures. La découverte du sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, le premier connu datant d'avant la conquête romaine, a révolutionné les connaissances sur le sujet[4].

La toponymie et l'épigraphie ont aussi apporté de nouvelles notions, parfois modestes prises individuellement, mais qui permettent globalement de faire avancer la connaissance de la culture gauloise[5]

Les littératures médiévales[modifier | modifier le code]

À ces sources peuvent s'ajouter les traditions religieuses ultérieures, de liturgies reprenant les rites du passé[5], ou de mythes plus ou moins christianisés.

On retrouve dans les récits de la Légende dorée nombre de mythes de la religion celtique gauloise ; selon l'historien médiéviste Philippe Walter et le folkloriste Claude Gaignebet ce sont non seulement des figures comme la Tarasque ou le Dieu cerf qui sont adaptées en une mythologie chrétienne, mais aussi tout le cycle de Carnaval qui en serait issu[6],[7].

Des personnages tels que la fée Mélusine ou Gargantua en seraient également issus[8],[9].

Sanctuaires et lieux de culte[modifier | modifier le code]

Les descriptions de sanctuaires celtiques par les auteurs gréco-latins sont rares, Lucain, dans la Pharsale, décrit de manière éloquente un « bois sacré » sis à proximité de Massilia. Du fait des progrès de la recherche archéologique, ce passage n'est plus aujourd'hui considéré comme aussi pertinent qu'auparavant.

« Il y avait un bois sacré, qui, depuis un âge très reculé, n'avait jamais été profané. Il entourait de ses rameaux entrelacés un air ténébreux et des ombres glacées, impénétrables au soleil. Il n'est point occupé par les Pans, habitants des campagnes, les Sylvains maîtres des forêts ou les Nymphes, mais par des sanctuaires de dieux aux rites barbares ; des autels sont dressés sur des tertres sinistres et tous les arbres sont purifiés par le sang humain. S'il faut en croire l'antiquité admiratrice des êtres célestes, les oiseaux craignent de percher sur les branches de ce bois et les bêtes sauvages de coucher dans les repaires ; le vent ne s'abat pas sur les futaies, ni la foudre qui jaillit des sombres nuages. Ces arbres qui ne présentent leur feuillage à aucune brise inspirent une horreur toute particulière. Une eau abondante tombe des noires fontaines ; les mornes statues de dieux sont sans art et se dressent, informes, sur des troncs coupés. La moisissure même et la pâleur qui apparaît sur les arbres pourris frappent de stupeur ; ce que l'on craint ainsi, ce ne sont pas les divinités dont une tradition sacrée a vulgarisé les traits ; tant ajoute aux terreurs de ne pas connaître les dieux qu'on doit redouter ! Déjà la renommée rapportait que des tremblements de terre faisaient mugir le fond des cavernes, que des ifs courbés se redressaient, que les bois, sans brûler, brillaient de la lueur des incendies, que des dragons, enlaçant les troncs, rampaient çà et là. Les peuples n'en approchent pas pour rendre leur culte sur place, ils l'ont cédé aux dieux. Que Phébus soit au milieu de sa course ou qu'une nuit sombre occupe le ciel, le prêtre lui-même en redoute l'accès et craint de surprendre le maître de ce bois[c 1]. »

Néanmoins, les progrès récents de l'archéologie ont permis aux scientifiques et historiens d'avoir une meilleure appréciation des sanctuaires utilisés par les Gaulois dans le cadre de leurs manifestations religieuses.

Les découvertes du sanctuaire de Ribemont-sur-Ancre dans les années 1960 et de Gournay-sur-Aronde en Picardie ont permis de connaître plus précisément des rites sacralisant les espaces naturels autour d'enclos sacrés[10].

Une inscription bilingue trouvée à Verceil nous apprend qu'un sanctuaire est considéré par les Celtes comme un espace commun aux dieux et aux hommes[11].

