Cino Del Duca

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Cino Del Duca (né le 25 juillet 1899 à Montedinove dans la Province d'Ascoli Piceno, Italie - mort le 24 mai 1967 à Paris, enterré au cimetière du Père-Lachaise) est un éditeur de presse écrite, producteur de films français et italiens et philanthrope italien qui s'est installé en France en 1932[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeunesse pauvre[modifier | modifier le code]

Pacifico Del Duca naît le 25 juillet 1899 dans un village de la région des Marches dans le Centre-Sud de l’Italie. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre garçons. Il est issu d’une famille modeste et son père a subi des revers de fortune. La situation économique difficile du début du siècle amène de nombreux Italiens à émigrer. La famille quitte le village de Montedinove en 1912 pour la grande ville voisine, Ancône. Dès la fin de troisième technique, Pacifico, dont le diminutif est Cino, commence à travailler. Lors de sa conscription militaire, il se déclare tailleur. Enrôlé sous les drapeaux en 1918, il devient télégraphiste. Il est libéré en 1920 et grâce à ses bons états de services, il obtient un travail aux chemins de fer.

L’Italie connaît entre 1920 et 1922 une forte période d’agitation sociale. Le chômage, la misère et la soif de justice sont à l’origine d’une situation quasi révolutionnaire. Cino Del Duca adhère au parti socialiste, et devient un militant actif. La crainte d’une révolution d’inspiration bolchévique fait peur aux classes dirigeantes. Pour combattre les agitateurs politiques, le patronat a recours aux squadre dirigées par Benito Mussolini, le futur Duce. Fin 1922, Mussolini s’installe au pouvoir et fait passer progressivement l’Italie d’une démocratie à une dictature [2] La répression contre les partis de gauche s’intensifie. Cino Del Duca figure dans un fichier d’adresses de militants saisi par la police. Il est arrêté et emprisonné. Lors de son interrogatoire, il renonce à son engagement communiste.

Son enfance pauvre et ses années de soldat lui ont forgé un caractère volontaire. Il n’oubliera jamais d’où il vient. Son engagement politique lui a donné le goût du combat. En 1923, Cino Del Duca abandonne son idéal révolutionnaire. Il a 24 ans, il n’a ni argent, ni relation mais il est doté d’une farouche volonté. Il part rejoindre son frère Domenico et il trouve un poste de voyageur de commerce auprès d’un éditeur[3].

L'entrée dans l'édition[modifier | modifier le code]

Cino Del Duca commence par vendre des romans feuilletons en porte à porte pour l’éditeur Lotario Vecchi, qui, parallèlement publie les premiers journaux de bandes dessinées en Italie. Dans les bureaux de Vecchi gravite de nombreux jeunes qui seront les futurs auteurs et dessinateurs du fumetto italien. Dès 1928, il prend son indépendance et lance avec ses deux frères, Domenico et Alceo, sa propre maison d’édition, la Moderna. Ils éditent, impriment et distribuent des romans roses. En 1932, ils publient leur premier journal pour la jeunesse « Il Monello ». Ces magazines s’inspirent des comics américains et ils rencontrent un formidable succès. En 1935, ils créent « L’Intrepido ». Ces deux illustrés seront publiés jusque dans les années 1990. La carrière des frères est lancée et leur enrichissement est très rapide. Pour autant, Cino Del Duca reste surveillé par la police politique qui le soupçonne d’aider des militants communistes. Pour échapper à ce contrôle mais aussi pour développer ses affaires en France, il décide d’émigrer. En 1932. Cino Del Duca s’installe alors à Paris.

