Dacie

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45° 42′ N 26° 30′ E / 45.7, 26.5

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Dacie, et Dacie romaine pour la province romaine Dacia Felix (106 - 256 ap. J.-C.)..
La Dacie sous le règne du roi Burebista.
La carte de la Dacie par Brue Adrien Hubert (1826)

La Dacie est, dans l’Antiquité, un territoire de la région carpato-danubiano-pontique correspondant approximativement à ceux des actuelles Roumanie, Moldavie et des régions adjacentes. Le mot Dacie (du latin Dacia) vient du nom romain de ses occupants principaux, les Daces, qui sont très proches des Thraces[1]. Il a servi aussi à dénommer une marque d'automobiles roumaines.

La Dacie parmi les autres pays thraces et illyriens.

Peuples et migrations[modifier | modifier le code]

Les Daces parlaient un dialecte thrace (langue indo-européenne).

La Dacie était également peuplée par des Celtes (Scordices, Britolages), des Scythes, des Sarmates et des Bastarnes. Ses côtes ont été colonisées par une dizaine de cités-ports helléniques, vecteurs d'une influence hellénique (lorsque les Daces écrivaient, ils utilisaient, comme les Gaulois, le grec). Il y avait aussi des commerçants romains. Les tribus Daces se sont parfois affrontées entre elles, parfois aussi unies contre les Macédoniens, les Romains et parfois certains Celtes. Leurs alliés sont les Thraces et les Grecs, jusqu'à la conquête de la Grèce par l'Empire romain. Les tribus vivant le long du Danube se sont parfois alliées aux Romains contre celles des Carpates (un fossé antique, défensif contre les assauts venus des montagnes, et nommé brazda lui Novac, s'étire d'ouest en est à travers l'actuelle Valachie).

Après 256, les tribus daces épargnées par la conquête romaine (essentiellement les Carpes) s'allient avec les Goths et les Sarmates dans une « fédération de peuples barbares » constituée autour des « envahisseurs goths ». On évoque aussi des alliances ultérieures avec les Huns vers le IIIe siècle, et plus tard encore avec des Vénèdes, ancêtres des Slaves[2]. Avec les Goths, les Carpes pénètrent dans les Balkans mais, contrairement aux Goths, ils s'y fixent : les linguistes[3] y voient l'origine des Albanais et expliquent ainsi le lexique commun entre la langue albanaise et les langues romanes orientales.

Les invasions sont l'une des raisons de l'abandon de la Dacie par l'empereur Aurélien[1]. L'autre est l'épuisement des filons aurifères, rendant le maintien de cette province frontalière moins intéressant économiquement. C'est la première grande province abandonnée par l'Empire romain à un moment où il était encore assez puissant. Pour que la province ne disparaisse pas des tables impériales et pour que ses légionnaires et fonctionnaires ne se retrouvent pas sans solde, le nom et l'ensemble des structures militaires et administratives furent officiellement déplacées au Sud du Danube (« Dacie aurélienne »). Selon certains historiens (Eutrope, livre IX, 15, et au XIXe siècle, Edouard Robert Rössler) la population romanisée aurait aussi été intégralement déplacée au sud du Danube, laissant la Dacie « déserte » jusqu'à l'arrivée des Avars au VIe siècle (thèse dite de l'« Awarenwüste »[4]).

Quoi qu'il en soit et quelle qu'ait pu être la répartition des populations de part et d'autre du Danube, les actuelles langues romanes orientales sont la preuve que les populations romanisées n'ont pas disparu. Les controverses entre spécialistes ne portent donc que sur les détails d'éventuels déplacements, archéologiquement et historiquement invérifiables en l'état actuel des sources et des recherches, et de toute manière « noyés » dans la permanence du pastoralisme et de la transhumance, qui ont, pendant au moins un millénaire, maintenu le contact entre les deux rives du fleuve (les linguistes estiment que les langues romanes orientales n'ont commencé à se différencier qu'à partir du XIIe siècle)[5].

