Auguste Piccard

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Auguste Piccard

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Auguste Piccard

Naissance 28 janvier 1884
Bâle (Drapeau de la Suisse Suisse)
Décès 24 mars 1962 (à 78 ans)
Chexbres (Drapeau de la Suisse Suisse)
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse
Champs Physique
Auguste Piccard (dans les cordes du ballon à droite), avec son frère Jean (à gauche), auxiliaires dans la troupe aéronautique suisse, 1914-1918[1].
Auguste Piccard en 1927
Préparations d'un vol stratosphérique en 1932
Préparations d'un vol stratosphérique en 1932
Préparations d'un vol stratosphérique en 1932

Auguste Piccard, né à Bâle le 28 janvier 1884 et mort à Chexbres le 24 mars 1962 (à 78 ans), est un physicien, aéronaute et océanaute suisse.

Il est le frère jumeau de Jean Piccard (1884-1963), aéronaute, le père de Jacques Piccard (1922-2008), océanaute, le grand-père de Bertrand Piccard (1958- ), aéronaute, et l'époux de Marianne Piccard (1895-1980).

Bien qu'ayant produit de nombreuses publications scientifiques dans divers domaines, son nom reste attaché à l'exploration de la verticalité par des moyens hydrostatiques : le ballon à hydrogène pour la stratosphère et le bathyscaphe pour les fosses marines. Dans les deux cas, un habitacle sphérique étanche, un élément de sustentation (hydrogène ou essence) et du lest (grenaille de plomb) pour contrôler l'altitude ou la profondeur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le 27 mai 1931 à Augsbourg, il s'élève en ballon libre dans la stratosphère avec son assistant, l'ingénieur suisse Paul Kipfer, devenu pour ce fait citoyen d'honneur de Bienne. Il atteint l'altitude de 15 781 mètres, qui fut homologuée comme record du monde[2].

À cette occasion, il est le premier à voir la courbure terrestre. C'est l'ingénieur belge Max Cosyns, de l'Université libre de Bruxelles, qui accompagne le professeur Piccard lors de sa seconde ascension stratosphérique le 18 août 1932.

Éclectique, Auguste Piccard conçoit aussi des engins pour plongées profondes, les bathyscaphes. En 1960, l'un d'eux, le Trieste, atteint la profondeur de 10 916 m dans le Pacifique (son quatrième record du monde, obtenu à 76 ans). Enseignant à l'Université libre de Bruxelles, il bénéficie de l'aide du F.N.R.S., Fonds national de la recherche scientifique de Belgique, pour la construction de ses ballons et du bathyscaphe qui portent les initiales du F.N.R.S. Dans la suite, la marine française, avec les ingénieurs Houot et Willm, s'associa au F.N.R.S. pour les expériences du premier bathyscaphe en haute mer. Plus tard, c'est la marine italienne qui prit le relais pour les expériences d'un nouveau bathyscaphe, le Trieste.

Historique[modifier | modifier le code]

Le Trieste est un petit sous-marin sous lequel se trouve fixée une sphère détachable, en acier très épais, de deux mètres de diamètre, munie d'un hublot et de deux projecteurs : le bathyscaphe, alimenté par batteries.

  • En 1954, Auguste Piccard s’installe à Chexbres, où il s’éteint en 1962.

Premier vol stratosphérique[modifier | modifier le code]

En 1929, Auguste Piccard (qui a fait son service militaire en Suisse dans une unité d'aérostiers), alors professeur de physique à l'Université libre de Bruxelles (ULB), remet un projet au Fonds national de la recherche scientifique (F.N.R.S) récemment créé à l'initiative du roi Albert. Il consiste à explorer la stratosphère en ballon à gaz. Le projet, qui nécessite 400 000 francs belges, reçoit un accueil favorable. L'engin est immédiatement mis en chantier. Il consiste en un ballon sphérique de 14 130 m³ rempli d'hydrogène et une cabine sphérique de 2,10 mètres de diamètre. L'enveloppe du ballon est en coton peint en jaune (Chloramine FF d'IG Farben) pour absorber le rayonnement solaire. Complètement gonflé, à l'altitude maximum, c'est une sphère de 30 mètres de diamètre. La capsule sphérique, en aluminium, fait 3 millimètres d'épaisseur et est équipée de huit hublots de 10 centimètres de diamètre et deux trous d'homme de 46 centimètres de diamètre. Étanche, sa pression interne sera celle d'une altitude de 1 500 mètres. Elle est peinte en noir d'un côté, en blanc de l'autre afin de pouvoir réguler la température en changeant son orientation au Soleil grâce à une hélice externe. Elle est prévue pour deux aéronautes, l'équipement scientifique pour mesurer la pression, la température et le rayonnement cosmique, et le lest nécessaire à la navigation. Le ballon fut fabriqué par la société A. Riedinger, Ballon-Fabrik A.G. d'Augsbourg ; la nacelle par les Établissements Georges L'Hoir à Liège. Afin de survivre dans cette nacelle étanche, le dioxyde de carbone était absorbé par un appareil de type Dräger à chaux sodée, et l'équipage répandait régulièrement de l'oxygène liquide sur le sol de l'habitacle pour compenser son absorption (sous forme de CO2 par l'appareil).

