Séquanes

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Les peuplades de Gaule

Les Séquanes ou Séquanais[1] sont un peuple celte de Gaule établi à l'ouest du massif du Jura[2], particulièrement connu à travers les écrits de Jules César. Leur nom vient de la rivière Sequana[3], la Saine, rivière du Jura qui passe par le village de Chaux-des-Crotenay[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Période celtique[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C., les Séquanes contrôlent un vaste territoire correspondant approximativement à l'actuelle Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau . Leur capitale est Vesontio (Besançon). On connaît aussi les villes d' Epomanduodurum (Mandeure), de Segobodium (Seveux) et de Luxovium (Luxeuil).

Au sein des sources antiques, la mention des Séquanes faisant référence à la période là plus ancienne est l'œuvre de Strabon. Il évoque ainsi des invasions séquanes en Italie, en compagnie de peuples germains[4]. Ce passage est généralement considéré comme renvoyant aux invasions gauloises du VIe siècle av. J.-C. qui ont abouti à la prise de Rome par les Sénons de Brennus, ou aux migrations plus ancienne encadrées par les Bituriges Bellovèse et Sigovèse.

C'est toutefois Plutarque qui fait véritablement entrer ce peuple dans l'histoire. Dans ses "Vies parallèles", Il indique que, lors de la guerre des Cimbres, après leur défaite face à Marius, les chefs des Teutons en fuite sont capturés par les Séquanes dans les Alpes et remis aux Romains[5]. Cette mention permet de supposer qu'au IIe siècle av. J.-C., les Séquanes sont déjà fixés sur le territoire qu'on leur connaît et qu'ils exercent une certaine influence autour de celui-ci. Stephan Fichtl fait l'hypothèse que cette action aboutit à une alliance avec les romains et que c'est à cette occasion que Catamantaloedis, père de Casticos et dirigeant des Séquanes reçoit le titre d'"ami du peuple romain" comme marque de cette alliance[6].

Quelques décennies plus tard, le peuple des Séquanes rentre en conflit avec les Éduens. Cette lutte prend sa source dans un différent frontalier, les deux peuples se disputant le contrôle de la vallée de la Saône et de la voie commerciale qu'elle accueille[4]. Le conflit est exacerbée par la compétition politique que se livrent par ailleurs Séquane et Éduens, les deux peuples cherchant à prendre le leadership sur les autres peuples gaulois. Cet antagonisme finit par se cristalliser sur le champ de bataille. Les Séquanes s'allient aux Arvernes et entrent en guerre contre les Eduens. Outre cette alliance, les Séquanes font appel à Arioviste et engagent ses troupes Suèves en tant que mercenaires[7]. Ensemble, ils battent les Éduens à plusieurs reprises, et parviennent à leur reprendre le contrôle du cours de la Saône et la plupart des peuples qu'ils avaient en clientèle[8].

Toutefois cela leur coûte cher puisqu' Arioviste exige comme rétribution une large partie du territoire Séquane pour y établir ses hommes. Ce territoire concédé aux Suèves, probablement le Sundgau, pourrait être celui des Rauraques, sur lesquels les Séquanes aurait alors eu une forme de suzeraineté[9]. À la suite de cette spoliation, les Séquanes se retournent contre leurs anciens alliés, s'allient avec leurs anciens ennemis, les Eduens, et entrent en guerre contre les Suèves. Les deux camps s'affrontent lors de la bataille de Magetobriga. Celle-ci est une défaite sévère pour la coalition Séquano-Eduenne.

Les Séquanes doivent alors céder une nouvelle fois des terres aux Suèves. Arioviste ne cesse cependant pas de faire pression sur eux pour de nouvelles cessions. C'est ainsi qu'à la veille de la guerre des Gaules, il presse les Séquanes d'accueillir 24000 Harudes[8].

La conquête romaine[modifier | modifier le code]

En 58 av. J.-C., Casticos, un notable, fils de Catamantaloedis qui avait régné sur ce peuple, se serait emparé du pouvoir suprême à l'instigation d'Orgétorix, notable des Helvètes lui-même prétendant au pouvoir au sein de son propre peuple[10]. Le but des Helvètes était ainsi d'obtenir l'autorisation de traverser le territoire séquane et de migrer vers l'océan Atlantique, chez les Santons.