Présentation[modifier | modifier le code]

Organisation sociale[modifier | modifier le code]

« Comates », le peuple ordinaire.
Un « Taraboste » coiffé de son bonnet (Musée de l'Ermitage).

On retrouve chez les Daces la « trilogie sociale » de beaucoup de peuples, décrite par Georges Dumézil : peuple ordinaire (paysans, artisans, marchands...), guerriers et prêtres. En Dacie, le peuple devait se découvrir devant les aristocrates, mais pouvait laisser pousser ses cheveux d'où le nom de « Comates » (comati ou capillati) ; dans la guerre, il formait l'infanterie. L'aristocratie des « Tarabostes » (tarabostesei ou pileati) qui, à la guerre, formait la cavalerie, se signalait par le port d'un bonnet spécifique en tissu, feutre ou laine. Enfin les « Polistes » formaient la caste des prêtres.

Chaque tribu dace avant sa propre aristocratie et ses propres prêtres ; les tribus, de quelques dizaines de milliers de membres, vivent originellement dans des huttes de bois, en habitat dispersé ou bien regroupées en villages entourés par une palissade, puis, à une époque tardive, dans des oppidums qui évoluèrent en forteresses (davae en dace) munies de tours coniques en pierre. À la veille de la conquête romaine, ces davae étaient en passe d'évoluer en villes.

On a découvert dans une région des Géto-Daces (à Histria) un instrument musical, datant du IIIe siècle av. J.-C., formé de trois flûtes de bois : peut-être était-ce une cornemuse.

Deux types d'armes existent alors de manière certaine : armes de lutte à distance et armes de lutte au corps à corps. La cavalerie a un rôle de harcèlement, visant à attirer l'ennemi, lui tendre des pièges, et le mettre en position défavorable. Les Daces ne semblent pas avoir jamais utilisé des techniques massives avec des unités rigides et nombreuses. En revanche, ils se sont fait livrer des machines de guerre par les Romains et on sait qu'en raison d'un redoux inopiné, ils en ont perdu en passant le Danube gelé peu avant la bataille d'Adamclisi (accessoirement, cela nous renseigne sur les hivers de l'époque, s'il était envisageable de passer ces machines sur la glace).

Pour les luttes au corps à corps, les Daces préfèrent porter une arme spécifique, la sica, ornée des symboles sacrés. Cette arme est ensuite adoptée par une partie des gladiateurs à Rome, appelés thraces par les Romains. Sur la colonne Trajane, on peut voir des Daces utilisant des faux de guerre (falx) particulières, appelées faux daces (en), dont la lame, de taille égale au manche, est dans la continuité de celui-ci. Une version à une main existe aussi, peut être la romphée (romphaia) des Thraces. Les légionnaires romains durent adopter leur équipement en conséquence, se protégeant le bras droit par des plaques articulées pour éviter d'être mutilés par ces faux.

Religion[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Religion des Daces et Le christianisme en Dacie.

Les « Polistes » se rassemblaient parfois pour des rituels communs sur une « montagne sacrée » (Kogaionon en dace) qui semble avoir joué chez eux un rôle similaire à la « forêt des Carnutes » pour les druides gaulois. Selon Platon (Charmide), la religion des Daces aurait aussi évolué sous l'influence des cultes à mystères et notamment de l'orphisme, un dace du nom de Zalmoxis ayant introduit parmi les « Polistes » le culte de Gabeleizis, père des Dieux, l'idée de l'immortalité de l'âme ainsi que des périodes de jeûne et de retraite, avant d'être lui-même ultérieurement divinisé après sa mort ; toutefois, ces nouveautés n'étaient pas unanimement acceptées et on trouve chez les auteurs antiques des échos de ces débats[6].

Leur religion était à base de divinations et d'initiations. La présence d'une vingtaine de divinités attestées témoigne d'une croyance initialement polythéiste.