Les illustrés de l'âge d'or[modifier | modifier le code]

Cino Del Duca commence d’abord par éditer des romans en fascicules puis en 1935, il crée "Hurrah!" Cet illustré de huit pages dont quatre en couleurs fait rêver toute une génération avec les aventures irrésistibles de Brick Bradford, Flash Gordon ou Mandrake. Dans tous les pays d’Europe, la bande dessinée américaine séduit les jeunes lecteurs. L’engouement de la jeunesse pour ces nouveaux illustrés suscite des réactions de méfiance. La violence des super héros heurtent les éducateurs. Les intellectuels redoutent l’influence malsaine de ces lectures sur la morale des jeunes. Malgré ces critiques sévères, toutes ces publications se vendent bien. Cino Del Duca multiplie les titres, en 1936, il lance L’Aventureux. D’innombrables suppléments recyclent les histoires les plus appréciées. Il continue à publier en Italie et s’implante en Espagne et en Belgique[4]. En 1939, il rencontre Simone Nirouet-Bassuet, qui deviendra sa femme en 1947. Quand la guerre éclate, il n’envisage donc pas de partir car il s’est implanté avec succès en France. Il poursuit son activité éditoriale pendant toute la durée de la guerre. Après une courte interruption en 1940, il relance rapidement son entreprise, d’abord en zone Sud et tout aussi vite dans la zone occupée par les Allemands. Il réussit alors le tour de force, unique dans l’édition, de publier ses illustrés dans les deux zones. Entre 1940 et 1942, il publie cinq titres. Tarzan, l’Audacieux et Les Belles aventures sont les revues de la zone Sud. Hurrah ! et L’Aventureux sont celles de la zone Nord. Si ces magazines sont publiés sous des noms différents et par deux sociétés distinctes, c’est parce que la diffusion de la presse entre les deux zones est interdite[5]. En juillet 1942, Cino Del Duca participe au lancement d’un journal féminin Sensations. Cette aventure éditoriale signe une collaboration certaine avec le régime nazi. Même si en 1945, il revendique un parcours de résistant. Les Renseignements Généraux enquêtent sur ses activités. De nombreuses attestations, écrites après guerre, par ses amis, confirment ce rôle d’agent double, il aurait travaillé avec les Allemands pour mieux servir la Résistance. Il obtient en 1950 une citation à l’Ordre du régiment remise par le ministère de l’Intérieur.

Le roi de la presse du cœur[modifier | modifier le code]

En 1946, il obtient une autorisation pour publier un périodique pour femmes, le futur Intimité. La grande révélation de ces années est bien sûr Nous Deux magazine. Ce magazine est importé d’Italie. Les frères Del Duca ont inventé le prototype avec Grand Hôtel. Avec des romans dessinés puis des romans photos et des histoires vécues, la fiction sentimentale compose 75 % du magazine. Cino Del Duca adapte ce titre pour la France, le succès est immédiat et il dure toujours en 2011. En quelques années, Cino Del Duca sature le marché de la presse sentimentale : il crée quatorze titres. La presse du cœur se vend à des millions d’exemplaires, un Français sur cinq en lit régulièrement. Cino Del Duca publie toujours des magazines pour enfants dont le célèbre Tarzan. Au milieu des années 1950, il est devenu un véritable magnat de la presse et un journaliste le surnomme « Napoléon de la presse du cœur ». Sa réussite est le produit d’un véritable savoir-faire dans la réalisation de journaux populaires puis d’un travail acharné pour tous les collaborateurs de son entreprise. Patron génial et autoritaire, il mène ses troupes d’une main de fer. En 1947, Cino Del Duca épouse Simone Nirouet.

Les Éditions mondiales : quatrième groupe de presse français[modifier | modifier le code]

Dans le cours des années 1950, Cino del Duca diversifie ses activités, il lance des maisons d’édition, ouvre des librairies, construit quatre imprimeries, parmi les plus modernes d'Europe. Il devient producteur de films de cinéma, Del Duca Film finance plus de seize films en dix ans et Le palmarès de la Del Duca Film est tout à fait honorable. Certains films ont été oubliés dès leurs sorties mais d’autres ont garanti de belles rentrées financières et quelques titres assurent le fonds de catalogue. Au total, avoir produit Touchez pas au grisbi, L'avventura, "Accatone" et "Air de Paris", pourrait même suffire pour demeurer dans l’histoire du cinéma français des années 1950.. Avec le succès de Télé Poche, il crée le modèle du petit format dans les programmes de télévision. Il lui aurait fallu plus de temps pour assurer la stabilité de Paris-Jour, un quotidien original inspiré des tabloïds anglo-saxons qu’il s’était risqué à lancer. A la veille de son décès, inattendu, en 1967, il était le propriétaire du quatrième groupe de presse français, ce qui donne une idée de sa réussite[6].

