Site archéologique d'Alba-la-Romaine

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Article principal : Alba-la-Romaine.
Site archéologique d'Alba-la-Romaine
Alba Helviorum
Site archéologique d'Alba-la-Romaine
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Auvergne-Rhône-Alpes
Coordonnées 44° 33′ 39″ nord, 4° 36′ 04″ est

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Site archéologique d'Alba-la-Romaine
Site archéologique d'Alba-la-Romaine

Le site archéologique d'Alba-la-Romaine, correspondant à la ville gallo-romaine d'Alba Helviorum[1], est situé près de l'actuelle ville d'Alba-la-Romaine, dans le département de l'Ardèche, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Alba était sous l'empire romain la capitale du peuple gaulois des Helviens dont le territoire recouvrait la région du bas Vivarais. Un musée y a ouvert ses portes en octobre 2013[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La Gaule et les peuplements gaulois, d'après César

On a pu supposer que la ville d'Alba avait pris, au début de l'Empire romain, la succession, comme souvent en Gaule, d'une agglomération antérieure. L'existence d'un oppidum protohistorique sur le plateau de Chaulène, au nord-ouest d'Alba, est en effet vraisemblable. L'hypothèse d'un habitat de plaine peut être simultanément retenue, les fouilles pratiquées à l'ouest du site (« Saint-Pierre ») ayant livré des débris d'outillage lithique datant de la fin du IIIe millénaire. À l'emplacement de deux « domus » du sud-est du site (« maisons du champ Delauzun »), un habitat de La Tène III (Ier siècle av. J.-C.) a par ailleurs été révélé par la découverte de céramiques importées, campaniennes de type A, dont des débris ont également été recueillis à « Saint-Pierre », ainsi que de cols, anses ou lèvres d'amphores vinaires d'Italie et une monnaie allobroge, émise avant le troisième quart du Ier siècle av. J.-C.[3]. D'autres oppida sont connus sur le territoire des Helviens comme celui de Jastres-Nord[4],[5].

Quand Bituitos, chef des Arvernes, peuple situé au-delà des Cévennes, fut battu en 121 av. J.-C. par le consul romain Fabius Maximus, Alba était déjà le chef-lieu des Helviens dont le territoire correspond sensiblement au sud du département actuel de l'Ardèche. Leurs voisins étaient au nord les Ségusiaves, à l'ouest les Vellaves et les Gabales, au sud les Volques Arécomiques[6]. Fabius Maximus réussit à dissocier les Helviens des Allobroges et des Arvernes et à les attirer dans l'alliance avec Rome. Ils obtinrent les titres d'alliés et amis du peuple romain et Jules César observait lors de son arrivée en Gaule qu'ils étaient autonomes, avaient leurs propres coutumes et leur administration[7]. En 83 av. J.-C. le chef helvien Cabur obtenait sous le nom de Caïus Valerius Caburus la citoyenneté romaine et son fils Caïus Valerius Procillus devint l'ami de César[8]. La politique pro-romaine des Helviens permettait à César d'installer ses forces à proximité des Arvernes. Après sa victoire l'Helvie et sa capitale Alba connaissent un important développement économique.

Par la suite Alba reçoit le privilège du droit latin, ce qui lui permet d'obtenir quelques avantages. Rattachée d'abord à l'Aquitaine au temps de Strabon, il semble qu'elle soit intégrée à la Narbonnaise. « Point de départ des voies romaines vers Valence, Vienne et Lyon par la rive du Rhône, d'autre part vers Bourg-Saint-Andéol et la Narbonnaise, enfin vers Gergovie - sans compter les routes secondaires -; centre d'une région agricole et surtout viticole; centre de commerce régional, gaulois, et même impérial (…), Alba est dès le Ier siècle une ville importante », observe Marcel Le Glay[9], sans égaler la splendeur d'Arles, Orange, Nîmes ou Vienne. Sans doute faut-il mettre en rapport son essor avec un fait rapporté par Pline l'Ancien selon qui on avait découvert à Alba, et adopté dans la région, un plant de vigne dont la floraison passait en un jour[10]. Jusqu'à son apogée, au IIe siècle, elle se développe alors sur deux pôles, au sud sur les terrasses de l'Escoutay et le théâtre, au nord dans le quartier de « Bagnols » situé près de la voie qui mène de la vallée du Rhône au Massif central.