Le Fanum gallo-romain[modifier | modifier le code]

Les populations gallo-romaines quoique fortement acculturées utilisent, pour honorer les dieux, des temples dont, dans la majorité des cas, le plan diffère de leurs homologues gréco-romains. Aujourd'hui connus sous le nom générique de fanum, ils comportent une ou plusieurs cella fréquemment entourées d'une galerie, le tout dans un vaste espace souvent cerné par un péribole. L'ensemble est construit en pierre et maçonné, contrairement aux sanctuaires indigènes auxquels les fanums succèdent. L'entrée principale du sanctuaire est, dans la très grande majorité des cas, orientée à l'est. Ces différences avec le temple de tradition méditerranéenne traduisent la survivance de conception celtique dans la religion pratiquée à l'époque gallo-romaine. Du reste, les divinités honorées dans ces fana sont souvent issues du panthéon gaulois et recouvertes d'un « habillage » romain[12].

Le Nemeton gaulois[modifier | modifier le code]

Le mot nemeton désigne le temple utilisé par les Gaulois à l'époque de leur indépendance. Construits en bois et torchis, leur plan général est sensiblement le même que celui des sanctuaires gallo-romains, ceux-ci n'étant souvent ni plus ni moins que leur évolution, à la suite de l'arrivée de nouvelles techniques de construction. Toutefois, plus que la cella, c'est l'enceinte sacrée qui caractérise le nemeton dont, souvent, le premier état n'est qu'un simple enclos fossoyé, la première élévation du péribole n'intervenant que plus tard, sous la forme d'une palissade.

Toutefois le témoignage plein de passion de Lucain n'est pas nécessairement invalidé par les progrès de l'archéologie. Il est avéré que certains lieux sacrés n'étaient pas matérialisés par des constructions. C'est par exemple le cas du sanctuaire de la source des Roches dont l'activité s'est étendue du règne d'Auguste à celui de Néron.

Les sanctuaires urbains, tel celui de Corent, sont généralement pourvus d'une esplanade devant l'entrée principale. Ce parvis servait pour recevoir la foule du peuple lors des cérémonies religieuses ou politiques d'importance.

Trophées guerriers, rites de commensalité et ex-votos[modifier | modifier le code]

Les temples gaulois étaient le lieu de nombreux rites, parmi lesquels deux sont particulièrement bien documentés, l'érection de trophées guerriers et les rites de commensalité. À un niveau plus individuel, de nombreux ex-votos ont été retrouvés lors de fouilles.

Les fouilles du Sanctuaire celtique de Gournay-sur-Aronde, du peuple des Bellovaques, ont mis en évidence le rite d'exposition puis de « sacrifice » des armes[13],[14]. Les armes, prises à des ennemis vaincus, étaient exposées sur les murs du sanctuaire puis, après un certain temps, probablement à la suite de leur chute au sol, détruites rituellement et rejetées dans le fossé du sanctuaire. L'érection d'un trophée guerrier exposant les armes d'ennemis vaincus était fréquemment le prétexte à ériger un sanctuaire, comme dans le cas du sanctuaire de l'oppidum de Corent. Parfois ces objets pouvaient être exposés durant plusieurs siècles comme dans le sanctuaire de Tintignac-Naves où les objets retrouvés enfouis au même moment ont parfois plus de trois siècles d'écart[15].

Toutefois, il arrivait aussi que les Gaulois élèvent un trophée directement sur le lieu du combat. L'exemple le plus réputé reste encore le sanctuaire des Ambiens à Ribemont-sur-Ancre. Ce dernier présente la particularité d'avoir été érigé avec les os des vaincus[16], un certain nombre de textes antiques venant confirmer ce rite, notamment Diodore de Sicile reprenant Posidonios[17]. D'autres textes de Diodore de Sicile, évoquant les Galates d'Asie Mineure, permettent de supposer également, en parallèle à ce rite du trophée, le sacrifice des prisonniers (ou d'une partie de ceux-ci) fait lors du combat[18]. Le témoignage de Jules César va dans le même sens.

