Tazmamart

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32° 16′ 32″ N 4° 20′ 14″ O / 32.2756918, -4.3372657 () Tazmamart (arabe : تازمامارت), ou Tazmamert, était une prison secrète pour prisonniers politiques au Sud-Est du Maroc dans l'Atlas. Elle se trouvait près d'Er-Rich, entre Errachidia et Midelt, dans la région de Meknès-Tafilalet . Entre 1972 et 1991, Tazmamart est devenu un symbole d'oppression dans l'histoire politique du Maroc contemporain.

Histoire[modifier | modifier le code]

La prison de Tazmamart fut construite entre 1972[1] et 1973, juste après le premier coup d'État avorté de Skhirat contre le roi Hassan II du Maroc le 10 juillet 1971. Après l'échec de la tentative du général Oufkir dans le second coup d'État des aviateurs du 16 août 1972, 58 officiers et sous-officiers des Forces armées royales furent envoyés à la prison centrale de Kénitra et plus tard à Tazmamart.

Durant les années 1980, des allégations surgirent sur l'existence d'une prison appelée Tazmamart. Les autorités marocaines (Makhzen) dénièrent l'entièreté de ces allégations. Il fallut attendre la publication du livre Notre ami le roi par le journaliste Gilles Perrault en 1990 pour que le sujet atteigne un niveau politique.

En 1991, sous la pression de groupes internationaux de défense des droits de l'Homme, ainsi que de certains gouvernements étrangers, le roi Hassan II décida de fermer la prison et de relâcher les derniers détenus. Certains s'enfuirent à l'étranger, d'autres restèrent au Maroc, mais furent dissuadés d'aborder publiquement leurs expériences à Tazmamart[2].

Conditions humaines[modifier | modifier le code]

Selon d'anciens détenus et associations de droits de l'homme, les conditions de détention à Tazmamart étaient extrêmement dures. Y sévissaient torture et mauvais traitements, les conditions effroyables de vie dans la prison étaient les plus grandes menaces sur la vie des détenus.

Les prisonniers étaient enfermés dans des cellules étroites d'une seule personne 24 heures sur 24. Les contacts humains n'étaient pas permis, pas de lumière, peu de nourriture, peu de protection contre la chaleur ou le froid. Il n'y avait pas de traitement contre les dommages causés par la torture ou les maladies type tuberculose. Les rations de nourriture étaient minimales. Il y eut des allégations d'exécutions[3]. En tout, 35 prisonniers décédèrent, ou plus de la moitié des personnes incarcérées à Tazmamart durant les dix-huit ans du bagne[4], avant que la prison soit finalement fermée en 1991, puis rasée.

Révélations publiques par d'anciens détenus[modifier | modifier le code]

Certains des anciens détenus de Tazmamart ont écrit des livres sur leur détention, de dix huit ans :

  • Ahmed Marzouki décrit dans son livre Tazmamart, Cellule 10, l'un des plus gros succès d'édition que le Maroc ait jamais connu[5], les conditions terribles de sa détention, il a repris son témoignage dans une émission à la chaine Al Jazeera en 2009.
  • Ali Bourequat Dans les jardins secrets du Roi du Maroc.
  • Midhat Bourequat Mort vivant.
  • En 2004, Salah et Aïda Hachad ont également rédigé, avec l'aide d'Abdelhak Serhane, leurs mémoires dans un ouvrage intitulé Kabazal, les Emmurés de Tazmamart: Mémoires de Salah et Aïda Hachad où ils font le récit de leur combat à l'intérieur et à l'extérieur de Tazmamart[6] (voir le roman de Tahar Ben Jelloun).
  • en 2000, Mohamed Raiss á publiée le recit de ses experiences au bagne en arabe en Maroc,
  • en 2011, la version en français de ces memoires sur Tazmamart est paru sous le titre " De Shkirat á Tazmamart - Retour du Bout de l'Enfer (ed. Afrique Orient, Casablanca)

Tahar Ben Jelloun, qui lui, n'a pas fait partie des anciens détenus, a écrit le roman Cette aveuglante absence de lumière, paru en 2001, d'après un témoignage.