Les Daces avaient comme totem le loup et se définissaient comme ceux qui sont semblables aux loups. Leurs principaux symboles de guerre étaient le loup et le dragon utilisés en syrinx avec un tissu flottant à l'arrière et des anches pour produire des sons effrayants.

Activités[modifier | modifier le code]

Outils daces au musée d'histoire de Cluj-Napoca.
Bracelet dace au musée d'histoire de Cluj-Napoca.

Leurs principales activités sont l'agriculture et l'élevage. Les chevaux sont surtout utilisés comme animaux de trait.

Les richesses des Daces sont constituées de très importantes réserves d'or, de sel et de céréales. Ils exploitent les mines d'or et d'argent de l'actuelle Transylvanie.

Ils ont développé une civilisation agricole, possèdent de l'or et de l'argent et pratiquent le commerce.

Le commerce extérieur est important, au vu du nombre de monnaies étrangères trouvées dans le pays, et s'effectue surtout avec la Grèce, puis avec l'Empire romain.

Dès la fin du IIe siècle av. J.-C., ils commencent à fabriquer des pièces en or, sans doute avec l'aide des colons grecs. La plupart sont des contrefaçons parfaites des pièces romaines, mais une partie des pièces ne sont pas des contrefaçons, car comportant également des inscriptions en alphabet grec.

Les plus nombreuses sont les statères en or au nom de KOSON, ainsi nommées d'après l'inscription KOSON qui y figure, et qu'on suppose être le nom du chef des Daces dans une région après l'assassinat de Burebista en Dacie (et de César à Rome le même année). À l'avers de ces pièces, on voit un consul romain entouré de deux licteurs et un monogramme qui semble être la composition des lettres B et R. En exergue, KOSON en alphabet grec. Le revers présente un aigle avec les ailes déployées, une serre sur un sceptre, et, dans l'autre serre, une couronne. 8,41 grammes or, 18-21 mm diamètre (description de Constantin Preda). Ces pièces ressemblent aux deniers de Brutus (les licteurs) et de Pomponius (l'aigle de la Victoire). Ils auraient pu être frappés par Brutus pour obtenir le soutien militaire de Kozon dans le cadre de la guerre contre Octave et Marc-Antoine avant la bataille de Philippes. Appien affirme en effet que Brutus a battu monnaie avec de l’or et de l’argent que lui avait fournis la femme d’un membre de la dynastie, un roi de Thrace. De nombreux Thraces ont combattu dans les rangs de Brutus lors de cette bataille décisive.

Les Daces connaissent et utilisent un calendrier solaire sacré, qui est conservé à l'intérieur de la cité de Sarmizegetusa. Ce serait un des plus précis de toute l'Antiquité, puisque l'erreur de ce calendrier ne serait que de 1 h 15 min 3 s chaque année (8 840 ans si on applique des corrections tous les trois ans)[7].

Ils connaissent de nombreuses plantes médicinales, et pratiquent une médecine holistique. Les noms de ces plantes ont été sauvegardés par les Grecs, sans que leur traduction soit correctement fournie.

Les Daces vus par les Romains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dacie romaine.

Les Daces se trouvent à Rome, avec d'autres populations originaires de la région actuelle des Balkans, comme les Illyriens par exemple, dès la période entre 44 av. J.-C. (mort de Jules César) et 31 av. J.-C., lors de l'instauration du principat d'Auguste.

Ils ont de nombreuses occupations, dont la plus importante reste celle de gladiateur, qui leur convient bien, vu leur goût pour la lutte individuelle. Les gladiateurs s'entraînent dans de petites arènes nommées ludus. On connaît quatre dénominations de ces arènes : Dacicus, Gallicus, Magnus, Matutinus. L'existence de l'arène Dacicus suggère un nombre important de Daces luttant comme gladiateurs.

