L'Affaire Tournesol

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
L'Affaire Tournesol
18e album de la série Les Aventures de Tintin
Image illustrative de l'article L'Affaire Tournesol

Auteur Hergé
Genre(s) Franco-Belge
Aventure

Personnages principaux Tintin
Milou
Capitaine Haddock
Professeur Tournesol
Bianca Castafiore
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Drapeau de la Suisse Suisse
Drapeau de la France France
Borduriens flagga.svg Bordurie

Éditeur Casterman
Première publication 1956
Nb. de pages 62

Prépublication Le Journal de Tintin
Albums de la série Les Aventures de Tintin
Précédent On a marché sur la lune Coke en stock Suivant

L’Affaire Tournesol (Les aventures de Tintin : L’Affaire Tournesol, Hergé, 1956) est le 18e album de bande dessinée Les Aventures de Tintin et Milou.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le professeur Tournesol vient de mettre au point une nouvelle arme utilisant les ultrasons, qui détruit les objets en verre. Si elle venait à être perfectionnée pour détruire autre chose que du verre, cette invention pourrait devenir une arme particulièrement dangereuse. En voyage en Suisse pour un congrès, Tournesol est poursuivi par des agents secrets bordures qui veulent obtenir les plans de son invention. Tintin et le capitaine Haddock, craignant que Tournesol n’ait des ennuis, s’y rendent pour le retrouver. Mais Tournesol est finalement enlevé par les Bordures...

Résumé[modifier | modifier le code]

L'action débute à Moulinsart, où Nestor répond encore à un faux-numéro demandant la boucherie Sanzot. Tintin et le capitaine Haddock, en promenade dans les environs, se font surprendre par un orage, courent se réfugier au château, la scène laissant apparaitre deux mystérieux individus espionnant dans le parc du château. Alors que des vases, et des miroirs se brisent mystérieusement, et que les plombs sautent quelqu'un frappe à la porte du château. Entre alors en trombe un personnage qui se présente, Séraphin Lampion, assureur de son état, qui, alors qu'il passait en voiture devant le château a vu toutes les vitres de son véhicule exploser, et est donc venu trouver refuge à l'intérieur. Bien qu'agacé par la présence du nouvel arrivant, Haddock lui sert et se sert par la même occasion un verre de whisky, lorsque celui-ci lui éclate dans la main. Séraphin Lampion trouve cela « rigolo », jusqu'à ce qu'il lui arrive la même chose. L'orage ayant cessé entre temps, Lampion décide de prendre congé de ses hôtes. Peu après, Tintin et Haddock croient entendre un échange de coups de feu dans le parc, et se précipitent à la porte. Ils voient alors Tournesol se diriger vers eux, comme si de rien n'était. Tintin remarque cependant deux trous, visiblement l'œuvre de balles, dans le chapeau de Tournesol, que celui-ci estime être l'œuvre de mites. Tintin et Haddock décident d'inspecter le parc, et trouvent un homme à terre, blessé et évanoui. Alors que Tintin suit Milou sur une piste, Haddock retourne au château, pour appeler la police, et trouve Nestor affolé qui leur apprend que la grande galerie de glaces est entièrement détruite. La police prévenue et arrivée, il s'avère que le mystérieux blessé a disparu. Le lendemain matin, alors qu'il se brosse les dents, le capitaine Haddock voit le miroir de sa salle de bain exploser. Après d'autres mystérieux événements, Tournesol annonce à ses amis qu'il part à Genève. Alors que deux individus à bord d'une voiture s'apprêtaient à l'enlever, il est pris en stop par la camionnette de la boucherie Sanzot qui l'emmène à la gare.

L'hôtel Cornavin à Genève avec ses portes tournantes

Quelque temps plus tard, Tintin et Haddock s'interrogent. Les mystérieux bris de glace ayant cessé depuis le départ de Tournesol, ils décident d'aller inspecter son laboratoire, au fond du jardin. Alors qu'ils trouvent de curieux appareils, ils tombent sur un individu en imperméable gris, masqué, qui parvient à s'enfuir, non sans abandonner le contenu de sa poche, arrachée par Milou, à savoir un paquet de cigarettes bordure, et une clé. Sur le bord du paquet est d'ailleurs inscrit l'adresse de l'hôtel Cornavin, où séjourne habituellement Tournesol quand il va à Genève.