Les archéologues ont noté que, dans le trophée guerrier de Ribemont-sur-Ancre, les crânes brillent par leur absence. Toutefois, les textes antiques nous apprennent qu'ils ne sont pas absents des rites guerriers : ils sont soit exposés à part, sur des propylées ou des portiques, comme à Roquepertuse, soit conservés comme trophée individuel par les guerriers, comme on peut le voir sur les statues découvertes sur l'oppidum d'Entremont.

Ces rites guerriers, fréquents aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., semblent toutefois perdre en importance au fil du temps, au profit des rites de commensalité[19].

Ces derniers se matérialisent par de grands festins prenant place dans l'enceinte du sanctuaire. Les animaux sont ainsi sacrifiés aux dieux, puis leurs abats sont brûlés, afin que la fumée aille nourrir les dieux célestes. Du vin était également sacrifié sous forme de libation, déversé au sol ou dans des fosses pour abreuver les divinités. Le reste de la viande et du vin était consommé par l'ensemble de la communauté présente au sacrifice. C'est probablement l'un de ces sacrifices de commensalité que mentionnait Posidonios dans ses écrits, en parlant du roi arverne Luernos[19].

Les vestiges archéologiques de ces festins sont assez caractéristiques : il s'agit de nombreux ossements d'animaux domestiques portant des traces de découpes de boucherie, et répartis sur l'ensemble de l'espace sacré. L'un des temples les plus représentatifs de ce rite est celui de l'oppidum de Corent, où ont pu être localisés les lieux de sacrifice, les cuisines et les cuves libatoires.

Toutefois, le peuple n'avait pas les moyens d'offrir de tels sacrifices aux divinités. C'est pourquoi on voit apparaître également des offrandes plus modestes : fibules, statuettes, monnaies, etc. Ce rite est particulièrement bien documenté à l'époque gallo-romaine, grâce aux sites de sources, tel celui de Chamalières ou celui des sources de la Seine.

La classe sacerdotale[modifier | modifier le code]

La classe sacerdotale des Gaulois est composée des druides, qui semblent en occuper l'échelon supérieur, des bardes et des vates[20]. Ces fonctions générales, qui nous sont données par Strabon[c 2], et qui sont aujourd'hui bien admises, sont complétée par d'autres plus confidentielles et pour lesquelles le débat n'est pas clos, telles le gutuater et les sacerdos cités par César, les eubages mentionnés par Ammien Marcellin, ou encore le Beleni Aeditus dont nous parle tardivement le poète Ausone.

Les druides[modifier | modifier le code]

Les premiers textes grecs mentionnant les druides les présentent comme des philosophes, et soulignent la proximité de leur pensée avec la pensée pythagoricienne[21]. Diodore de Sicile précise qu'ils croient en l'immortalité de l'âme[c 3]. Jules César mentionne leur rôle religieux, et indique qu'ils font également fonction de juges. Dans ce rôle, César précise que l'une des peines les plus sévères qu'ils puissent prononcer est l'interdiction de faire des sacrifices aux dieux, c'est-à-dire l'équivalent de l'excommunication chrétienne[c 4]. L'un des rôles des druides étant d'autoriser ou non le sacrifice aux dieux, leur présence est donc obligatoire lors de celui-ci, même s'ils n'agissent pas nécessairement.

Pline l'Ancien, lui, nous a transmis dans son Histoire naturelle la description d'un rite religieux druidique :

« On ne doit pas oublier, dans ces sortes de choses, la vénération des Gaulois ; les druides, car c'est ainsi qu'ils appellent leurs mages, n'ont rien de plus sacré que le gui et l'arbre qui le porte, supposant toujours que cet arbre est un chêne. À cause de cet arbre seul, ils choisissent des forêts de chênes et n'accompliront aucun rite sans la présence d'une branche de cet arbre […] Ils pensent en effet que tout ce qui pousse sur cet arbre est envoyé par le ciel, étant un signe du choix de l'arbre par le dieu en personne. Mais il est rare de trouver cela, et quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse, le sixième jour de la lune, car c'est par la lune qu'ils règlent leurs mois et leurs années, et aussi leurs siècles de trente ans ; et on choisit ce jour, parce que la lune a déjà une force considérable, sans être encore au milieu de sa course. Ils appellent le gui par un nom qui est : "celui qui guérit tout". Après avoir préparé le sacrifice sous l'arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d'une robe blanche, le prêtre monte à l'arbre et coupe avec une faucille d'or le gui qui est recueilli par les autres dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité qu'elle rende cette offrande propice à ceux pour qui elle est offerte[c 5]. »