L'époque de la christianisation de la ville, premier siège épiscopal de la région, demeure incertaine, variant entre la fin du Ier siècle ou celle du IIe siècle. Après son déclin, probablement dès la fin du IIIe siècle, la cité perd au milieu du IVe siècle au profit de Viviers sa fonction de siège épiscopal. Le site antique déserté, une nouvelle agglomération se forme au Moyen Âge à l'emplacement du village actuel.

Contre le mur du cimetière juif dans le quartier nord de Bonn / Allemagne se trouve un relief de la pierre tombale du premier habitant de Bonn nommément connu, un légionnaire romain venu en 35 apr. J.-C. de Alba Helviorium (aujourd’hui Alba-La-Romaine). L’inscription tombale, traduite du latin, signifie: «Ici repose Publius Clodius, fils de Plubius, de la région de Voltinia, né à Alba, soldat de la 1re légion, 48 ans, décédé après 25 ans de service.»[11]

Archéologie[modifier | modifier le code]

Installée sur une voie de communication reliant la vallée du Rhône au Massif central, la ville antique, dépourvue d'enceinte, s'étend sur 30 hectares, circonscrite par les nécropoles de Saint-Martin (Ier et IIe siècles apr. J.-C.) au sud-est et de Saint-Pierre (IIe – IVe siècle apr. J.-C.) à l'ouest. La ville est organisée à partir de deux voies majeures qui se coupent à angle droit, l'une orientée nord/sud (le cardo maximus) et l'autre ouest/est (que l'on présume être le decumanus), selon un réseau de rues perpendiculaires. Le cardo, pavé de grandes dalles, large de 5 mètres et long de plus de 300 mètres, part de la rivière et aboutit au centre monumental qu'il longe. Un troisième axe, long de 70 mètres, a été mis au jour au nord de la ville, orienté nord-est/sud-est et reliant le forum au sanctuaire de Bagnols.

Le périmètre de la ville est évalué à quatre kilomètres. L'évaluation de la population reste cependant extrêmement difficile. Son approvisionnement en eau se faisait par des aqueducs depuis des sources situées sur les versants du massif du Coiron. Les vestiges de l'un d'entre ont été découverts. Dans une domus un puits domestique atteste l'utilisation simultanée de la nappe phréatique. Des tuyaux, en plomb ou en bois, permettaient la distribution de l'eau. Un système d'égouts maçonnés assuraient l'évacuation. Cardo et decumanus étaient notamment équipés d'un égout latéral qui recueillaient les eaux usées ou pluviales collectées par de nombreux caniveaux.

Les fouilles furent dans un premier temps dirigées par le Docteur Jos Jullien qui fit un résumé de la situation en 1946 dans la revue Rhodania[12].

Quartier nord (« Les Bagnols »)[modifier | modifier le code]

Le quartier que l'on appelle aujourd'hui de Bagnols est là où ont été repérées les premières traces d'habitat sur la plaine d'Alba. La ville antique est partie de ce quartier et s'est ensuite étendue sur le lieu-dit du Palais, autour du centre monumental.

Au nord de la ville antique, alors qu'elle se développe, se situent un sanctuaire gallo-romain important, un habitat populaire construit en matériaux périssables (terre, bois) et vraisemblablement une activité artisanale ou commerciale. Au cours du Ier siècle apr. J.-C., son sanctuaire s’agrandit et accueille le culte impérial, soulignant l'allégeance des Helviens à l'empereur et leur complète intégration à l'Empire romain. En 1992, la statue d’un empereur divinisé y est retrouvée. Le quartier est relié au centre monumental par une voie processionnelle qui longe ensuite le centre monumental par l'est. Toutefois, dès le IIIe siècle, des traces d'abandon et de réutilisation des pierres du sanctuaire sont avérées, signe d'un début de décadence.

Cardo et decumanus[modifier | modifier le code]

Le cardo et les boutiques
Le cardo et les boutiques

La cité romaine[13] fut fondée, à l'extérieur de la ville actuelle, au nord, de l'autre côté de l'Escoutay, à partir des deux axes perpendiculaires, le cardo (nord-sud) et le decumanus (est-ouest), qui forment la base du quadrillage de l'urbanisme romain. Aujourd'hui dégagé sur 150 mètres, le cardo est composé de blocs de calcaire dur (« marbre de Chomérac », d'une épaisseur d'environ 28 cm, sur lesquels apparaissent encore les traces des roues des charrettes. La chaussée, d'une largeur d'environ 5 mètres, rebords non compris, recouvre un réseau d'adduction d'eau et un égout.

