Séquanes

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Séquanes
Image illustrative de l'article Séquanes
Sculpture en bronze représentant le dieu celto-romain Tarvos trigaranus (le « Taureau à trois cornes ») découvert en 1756 à Avrigney-Virey, sur le site de l'ancien sanctuaire[1] Séquane[Note 1]

Période Âge du fer
Époque gallo-romaine
Ethnie Celtes
Langue(s) Gaulois
Religion Celtique
Villes principales Vesontio (l'actuelle ville de Besançon)
Epomandurum (Mandeure)
Segobodium (Seveux)
Luxovium (Luxeuil)
Région d'origine Civitas desSequani
Région actuelle Franche-Comté
Frontière Éduens, à l'Ouest
Leuques, au Nord
Helvètes, à l'Est
Allobroges, au Sud


Les peuplades de Gaule

Les Séquanes, Séquanais[2] ou Séquaniens[3], en latin Sequani sont un peuple gaulois établi à l'est de la Gaule, sur le versant ouest du Jura[4], particulièrement connu à travers les écrits de Jules César. Leur nom viendrait de l'hydronyme Sequana[5], celui-ci étant le nom celtique de la Seine[6]. Ce fleuve ne s'écoulant pas en territoire Séquane, ce terme peut possiblement s'appliquer la Saine, rivière du Jura et affluent de l'Ain[réf. nécessaire]. Il peut également être la marque d'un déplacement ancien de ce peuple[5].

Leur oppidum principal au moment de la conquête romaine est l'oppidum de Vesontio, à l'origine de la ville actuelle de Besançon. Durant la guerre des Gaules, après avoir soutenu Jules César, vainqueur d'Arioviste, ils supportent l'action de Vercingétorix en -52. Après la soumission à la république romaine, le territoire des Séquanes est intégré à la province de Gaule Belgique. Plus tard, la Tétrarchie crée autour d'eux une province appelée Maxima Sequanorum.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période celtique[modifier | modifier le code]

Dans la première moitié du Ier siècle av. J.-C., les Séquanes contrôlent un vaste territoire correspondant approximativement à l'actuelle Franche-Comté, entre la Saône, la Bresse, le Jura, les Vosges et le Sundgau . Leur capitale est Vesontio (Besançon). On connaît aussi les villes d' Epomanduodurum (Mandeure), de Segobodium (Seveux) et de Luxovium (Luxeuil).

Au sein des sources antiques, la mention des Séquanes faisant référence à la période la plus ancienne est l'œuvre de Strabon. Il évoque ainsi des invasions séquanes en Italie, en compagnie de peuples germains[7]. Ce passage est généralement considéré comme renvoyant aux invasions gauloises du VIe siècle av. J.-C. qui ont abouti à la prise de Rome par les Sénons de Brennus, ou aux migrations plus ancienne encadrées par les Bituriges Bellovèse et Ségovèse.

C'est toutefois Plutarque qui fait véritablement entrer ce peuple dans l'histoire. Dans ses "Vies parallèles", il indique que, lors de la guerre des Cimbres, après leur défaite face à Marius, les chefs des Teutons en fuite sont capturés par les Séquanes dans les Alpes et remis aux Romains[8]. Cette mention permet de supposer qu'au IIe siècle av. J.-C., les Séquanes sont déjà fixés sur le territoire qu'on leur connaît et qu'ils exercent une certaine influence autour de celui-ci. Stephan Fichtl fait l'hypothèse que cette action aboutit à une alliance avec les romains et que c'est à cette occasion que Catamantaloedis, père de Casticos et dirigeant des Séquanes reçoit le titre d'"ami du peuple romain" comme marque de cette alliance[9].

Quelques décennies plus tard, le peuple des Séquanes rentre en conflit avec les Éduens. Cette lutte prend sa source dans un différend frontalier, les deux peuples se disputant le contrôle de la vallée de la Saône et de la voie commerciale qu'elle accueille[7]. Le conflit est exacerbée par la compétition politique que se livrent par ailleurs Séquanes et Éduens, les deux peuples cherchant à prendre le leadership sur les autres peuples gaulois. Cet antagonisme finit par se cristalliser sur le champ de bataille. Les Séquanes s'allient aux Arvernes et entrent en guerre contre les Éduens. Outre cette alliance, les Séquanes font appel à Arioviste et engagent ses troupes Suèves en tant que mercenaires[10]. Ensemble, ils battent les Éduens à plusieurs reprises, et parviennent à leur reprendre le contrôle du cours de la Saône et la plupart des peuples qu'ils avaient en clientèle[11].