Jules César choisit le prétexte de cette migration pour déclencher la guerre des Gaules. Après avoir battu les Helvètes, il part vers le nord, occupe Besançon puis vainc Arioviste et ses Suèves. Il fait hiverner ses légions chez les Séquanes et renforce le pouvoir des Éduens.

Les Séquanes fourniront 12 000 hommes à l'armée de secours de Vercingétorix, lors du siège d'Alésia[11]. Selon Dion Cassius, c'est sur leur territoire que se déroula la bataille d'Alésia en -52 mais il est plus vraisemblable de penser que les Mandubiens d'Alésia étaient clients des Éduens. Ce passage de l'historien grec tardif amena au XIXe siècle un certain nombre de chercheurs à penser que, contrairement aux affirmations des archéologues depuis Napoléon III, partisans d'Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or), le site d'Alésia pourrait se situer dans le Jura. Plusieurs sites furent proposés, pour la plupart abandonnés de nos jours, si l'on excepte Chaux-des-Crotenay près de la Saine dans le Jura, qui continue d'avoir ses partisans.

L'époque gallo-romaine[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de l'Empire romain, les Séquanes restent une cité importante. Elle fait d'abord partie de la province de Gaule lyonnaise, puis, à partir du règne de Domitien, de celle de Germanie Supérieure. L'archéologie témoigne essentiellement de cette période, avec certains monuments importants, comme la Porte Noire de Besançon, qui date du IIe siècle.

Les séquanes interviennent au cours des conflits provoqués par l'assassinat de Jules César. Selon les Périochae de l'œuvre de Tite Live, ils capturent Decimus Junius Brutus, l'un des assassins de César, alors en fuite, et contactent Marc-Antoine qui donne l'ordre de l'exécuter[12].

À la fin du règne de Neron, la cité des Séquanes se joint à la rébellion de Julius Vindex contre l'empereur. Besançon est alors assiégée par Lucius Verginius Rufus, légat de Germanie. C'est en voulant secourir le chef-lieu séquane que Vindex trouve la mort[13] lors de la bataille de Vesontio.

En 69, Civilis entre en rébellion contre le nouvel empereur Vespasien, entraînant avec lui son peuple, les Bataves. Il est rejoint par certains peuples gaulois, les Trévires et les Lingons. Les Séquanes en revanche ne prennent pas parti pour les insurgés et infligent une cuisante défaite à l'armée du lingon Julius Sabinus, partisan de Civilis.

La Tétrarchie en fait le centre d'une province appelée « Grande Séquanaise » (Maxima Sequanorum).

À la chute de l'empire romain d'occident, les Séquanes et leur territoire ont été annexés par les Burgondes. Ils font partie de la part du royaume accordé à Godégisile. Ils sont ensuite intégrés au royaume Franc vers 533, à la disparition du royaume Burgonde.

Assise territoriale[modifier | modifier le code]

La « zone du denier »[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Séquanes » dans Les Celtes de Henri Hubert[14] pages 151, 161, 233, 234, 236, 368, 461, 470, 476, 480, 483, 497
  • M. Gschaid, « Inscriptions religieuses des cités des Séquanes et des Ambarres. Nouvelles interprétations », DHA, 20-2, 1994, p. 155-188 Lire en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Gaffiot, page 1427.
  2. César, De Bello Gallico : "…altera (natura Helvetiae) ex parte monte Jura altissimo, qui est inter Sequanos et Helvetios (…):
  3. Article « sequana », Dictionnaire Gaffiot, p. 1447, édition 2000. Le Gaffiot donne la Seine comme traduction.
  4. a et b Strabon, Géographie, Livre IV, Chap. 3, 2
  5. Plutarque, Vies Parallèles, Livre VII, Vie de Marius, 25)
  6. Stephan Fichtl, Les peuples du Jura à l'époque de César, L'isthme européen Rhin-Saône-Rhône dans la protohistoire. Approches nouvelles en hommage à Jacques-Pierre Millotte, C. Mordant et J.-F. Piningre dir., Presses universitaires de Franche-Comté, 2009.
  7. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre VI, 12
  8. a et b Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 31
  9. Fichtl
  10. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 3
  11. Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VII, 75.
  12. Periochae de l'Histoire romaine de Tite Live, 120
  13. Dion Cassius, Histoire Romaine, Tome 9, Livre LXIII, 24.
  14. Henri Hubert, Les Celtes, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », , 733 p. (ISBN 2-226-12260-5)

Liens externes[modifier | modifier le code]