Le cardo conduit au forum (« quartier du Palais ») et longe sa façade ouest bordée d'un portique d'une largeur de 4,60 mètres. Une vingtaine de boutiques surmontées d'un étage sont alignées en contrebas, quatre escaliers menant à l'esplanade supérieure. Cinq d'entre elles ont livré un matériel datant de plusieurs époques séparées par des couches correspondant à deux incendies, le premier ayant vraisemblablement lieu au plus tard au milieu du IIe siècle. On devait vendre dans les boutiques de la vaisselle en terre cuite (coupes, lampes votives aux décors surmoulés) et en verre[14].

Centre monumental et forum (« Le Palais »)[modifier | modifier le code]

Édifice public quadriportique[modifier | modifier le code]

Édifice public quadriportique

Au nord, un édifice à vocation publique, composé de quatre ailes à portique, est construit autour d'un grand jardin avec deux bassins. Le portique s'ouvre sur des exèdres semi-circulaires ou rectangulaires. Jusqu'au milieu du IIe siècle l'exèdre monumentale, composée d'une salle voûtée comportant une banquette latérale habillée de mortier de tuileau, se situe à l'est. Des modifications surviennent par la suite, l'aile nord se monumentalise et un bassin d'agrément est créé. La fonction de cet « édifice public quadriportique » est, tout comme l'édifice au nord du centre monumental, obscure.

Édifice économique ou religieux[modifier | modifier le code]

Quartier du Palais
Quartier du Palais

Un premier édifice, datant du IIe siècle, est situé au sommet du centre monumental en bordure du cardo maximus. Sa fonction pourrait être en rapport, dans le cadre de la vie économique et religieuse de la cité, avec les corporations.

Une inscription, probablement du Ier siècle, trouvée sur un sarcophage (remploi ultérieur) dans le quartier Saint-Pierre en énumère quatre, drapiers (centonarii), ouvriers du bâtiment (fabri), utriculaires(utriclarii) et fournisseurs de bois pour les constructions (dendrophori) qui semblent toutes en relation avec le commerce du vin.

Ces corporations témoignent sur cette inscription de leur puissance économique et politique dans la cité, et ce bâtiment public qui devait être magnifiquement décoré pourrait leur être attribué.

Le bâtiment se compose de quatre ailes entourant un jardin avec un bassin central. À l'origine trois ailes à portique s'ouvraient sur ce jardin, la partie est étant fermée par un simple mur qui fut transformé 30 ou 40 ans plus tard en dernière aile à portique.

L'exèdre monumentale, à l'ouest, est épaulée par des salles annexes et axée sur le prolongement du jardin.

Area publica et area sacra[modifier | modifier le code]

L'area sacra vue du sud
Quartier du Palais vu du nord

Le forum est composé de deux espaces, l' aera publica (publique) au nord et l' aera sacra (religieux) au sud.

L' area sacra est composée de deux édifices à portique qui sont construits en enfilade du sud au nord.

Le portique sud, dont le décor apparaissait soigné (placages de marbre, colonnes de calcaire tendre, sol de mosaïque à décor géométrique noir et blanc), est une galerie couverte qui ouvre sur une cour. Un temple, avec vestibule (pronaos) et grande salle (cella), datant du IIe siècle, se trouve au centre de la cour. Une niche semi-circulaire faisait face à l'entrée. Au sud de ce temple, invisible aujourd'hui, une basilique, à la fois tribunal et place d'échanges commerciaux, a été découverte.

Le portique nord entoure une cour et un bâtiment, grande salle prolongée par une abside axiale, qui a pu recevoir l'administration municipale, la (Curie). Répondant à la nécessité de compenser la pente du terrain, un cryptoportique, sous-sol constitué d'une structure de piles et poutres, a permis un niveau d'utilisation mais a été remblayé à la fin du Ier siècle. À l'angle nord-ouest du portique, l'arc de sa porte d'accès demeure visible.