Les cinquante-huit bagnards de Tazmamart[modifier | modifier le code]

Bâtiment 1[5] :

  •  Cellule 1 : Sergent Benaïssa Rachdi, condamné à 3 ans (décédé le 29 juin 1983).
  • Cellule 2 : Lieutenant Mohamed Lghalou, 20 ans (décédé le 3 janvier 1989).
  • Cellule 3 : Capitaine Abdellatif Belkébir, condamné à 4 ans
  • Cellule 4 : Lieutenant Abdelali MOUDINE SEFRIOUI Condamné à 5 ans.
  • Cellule 5 : Sergent Abdellah Aaguaou, condamné à 3 ans.
  • Cellule 6 : Lieutenant Tigani Benradouane, 5 ans (décédé le 26 aout 1984).
  • Cellule 7 : Sergent Mohamed Sajii, 3 ans (décédé le 23 octobre 1977).
  • Cellule 8 : Mohamed Afyaoui, condamné à 3 ans.
  • Cellule 9 : Sous –lieutenant Adeblkarim  Saoudi, condamné à 4 ans.
  • Cellule 10 : Sous-lieutenant Ahmed Marzouki (Marzak) 5 ans.
  • Cellule 11 : Sous-lieutenant Driss Cheberreq, 3 ans.
  • Cellule 12 : Lieutenant Mohamed Al Zemmouri, 20 ans.
  • Cellule 13 : Sergent Ahmed Bouhida, 3 ans.
  • Cellule 14 : Aspirant Mohamed Raïss, perpétuité.
  • Cellule 15 : Lieutenant M’barek Touil, 20 ans.
  • Cellule 16 : Lieutenant Mohamed Moncet , 12 ans.
  • Cellule 17 : Capitaine Ahmed El Ouafi, 10 ans.
  • Cellule 18 : Adjudant-chef Moufaddal Magouti, 20 ans.
  • Cellule 19 : Sous-lieutenant Abderrahman Sedki, 3 ans.
  • Cellule 20 : Sergent Lahssen Ousséad, 3 ans.
  • Cellule 21 : Sergent Larbi Aziane, 3 ans (décédé le 2 janvier 1980). Cette cellule a été occupée par le sergent chef Driss Dghoughi, venu du deuxième bâtiment en 1981).
  • Cellule 22 : Sergent Akka Majdoub, 3 ans.
  • Cellule 23 : Adjudant –chef Jilali Dik, 5 ans (décédé le 15 septembre 1980).
  • Cellule 24 : Sergent Mohamed Bouamalat, 3 ans.
  • Cellule 25 : Sous-lieutenant Mohamed Moujahid, 4 ans.
  • Cellule 26 : Sergent Mimoune Al-Fagouri, 3 ans (suicidé le 1 er juin 1990).
  • Cellule 27 : Capitaine Mohamed Ghalloul, 5 ans.
  • Cellule 28 : Sergent Moha Betty, 3 ans (décédé en mars 1984).
  • Cellule 29 : Capitaine Salah Hachad, 20 ans.

Bâtiment 2[5] :