Lorsque la Dacie devient province romaine, les Daces se dirigent plus vers les activités militaires, devenant membres de la garde impériale — les prétoriens et la garde à cheval. La présence dace à Rome dans la garde impériale est attestée par des inscriptions dédiées aux empereurs et sur lesquelles on relève également les noms des soldats avec leur lieu d’origine : Aurelius Valerius - Drubeta, Antonius Bassinass - Zermizegetusa, Titus Lempronius Augustus - Apulum. Sur un total de 120 noms daces, 15 sont originaires de Sarmizégétuse. Parmi eux, on remarque Claudiano, centurion de la 6e cohorte.

Une autre inscription concerne Iulius Secondinus, natione Dacus, prétorien appelé de nouveau au service, âgé de 85 ans, dans des conditions où à cette époque on dépasse rarement l'âge de 50 ans.

Les inscriptions des pierres funèbres des soldats appartenant à la garde impériale portent avec une certaine distinction le lieu d'origine des décédés. Par exemple : natione Thrax - pour les Thraces ; Lucius Avilius Dacus, dont le nom est écrit en marbre (70 av. J.-C.), deux siècles avant la conquête de la Dacie.

Une autre inscription a été découverte sur la Via Flaminia, dédiée à la mémoire de la reine Zia, veuve du roi des Costoboces, Dieporus, mise par ses petits-enfants Natoporus et Driglisa. Il semblerait que des prisonniers d'origine royale et noble aient été reçus sur la Via Flaminia.

L'empereur romain Trajan déclare : « Recevant l'empire pourrissant et faible, dans toutes ses directions, de cette tyrannie qui l'avait travaillé longtemps à l'intérieur et des nombreuses invasions des Gètes d'en dehors, j'ai été le seul à avoir osé attaquer ces peuples de l'autre côté du Danube. J'ai conquis même ces Gètes, la plus guerrière des nations qui ait jamais existé, non seulement par le corps, mais aussi par ces maximes de Zalmoxis, qui vit avec eux dans une telle vénération qu'il les a touchés si profondément dans leur cœur. Car ne croyant pas qu’ils meurent, mais qu'ils changent seulement leur habitation… »

Cités de Dacie[modifier | modifier le code]

Voir une Liste des cités daces.

Ruines du temple dace de Sarmizégétuse.

La capitale de la province romaine Dacia Felix était Ulpia Traiana Sarmizegetusa, (du nom de l'empereur Trajan, Ulpius Traianus), se situe aujourd'hui dans le judet d'Hunedoara, en Roumanie. Il ne faut pas la confondre Ulpia avec l'ancienne capitale des Daces sous Décébale, Sarmizegetusa, située à 40 km de Ulpia, dans les monts Orăştie.

N.B. : dava signifie "cité" (dans le sens d'"oppidum") en dace.

Histoire[modifier | modifier le code]

Objets datant de 1700 à 800 av. J.-C.

Voir la Chronologie de la Dacie.

La période dace[modifier | modifier le code]

  • vers 2400-1700 av. J.-C., à la fin du néolithique, une peuplade d'origine indo-européenne, s'installe sur un territoire qui deviendra plus tard approximativement celui de la Dacie. Commence alors une civilisation florissante, avec de nombreux objets en or et argent et le culte de Zalmoxis.
  • 700 av. J.-C., installation de colonies grecques sur les bords de la mer Noire
Campagne militaires dace de Burebista (60/44 av. J.-C.)
  • 112-109 av. J.-C., puis 74 av. J.-C., 60-59 av. J.-C. et ainsi de suite, des conflits avec les Romains. Burebista gagne sans difficulté toutes les batailles contre les Celtes et lutte contre César du côté de Pompée, mais il arrive trop tard. Burebista est assassiné par l'aristocratie dace la même année que Jules César, très peu de temps après celui-ci.

La période romaine[modifier | modifier le code]

Influence romaine en bleu, influence des Daces libres en rouge (approximatif et variable).