Ouvrage hydraulique souterrain[modifier | modifier le code]

Dalles du cardo

Un réseau complexe de canalisations a été découvert en 1966 à 40 mètres au sud de la voie dallée, à l'endroit où la route nationale 102 traverse le ruisseau de la Théoule ou du Palais. La canalisation principale qui part du lit du ruisseau se dirige d'abord vers le sud puis tourne à angle droit vers l'ouest. Sa largeur est de 60 centimètres, sa hauteur de 70 centimètres au départ puis dépasse rapidement 2 mètres. La construction est d'une remarquable qualité, petit appareil soigné pour les parois, voûte en berceau maçonnée avec des pierres placées de champ.

De petites ouvertures sont percées dans le mur de gauche pour permettre l'infiltration des eaux. Sur le mur de droite sont aménagés de petits canaux secondaires assurant leur évacuation. La première partie de la canalisation principale est coupée à un niveau inférieur par une autre galerie dont la voûte est formée d'éléments architecturaux de réemploi, fragments de colonnes, et de dalles. Sur l'une d'entre elles, également de réemploi, figure l'inscription de la dédicace d'une adduction d'eau par le particulier à l'origine de sa construction[15].

L'ensemble servait peut-être « à récupérer les eaux de crues du ruisseau et à les restituer, par irrigation, pour renforcer les nappes phréatiques et assurer une alimentation plus abondante et plus régulière des puits »[16].

Le théâtre[modifier | modifier le code]

Le théâtre
Le théâtre

Au sud-est, à 150 mètres du forum, sur la limite est de la ville, le théâtre est traversé par le ruisseau du Massacre. Seuls trois exemples de théâtres situés sur des cours d'eau sont connus dans le monde romain.

Partiellement exhumé entre 1932 et 1935, il est aujourd'hui dégagé. Les fouilles ont révélé que son développement s'était fait en trois états successifs[17].

Premier état[modifier | modifier le code]

Le plus ancien théâtre, de forme polygonale et de 50 mètres de diamètre, est une construction légère (gradins en terre et planches de bois), n'occupe que la rive droite du ruisseau qui se trouvera par la suite canalisé. Il daterait de la fin du Ier siècle av. J.-C..

Deuxième état[modifier | modifier le code]

Une première reconstruction fut opérée au plus tôt en 30-45 apr. J.-C.. Le théâtre est alors remblayé selon une forme semi-circulaire d'un diamètre de 68 mètres. Un franchissement du ruisseau, canalisé, est réalisé.

Troisième état[modifier | modifier le code]

Une seconde reconstruction date du début du IIe siècle. Le théâtre se développe alors sur les deux rives du ruisseau, la cavea et l'orchestra occupant la rive droite, l'espace scénique enjambant le ruisseau, le mur de scène se trouvant sur la rive gauche. C'est ce dernier état qu'a restitué la restauration.

Sur la rive droite du ruisseau, des quatre murs demi-circulaires et concentriques qui supportaient les vingt-deux rangs de gradins de la cavea réservée aux sièges des spectateurs, un seul subsiste. On pouvait y accéder de l'extérieur par des passages voûtés (vomitoires) situées à l'arrière et desservies par des galeries extérieures dont cinq ont été identifiées. De l'orchestre où prenaient place sur des sièges d'honneur trois rangs de spectateurs privilégiés demeurent plusieurs grandes dalles en demi-cercle.

Au pied des gradins l'orchestre est une transition avec l'estrade où évoluaient les acteurs, installée sur une couverture de bois du ruisseau. Sur sa rive gauche le mur de scène (frons scaena) occupe toute la hauteur du théâtre (12 mètres). Il était décoré de colonnes corinthiennes et de niches où se trouvaient des statues. Trois portes, par lesquelles les acteurs accédaient aux coulisses, y étaient percés. À l'arrière de ce mur un jardin était bordé à l'ouest d'un portique.

Le théâtre, dont le diamètre est de 68 mètres environ, pouvait contenir environ 3000 spectateurs.

Un long mur oblique, au sud du théâtre, devait appartenir à un important édifice.

Des thermes privés (« La Planchette »)[modifier | modifier le code]

Ces thermes, fouillés en 1965 et 1966, sont constitués, au sud-ouest de la ville antique et à l'entrée du village moderne, d'un ensemble de cinq salles alignées du nord au sud. La salle 1 devait constituer le vestiaire (apodyterium). Au même niveau, la salle 2, présentant à l'est un bassin de plan trilobé revêtue de plaques de marbre et à l'ouest une petite baignoire, était vraisemblablement une salle froide (frigidarium). Les trois dernières salles (caldarium et tepidarium) manifestent la présence des pilettes carrées (hypocaustes) supportant les sols, entre lesquelles circulait l'air chaud.