Toutefois cela leur coûte cher puisqu'Arioviste exige comme rétribution une large partie du territoire Séquane pour y établir ses hommes. Ce territoire concédé aux Suèves, probablement le Sundgau, pourrait être celui des Rauraques, sur lesquels les Séquanes aurait alors eu une forme de suzeraineté[12]. À la suite de cette spoliation, les Séquanes se retournent contre leurs anciens alliés, s'allient avec leurs anciens ennemis, les Éduens, et entrent en guerre contre les Suèves. Les deux camps s'affrontent lors de la bataille de Magetobriga. Celle-ci est une défaite sévère pour la coalition Séquano-Éduenne.

Les Séquanes doivent alors céder une nouvelle fois des terres aux Suèves. Arioviste ne cesse cependant pas de faire pression sur eux pour de nouvelles cessions. C'est ainsi qu'à la veille de la guerre des Gaules, il presse les Séquanes d'accueillir 24 000 Harudes[11].

La conquête romaine[modifier | modifier le code]

Dans le même temps, Les Helvètes, préparant leur migration en Saintonge, passent des accords diplomatiques et matrimoniaux avec les Séquanes et les Héduens. C'est ainsi que le Helvète Orgetorix négocie avec le Séquane Casticos, fils de Catamantaloedis qui avait régné sur ce peuple, et le pousse à prendre le pouvoir et ainsi à soutenir sa cause[13]. Le but des Helvètes était ainsi d'obtenir l'autorisation de traverser le territoire séquane et de migrer vers l'océan Atlantique, chez les Santons. En 58 av. J.-C., les helvètes choisissent cependant de demander le passage aux romains, le trajet par la Gaule transalpine étant plus aisé. Jules César le leur refuse les obligeant à passer par le Nord, via le territoire des Séquanes puis des Éduens. En dépit d'accords et d'un échange d'otages, négociés par l'Éduen Dumnorix[14], ce passage entraîne alors de grands ravages, poussant les Éduens à réclamer l'aide de Jules César, fournissant ainsi à ce dernier un prétexte pour se lancer dans la guerre des Gaules.

César répond à l'appel des Éduens et des Ambarres qui se plaignent auprès de lui des troubles causés par le passage du peuple helvète en marche. Il affronte les troupes migrantes sur la Saône puis près de Bibracte et les vainc[15]. Après avoir battu et renvoyé chez eux les Helvètes, il part vers le nord, occupe Besançon puis vainc Arioviste et ses Suèves. Il fait hiverner ses légions chez les Séquanes et renforce le pouvoir des Éduens[16].

Plus tard, les Séquanes fourniront 12 000 hommes à l'armée de secours de Vercingétorix, lors du siège d'Alésia[17]. Selon Dion Cassius, c'est sur leur territoire que se déroula la bataille d'Alésia en -52 mais il est plus vraisemblable de penser que les Mandubiens d'Alésia étaient clients des Éduens. Ce passage de l'historien grec tardif amena au XIXe siècle un certain nombre de chercheurs à penser que, contrairement aux affirmations des archéologues depuis Napoléon III, partisans d'Alise-Sainte-Reine (Côte-d'Or), le site d'Alésia pourrait se situer dans le Jura. Plusieurs sites furent proposés, pour la plupart abandonnés de nos jours, si l'on excepte Chaux-des-Crotenay près de la Saine dans le Jura, qui continue d'avoir ses partisans.

L'époque gallo-romaine[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de l'Empire romain, bien que soumise au tribut[18], les Séquanes restent une cité importante. Elle fait d'abord partie de la province de Gaule lyonnaise, puis, à partir du règne de Domitien, de celle de Germanie Supérieure. L'archéologie témoigne essentiellement de cette période, avec certains monuments importants, comme la Porte Noire de Besançon, qui date du IIe siècle.

Les Séquanes interviennent au cours des conflits provoqués par l'assassinat de Jules César. Selon les Périochae de l'œuvre de Tite Live, ils capturent Decimus Junius Brutus, l'un des assassins de César, alors en fuite, et contactent Marc-Antoine qui donne l'ordre de l'exécuter[19].