La vente des Éditions Mondiales[modifier | modifier le code]

Après le décès du fondateur, le groupe poursuit son activité avec une gestion plus prudente, le temps des innovations et des expérimentations s’achève . Simone Del Duca conserve le groupe jusqu’en 1979 en France et 1994 en Italie. La presse du cœur s’essouffle et le secteur de l’imprimerie entre dans une très longue crise. Seuls Télé Poche et "Modes de Paris" poursuivent une carrière florissante. Dans ce contexte, Simone Del Duca tire son épingle du jeu en améliorant la rentabilité de son groupe et elle le vend avant que l’éditeur allemand Axel Ganz ne bouleverse la donne de la presse féminine populaire. Le groupe des Éditions mondiales est revendu à Emap, puis à Cora-Revillon et enfin les derniers titres, Nous Deux et Télé Poche à Mondadori.

La Fondation Simone et Cino del Duca[modifier | modifier le code]

Après avoir cédé son groupe, Simone Del Duca poursuit la mécénat lancé par son époux dès les années 1950. Il a été à l'origine de nombreux prix, bourses, tournois dans les domaines de la littérature, du bridge ou du cinéma. Elle décide de concrétiser son héritage en créant une fondation. En l’absence d’héritiers directs, le couple avait décidé de convertir sa fortune en une œuvre pérenne, afin de donner un sens à leur fortune. En 1975, la fondation Simone et Cino Del Duca est reconnue d’utilité publique par décret pour la réalisation d’une œuvre d’intérêt général et à but non lucratif. Le Prix mondial Cino Del Duca récompense une personnalité qui incarne un esprit humaniste. Dans une réelle interdisciplinarité, des poètes, des médecins, des archéologues, des historiens ou des physiciens ont reçu ce prix comme Léopold Sédar Senghor, Patrick Modiano, Germaine Tillion ou Georges Dumézil. Après le prix Nobel, il demeure le prix le mieux doté au monde. La fondation a également une vocation scientifique, culturelle et artistique. Plusieurs jurys délivrent des bourses de recherches médicales et archéologiques ainsi que des prix de musique, de peinture et de sculpture. Après le décès de Simone Del Duca en 2004, la fondation est placée sous l’égide de l’Institut de France.

Les titres de périodiques[modifier | modifier le code]

Liste des titres publiés par les Éditions Mondiales entre 1935 et 1967, ne contient pas les récits complets et les petits formats. Audacieux - Aventureux - Belles aventures - Boléro - Cinéma-Révélation - Franc-Tireur – Paris-Journal – Paris-Jour - Festival - Hurrah ! - Intimité - Idoles Roman - Intrépide - Lui - Madrigal - Modes de Paris - Mireille - Nous Deux - Prestige français - Secret de femmes - Tarzan - Télé Poche -

Écrivains lauréats de la Bourse Cino Del Duca (liste non exhaustive)[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Une page du site BDFI, Base de Données Francophone de l'Imaginaire, est consacrée à Cino Del Duca, elle recense les liens les plus importants [1]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Antonutti, Isabelle, "Cino Del Duca de "Tarzan" à "Nous deux", itinéraire d'un patron de presse", Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
  2. Berstein, Serge, Milza, Pierre, L'Italie contemporaine du Risorgimento à la chute du fascisme, Paris, Armand Colin, 1995
  3. Cino Del Duca 1899-1967, s.l., édition hors commerce, s.d.
  4. Gabut, Jean-Jacques, L'Age d'or de la BD, les journaux illustrés 1934-1944, Paris, Catleya, 2001
  5. D’Almeida, Fabrice, Delporte, Christian, Histoire des médias en France, Paris, Flammarion, Col. « Champs Histoire » 2003
  6. « Le Napoléon de la presse du cœur » In Agnès, Yves, Eveno Patrick, Ils ont fait la presse. L’histoire des journaux en France en 40 portraits, Paris, Vuibert, 2010, p.181-185.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Isabelle Antonutti, Cino Del Duca de « Tarzan » à « Nous deux », itinéraire d'un patron de presse, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.