À l'ouest de ces dernières salles une autre salle, rectangulaire, en contrebas de trois marches, devait avoir fonction de salle de service. Au nord-est du bassin tréflé, un autre bassin, isolé et de construction plus grossière, semble avoir été utilisé comme réservoir.

Selon les dimensions des salles, il s'agirait plutôt de bains privés que de bains publics. Les monnaies retrouvées dans le balneum datant de la fin du IIIe et de la première moitié du IVe siècle, le balneum aurait été construit dans le courant du IIe ou du IIIe siècle et détruit vers le milieu du IVe[18].

« Les Basaltes »[modifier | modifier le code]

Le site et son sanctuaire se trouvent à moins d'une centaine de mètres au nord des thermes. Il semblerait qu'il soit composé de bâtiments à usages artisanaux ou agricoles et d'habitations plus modestes[17].

Les villas (« Maisons urbaines du champ Delauzun » ou « Le Pinard »)[modifier | modifier le code]

Des habitations luxueuses ont été découvertes fortuitement en 1967 au sud-est de la ville près de la rivière l'Escoutay, au sud de la nationale 102, dans un champ appartenant à M. Delauzun. C'est sur ce site qu'ont été trouvés parmi des objets divers (lampe à huile, monnaies, ossements d'animaux) les vestiges les plus anciens, fragments d'amphores et de céramiques d'importation italienne (céramique campanienne).

Deux grandes maisons sont séparées par une rue en forte pente d'orientation est-ouest, bordée de caniveaux couverts de dalles calcaires.

Mosaïque des poissons

La première maison (maison I ou maison sud) est composée d'un péristyle et d'un jardin orné d'un bassin rectangulaire à abside et d'un puits d'une profondeur de 10,50 mètres et de treize pièces, réparties sur 1250 mètres carrés et deux étages, où ont été ajourées neuf mosaïques. Le triclinium (salle à manger), situé au centre du péristyle dans l'axe du bassin, est précédé d'un couloir dont le sol est mosaïqué. Toutes ces mosaïques, datables selon des critères stylistiques de la première moitié du IIe siècle apr. J.-C., sont constituées d'un décor géométrique noir sur fond blanc, quelquefois orné d'une discrète polychromie. Une petite pièce encore partiellement pourvue de son dispositif de chauffage par hypocauste a également été repérée[19]. Un portique dont il demeure plusieurs bases de piliers, longeait la maison du côté de la rue.

La seconde maison (maison II ou maison nord), dont l'alignement ne respecte pas celui de la rue, a livré des mosaïques plus tardives datant de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle (époque des Sévères). Sur l'une d'entre elles, découverte en 1967, qui couvrait un seuil de porte[20] ou le sol de la salle à manger (triclinium), figurent des poissons d'eau douce (perches, truites, peut-être une tanche ou une carpe) et des coquillages, une variété de moules (anodontes) de rivière.

Le site de Saint-Pierre[modifier | modifier le code]

Les fouilles du site, entreprises par F. Delarbre en 1945, ont été poursuivies de 1964 à 1976 sous les directions successives de MM. Le Glay, Tourrenc et Lauxerois. Des débris de marbres, de fresques et de tessons de poteries datant du Ier siècle ont été retrouvés dans ses couches les plus profondes, vestiges de premières constructions. Selon les hypothèses suggérées par les découvertes effectuées en 1966 trois monuments se seraient ensuite superposés de l'Antiquité au Moyen Âge.

Un premier monument, vraisemblablement assez important, daterait selon un fragment d'inscription de la fin du IIe siècle ou du début du IIIe siècle (règne de Septime Sévère). Il en demeure un dallage bordé d'un caniveau, trois murs parallèles déterminant un portique d'une largeur de 3,50 mètres, ouvrant sur une salle d'une profondeur de 5,90 mètres, et un bassin (10,75 × 7 × 1,56 mètre).

Un autre édifice apparaît, au sud, à un niveau légèrement supérieur. De dimensions modestes (16 × 9,5 mètres) son plan carré se prolonge dans son axe ouest-est par une salle débordante surélevée (de 5 mètres de côté). Le monument semble constituer un martyrium, transformé ensuite en église divisée en trois nefs. Cette église est précédée sur le côté nord par un corridor dallé de 2,50 mètres de large. Au-delà du seuil, une cour dallée (4,50 × 3,50 mètres) mène à un baptistère.

