Théodoric le Grand

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Théodoric le Grand
Statue de Théodoric à Innsbruck.
Statue de Théodoric à Innsbruck.
Titre
Roi des Ostrogoths
Prédécesseur Thiumidir
Successeur Athalaric
Biographie
Dynastie Amales
Date de naissance v. 455
Date de décès
Lieu de décès Ravenne
Père Thiumidir
Mère Ereuleva
Fratrie Amalafrida, reine des Vandales
Theodimund
Argota Amali
Conjoint N. de Mésie
Audoflède
Theodora
Enfants Ostrogotho Areagni
Thiudigotho
Amalasonte
Theodora
Résidence Ravenne

Théodoric dit le Grand ou l'Amale (en latin : Flāvius Theodoricus, en grec: Θευδερίχος, parfois en français Thierry[1]) né vers 455 et mort le à Ravenne, est un roi des Ostrogoths.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa famille[modifier | modifier le code]

La pierre de Rök nous parle de Théodoric chef des guerriers de la mer, de sa famille et de son peuple.

Théodoric, membre de la dynastie des Amales, est le fils de Thiudimir qui avait pour frère aîné Valamir et pour frère cadet Vidimir. Tous trois étaient fils de Vandalarius (es) et cousins du roi Thorismod[2]. Thiudimir[3] règne conjointement avec ses deux frères et s'affirme comme un fidèle vassal d'Attila, roi des Huns.

Valamir participe aux opérations menées par les Huns, ainsi en 447 lors des raids d'Attila dans les provinces du Danube ou en 451 lors de la bataille des champs Catalauniques, durant laquelle il exerce le commandement de ses troupes[4]. Après la mort d'Attila en 453, Valamir s'affirme comme le chef des Goths installés en Pannonie. Il mène ainsi la lutte contre les Huns affaiblis, en 456 et 457. Lors de cette guerre, il met en déroute les fils d'Attila, à la bataille de la Nedao[5],[6].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

En vert, l’origine, le Götaland et en rose l’île de Gotland. Le rouge correspond à la zone d’extension de la culture de Wielbark en Pologne au IIIe siècle et l’orange à celle de culture de Tcherniakov. En violet, l’Empire romain.

Né vers 455 sur les bords du lac de Neusiedl près de Carnuntum[7] en Pannonie, le fils de Thiudimir et d'Ereuleva, encore enfant, est envoyé à Constantinople et sert d’otage pendant neuf ans, en garantie du traité conclu par son père avec l’Empire byzantin[8]. Élevé comme un Romain pendant 10 ans, bien traité par les empereurs Léon Ier et Zénon, il apprend beaucoup sur le gouvernement et la conduite militaire d’un empire (Aspar aurait été son professeur)[9].« Les premières années de Théodoric rappellent le nourrisson des forêts, l'habitant nomade des basternes[10] plutôt que le fils des rois. Point d'autre pompe autour de lui que l'attirail du camp de son père Théodemir ; point d'autre cortège que sa mère Erelieva qui, par sa tendresse vigilante et ses mœurs simples, prépara ou même hâta le développement de son heureuse constitution. »[11]. En 471, pour contrebalancer le pouvoir de Théodoric Strabon sur l'empire d'Orient, l'empereur Léon Ier renvoie à son père Théodoric, âgé de 18 ans.

Théodoric reconquiert pour le compte de l'empire d'Orient la Mésie en combattant le chef sarmate Babaï qui a traversé le Danube et pris Singidon. A l'insu de son père, il rassemble 6 000 volontaires, rejoint Babaï, le vainc, le tue et reprend Singidon. Couvert de gloire, il rentre auprès de son père avec l'intention de rendre la Mésie à l'empire, mais son père récupère cette terre et l'empereur s'en accommode, préférant l'amitié de ce puissant roi[12]. Il devient magister militum en 483 et consul l'année suivante.

Âgé d'une trentaine d'années, Théodoric est envoyé en Italie par Zénon pour destituer Odoacre, roi des Hérules, qui, ayant renversé le dernier dépositaire de la charge impériale en Occident en 476, s'affirme comme un vassal de plus en plus remuant. Frédéric, roi des Ruges, se réfugie en Mésie où il incite le roi à se poser en adversaire d'Odoacre. La campagne de Théodoric commence en 488 : l'empereur Zénon concède l'Italie à Théodoric par un brevet solennel[13].

Les Ostrogoths battent les Gépides, envahissent la Pannonie et pénètrent en Italie du Nord. Les deux armées se rencontrent sur le fleuve Isonzo et Odoacre, vaincu, se réfugie à Vérone puis à Ravenne[14].

