Fédérés francs

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Les Francs ne sont pas une nation unie avant le VIe siècle. Ce sont en fait un ensemble de ligues guerrières germaniques, dont les deux principales sont les Ripuaires, sur la rive droite du Rhin, et les Saliens, d'où est issue la dynastie mérovingienne. Alors que les premiers éviteront les contacts avec l'empire romain, les seconds y sont intimement associés.

Les Saliens, Lètes de l'empire[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 287/288, les Saliens, comme toutes les autres nations germaniques, alternent raids sur les frontières de l'empire romain et accords militaires (Fœdus, c'est-à-dire traités) avec lui. Mais à cette date Maximien Hercule lance une grande campagne contre le traître Carausius, et écrase tous ceux qui s'opposent à lui. Voyant arriver sur lui une armée romaine invaincue depuis plusieurs années, le roi salien Gennobaude choisit de se soumettre sans combat, avec tout son peuple. Maximien accepte sa reddition et installe les Saliens en Gaule belgique (Tongres et alentours), sous le statut de Lètes. Très rapidement, les Saliens sont donc soumis à l’autorité impériale.

Il y aura de rares révoltes contre cette condition, mais toujours instantanément réprimées par l'armée. Les contingents lètes francs croissent même régulièrement en nombre suite aux expéditions de Constance Chlore et Constantin, respectivement en 293 en Batavie et en 306 près de Cologne, et même encore en 358 avec la campagne en Toxandrie de Julien qui en fera alors des fédérés. En fait, il semble que les Francs Saliens aient exceptionnellement bien accepté leur statut pourtant peu glorieux du point de vue romain.

On a pu l’expliquer notamment par le fait que les sociétés germaniques étant fondées sur la guerre, la possibilité d’être intégré — comme troupe de choc qui plus est — dans l’armée la plus puissante du monde connu, qui n’avait jamais perdu une bataille depuis la catastrophe d’Arminius, était extrêmement valorisant, ce qui expliquerait l’attachement des Francs au decorum impérial.

Une intégration exemplaire[modifier | modifier le code]

Contrairement à d'autres peuplades barbares, lors des Grandes Invasions du Ve siècle, les Saliens vivent dans l'empire romain depuis plusieurs générations et à défaut d'être parfaitement intégrés (leur condition de Lètes le leur interdit de toutes façons) ils sont un support fidèle et efficace de l'armée romaine. En témoigne le nombre de généraux impériaux d'origine franque recensés par différentes sources administratives impériales ayant ainsi par la suite accédé au statut de fédéré:

  • Bonitus, premier Franc à obtenir la charge de Maître de la Milice en 324
  • Gaiso, premier Franc à obtenir la charge suprême du consulat en 351
  • Silvanus, fils de Bonitus, maître de l'infanterie en 355, forcé à l'usurpation par une coterie d'officiers jaloux[1]
  • Vitta, ami personnel de l'empereur Julien, consul en 362
  • Salia, Maître de cavalerie, chargé de la campagne d'Orient de 364
  • Mérobaud, consul en 377 et 383,
  • Mallobaud Comte des Domestiques, Roi des Francs en 378[2],
  • Richomer, Comte des Domestiques en 378[3] et consul en 384,
  • Bauto, consul en 385
  • et enfin Arbogast, réputé pour sa férocité contre les Francs Ripuaires, protecteur de Valentinien II qui usurpe le titre impérial non pour lui, mais pour le restituer au fantoche Eugène dont il tire les ficelles, avant d'être trahi et de se suicider.

Tous ces généraux ont effectué une carrière complète dans l'armée impériale, ils ont appris la discipline et la stratégie romaine, ont été impliqués dans des complots de courtisans... L’intégration de ces Francs est remarquable : promus par les empereurs pour leurs compétences personnelles, ils parlent latin[4], ont la citoyenneté romaine avec le même gentilice Flavius que la famille impériale et participent à la défense et à l’administration de l’Empire. L’obtention du consulat en fait des sénateurs.

Si leur intégration n’est pas complète (païens et militaires, ils sont jalousés et méprisés par l’aristocratie sénatoriale gallo-romaine, vers 400 un parti anti-germanique fera même jour dans l'État-major), elle est suffisante pour que lorsqu'on les établit enfin de manière stable comme responsables de leurs contrées d'origine, ils n'éprouvent plus de sentiment national germanique, et qu'ils soient les premiers à faire respecter strictement l'ordre impérial dans les préfectures létiques.

Les bases des institutions mérovingiennes[modifier | modifier le code]

Cette volonté d'assurer la pérennité de l'ordre militaire romain aura des conséquences stratégiques (les armées de Clovis sont soigneusement copiées des manœuvres romaines) mais aussi institutionnelles. En effet, dans le courant du IVe siècle, les Gaiso, Salia, Vitta et Arbogast dont nous avons parlé sont tous quatre préfets de lètes entre le Rhin et les Ardennes. Ils décident de proclamer une loi sur le modèle romain, qui reproduit certains usages impériaux et encadre des pratiques traditionnelles (cf Wergeld). C'est le Pactus legis salicae, la Loi salique, dans laquelle ils apparaissent sous leurs formes germanisées (alors que les formes précédentes sont latinisées) de Wisogast, Salegast, Widogast et Arogast. Ce texte reproduit plusieurs caractéristiques de la condition létique, dont le régime de propriété de la terre (cf le lien précédent pour un commentaire d'un paragraphe capital pour l'histoire de France) et par son existence même annonce la volonté des meneurs francs de contrôler de plus en plus strictement la société, aux dépens des structures germaniques traditionnelles comme le conseil des Anciens.

Le tournant du Ve siècle[modifier | modifier le code]

Au Ve siècle, la Gaule est envahie, les fidèles Lètes saliens s'opposent par les armes à l’invasion de 406. Ils combattront sous la direction du Maître de la milice (gallo-romain) Aetius. Childéric Ier servira son successeur Ægidius.

En revanche, d’autres groupes de Francs, les Ripuaires restés à l'écart de l'empire, participent à la curée dès les années 407 et suivantes : ils pillent Trèves quatre fois, Cologne, Mayence. Leur expansion tourne à l’occupation des villes, Mayence (vers 459), Trèves, Metz, Verdun vers 475, tandis que le sud (Soissons, Paris, Verdun) reste jusqu’en 486 sous contrôle de forces romaines d’Aegidius, puis de son fils Syagrius. Syagrius, qui s'intitula "roi des romains" et ne reconnaissait plus l'empereur, sera chassé du pouvoir par Clovis avec l'assentiment officiel de l'empereur d'orient.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ammien Marcellin, histoire de Rome, livre XV, 5
  2. Voir Ammien Marcellin XXXI 10, 7 et 8.
  3. Voir Ammien Marcellin livre XXXI, chapitres 7,8, 12 et 13
  4. Voir par exemple les lettres de Symmaque à Richomer, N° LIV à LXV, s'échelonnant de 382 à 394.

Voir aussi[modifier | modifier le code]