  • Cellule … : Lieutenant Mohamed Chemsi, 3ans, (première victime à Tazmamart, décédé le 22 février 1974).
  • Cellule 30 : Adjudant Amarouch Kouiyen, 10 ans (décédé le 12 février 1978).
  • Cellule 44 : Adjudant-chef Mohamed Abou El Maâkoul, 5 ans, (décédé le 21 avril 1978).
  • Cellule 45 : Sous-lieutenant Mahjoub lyakidi, 20 ans (décédé le 12 février 1978, le même jour que l’adjudant Amarouch).
  • Cellule 46 : Sergent Abdelkarim Chaoui, 3 ans. Il a été transféré au bâtiment 1 en 1981 après l’arrivée des frères Bouriquat.
  • Cellule 47 : Sergent Ahmed Rijali, 3 ans. Il sera transféré au bâtiment 1 en 1981.
  • Cellule 48 : Sergent Mohamed Kinate, 3 ans (décédé le 1er décembre 1974).
  • Cellule 49 : Sergent Abdellah Fraoui, 3ans (transféré au bâtiment 1 en 1981, il est retourné en 1983 au bâtiment 2 en 1983, où il est mort la même année).
  • Cellule 50 : Sous-lieutenant Abdelaziz Daoudi, 10 ans.
  • Cellule 51 : Sergent Thami Abousni, 3 ans (décédé le 13 janvier 1977).
  • Cellule 52 : Sergent Skiba Bouchaib, 3 ans.
  • Cellule 53 : Sergent-chef Mohamed Abdessadki (Manolo), 5 ans (décédé en 1983).
  • Cellule 54 : Adjudant-chef Lamine Rachid, 3 ans (décédé en 1984).
  • Cellule 55 : Sous-lieutenant Moha Boutou, 3 ans (décédé le 1er mars 1978).
  • Cellule 56 : Sous-lieutenant Mohamed El Kouri, 12 ans (décédé le 6 février 1977).
  • Cellule 57 : Sergent Driss Bahbah, 3 ans (décédé en 1986).
  • Cellule 58 : Boujemaâ Azendour, 5 ans (décédé en 1986).
  • Cellule 59 : Sous-lieutenant Abdelaziz Benebine.
  • Cellule 60 : Lieutenant Abdessalam Haifi, 20 ans (décédé en octobre 1989).
  • Cellule 61 : Sergent-chef Abdelaziz Ababou, 5 ans (décédé le 1er septembre 1978).
  • Cellule 62 : Sergent Abdessalam Rabhi, 3 ans (décédé à la cellule 1 du bâtiment 1 le 17 mai 1981 après avoir transféré du bâtiment 2 en mars 1981).
  • Cellule 63 : Adjudant Mohamed El Ayadi, 3 ans, (décédé le 19 décembre 1979).
  • Cellule 64 : Sergent Rabah El Battioui, 3 ans (décédé le 24 avril 1977).
  • Cellule 65 : Sergent Kacem Kasraoui, 3 ans (décédé le 19 décembre 1979).
  • Cellule 66 : Sergent Allal Mouhaj, 3 ans (décédé le 9 décembre 1977).
  • Cellule 67 : Sergent Allal Al Hadane, 3 ans, (décédé dès les premières années).
  • Cellule 68 : Sergent-chef Driss Dghoughi, 3 ans.
  • Cellule 69 : Sergent-chef GHani Achour, perpétuité.
  • Cellule 70 : Capitaine Abdelhamid Ben Doro, 10 ans (dernière victime à Tazmamart, décédé le 5 mars 1991).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ali Bourequat (1998), Dans les jardins secrets du Roi du Maroc, Maurice Publishers
  • Ahmed Marzouki (2000), Tazmamart Cellule 10, Éditions Paris Méditerranée; Casablanca: Tarik Éditions (ISBN 2070419916)
  • Tahar Ben Jelloun (2001), Cette aveuglante absence de lumière, Éditions du Seuil and New Press , (ISBN 1565847237) -
  • Christine Daure-Serfaty (2002), Tazmamart, (ISBN 2234024722)
  • Liliane Dayot (1999), Maroc Amnésie Internationale [1], Ed. Paris Méditerranée.
  • Abdelhak Serhane, Salah et Aïda Hachad, Kabazal, Les Emmurés de Tazmamart : mémoires de Salah et Aïda Hachad, Tarik Éditions, Casablanca, 2004 (ISBN 9954-419-144)
  • Mohamed Raiss, De Shkirat á Tazmamart, Ed. Afrique Orient, Casablanca 2011(ISBN 9981-25-252-2)
  • Vivre à Tazmamart, film documentaire réalisé par Davy Zylberfajn, distribué par Cauri films en 2005

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Political Authority in Crisis: Mohammed VI's Morocco
  2. (en) Morocco Country Report on Human Rights Practices for 1997
  3. (en) Tazmamart: Fort-Militaire-Secret du Maroc. Consequences d'un Internement du 18 Annees
  4. (en) HUMAN RIGHTS DEVELOPMENTS: Morocco
  5. a, b et c Ahmed Marzouki : Tazmamart cellule 10
  6. Moroccan writer wins top prize

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Amnesty International Déclaration de Amnesty International USA sur la détention de Ali Bourequat et de ses deux frères, tous trois citoyens français.