Les druides sont issus de la noblesse, c'est le cas de Diviciacos, le seul druide gaulois historiquement connu, et forment ensemble l’élite intellectuelle de la Gaule. Cicéron indique également que le druide Diviciacos est formé à la physiologia, sorte de science naturelle pluridisciplinaire, et qu'il maîtrise la divination[c 6]. Toutes ces compétences sont acquises lors d'un long apprentissage d'une durée de 20 ans.

Les druides sont organisés en confréries qu'Ammien Marcellin, reprenant Timagène, compare aux confréries pythagoriciennes[c 7]. Ces confréries sont elles-mêmes organisées sous l'égide de l'un d'entre eux[c 4].

Les druides se réunissent une fois l’an sur le territoire des Carnutes, en un lieu consacré considéré comme le centre des Gaules. Lors de cette réunion se tiennent, entre autres, des assises judiciaires à l'échelle des Gaules[c 4].

Les vates[modifier | modifier le code]

Les vates ont été beaucoup moins étudiés que les druides, même s'ils bénéficient, dans la population gauloise, d'une autorité similaire[c 2]. Ils sont qualifiés de sacrificateurs et d'augures. Si les druides tiennent le rôle de théologiens de la religion celtique, eux sont plutôt les exécutants du culte[22]. Si les druides autorisent le sacrifice, les vates sont ceux qui assurent les modalités pratiques de celui-ci, sélection et abattage de la bête, ou exécution du condamné dans le cas — rare — d'un sacrifice humain, décapitation symbolique des amphores de vins, bris rituels des armes offertes à la divinité. Ils semblent être les héritiers des prêtres celtiques du premier âge du fer[22].

Le second rôle des vates est celui d'augures, ce qui peut les mettre en concurrence avec les druides dont certains, Diviciacos par exemple, sont versés dans la divination « par les augures et la conjecture »[c 8], à moins que certains druides ne soient amenés lors de leur équivalent celtique de cursus honorum à adopter la fonction de vates. La divination pratiquée par les vates est l'aéromancie, l'observation du vol des oiseaux. Ils pratiquent également l'examen des victimes sacrificielles. Une pratique augurale particulière est consécutive à un sacrifice humain : les vates déterminent alors l'avenir en fonction des mouvements du mourant[c 9].

Les eubages sont le plus souvent assimilés aux vates ; il semble en effet que ce terme soit une corruption, une erreur de transcription, du terme vates.

Les bardes[modifier | modifier le code]

Les bardes sont des poètes lyriques. Leur rôle religieux est d'abord de transmettre au peuple les mythes et légendes narrant les aventures divines. C'est ce corpus, que la domination romaine, puis la christianisation, ont détruit sur le domaine celtique continental. On peut également penser que les bardes sont chargés de l'éducation de jeunes nobles.

Ils ont également un rôle social, celui de chanter l'histoire nationale de chaque peuple, tribu et famille, de garder en mémoire les hauts faits et les faillites des hommes illustres. Ce rôle dévie parfois vers la servile flatterie comme l'évoque Posidonios à propos du roi arverne Luern.

Curieusement, les auteurs grecs rapportent que les réunions politiques gauloises se font en musique, ceci dans le but d'apaiser les esprits[22].

Calendrier et fêtes[modifier | modifier le code]

Des quatre principales grandes fêtes celtiques, Samain, Imbolc, Lugnasad et Beltaine, seule Samain est attestée pour le monde antique. elle est en effet reconnaissable sous le nom de tri nox Samoni sur le calendrier de Coligny. Les autres fêtes celtiques supposées pour l'antiquité, telles Eginane au solstice d'hivers, n'ont pas non plus été identifiées.