Tous ces détails sur ces deux conflits se trouvent dans Dion Cassius, mais aussi en plus explicite sur la colonne Trajane, érigée à Rome par Apollodore de Damas. Pour ces campagnes, l'Empire romain mobilise plus de 150 000 hommes pendant six ans. Ils construisent un pont en pierres sur le Danube, premier du genre dans le monde, utilisé non seulement pour la conquête, mais aussi longtemps après celle-ci. On le voit sur la colonne Trajane, ainsi qu'un pont flottant utilisé pour l'attaque.

Après la conquête des cités (en dace dava) situées entre le Danube et la capitale (Argidava, Amutria, Pelendava, Castra Nova, Romula, Acidava, Rusidava, Pons Aluti, Burridava, Castra Trajana, Arutela, Praetorium... aujourd'hui Blidaru, Costeşti, Piatra Roşie, Băniţa, Capâlna, Tilisca et quelques autres), commence le siège de Sarmizegetusa. La cité, conquise après une résistance féroce, est détruite jusqu'à ses fondations. Seul le calendrier sacré est épargné.

Toutes les forteresses daces sont détruites. Une partie des polistes (prêtres) et des tarabostes (aristocrates) daces réussissent néanmoins à s'échapper de Sarmizégétuse, avec Décébale à leur tête, et organisent une résistance. Pourchassés, bientôt acculés, leur chef Décébale se suicide pour ne pas tomber prisonnier, et leur permettre une reddition honorable.

Ensuite des tarabostes ralliés à Rome aident les Trajan à retrouver l'emplacement des trésors de Décébale (évalués par l'historien Jérôme Carcopino à 165 500 kg d'or et 331 000 kg d'argent). Ils feront partie du butin de la campagne. Une légende naît au XIXe siècle, lorsque le récit de Dion Cassius est étudié par les historiens, légende selon laquelle il resterait encore un grand nombre de trésors cachés. De fait, certains objets précieux ont été trouvés lors de « fouilles sauvages », qui n'ont apporté à leurs « inventeurs » que jalousies et ennuis avec les autorités. Les habitants de cette région croient depuis lors à une « malédiction de Décébale », une série de malheurs pour qui trouve les trésors du roi dace et les vend.

Du côté romain, la construction de la colonne Trajane n'est pas la seule façon de célébrer la conquête d'une partie de la Dacie et d'employer le butin saisi. L'État romain donne une fête de 123 jours, pendant lesquels la population peut boire et manger à volonté aux frais de l'État. Au Forum de Trajan, également dû à Apollodore de Damas, on érige des statues des tarabostes capturés, qui se trouvent actuellement en haut des colonnes de l'Arc de Constantin.

La province romaine de Dacie se limite aux actuelles Transylvanie et Olténie. Le reste de l'ancien royaume dace revient aux tribus daces libres telles que les Carpiens, les Costoboces et les Tyrgètes. On peut le voir sur certaines cartes[8]. Elle reste sous l'autorité d'un gouverneur de rang prétorien. La Légion XIII Gemina et ses nombreux auxiliaires ont leurs quartiers dans la province.

La Dacie dans l'Empire romain, vers 120. Carte schématique, voir ici une carte plus exacte.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • 85-89 ap. J.-C., les Daces engagent deux grandes guerres contre les Romains, avec des incursions profondes dans l'Empire romain qui font des ravages. Victoire de Décébale, roi des Daces. Décébale accepte de se reconnaître client de l’Empire, mais omet de rendre les prisonniers et les étendards des légions. Un traité sanctionne le statu quo.
  • 101-102 ap. J.-C., pour mettre fin à cet accord humiliant, Trajan lance sa première campagne. En 105-106 ap. J.-C., lors de la deuxième campagne, une partie de la Dacie devient province romaine.

Après la retraite romaine de Dacie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Thraco-Romains et Origine des roumanophones.