Roi des Ostrogoths en Italie[modifier | modifier le code]

Mausolée de Théodoric le Grand, Ravenne, Italie.

Théodoric marche sur Milan où le maître des soldats d'Odoacre, Tufa, se livre avec une partie de son armée. En 493, Théodoric occupe l'Italie du Nord avec Milan et Pavie, mais Odoacre contre-attaque avec l'aide de Frédéric, roi des Ruges. Tufa, envoyé se battre contre Odoacre, livre les comtes ostrogoths de son armée à Odoacre à Faenza[15].

Théodoric, enfermé dans Pavie, réussit à se libérer de ce siège et fait pendant trois ans le siège de Ravenne où s'est réfugié Odoacre. Il envoie en ambassade le chef du sénat Festus à l'empereur Zénon en espérant recevoir son accord pour être proclamé roi. À la fin du siège, il prend en otage Thélanès, fils d'Odoacre, avant d'entrer dans Ravenne. Il tue lui-même Odoacre ainsi que tous les membres de son armée et leur famille, lors d'un banquet, dix jours après la fin du siège[15],[14].

L'ambassade de Festus revient après l'annonce de la mort de Zénon — remplacé par Anastase — et les Goths confirment Théodoric comme leur roi sans l'accord du nouvel empereur.

Théodoric fonde un royaume autonome, accordant néanmoins aux Romains la possibilité d’être soumis aux lois et juridictions romaines, tandis que les Goths conservent leurs propres coutumes. L'empereur Anastase Ier le reconnaît comme maître des soldats, investi du gouvernement de l'Italie, mais Théodoric ne veut pas porter le titre de patrice ni celui de maître des soldats. Cependant il porte la pourpre et le diadème, se fait appeler « très glorieux » et est parfois désigné comme Auguste[16],[17]. Il fait frapper des monnaies aux effigies de l'empereur d'Orient. De rares médailles le représentent avec le titre de « prince ».

La culture antique se maintient durant son règne. Le philosophe Boèce entre en 507 au conseil de Théodoric. Il devient consul en 510 et sera bientôt la figure la plus en vue du Sénat romain. En 522, il prononce un éloge du souverain, mais finira en prison, deux ans plus tard, accusé de liens avec la cour de Constantinople[18].

Un royaume divisé par la religion[modifier | modifier le code]

Théodoric est de foi arienne. Il mène tout au long de son règne une politique de tolérance, assortie d'une stricte séparation des peuples goths ariens et des Italiens (ou Romains) catholiques. Les mariages entre les deux populations sont interdits. Il organise une hiérarchie militaire gothique sur le modèle de la hiérarchie civile romaine et maintient le système administratif romain[19].

Sa politique intérieure navigue entre une bienveillance générale pour le monde romain et une certaine rigueur contre l'opposition orientale derrière le chef du Sénat, Symmaque et Boèce.

Il ne contrôle pas l'élection du pape, mais en 498 il intervient dans le conflit entre Symmaque et Laurent et met fin au conflit au profit du pape Symmaque[16].

En 500, il visite Rome pendant six mois et montre de la bienveillance envers les Romains : il va au Sénat, fait des discours au peuple et promet de protéger la civilisation romaine. Il confère le titre de patrice au préfet du prétoire Libérius et donne son poste à Théodorus, fils de Basilius. Il fait décapiter le comte Odoin à l'origine d'une conspiration contre lui[20].

Vers 523-525, à la suite d'un schisme avorté entre Rome et l'Église de Constantinople, Boèce et plusieurs sénateurs sont suspectés de communiquer avec l'empereur byzantin Justin Ier, chrétien nicéen, tandis que Théodoric est arien. Boèce défend ouvertement le sénateur Albinus, accusé d'avoir adressé à l'empereur Justin un écrit dénigrant le règne de Théodoric. Albinus et Boèce sont condamnés et tués. Peu après, Symmaque, beau-père de Boèce, est conduit à Ravenne et mis à mort.

Le pape Jean Ier et de nombreux évêques sont envoyés à la cour de Justin pour tenter de ramener à l'arianisme les ariens convertis pendant les persécutions de l’empereur byzantin Justin Ier. Justin refuse et, à son retour, Théodoric rompt avec le pape Jean Ier, le jette en prison et le laisse mourir de faim[21]. Il persécute alors les catholiques.