Craignant pour la sûreté de leur ami, Tintin et Haddock partent pour Genève, où ils ratent de peu Tournesol, à deux occasions. Ils décident donc d'aller à Nyon, où Tournesol devait rencontrer le professeur Topolino, mais leur taxi est victime d'une mystérieuse Citroën 15 qui les envoie dans le lac. Tintin et Haddock sont sains et saufs et parviennent chez Topolino, croisant de nouveau la "Traction Avant" . Ils découvrent le professeur Topolino attaché et bâillonné dans sa cave et le parapluie de Tournesol. Ils comprennent qu'un individu, selon toute vraisemblance un agent secret bordure (le domestique de Topolino ayant mystérieusement disparu) s'est fait passer pour Tournesol, a assommé et enfermé Topolino, puis s'est fait passer pour lui, et a sûrement enlevé Tournesol. Alors que Topolino explique les travaux de Tournesol — une arme à ultra-sons capable de détruire à distance le verre, et qui, si elle était perfectionnée, pourrait s'avérer particulièrement dangereuse — une bombe explose dans la maison. Tintin et Haddock s'en sortent miraculeusement, et une fois rétablis, décident de partir libérer Tournesol, probablement prisonnier de l'ambassade bordure.

Tintin et Haddock s'y rendent de nuit, et tombent au milieu d'une bagarre rangée entre agents bordures et syldaves. Finalement, Tournesol est emmené par des agents syldaves. S’ensuit une poursuite, d'abord en hélicoptère, puis en voiture conduite par un Italien caricatural, grâce auquel ils parviennent à rattraper la voiture qu'ils pensent être celle des espions, mais ils ne trouvent pas Tournesol à bord. Ce dernier était en fait caché sous la banquette, et a finalement été mené à un avion en partance pour la Syldavie. Tintin et Haddock décident donc de partir pour Klow. En attendant l'avion, ils tombent sur un journal leur apprenant que l'avion syldave a été capturé par la Bordurie. Ils décident donc de changer vol, et de partir pour Szohôd, capitale de la Bordurie. Aucune place n'est cependant libre, mais deux agents secrets bordures décident de leur laisser leurs places, ce qui leur permet d'avertir la Bordurie de leur arrivée imminente, et de mettre en place une surveillance rapprochée. Arrivés sur place, Tintin et Haddock sont effectivement encadrés de près, toujours accompagnés chacun par un agent bordure. Lors du diner, ils réussissent finalement à se débarrasser de leurs ange-gardiens, en les saoulant au champagne. Ils s'enfuient de leur hôtel, et parviennent à se réfugier à l'opéra, alors qu'une chasse à l'homme est lancée. Ils parviennent à se réfugier en coulisses, où Tintin retrouve une vieille connaissance, la Castafiore (Le Sceptre d'Ottokar), qui les cache dans sa loge. Arrive alors le colonel Sponsz, chef de la police, qui vient lui présenter ses hommages. La Castafiore cache précipitamment Tintin et Haddock dans sa penderie, d'où ils peuvent entendre la discussion. Au cours de la conversation, le colonel Sponsz révèle qu'il détient Tournesol, et qu'il le libérera s'il coopère. Il possède d'ailleurs dans son manteau (accroché dans la penderie) des papiers qui garantissent sa libération et son exfiltration par la Croix-Rouge. Tintin et Haddock volent ces papiers, puis, déguisés en agents de la Croix-rouge, libèrent Tournesol de sa prison, et s'enfuient en voiture. L'alerte donnée, ils parviennent à se débarrasser de deux motards, mais, arrivant à un barrage gardé par un char d'assaut, Tintin envoie la voiture dans un ravin. Pendant que les militaires du barrage descendent pour inspecter l'automobile, Tintin, Haddock, et Tournesol évanoui et porté par ses deux amis, en profitent pour grimper dans le char, et s'enfuient. Ils parviennent finalement à la frontière syldave, saufs. Avant de rentrer à Moulinsart, ils repassent par la Suisse où dans la poursuite, Tintin et Haddock ont perdu le parapluie de Tournesol qui contenait les plans de son arme. Ils retrouvent finalement le parapluie aux objets trouvés, mais celui-ci est vide. De retour à Moulinsart, Tournesol retrouve les plans de son arme dans sa table de chevet, et les brûle avec la pipe de Haddock.

Personnages[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Publié en 1956, L’Affaire Tournesol voit la réapparition de la rivalité Syldavie-Bordurie. Cette fois-ci, elle incarne l’opposition des blocs communiste et capitaliste, alors en pleine guerre froide (certains voient en Plekszy-Gladz une caricature de Staline). Néanmoins, beaucoup d’exégètes de Tintin voient dans les Bordures une caricature des Nazis : les uniformes ressemblant beaucoup aux uniformes SS, le salut « Amaih Pleksy-Gladz » comme évocation du « Heil Hitler »[1]. De plus, la future collaboration de Spontz avec une dictature militaire sud-américaine, dans Tintin et les Picaros, évoque les anciens Nazis réfugiés en Amérique du Sud après la guerre et souvent « recyclés » pour organiser leurs polices secrètes. Hergé s'est probablement inspiré des deux extrêmes.