Une première tentative de décollage fut effectuée le 14 septembre 1930, mais la météo se gâta pendant les préparatifs et le projet dut être reporté.

Auguste Piccard et Paul Kipfer arborant leur « casque » en osier.

La seconde tentative a lieu à Augsbourg, le 27 mai 1931. Le départ est prévu pour 5 heures 30, juste avant le lever du Soleil, mais, suite à une erreur, le ballon part un peu avant 4 heures, peu de temps après l'embarquement d'Auguste Piccard et de son coéquipier, Paul Kipfer. Rapidement, les ennuis s'accumulent : ils doivent réparer l'appareil à oxygène qui a été endommagé lorsque le vent s'est levé pendant la nuit. De même, ils éprouvent des difficultés à fermer un orifice qui a été déformé lorsque la cabine a été chahutée. Celle-ci n'est plus étanche et perd l'oxygène nécessaire à leur survie dans la stratosphère. À 4 heures 25, moins d'une demi-heure après leur décollage, ils sont à 15 500 mètres. Ils sont montés à 555 mètres par minute, 33 kilomètres par heure ; avec les ennuis qu'ils ont rencontrés, ils n'ont pas eu le temps de faire beaucoup de mesures durant l'ascension. Mais, ça y est, ils y sont. Ils sont les premiers êtres vivants à accéder à la stratosphère. Les études scientifiques commencent. Il fait calme, l'air est limpide, le ciel est bleu foncé, tirant vers le violet. Ils lâchent encore un peu de lest pour flirter avec les 16 000 mètres (le record sera homologué à 15 781 mètres). À 6 heures 35, ils s'aperçoivent que la commande de la soupape qui devait leur permettre de redescendre en libérant de l'hydrogène est coincée à cause d'un cordage qui aurait dû être libéré au décollage, ils vont devoir attendre la baisse de température de la nuit pour redescendre. Plus tard, c'est le système qui devait permettre de réguler la température à l'intérieur de l'habitacle en présentant le côté sombre ou le côté clair au Soleil qui tombe en panne, et la température monte dangereusement ; ayant emporté trop peu d'eau, ils risquent la déshydratation. C'est finalement à 21 heures, après 17 heures de vol, qu'ils atterriront sains et saufs, à 1 950 mètres d'altitude, sur le glacier de Gurgl, près de Sölden au Tyrol (environ 46° 49′ 49″ N 10° 59′ 34″ E / 46.8303685, 10.9928513 ()). Après une nuit passée près de la nacelle, ils rejoindront les habitants du village partis à leur recherche. Leur retour à la civilisation est triomphal et Auguste Piccard recevra la Légion d'honneur.

Second vol stratosphérique[modifier | modifier le code]

Une nouvelle cabine légèrement modifiée est construite chez le même Georges L'Hoir à Liège ; le ballon est le même. Cette fois-ci, la cabine est entièrement peinte en blanc, ils préfèrent avoir trop froid que trop chaud. Afin de bénéficier de meilleures conditions atmosphériques, le décollage a lieu dans une cuvette, à Dübendorf, près de Zurich. Les Suisses organisent le départ. Ils embarquent 6 tonnes de lest. Le décollage s'effectue sans problème, le 18 août 1932, à 5 h 07, emportant Auguste Piccard et son assistant Max Cosyns[4],[5]. L'altitude maximum (16 201 mètres au baromètre, 16 940 mètres selon des théodolites au sol[6]) est atteinte à 10 h 40 du côté du lac des Quatre-Cantons. À midi, ils amorcent la descente au-dessus de la Bernina. Ils se posent en Italie près de Monzambano, près de Desenzano, un peu avant 17 heures. La mission a été « nominale ».