La retraite romaine de Dacie inaugure une période de l'histoire des ancêtres des Roumains et des Aroumains surnommée par les historiens roumains « Âge pastoral » en référence à l'occupation principale des Thraco-Romains, période qui ne peut être connue que surtout à travers l'archéologie, la linguistique comparée et la toponymie, car les sources écrites, tant épigraphiques que paléographiques, sont très succinctes et sujettes à controverses. Cette “diète documentaire” fait appeler cette période « Âge obscur » ou « Âge sombre » par les historiens hongrois, slaves, allemands ou occidentaux qui affirment que, puisqu'il n'y a pas de sources fiables, c'est que les ancêtres des Roumains ne s'y trouvaient pas. Suivant cette position, la quasi-totalité des atlas historiques occidentaux ne mentionne même pas l'existence des locuteurs des langues romanes orientales entre 271 et 1300, bien qu'ils soient attestés non seulement par la toponymie, mais tout de même aussi par des chroniqueurs comme Théophane le Confesseur, Théophylacte Simocatta, Kedrenos, Nicétas Choniatès et Anne Comnène. L'historien roumain Neagu Djuvara remarque que : « Les arguments des thèses antagonistes peuvent tous être contestés, mais ils ont le mérite d'exister, tandis qu'aucun fait archéologique et aucune source écrite n'étayent l'hypothèse d'une disparition pure et simple des roumanophones pendant mille ans, qu'ils se soient envolés avec les hirondelles pour migrer en Afrique, ou qu'ils soient allés hiberner avec les ours dans les grottes des Carpates ou des Balkans... »[9]. De plus, même s'il n'y avait aucune preuve archéologique ou toponymique et aucune mention écrite, la simple existence des langues romanes orientales tend à prouver que les Thraco-Romains ont survécu à l'arrivée des Slaves et des Bulgares dans la région.

Chronologie[modifier | modifier le code]