Les grands moments de réunions politiques, telles que l'assemblée des druides chez les Carnutes, ou les réunions des différents concillium rapportés par César étant très probablement l'occasion de cérémonies religieuses et de sacrifices en l'honneur des Dieux[23].

Évolution et disparition[modifier | modifier le code]

Le premier âge du fer[modifier | modifier le code]

La religion celtique pratiquée à cette époque est extrêmement mal connue. Il est possible que deux formes de religiosité aient été pratiqués à cette période. L'une est constituée de superstitions rurales et autres pratiques magico-religieuse populaires. La seconde consiste en une première forme de culte organisés, mise en place par les élites dont la trace la plus visible consiste en des rituels funéraires ostentatoires[22].

Cette période voit certainement se mettre en place le bestiaire fantastique, le panthéon et les rites et personnels religieux.

L'innovation du druidisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : druidisme.

Le druidisme présente de nombreux points communs avec la philosophie pythagoricienne et l'orphisme, ce qui suggère un lien de parenté et une origine commune à ces trois courants de pensée. Le druidisme est donc susceptible d'être apparu en même temps que la pensée orphique et la pensée pythagoricienne, au VIe siècle av. J.-C. Le druidisme pourrait avoir eu un rôle de réformateur de la religion celtique, la réorganisant, la rationalisant et la moralisant. Il a permis l'émergence d'un culte public, politique et étatique, allant de pair avec l'émergence des civitates celtiques telles qu'on les découvre décrites par les auteurs antiques[23].

Une romanisation partielle[modifier | modifier le code]

Pilier des Nautes au Musée de Cluny : Ésus et le taureau Tarvos trigaranus.

Hormis pour la Gaule narbonnaise, romaine dès la fin du IIe siècle av. J.-C., la conquête de la Gaule par les romains se déroule de 57 à 50 av. J.-C.. Si les Romains apportent de nouveaux cultes, ils pratiquaient un polythéisme adoptant, admettant dans leur panthéon les dieux des peuples conquis[24]. Certains dieux gaulois furent identifiés à ceux des romains, dont à Mars et Mercure.

Le druidisme fut interdit par l'empereur Claude (41-54), au motif d'abolition des sacrifices humains[24], mais probablement aussi en raison de l'implication de la classe sacerdotale dans les révoltes gauloises[25].

Le Pilier des Nautes érigé sous Tibère à Lutèce associait panthéon romain et panthéon gaulois. Ce genre de représentation ne se rencontre que dans les régions urbaines les plus romanisées. Dans les campagnes, le fanum, temple rural, ne doit rien à l'architecture romaine des temples classiques du culte gréco-romain[24] mais était une évolution des temples celtiques, qui en bois au départ, se sont peu à peu monumentalisés. L'interpretatio romana recouvrit des croyances demeurées bien vivaces, et qui le demeurèrent jusqu'au cœur du Moyen Âge[24].

La christianisation[modifier | modifier le code]

L’expansion chrétienne en Gaule s'est diffusée, par l'intermédiaire des commerçants et artisans d'Orient ainsi que des armées, dans les villes gauloises par les grands axes (vallées de la Loire, du Rhin, de la Seine). La Gaule compte six évêchés vers 250 (celui d'Arles, de Toulouse, de Narbonne, de Vienne, de Reims, et de Paris), 120 à la fin du IVe siècle, Clovis s'appuyant sur ce maillage épiscopal pour gagner l’appui des populations et du clergé gallo-romains lors de sa conquête de la Gaule par la force[26]. Au VIe siècle, les rituels celtes et les rites païens (celtes ou autres) seront interdits par des textes chrétiens.

Reconstructionnisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Reconstructionnisme et néodruidisme.

Depuis 1900, en Bretagne, pour pratiquer le druidisme, une association appelée « Gorsedd de Bretagne» (Gorsedd signifie assemblée en breton) reconstruit le druidisme (voir : néodruidisme).