Autour de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Les moustaches du maréchal Plekszy-Gladz[modifier | modifier le code]

Cet album est aussi considéré comme le chef-d’œuvre technique d'Hergé. On remarquera le magnifique graphisme de toute la partie « bordure » de l’album avec l’omniprésence de la forme stylisée d’une moustache en guidon, probablement celle du chef de l’État Plekszy-Gladz, dictateur qui ressemble étrangement à Joseph Staline. Les uniformes, la décoration, les bâtiments officiels, les pare-chocs des véhicules, etc., comportent tous cette moustache, au demeurant élément habituel du stéréotype du dictateur. L’expression « Par les moustaches de Plekszy-Gladz » est d’ailleurs le juron bordurien par excellence.

Hyperréalisme de l’album[modifier | modifier le code]

L’Affaire Tournesol est un album marqué par son hyperréalisme. Par exemple, plutôt que de s’informer à l’aide de revues, journaux, livres, etc. Hergé a profité de ses nombreux séjours dans la région pour dessiner la route menant à Nyon.

Arme à ultrasons[modifier | modifier le code]

L’amplification par ultrasons que met au point le professeur Tournesol est librement inspirée des recherches conduites sous le IIIe Reich par les services du ministère de l’armement d’Albert Speer. Ces travaux visaient à construire des projecteurs paraboliques capables d’amplifier grandement le son. Ces appareils, dont certains furent assemblés, étaient censés tuer un homme en 30 secondes. Toutefois ce programme ne dépassa pas le stade expérimental. À la page 23 de la BD, on peut voir en gros plan l’ouvrage réel dont s’est inspiré Hergé, German Research in World War II, du colonel américain Leslie E. Simon[2].

Différences entre l'histoire parue dans le journal de Tintin et l'album[modifier | modifier le code]

À partir du no 371 du journal de Tintin (édition française) L'affaire Tournesol n'est plus en 4e de couverture, mais sur deux pages au centre du journal. Chaque épisode qui se déroule sur 2 pages est réduit dans l'album à une page. Il y a des suppressions de case, et assez souvent des cases sont réduites de format pour se superposer dans l'album. Parfois aussi les scènes sont raccourcies.

À noter[modifier | modifier le code]

  • Cet album est le seul dont une partie se déroule en Suisse. On y voit, par exemple, la gare Cornavin de Genève (bien que l’intérieur de la gare soit celui de la gare de Lausanne, et non de Genève) ainsi que l’hôtel Cornavin où l’on retrouve actuellement des statues de Tintin et Milou dans l’entrée. La maison du professeur Topolino à l’adresse « route de Saint-Cergue » à Nyon existe toujours mais elle porte le numéro 113 et non 57 bis[3]. En Suisse, cette maison est simplement appelée « maison de Tintin »[4].
  • Dans cet album, Hergé s’est représenté sur la vignette figurant la grille de Moulinsart assaillie de curieux après les étranges phénomènes qui ouvrent l’histoire (page 13). Il est dessiné cigarette à la bouche en journaliste, interviewant un témoin. Hergé fait également un clin d’œil à Edgar P. Jacobs (qui avait débuté comme figurant et chanteur d’opéra) en le représentant comme un spectateur dans la planche p. 53 et sur l'affiche derrière le colonel Sponsz, sous le nom de Jacobini[5]. Edgar P. Jacobs avait, à ses débuts, collaboré avec Hergé.
Le lac Léman à Nyon
  • Le vol de Tintin et Haddock pour Szohôd est le lieu de la scène mémorable où le capitaine Haddock tente de se débarrasser d'un sparadrap. Hergé reprend très brièvement le gag dans l'album ultérieur Vol 714 pour Sydney page 33.
  • La scène se passant à l'opéra où Tintin et le Capitaine Haddock rencontrent la Castafiore n'est pas sans rappeler une scène du film La Grande Vadrouille de Gérard Oury. Dans le film de 1966 comme dans la bande-dessinée d'Hergé, des individus sont obligés de se cacher dans un opéra pour échapper à des militaires[réf. nécessaire].
  • Lorsque Tintin et les autres s’enfuient en char (page 60), Haddock se tourne vers Tournesol pour lui dire : « Sauvés, Tryphon ! », mais la bulle est orientée vers Tournesol. Cette erreur n'est pas présente dans la version parue dans le Journal de Tintin, no 387.
  • Cet album est celui de la première apparition du personnage Séraphin Lampion. Il est aussi le premier mettant en scène le gag récurrent du faux-numéro de la « boucherie Sanzot ».
  • Les titres de travail de cet album incluaient notamment Le cas Tournesol, Tryphon, La galère de Tournesol, Bling blang pour Tintin et Il y a un espion à Moulinsart[réf. nécessaire].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Série animée de 1964[modifier | modifier le code]