Il noue des alliances matrimoniales avec tout le monde barbare. Alaric II, roi des Wisigoths, épouse une de ses filles, Téodegonde Amalasunta des Amales, Ostrogotho Areagni épouse Sigismond, roi des Burgondes. En 500, il donne sa sœur Amalafride au roi des Vandales Thrasamund, lors de son voyage à Rome.

De brillants succès militaires[modifier | modifier le code]

En 504, il envoie le comte Pitzia contre les Gépides du roi Thrasaric qui conquiert la Pannonie et la Dalmatie avec Sirmium. Théodoric conquiert aussi le Norique face aux Bavarois et, après la victoire de Clovis sur les Alamans, intervient pour l'arrêter et place la Rhétie sous sa protection.

En 507, Alaric II, roi des Wisigoths, est tué par Clovis pendant la bataille de Vouillé. Théodoric devient le tuteur du jeune roi wisigoth Amalaric, petit-fils d'Alaric, alors âgé de six ans. Théodoric gouverne en son nom l'Espagne wisigothe jusqu'en 526, en plaçant le gouverneur ostrogoth Theudis à ses côtés[22].

Il contient les ambitions franques, défendant les Wisigoths, notamment lors du siège d’Arles en 507 et 508, et il prend le contrôle de la Provence, puis du Languedoc et du Roussillon[23]. En 524, il participe au premier partage du royaume des Burgondes.

Théodoric meurt de dysenterie en 526. Il laisse derrière lui le souvenir de trente ans de paix pour l'Italie, événement heureux qui ne se répétera pas avant des siècles. Il est enterré à Ravenne, où son tombeau constitue l’un des plus intéressants monuments de la ville (il est couvert d’une énorme coupole monolithe). Après lui, sa fille Amalasonte devient régente pour son petit-fils Athalaric[24].

Témoignages contemporains[modifier | modifier le code]

L'historien et chroniqueur byzantin Procope de Césarée[25], qui accompagna pourtant le général Bélisaire lors des guerres contre les Goths, en fait un éloge univoque qui montre probablement la considération dont il jouissait aux yeux de ses sujets italiens[26] : « Il commanda seul sur les Italiens et sur les Goths avec une puissance absolue. Il ne prit néanmoins ni le nom, ni l'habit d'empereur des Romains ; il se contenta de la qualité de roi qui est celle que portent les capitaines des Barbares. Il faut pourtant avouer qu'il a gouverné ses sujets avec toutes les vertus qui sont dignes d'un grand empereur. Il a maintenu la justice, il a établi de bonnes lois, il a défendu son pays de l'invasion de ses voisins, et a donné toutes les preuves d'une prudence et d'une valeur extraordinaire. Il n'a fait aucune injustice à ses sujets ni permis que l'on leur en fît, si ce n'est qu'il a souffert que les Goths aient partagé entre eux les terres, qui avaient été distribuées par Odoacre à ceux qui suivaient son parti. Enfin, quoique Théodoric n'eût que le titre de roi, il ne laissa pas d'arriver à la gloire des plus illustres empereurs qui aient jamais monté sur le trône des Césars. Il fut également chéri par les Goths et par les Italiens, ce qui n'arrive pas d'ordinaire parmi les hommes, qui ont coutume de n'approuver dans le gouvernement de l'État que ce qui est conforme à leurs intérêts, et qui condamnent tout ce qui y est contraire. Après avoir régné trente sept ans, et s'être rendu formidable à ses ennemis, il mourut de cette manière. »

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

Orfèvrerie wisigoth.

Théodoric a tout d’abord comme concubine N. de Mésie, née en 463, qui est peut-être l'une des petites-filles d’Attila, d’où :

Veuf, Théodoric se remarie avec Audofleda (469-535), fille de Childéric Ier, sœur de Clovis Ier vers 493. Ils sont les parents de :

Avec une certaine Theodora, Théodoric a une fille :

Théodoric dans les mythes germaniques[modifier | modifier le code]

Théodoric le Grand est une figure légendaire dans la mythologie germanique, connu sous le nom de Dietrich de Berne (Bern est le nom en haut-allemand médiéval de la ville de Vérone où il avait une de ses résidences). Roi légendaire de Vérone, ses premiers exploits sont rapportés dès le IXe siècle dans la Geste d’Hildebrand (Hildebrandlied vers 830).