Le ballon servit une troisième fois le 18 août 1934, avec à son bord Max Cosyns et Nérée Van Der Elst. Il partit de Hour en Belgique et se posa à Ženavlje (en), près de Murska Sobota en Yougoslavie (aujourd'hui Slovénie), après un vol record de 1 800 kilomètres, atteignant une altitude de 15 500 mètres[7]. L'enveloppe, devenue trop poreuse et dont la toile commence à se craqueler, ne sera plus utilisée ; elle prendra feu lors d'une tentative de conversion en montgolfière (avec Max Cosyns, le 25 mai 1937).

Premier bathyscaphe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bathyscaphe.

Baptisé F.N.R.S. 2, sa sphère fut construite par les Usines Émile Henricot à Court-Saint-Étienne (Belgique). Max Cosyns était codirecteur de l'expédition, ce qui provoqua quelques tensions. Auguste Piccard ne fit qu'une plongée à -25 mètres, le 26 octobre 1948, avec Théodore Monod près de l'île de Boa Vista au Cap-Vert (où il rencontra Jacques-Yves Cousteau). Les flotteurs furent endommagés lors d'un essai inhabité à -1 400 mètres le 3 novembre 1948 (profondeur atteinte, 1 380 mètres). La mer étant devenue houleuse, ils ne purent vider les réservoirs et embarquer le submersible à bord du Scaldis. Ils tentèrent de le remorquer, mais il n'était pas prévu pour cela. Les prochains bathyscaphes seront d'une conception différente. Ils ne seront plus mis à l'eau à vide sur le lieu de plongée, à cause de la difficulté et des risques de l'opération (transbordements, remplissage et vidange d'un liquide hautement inflammable en pleine mer) ; ils seront remorqués, réservoirs remplis, jusqu'au lieu de plongée. Faute de budget, les expériences continuèrent avec l'aide de la marine française qui prit à sa charge le budget des essais en haute mer. Basé à Toulon, et rebaptisé F.N.R.S. 3, le bathyscaphe effectua des plongées à plus de 4 000 mètres[8].

Second bathyscaphe : le Trieste[modifier | modifier le code]

C'est Jacques Piccard qui dénicha un financement du côté de Trieste en Italie, d'où le nom de baptême de ce second bathyscaphe : le Trieste. Doté d'une nouvelle cabine, forgée, fabriquée à Terni près de Rome, il est d'une conception légèrement différente, plus navigable. La coque est fabriquée par les Cantieri Riuniti dell'Adriatico à Monfalcone près de Trieste. Les réservoirs d'essence sont remplis à terre et il est remorqué jusqu'au lieu de plongée. Un puits permet d'accéder à la sphère. Une plongée record à 3 150 mètres d'Auguste et Jacques Piccard aura lieu du côté de Ponza, dans la mer Tyrrhénienne, le 30 septembre 1953.

De nouveau, pour une question de budget, le Trieste fut acquis par les Américains et basé à San Diego. Il fut doté d'une nouvelle sphère plus résistante et construite par Krupp avant d'effectuer la plongée record.

La plongée record du monde[modifier | modifier le code]

La marine des USA lui demande d'explorer, dans le Pacifique, la fosse des Mariannes, plus exactement la fosse Challenger, au large des îles Mariannes.

  • Le 22 janvier 1960 à 8 heures, Jacques Piccard, fils d'Auguste Piccard, et le lieutenant américain Don Walsh s'installent dans la sphère.
  • À 8 heures 23, la plongée commence.
  • À 11 heures 44, ils sont déjà à 8 800 mètres. L'obscurité est totale, l'eau limpide.
  • À 13 heures, le Trieste repose sur le fond, à 10 916 mètres. Une, puis deux crevettes rouges passent devant le hublot, puis un poisson plat, d'espèce inconnue, de 30 cm de long. La température est si basse qu'ils doivent, en fin de plongée, se réchauffer avec des bouillottes... Ils établissent ainsi un record de plongée imbattable, puisqu'il n'existe pas d'endroit sur Terre qui soit plus profond que la fosse Challenger.
  • À 18 heures, ils remontent enfin, mais pendant cette plongée de 10 heures, ils ont eu tout le temps d'étudier l'eau et ses principales caractéristiques : radioactivité, température, etc.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications d'Auguste Piccard[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

  • Au-dessus des nuages, Piccard Auguste. GRASSET, éd. Paris, 1933
  • Entre ciel et terre. Réalités - visions d'avenir, Piccard Auguste. parut. 1946
  • Au fond des mers en Bathyscaphe, Piccard Auguste. ARTHAUD, éd. 1954
  • Au seuil du cosmos, Piccard Auguste. Médiations Poche, éd. 1963
  • Au seuil du cosmos, Piccard Auguste. DENOEL, éd. 1964.