  • en 271, la retraite romaine est définitive au nord du Danube. Les relations commerciales continuent néanmoins avec les habitants au nord du Danube, comme le prouve l’archéologie. Suivant ces relations, le christianisme aussi s’étend au nord du Danube. La création de la Dacie aurélienne vise à assurer aux légions et administrations retirées de la province abandonnée une pérennité au sud du Danube et peut-être à préparer la reconquête de la Dacie nord-Danubienne en cas de redressement de la situation[10].
  • l’empereur romain Galère (règne de 293-311) est Dace, originaire du nord du Danube par sa mère. Parce que Galère a persécuté les chrétiens, l’auteur chrétien Lactance (vers 250, vers 325) le présente sous un jour très noir dans son livre La Mort des persécuteurs : « au moment où il est devenu empereur, il s'est déclaré l’ennemi du nom même de "Romain"; il proposa alors que l’empire soit appelé, non pas l’Empire romain, mais l’Empire dace » ; les protochronistes roumains modernes interprètent cela comme du « patriotisme dace », mais en réalité cet empereur gouverne et défend efficacement l’Empire romain pendant près de vingt ans[11].
  • le 271 à 381, les Daces du nord du Danube passent sous contrôle des tribus carpiennes, des Daces libres, et forment les Carpo-Daces.
  • la présence au VIe siècle des Thraco-Romains à travers des citations de leur langue, est mentionnée par les chroniqueurs Théophane le Confesseur et Théophylacte Simocatta mais, à ce moment, ils n’ont pas de désignation spécifique, étant, comme tous les citoyens de l’Empire romain d'orient quelles que soient leurs langues, dénommés « Romées » (Ῥωμαίοι).
  • plus tardivement (du IXe siècle au XIIIe siècle) les descendants romanisés des Daces (au nord du Danube) et des Thraces (au sud du Danube) apparaissent sous le nom de Valaques (notamment dans le cadre du Regnum Bulgarorum et Valachorum ("royaume des Bulgares et des Valaques") au XIIe siècle)[12].
  • néanmoins ces populations, dans leur mémoire collective et dans leurs auto-désignations (endonymes) n’oublient pas leurs origines romanes, comme le montrent de nombreuses sources[13].
  • le Codex Rohonczi, un document apocryphe de plus de 400 pages de papier fabriqué en Italie donne les années 1520-1530 (selon la datation au carbone 14) semble écrit dans une langue de type roman archaïque, proche latin vulgaire, et dans une graphie que les protochronistes présentent comme un « alphabet dace »[14].
  • le plus ancien document écrit en langue roumaine date de 1521, en alphabet cyrillique gréco-slavon, car, depuis le Regnum Bulgarorum et Valachorum ("royaume des Bulgares et des Valaques") au XIIe siècle, l’église et les chancelleries des états roumains utilisaient le slavon comme langue liturgique et officielle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La Dacie des Romains : des provinces éphémères par Yann Le Bohec, Professeur d’histoire romaine
  2. Zosimus, IV, 34
  3. Eqrem Çabej, Eric Hamp, Georgiev, Kortlandt, Walter Porzig, Sergent et d'autres linguistes considèrent, dans une perspective paléolinguistique ou phylogénétique, que le proto-albanais s'est formé sur un fond thraco-illyrien vers le VIe siècle, à l'intérieur des terres, subissant un début de romanisation encore sensible dans la langue moderne, tandis que les emprunts les plus anciens de l'albanais aux langues romanes proviennent du diasystème roman oriental et non de l'illyro-roman qui était la langue romane anciennement parlée en Illyrie après la disparition de l'illyrien (pendant l'occupation romaine, l'illyro-roman a remplacé l'illyrien à la manière du gallo-roman remplaçant le celtique en Gaule). Comme les lieux albanais ayant conservé leur appellation antique, ont évolué selon des lois phonétiques propres aux langues slaves et que l'albanais a emprunté tout son vocabulaire maritime au latin et au grec, ces auteurs pensent que les ancêtres des Albanais ont vécu à l'est de l'actuelle Albanie et que régions côtières de ce pays (thème du Dyrrhacheion) étaient initialement gréco-latines.
  4. Eduard Robert Rösler : Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens, Leipzig, 1871
  5. Nicolae Iorga, Teodor Capidan, Constantin Giurescu : Histoire des Roumains, éd. (et rééd.) de l'Académie Roumaine
  6. Hérodote, Livre IV, 94-95.
  7. Images 3D sur www.dacii.go.ro
  8. carte sur www.empereurs-romains.net
  9. Neagu Djuvara sur [1]
  10. Voir sur ici
  11. Voir sur: La mort des persécuteurs, chapitre XXVII - 8
  12. Sur le passage des Thraco-Romains aux Valaques, et de ceux-ci aux Roumains et aux Aroumains, voir Teodor Capidan sur Teodor Capidan, Takis Papahagi sur Tache Papahagi, Ovide Densusianu : Histoire de la langue roumaine, I, Paris, 1901, DLR 1983 ou Neagu Djuvara: Cum s-a născut poporul român (Comment le peuple roumain s’est formé), Humanitas, Bucarest, 2001, ISBN 973-50-0181-0