Au nord une église plus grande, orientée ouest-est, formée de plusieurs nefs et dallée, fut sans doute, plus tard, la cathédrale d'Alba. Trois niveaux de tombes ont été repérées : sous le dallage des tombes, de tradition romaine, sous tuiles assemblées en forme de toit, des sarcophages caractéristiques de l'époque mérovingienne et, sur le dallage d'autres tombes datant du Moyen Âge.

Plus au nord un prieuré s'est installé au XIIe siècle. La chapelle, de 20,50 mètres sur 4 mètres, composée d'un narthex, une nef et un chœur, a subi par la suite de nombreux remaniements jusqu'à sa destruction partielle au XVIe siècle puis son abandon au XVIIe[21].

Saint-Martin, « La Plaine »[modifier | modifier le code]

À Saint-Martin une villa suburbaine indique un passage de la ville à la campagne. Un cimetière gallo-romain a été révélé tout juste au sud de la nationale 102, de l'emplacement de l'église et du cimetière médiéval.

Sur la périphérie de la ville, au nord-est, il semble que d'autres villae, exploitations agricoles et habitations (jardin, portique, pièce d'eau, mosaïques et fresques), se situent dans le quartier de « La Plaine ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Roger Lauxerois, « tous les textes, littéraires ou épigraphiques, s'accordent sur la dénomination de la ville, Alba, et non Alba Augusta, comme certaines traditions historiques l'ont défendu. » (Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 20.)
  2. http://museal.ardeche.fr/627-une-ville-vieille-de-2000-ans.htm
  3. Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 18 et 20
  4. [1]
  5. C. Lefebvre, Oppida Helvica, les sites fortifiés de hauteur du plateau de Jastres, De Boccard, Paris, 2006
  6. César, Bell. Gall, VII, 7, 8, 64 et 65.
  7. César, Bell. Gall, I, 1, 45 et 47.
  8. César écrit qu'il « crut plus convenable de députer vers Arioviste C. Valérius Procillus, jeune homme plein de courage et de mérite, dont le père, C. Valérius Caburus, avait été fait citoyen romain par C. Valérius Flaccus. Sa fidélité était connue et il savait la langue gauloise, qu'une longue habitude avait rendue familière à Arioviste, et les Germains n'avaient aucune raison pour le maltraiter. » (I, 1,47)
  9. Marcel Le Glay, Les fouilles d'Alba Augusta Helviorum, dans « Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1964,
  10. LE GLAY Marcel et DELARBRE Franck, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1969, p. 3; Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 25
  11. Klaus Polak / Nadine Martin: Bonn, CityGuide, 2e édition, p. 155, Reise Know-How Verlag 2010, Bielefeld (Allemagne), (ISBN 978-3-8317-1983-9)
  12. Yves Esquieu, Roger Lauxerois, Les fouilles de Saint-Pierre d'Alba, p. 32, Archéologie Médievale, no 5, 1975
  13. Informations réunies d'après les notices présentées sur le site archéologique
  14. Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 22
  15. Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 24. L'auteur donne le texte de l'inscription : C(aius) Rutilius / Panus / aquas / d(e) s(ua) / ped(unia) d(edit) (AE, 1971, 260)
  16. LE GLAY et DELARBRE, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1969, p.11
  17. a et b Alba la Romaine en Ardèche, Ministère de la culture et de la communication, Direction des Antiquités historiques de la Région Rhône-Alpes, sd.
  18. LE GLAY et DELARBRE, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1969, p.13
  19. Roger Lauxerois, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 24 et 25
  20. LE GLAY et DELARBRE, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1969, p.12 et 13
  21. LE GLAY et DELARBRE, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1969, p.14-16