À la fin du règne de Neron, la cité des Séquanes se joint à la rébellion de Julius Vindex contre l'empereur. Besançon est alors assiégée par Lucius Verginius Rufus, légat de Germanie. C'est en voulant secourir le chef-lieu séquane que Vindex trouve la mort[20] lors de la bataille de Vesontio.

En 69, Civilis entre en rébellion contre le nouvel empereur Vespasien, entraînant avec lui son peuple, les Bataves. Il est rejoint par certains peuples gaulois, les Trévires et les Lingons. Les Séquanes en revanche ne prennent pas parti pour les insurgés et infligent une cuisante défaite à l'armée du lingon Julius Sabinus, partisan de Civilis.

La Tétrarchie en fait le centre d'une province appelée « Grande Séquanaise » (Maxima Sequanorum).

À la chute de l'Empire romain d'occident, les Séquanes et leur territoire ont été annexés par les Burgondes. Ils font partie de la part du royaume accordé à Godégisile. Ils sont ensuite intégrés au royaume Franc vers 533, à la disparition du royaume Burgonde.

Assise territoriale[modifier | modifier le code]

À l'époque de l'indépendance de la Gaule, le territoire contrôlé par les Séquanes couvre probablement une vaste superficie allant du Rhin à la Saône. Toutefois, les évènements précédant la guerre des Gaules, le conflit avec les Éduens et l'irruption d'Arioviste dans les affaires gauloises, pourrait avoir significativement modifié le tracé de leurs frontières et diminué la taille de leur sol[21].

Localisation[modifier | modifier le code]

Selon César, la frontière Est des Séquanes est matérialisée par le massif du Jura qui les sépare des Helvètes[22], et par le Rhin[23]. Strabon confirme, en dépit de fortes approximations, le fait que les Séquanes s'étendent jusqu'au Rhin[24]. Cependant, à l'époque romaine, le coude du Rhin est occupé par les Rauraques, un peuple qui a participé à la migration helvète et dont César précise qu'ils étaient leurs voisins. Il est donc possible que les Rauraques aient été un pagus ou un peuple client qui, en s'émancipant des Séquanes, a repoussé leur frontière orientale vers l'ouest.

La frontière Ouest est marquée par la Saône[25], toutefois, le texte des Commentaires sur la guerre des Gaules nous apprend que cette zone est disputée entre Séquanes et Éduens et une situation équivalente pouvait prévaloir avec les Lingons plus haut sur le cours de la rivière. Aux derniers temps de la Gaule indépendante, La Saône était contrôlée par les Éduens et le territoire de ces derniers s'avançait dans la Bresse.

La frontière Nord avec les Leuques est difficile à définir en partant des sources antique. Le tracé des anciens évêchés, lequel a fossilisé les divisions antiques de la Gaule, permet de supposer que la frontière Nord du territoire Séquane correspond approximativement avec celle du département de Haute-Saône.

Enfin, Les textes antiques suggèrent que la domination territoriale des Séquanes allait jusqu'au Rhône, toutefois cette zone était plutôt contrôlée par les Allobroges et les Ambarres. La frontière Séquane est donc à placer au Nord du département de l'Ain, dans les contreforts du Jura.

Villes et infrastructures[modifier | modifier le code]

Villes[modifier | modifier le code]

César indique que les Séquanes ont plusieurs villes[26], mais ne donnent le nom que d'une seule, Vesontio, plus forte place et capitale des Séquanes[27]. La description de César comme le nom de l'oppidum confirme qu'il s'agit de Besançon. Le territoire Séquane ayant été, plus tard semble-t-il, amputée de sa partie orientale, les remarques de César comptent aussi des oppida et agglomérations secondaires dévolues aux Rauraques.

Claude Ptolémée mentionne dans sa Géographie 4 villes pour le peuple des Séquanes, Didattium, non identifiée, Visontium aujourd'hui Besançon, Equestris, en fait Colonia Iulia Equestris ou Noviodunum, aujourd'hui Nyon et Aventicum, aujourd'hui Avenches[28]. C'est une erreur pour la dernière qui appartient en fait aux Helvètes. De même la Colonia Iulia Equestris ne dépend probablement pas à la période romaine de la Cité des Séquanes.