Ouvrages en allemand[modifier | modifier le code]

  • Auf 16.000 Meter. Meine Fahrten in die Stratosphäre. Vorwort von Giuseppe Motta. Begleitwort von R. Byrd und Italo Balbo,

Piccard August (1884-1962) parution: 1933

  • Zwischen Erde und Himmel. Tatsachen, Zukunftstraume. 2. Auflage. 'Unser Zeitalter', Piccard August. parution: 1946

Ouvrage en néerlandais[modifier | modifier le code]

  • Boven de wolken, onder de golven, Piccard August. OUCHY éd. 1954.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Sa première capsule stratosphérique a été construite par un fabricant de tonneaux de bière en métal, qui ne savait pas à quoi elle était destinée[réf. nécessaire]. La deuxième capsule a été fabriquée par le même constructeur, les Ets Georges L'Hoir à Angleur dans les ateliers occupés actuellement par la société Drytec.
  • Quand en 1960, les journalistes annoncèrent au Pr Auguste Piccard, qu'il venait à 76 ans, de battre son quatrième record du monde, il répondit simplement : « Si vous le dites, je veux bien l'accepter. Mais d'abord, dites-moi donc à quoi ça sert tous ces sacrés records du monde ? ». Les journalistes ne surent quoi répondre...[réf. nécessaire]
  • Quand Piccard s'est posé sur un glacier, les journalistes lui ont fait remarquer que c'était très dangereux de s'aventurer dans la stratosphère sans matériel de montagne. À cela, il répondit que s'il s'était posé sur le palais des festivals de Venise, il lui aurait fallu un smoking[réf. nécessaire].
  • Lors de la plongée record, les Américains voulurent que leur drapeau soit plus haut que le drapeau suisse. Piccard laissa faire, et se rattrapa en expliquant que le drapeau suisse avait été plus profond[réf. nécessaire].
  • Hergé s'est largement inspiré de Piccard pour créer le personnage du professeur Tournesol. En arpitan, le professeur Tournesol a été rebaptisé Pecârd en guise d'hommage[9].
  • Le groupe Rien a consacré le titre Décalage Contrôlé à Auguste Piccard et son bathyscaphe dans l'album Requiem pour des baroqueux
  • Auguste Piccard a donné son nom à un gymnase lausannois (équivalent du Lycée) inauguré en 1990, désormais Gymnase Auguste Piccard.
  • Gene Roddenberry s'est inspiré du nom d'Auguste Piccard pour le personnage de Jean-Luc Picard

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gruppenbild der Montagemannschaft, 1914.01.01-1918.12.31, Archives fédérales suisses
  2. Des merveilleux fous volants
  3. « Le ballon "Genève" et ses deux occupants foudroyés en compétition à Bruxelles (1923) », Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève (consulté en 1er décembre 2008)
  4. « Second vol stratosphérique – 18 août 1932 », sur www0.dfj.vd.ch – département de la Formation et de la Jeunesse de l'État de Vaud (consulté le 6 mai 2013).
  5. « Le ballon stratosphérique FNRS », sur La Maison de la Rivière – maisondelariviere.ch (consulté le 6 mai 2013).
  6. J. Ganz, Dr. F.W. Götz et Pr. A Kreis suivent le ballon de Thusis, Arosa et Coire.
  7. « Un ascension stratosphérique à Hour. » (consulté en 30 novembre 2008)
  8. Jacques-Yves Cousteau et Théodore Monod atteindront 2 100 mètres dans la fosse de Toulon ; Georges Houot et Pierre Willm battront le record de l'époque avec 4 050 mètres, le 15 février 1954.
  9. Le Nouvelliste, Sion, 2007 ; reportage de Nyon Région Télévision.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]