  13. Les premières attestations des “Valaques“ se désignant eux-mêmes avec le nom de “Romain” datent du XVIe siècle, alors que des humanistes italiens rendent compte de leurs voyages en Transylvanie, Valachie et Moldavie. Ainsi, Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les “Valacchi“ "s’appellent eux-mêmes Romains": "nunc se Romanos vocant" (A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243). En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti à travers la Transylvanie, Valachie et Moldavie note que les “Valaques“ ont préservé leur nom de Romains et qu' "ils s’appellent eux-mêmes “Romei“ dans leur langue". Il cite même une phrase en roumain : "Sti rominest ?" ("sais-tu roumain ?", roum. :"ştii româneşte ?"): "...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano,..." in Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section historique, XVI, 1929, p. 1- 90. Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants de ces provinces s’appellent eux-mêmes Romanesques (“Romanesci“) : “Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli...” in Maria Holban, Călători străini despre Ţările Române, vol. II,p.158 – 161, tandis que Pierre Lescalopier remarque en 1574 que "Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plus part de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler “romanechte“, c'est-à-dire romain…" in : Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, Studii şi materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444. D’autres témoignages sur le nom que les Roumains se donnaient eux-mêmes viennent des intellectuels ayant connu de très près ou vécu au milieu des roumanophones. Ainsi le Saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Roumains se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini“; "Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani,/Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes/Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti" in: Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11 – 12, alors que le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ « en leur langue les Roumains s’appellent Romin d'après les Romains, et Valaques en polonais, d’après les Italiens » : "qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur" in : St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555. Le Croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que les Roumains vivant en Transylvanie, Moldavie et Valachie se nomment eux-mêmes Romains (Roumains); „...Valacchi, qui se Romanos nominant...„ “Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno...“ in De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120. Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions roumaines : « Sie noi sentem Rumeni » (« nous aussi, nous sommes roumains », pour le roum. : « Şi noi suntem români ») et "Noi sentem di sange Rumena" (« nous sommes de sang roumain », pour le roum.: "Noi suntem de sânge român") : « Valachos...dicunt enim communi modo loquendi: Sie noi sentem Rumeni: etiam nos sumus Romani. Item: Noi sentem di sange Rumena: Nos sumus de sanguine Romano » in : Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39. Les documents historiques présentent deux graphies du mot « roumain » : român et rumân. Durant plusieurs siècles, les deux formes coexistent et sont employées d’une manière interchangeable, parfois dans le même document; "am scris aceste sfente cǎrţi de învăţături, sǎ fie popilor rumânesti... sǎ înţeleagǎ toţi oamenii cine-s rumâni creştini" "Întrebare creştineascǎ" (1559), Bibliografia româneascǎ veche, IV, 1944, p. 6. Au Moyen Âge, l’endonyme ethnolinguistique rumân/român signifiait aussi « roturier », car les aristocraties des pays s'étendant sur les territoires habités par les descendants des Daces et des Thraces romanisés, étaient d'origine étrangère (slave, bulgare, hongroise, coumane, iasse et plus tard grecque). Pendant le XVIIe siècle, lorsque l’institution du servage connaît une extension significative, « roturier » revêt de plus en plus le sens de « serf ». Dans un processus de différenciation sémantique pendant les XVIIe et XVIIIe siècles, la forme rumân, probablement plus commune parmi les paysans, finit par identifier le sens de « serf », tandis que la forme "român" garda son sens ethnolinguistique : Stelian Brezeanu, Romanitatea Orientalǎ în Evul Mediu, Editura All Educational, Bucureşti, 1999, p. 229-246. Après l’abolition du servage par le Prince Constantin Mavrocordato en 1746, la forme "rumân", restant sans support socio-économique disparaît graduellement alors que la forme "român, românesc" s’établit définitivement. Enfin le nom de la Valachie, est en roumain est Ţara Românească (anciennement aussi Ţara Rumânească), ce qui signifie pays Roumain. Le plus ancien document connu en roumain attestant la dénomination "Pays roumain" est une lettre qu’un Neacşu écrit en 1521 au maire de Brașov pour le mettre en garde contre les mouvements des Ottomans au sud du Danube. Dans ce texte roumain, la principauté nommée par les étrangers « Valachie » est appelée « Pays Roumain » (Ţara Românească). Comme dans le cas de l’endonyme « roumain », la graphie du nom du pays n’est pas encore fixée, jusqu’au début du XIXe siècle les textes présentant les deux formes : Ţara Românească et Ţara Rumânească.
  14. Le poids médiatique et politique du protochronisme, initié dès 1913 par Nicolae Densuşianu dans son ouvrage La Dacie préhistorique, mais promu au rang de dogme historique sous la dictature de Nicolae Ceaușescu, décrédibilise gravement les études archéologiques et historiques roumaines sur la scène universitaire internationale, mais ses partisans n’en ont cure : leur but est d’étayer une vision ultra-nationaliste de l’histoire du pays, dans laquelle les influences extérieures sont minimisées et le « génie autochtone » magnifié.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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