Le cycle de Dietrich ou Dietrichsage est écrit en haut-allemand. Il comprend deux groupes de textes : des épopées historiques comme Alpharts Tod, Dietrichs Flucht ou Ornit, et des épopées d'aventures surnaturelles comme Dietrich und Fasold ou Sigenot. Dietrich apparaît également dans le Nibelungenlied, où il combat Siegfried trois jours durant, et dans la saga scandinave Thidreksaga, où Dietrich rassemble une dizaine de chevaliers et accomplit de nombreux exploits grâce à son cheval Falke, et ses épées Nagelring, puis Eckenlied. Dietrich, exilé par son oncle, se réfugie chez Attila. Lors de son bannissement, Dietrich est suivi par le fidèle Hildebrand, son maître d’armes. Après un long exil et de nombreuses aventures, Dietrich revient chez lui et retrouve son royaume[33].

Théodoric dans la littérature contemporaine[modifier | modifier le code]

Jean d'Ormesson écrit en 1990 une Histoire du Juif Errant, dans laquelle le héros rencontre Odoacre puis Théodoric et tente de les faire pacifier jusqu'au massacre de Ravenne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de France par François Eudes de Mézeray.
  2. Herwig Wolfram, The Roman Empire and its Germanic peoples, University of California Press, 1997, pp. 24-25, Ouvrage en ligne.
  3. Généalogie de Thiudimir sur le site Medieval Lands.
  4. A.H.M. Jones & J.R. Martindale, The Prosopography of the Later Roman Empire, Vol II (AD 395 - 527), Cambridge University Press, (1971 - 1980).
  5. Jordanès, Histoire des Goths.
  6. A.H.M. Jones & J.R. Martindale, The Prosopography of the Later Roman Empire, Vol. II (AD 395 - 527) (1971 - 1980).
  7. Edward Gibbon, Leclerc de Sept-Chênes, Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, tome 9, Paris, Moutard, , 476 p. (lire en ligne), p. 200.
  8. J.R. Martindale, The Prosopography of the Later Roman Empire, volume 2, AD 395-527 p. 1069. Ouvrage partiel en ligne.
  9. Patrick Périn, « Fin de l'Empire romain d'Occident », Encyclopædia Universalis.
  10. Litière portée par deux mulets et, plus tard, char à bœufs mérovingien.
  11. L. M. Du Roure, Histoire de Théodoric le Grand, roi d'Italie, précédée d'une revue …, 1846, librairie Téchener, p. 83.
  12. Charles Le Beau, Saint-Martin, Marie-Félicité Brosset, Histoire du Bas-Empire… (lire en ligne).
  13. Selon l’Anonyme de Valois, p. 49-57.
  14. a et b André Chastagnol, La fin du monde antique, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1976.
  15. a et b Anonyme de Valois, p. 49-57.
  16. a et b André Chastagnol, La fin du monde antique, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1976, p. 58.
  17. Inscription de Terracine, C.I.L. X 6850-6852.
  18. Bernard Fontaine, « Le royaume ostrogoth de Théodoric », Nouvelle Revue d'Histoire, Hors-Série, no 11H, automne-hiver 2015, p. 47.
  19. Cassiodore, Variæ, I - VI.
  20. Anonyme de Valois, 64-70.
  21. Anonyme de Valois, p. 85-93.
  22. André Chastagnol, La fin du monde antique, Nouvelles Éditions Latines, Paris, 1976. « Pendant 15 ans, dans le royaume wisigoth, les actes sont datés par l'année du règne de Théodoric alors qu'en Italie, on date encore d'après les consuls. »
  23. Cassiodore, Variæ
  24. Pierre Riché, « Amalasonthe ou Amalaswinthe (498-535) », Encyclopædia Universalis (en ligne), consulté le 6 juillet 2014.
  25. Dans Histoire de la guerre contre les Goths, livre I.
  26. « Procope : Histoire de la guerre contre les Goths : livre premier (bilingue) », sur remacle.org (consulté le 14 septembre 2015).
  27. C. W. Previté-Orton sCMH I, genealogy table 4, p. 132.
  28. Thomas S. Burns, History of the Ostrogoths, p. 96-97.
  29. Herwig Wolfram, Wolfram, 1997, figure 2. p. 24-25
  30. Herwig Wolfram, Wolfram, 1997, p. 24, figure 2 et Herwig Wolfram, Wolfram, 1979, p. 203.
  31. C. W. Previté-Orton sCMH I, p. 132, genealogy table 4 ; Thomas S. Burns, History of the Ostrogoths, p. 96-97 ; Jordanes, Jordanes Getica, XIV-80.
  32. Paternal Ancestry oH. B. James, Homer Beers James, 1996.
  33. « Dietrich de Bern combat un dragon ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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