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Delarbre Franck, 97 - Esquisse Prévivaroise : Alba Augusta Helviorum, dans Revue du Vivarais, 1937, XLIV, p. 97
  • Delarbre Franck, Alba Augusta Helviorum, Le Teil, 1958 ;
  • Docteur Jos Jullien et H. Muller, Recherches archéologiques sur l’emplacement de la ville romaine d’Alba Augusta Helviorum : Congrès d’Avignon, Rhodania,
  • Dupraz J., Carte archéologique de la Gaule. Ardèche, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, juillet 2001 [Notice d'Alba, p. 97-194] ;
  • Filhol C., Alba Helviorum, dans « Rhodania », congrès d'Aubenas et Vals-les-Bains, no 1.243 et 1.245, 1927 ;
  • Fraisse C. et Voisin A.-F., Alba-la-Romaine une ville antique à son apogée, Association les Enfants et Amis d'Alba, 2004 ;
  • Lauxerois Roger, Inscriptions d'Alba, dans « Rev. Arch. de Narbonnaise », 1974, p. 159-178 ;
  • Lauxerois Roger et Vichy M., À propos des origines d'Alba Helviorum, dans « Gallia », 1975, p. 49-60(lire en ligne) ;
  • Lauxerois Roger, Alba la Romaine, première capitale du Vivarais, dans « Archéologia » no 109, Dijon, août 1977, p. 18-25 ; Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Lauxerois Roger, Le Bas-Vivarais à l'époque romaine. Recherches sur la cité d'Alba, Paris 1983 ;
  • Lauxerois Roger, André P. et Jourdan G., Alba, de la cité gallo-romaine au village, Guides archéologiques de la France no 5, Paris 1985 ;
  • Le Glay Marcel, Les fouilles d'Alba Augusta Helviorum, dans « Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 1964, p. 401-415 (lire en ligne) ;
  • Le Glay Marcel, Autour des corporations d'Alba, dans « Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France », 1964, p. 140-152 ;
  • Le Glay Marcel, La reprise des fouilles d'Alba et les premiers résultats des recherches de 1964 et 1965, dans « Revue du Vivarais », LXIX, 1965, p. 162-168 ;
  • Le Glay Marcel et Tourrenc S., Le forum d'Alba Augusta Helviorum, dans « Hommages à Marcel Renard », III, Bruxelles, 1969, p. 346-359 ;
  • Le Glay Marcel, directeur des Antiquités historiques de la région Rhône-Alpes, et Delarbre Franck, Alba Augusta Helviorum, Lyon, Société des Enfants et Amis d'Alba, 1960, rééditions: 1966, 1967, 1968, 1969, p. 24 ; Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Le Glay Marcel et Tourrenc S., Un curieux ouvrage hydraulique d'Alba Augusta Helviorum, dans « Hommage à Fernand Benoît, IV Bordighera, 1972, p. 131-141 ;
  • Mazon. A, Alba Helviorum, Revue du Vivarais n°12, 15 décembre 1900, p. 555
  • Alba la romaine. Sous les vignes, une ville antique, Centre de documentation archéologique, Alba-la-Romaine, sd (c. 1992) ; Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alba la Romaine en Ardèche, Ministère de la culture et de la communication, Direction des Antiquités historiques de la Région Rhône-Alpes, sd. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Yves Esquieu, Alba - Groupe cathédral Saint-Pierre, p. 205-210, dans Les premiers monuments chrétiens de la France, tome 1, Sud-Est et Corse, Picard éditeur, Ministère de la Culture et de la Francophonie, Paris, 1995 (ISBN 2-7084-0442-3)
  • Yves Esquieu, Les anciennes églises d'Alba. Étude historique et archéologique, 1970 ; p. 63 (compte-rendu par Marcel Durliat, dans les Annales du Midi (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Grégoire Ayala, « Alba-la-Romaine (Ardèche) : les lampes en terre cuite », revue archéologique de Narbonnaise, 23, 1990,

p. 153-212 Lire en ligne.

  • Marcel Le Glay, "Ardèche: Alba.", Gallia, 31-2, 1973, p. 537-540 Lire en ligne.
  • Marcel Le Glay, "Ardèche: Alba", Gallia, 26-2, 1968, p.  596-599 Lire en ligne.
  • Site web de la commune
  • site internet du Conseil Général de l'Ardèche, propriétaire du site (présentation) [2]
  • Roger Lauxerois, "Inscriptions d'Alba", Revue archéologique de Narbonnaise, vol 7, no 7, 1974, p. 159-178 Lire en ligne.
  • Roger Lauxerois, "À propos des origines d'Alba Helviorum", Gallia, 33-1, 1975, p. 49-60 Lire en ligne.
  • Jean-Claude Béal, Joëlle Dupraz, "Architecture et urbanisme antiques d'Alba (Ardèche): nouveaux documents", Revue archéologique de Narbonnaise, 22, 1989, p. 99-145 Lire en ligne.

Liens internes[modifier | modifier le code]