Pour Gwenc'hlan Le Scouëzec[27], cinquième grand druide de la Gorsedd et Per Vari Kerloc'h[28], sixième et actuel Grand Druide sous le nom de « Morgan », cette religion n'a jamais cessé et certaines formes de druidisme ont toujours perduré. La gorsedd se définit comme une société de pensée et ne se considère nullement comme relevant du néopaganisme.

Mais pour Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux, l'absence de « filiation traditionnelle remontant au druidisme[29] » oblige à distinguer le druidisme du néodruidisme contemporain, créé au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne. La transmission continue n'est absolument pas démontrée historiquement, ni étayé par des travaux scientifiques.

D'autres associations se sont formées comme le Collège bardique des Gaules, à Paris, puis plus tard, en 1987, en Bourgogne, le « Groupe Druidique des Gaules », qui fut membre du congrès européen des religions ethniques. A noter que certaines associations d'extrême-droites comme Terre et Peuple, se réclament du néopaganisme gaulois.

Parallèlement à ce reconstructionnisme celtique, existe un reconstructionnisme scandinave, l'Ásatrú, pratiqué par l'association « Les Enfants d'Yggdrasil »[30],[31].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Imago, , p. 12
  2. Guy Bourdé et Hervé Martin, Les écoles historiques, Le Seuil, coll. « Points », p. 33-34
  3. Numa Broc (dir.), Géographie historique et culturelle de l'Europe, p. 102-105
  4. Jean-Louis Brunaux, « La religion gauloise »
  5. a et b Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Imago, , p. 11
  6. Philippe Walter, Mythologie chrétienne, rites et mythes du Moyen Âge, Éditions entente, 1992 (ISBN 2726601081)
  7. Le carnaval : essais de mythologie populaire, Payot, 1974
  8. Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Imago, , p. 9
  9. Claude Gaignebet : À plus hault sens: l'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Maisonneuve et Larose, 1986 (ISBN 270680923X) et 9782706809231)
  10. Brunaux Jean-Louis, Méniel Patrice, Rapin André, « Un sanctuaire gaulois à Gournay-sur-Aronde (Oise) », Gallia, no Tome 38 fascicule 1,‎ , p. 1-25 (lire en ligne)
  11. Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance
  12. Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Edition augmentée, Payot
  13. Brunaux Jean-Louis, Méniel Patrice, Rapin André, « Un sanctuaire gaulois à Gournay-sur-Aronde (Oise) », Gallia, tome 38, 1980
  14. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées VK
  15. « Site archéologique de Tintignac-Naves » (consulté le 29 juillet 2015)
  16. Jean-Louis Brunaux, Ribemont-sur-Ancre (Somme), Gallia tome 56, 1999
  17. Jean-Louis Brunaux, Les sanctuaires gaulois, La Recherche, 1993
  18. Alain Deyber, Les Gaulois en guerre, éditions Errance, 2009
  19. a et b Matthieu Poux, Corent voyage au cœur d'une ville gauloise, éditions Errance, 2011
  20. Christian-J Guyonvac'h, Françoise le Roux, Les Druides, Éditions Ouest-France, 1986
  21. Jean-Louis Brunaux, Les druides des philosophes chez les barbares, éditions du Seuil
  22. a b c et d Jean-Louis Brunaux, Les Gaulois, Guide Belles lettres de civilisations, Éditions Belles Lettres, 2008
  23. a et b Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées brunauxjl2
  24. a b c et d Michel Rouche, Les origines du christianisme, Hachette, coll. « Carré Histoire », p. 25
  25. Chloé Chamouton, « Le druide, garant de l'ordre social », Le Monde des religions, no 24,‎ , p. 31-33
  26. La christianisation du monde Gallo-romain, La Documentation par l’image, no 142, Nathan, janvier 2005
  27. Médecin de formation, Gwenc'hlan Le Scouëzec est cofondateur du mouvement maçonnique « Les Forestiers d'Avallon » (voir Rite forestier). Il estimait que la Grande-Bretagne ayant été évangélisée par le Patriarcat d'Antioche, celui-ci avait incorporé la tradition druidique « par osmose » et que lui-même, ayant été investi par un mystérieux initiateur relié à Antioche, était une sorte d'évêque druide sans obligation d'agir comme un clerc chrétien.
  28. Per Vari Kerloc'h considère le problème « de la filiation traditionnelle remontant aux druides de l'antiquité » comme un critère avant tout inspiré par des considérations de théologie catholique. À ce titre, bien évidemment, il ne s'en réclame pas. Il entend se placer sur le plan du symbolisme à l'instar de certains courants de la franc-maçonnerie qui tracent leur origine depuis le temple de Salomon. Le Grand Druide estime que c'est l'existence du peuple breton et la continuité de sa culture qui fondent avant tout la légitimité du druidisme contemporain.
  29. La Civilisation celtique, page 184, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990, (ISBN 2-7373-0297-8). Christian-J. Guyonvarc'h est philologue, spécialiste des langues celtiques et Françoise Le Roux était historienne des religions.
  30. Association loi 1901 Ásatrú reconstructioniste française)
  31. Geoffrey Saint-Joanis, « Je crois en l’Ásatrú, la religion des Vikings », sur vice.com,