D'autres documents d'époque romaines peuvent fournir quelques noms d'agglomérations séquanes, Ainsi, la carte de Peutinger et l'itinéraire d'Antonin offrent, outre les noms de Vesontionne, ceux de Segobodium, identifiée à Seveux, Crusinae, Ariolica, Varcia, Loposagio, Aventicum ou Epomanduorum. La plupart de ces villes sont de simples agglomérations secondaires servant de relais routier.

L'archéologie confirme l'existence de ce maillage urbain chez les Séquanes, quoique celui-ci ne reste qu'imparfaitement connu, en particulier pour la période gauloise. Parmi les agglomérations dévoilées par l'archéologie, on peut mentionner l'"oppidum"Fiche du site sur oppida.org du Mont-Rivel, à Equevillon[29], peut-être simplement un ensemble religieux, le vicus de Saint-Germain-en-Montagne ou celui de Grozon, tout deux fondés au IInd siècle avant J.C.[30]

Routes[modifier | modifier le code]

Le territoire des Séquanes est traversé par trois grands axes routiers.

Ressources[modifier | modifier le code]

La « zone du denier »[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Séquanes » dans Les Celtes de Henri Hubert[31] pages 151, 161, 233, 234, 236, 368, 461, 470, 476, 480, 483, 497
  • M. Gschaid, « Inscriptions religieuses des cités des Séquanes et des Ambarres. Nouvelles interprétations », DHA, 20-2, 1994, p. 155-188 Lire en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette statue gallo-romaine à destination cultuelle, est actuellement conservé et exposé au Musée des beaux-arts et d'archéologie de Besançon, dans le département du Doubs, en région Bourgogne-Franche-Comté[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Archéologie », sur site officiel du Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon,‎ (consulté le 10 novembre 2016).
  2. Dictionnaire Gaffiot, page 1427.
  3. Utilisé par Alexis Pierron pour sa traduction des Vies Parallèles de Plutarque.
  4. César, De Bello Gallico : "…altera (natura Helvetiae) ex parte monte Jura altissimo, qui est inter Sequanos et Helvetios (…):
  5. a et b Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin, Les peuples fondateurs à l'origine de la Gaule, Yoran embanner,
  6. Article « sequana », Dictionnaire Gaffiot, p. 1447, édition 2000. Le Gaffiot donne la Seine comme traduction.
  7. a et b Strabon, Géographie, Livre IV, Chap. 3, 2
  8. Plutarque, Vies Parallèles, Livre VII, Vie de Marius, 25)
  9. Stephan Fichtl, Les peuples du Jura à l'époque de César, L'isthme européen Rhin-Saône-Rhône dans la protohistoire. Approches nouvelles en hommage à Jacques-Pierre Millotte, C. Mordant et J.-F. Piningre dir., Presses universitaires de Franche-Comté, 2009.
  10. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre VI, 12
  11. a et b Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 31
  12. Fichtl
  13. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 3
  14. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 9.
  15. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 23.
  16. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 54.
  17. Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VII, 75.
  18. Pline L'ancien ne l'indique ni fédérée (alliée), ni libre (non soumise au tribut. Pline l'ancien, Histoire naturelle, Livre IV, 31.
  19. Periochae de l'Histoire romaine de Tite Live, 120
  20. Dion Cassius, Histoire Romaine, Tome 9, Livre LXIII, 24.
  21. S.Fichtl, Les peuples gaulois, éditions Errance, 2012, page 68-71.
  22. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, livre
  23. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, livre IV, 10, 3.
  24. Strabon, Géographie, Livre IV, Chap. III, 2,
  25. Strabon, Géographie, Livre IV, Chap. I, 11, 23.
  26. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 32.
  27. Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules, Livre I, 38.
  28. Claude Ptolémée, Manuel de Géographie, Livre II, Chap. 9.
  29. Fiche du site sur Achéojurasite.org
  30. P. Barral*, N. Coquet** et P. Nouvel, Les agglomérations antiques de Franche-Comté : Bilan et perspectives, 1995-2005 Dix ans d’archéologie en Franche-Comté, Service Régional de l'Archéologie de Franche-Comté, Bilan scientifique hors-série, p.149-169, 2012.
  31. Henri Hubert, Les Celtes, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », , 733 p. (ISBN 2-226-12260-5)

Liens externes[modifier | modifier le code]