Cet album fut adapté dans une série animée de 1964, c'est le dernier épisode de la série. Au Royaume-Uni, et seulement en anglais, cet épisode, alors présenté par la télévision anglaise comme un film à part entière, est sorti en VHS dans les années 1980, puis en DVD au début des années 2000. Pour plus d'informations : L'Affaire Tournesol (1964)

Série animée de 1992[modifier | modifier le code]

Cet album fut également adapté dans la série animée de 1992.

Traduction en arpitan / francoprovençal[modifier | modifier le code]

À l’occasion du centenaire de la naissance d’Hergé, les éditions Casterman se sont associées à l’association Aliance culturèla arpitana pour adapter L’Affaire Tournesol dans la langue originelle des régions où l’action de l’album se déroule, l'arpitan (ou francoprovençal). L’album ainsi traduit s’intitule L’afére Pecârd. En effet, le professeur Tournesol se voit transformé en Pecârd, du nom du savant vaudois Auguste Piccard qui servit de modèle à Hergé. Tintin parle en arpitan savoyard alors que les personnages du canton de Vaud communiquent en patois vaudois. Le capitaine Haddock, quant à lui, jure en patois lyonnais-forézien[6]. Ainsi, le château de Moulinsart se trouve « téléporté » dans les monts du Lyonnais. La traduction a été opérée en orthographe de référence, standardisée.

Par rapport à la version originale, il faut noter quelques adaptations, notamment lorsque Tintin et Haddock survolent le Léman en hélicoptère : ils ne vont plus vers la France mais vers la Savoie[7].

L’album a été présenté officiellement à Nyon en mars 2007, au musée des sapeurs-pompiers et à la bibliothèque du village de Cervens, deux communes réelles qui servent de décors à l’histoire.

Traduction en patois gruérien[modifier | modifier le code]

L’Afére Tournesol est le nom de la traduction en Patois Gruérien de L’Affaire Tournesol. Elle a été éditée en 2007 à l’occasion du centenaire de la naissance d’Hergé. La traduction est l’œuvre de Joseph Comba, président de la Société des Patoisans de la Gruyère.

Quelques modifications entre la version originale et la traduction
Page Version française Traduction Signification
5 Séraphin Lampion Cherafin Gâlèyà Séraphin Farceur
13 Friture Hyâ dè la Grevire Crème de la gruyère
13 Motus et bouche cousue, telle est notre devise. Je dirais même plus: botus et mouche cousue, c’est votre denise. I ché to, ma i deri rin, l’è nouthra dèveja. Ouê, I chè rin, ma i deri to: l’è nouthra dèdjija. Je sais tout mais je ne dirai rien, c’est notre devise. Oui, je ne sais rien mais je dirai tout, c’est notre déguisement.
22 Moule à gaufre Fê a brèchi Fer à bricelet (le bricelet est un biscuit typique)
28 “CD”... Cornichon Diplômé “CD”... Chindzo Diplôma “CD”... Singe diplômé

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’album de Franquin et Greg, intitulé QRN sur Bretzelburg évoque un monde similaire, dont on ne sait pas s’il est nazi ou communiste.
  2. http://www.tribunes.com/tribune/alliage/47/Witkowski_47.htm
  3. Albert Algoud, Le Tournesol illustré : Éloge d'un oublié de l'Histoire des Sciences, Tournai, Casterman, coll. « Bibliothèque de Moulinsart »,‎ 1994, 96 p. (ISBN 2-203-01712-0), p. 71
  4. Xavier Lafargue, « «On habite dans la maison de Tintin» », Le Matin,‎ 28 mai 2007
  5. Frédéric Soumois, Dossier Tintin : Sources, Versions, Thèmes, Structures, Bruxelles, Jacques Antoine,‎ 1987, 316 p. (ISBN 2-87191-009-X), p. 247
  6. «L’affaire Tournesol» vient d’être traduite en arpitan, terme qui désigne les patois alpins parlés de Lyon à Aoste en passant par Savièse in Le Nouvelliste, Sion, 31 mars 2007.
  7. Tintin u payis arpitan, sur Arpitania.eu