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Notes[modifier | modifier le code]

Citations d'auteurs antiques[modifier | modifier le code]

  1. Lucain, Pharsale, III.
  2. a et b Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], Livre IV
  3. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], Livre V
  4. a b et c Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules [« Commentarii de Bello Gallico »], entre -57 et -51 [détail des éditions], p. VI, 13.
  5. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], XVI.
  6. Cicéron, De la divination, I.
  7. Ammien Marcellin, Histoire, Livre XV, 9
  8. Cicéron, De Divinationes
  9. Diodore de Sicile, Histoire universelle, Livre V, XX

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Bouchet, René Bouchet, Claudine Bouchet, Les Druides : science & philosophie, Guy Trédaniel éditeur, 2011, 330 p. (ISBN 2-813-20313-0)
  • Jean-Louis Brunaux, Les religions gauloises, CNRS, 2016, 480 p.
  • Paul-Marie Duval, Les Dieux de la Gaule, Paris, éditions Payot, , 169 p. (ISBN 2-228-88621-1)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1957 aux PUF. Paul-Marie Duval distingue la mythologie gauloise celtique du syncrétisme dû à la civilisation gallo-romaine.
  • Albert Grenier, Les Gaulois, Paris, Petite bibliothèque Payot, , 365 p. (ISBN 2-228-88838-9)
    Réédition augmentée d'un ouvrage paru initialement en 1970. Albert Grenier précise l’origine indo-européenne, décrit leur organisation sociale, leur culture et leur religion en faisant le lien avec les Celtes insulaires.
  • Christian-J. Guyonvarc'h, Magie, médecine et divination chez les Celtes, Bibliothèque scientifique Payot, Paris, 1997 (ISBN 2-228-89112-6).
  • Christian-J. Guyonvarc'h et Françoise Le Roux :
    • Les Druides, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1986 (ISBN 2-85882-920-9) ;
    • La Civilisation celtique, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », Rennes, 1990 (ISBN 2-7373-0297-8) ;
    • Les Fêtes celtiques, Rennes, Ouest-France Université, coll. « De mémoire d’homme : l’histoire », , 216 p. (ISBN 9782737313158)
      Ouvrage consacré aux quatre grandes fêtes religieuses : Samain, Imbolc, Beltaine, Lugnasad.
  • (de) Andreas Hofeneder, Die Religion der Kelten in den antiken literarischen Zeugnissen. Sammlung, Übersetzung und Kommentierung, Band I. Von den Anfängen bis Caesar. Vienne, Verlag der Österreichischen Akademie der Wissenschaften, 2005
  • Philippe Jouët, Aux sources de la mythologie celtique, Yoran embanner, Fouesnant, 2007 (ISBN 9782914855372).
  • Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins » , Paris, 2000 (ISBN 2-7028-6261-6).
  • Claude Sterckx, Mythologie du monde celte, Paris, Marabout, , 470 p. (ISBN 978-2-501-05410-2).
  • Consulter aussi la bibliographie sur la mythologie celtique et la bibliographie sur la civilisation celtique.