Tijaniyya

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Confrérie tijane
Situation
Région Algérie, Gambie, Guinée, Mali, Niger, Burkina Faso, Indonésie, Ghana, Libye, Maroc, Angleterre, États-Unis, France, Mauritanie, Chine, Nigeria, Sahara occidental, Sénégal, Soudan, Tunisie, Tchad, Turquie, Côte d'Ivoire et Togo
Création XVIIIe siècle
Type Confrérie soufie
Siège du califat Aïn Madhi (Algérie)[1],[2],[3]
Organisation
Membres + de 150 millions en 2015[réf. nécessaire]
Calife mondial de la Tijaniya Sidi Ali Tijani Bel Arabi
Calife au Sénégal Cheikh Ahmed Tidiane Ibrahima Niass à Medina Baye,Serigne Mbaye Sy Mansour à Tivaoune ,Cheikh Mounirou Al Khalifa à thiès
Organisations affiliées Islam, Soufisme, Malikisme,Asharisme

Site web www.tidjaniya.com, www.anqamughrib.com, www.beuguebaye.com, www.tidjaniyya.org, www.asfiyahi.org,

www.ndieguene.com, www.mamecheikh92.com,

La Salat Al Fatihi

La Tijaniyya ou tariqa tijaniyya (en arabe : الطريقة التجانية (Al-Ṭarīqah al-Tijāniyyah), littéralement « la voie tijane », variantes tidiane, tidjane, tidjanie) est une confrérie (tariqa) soufie (un courant de l'islam sunnite[réf. nécessaire]), à l'origine Khalwatiya (de Khalwa, en arabe: خلوة, qui signifie : isolement)[réf. nécessaire], fondée par Ahmed Tijani en 1782 dans une oasis algérienne[4],[5]

Cette confrérie musulmane est la plus puissante d'Afrique de l'Ouest[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

La Tijaniyya trouverait son origine en l’an 1196 de l’Hégire (1781-1782 de notre ère) lorsque le cheikh Ahmed Tijani, à 46 ans, lors d'une retraite spirituelle dans une oasis proche de Boussemghoun (Régence d'Alger), eut une expérience mystique en rencontrant le Prophète Mahomet dans une vision éveillée (et non simplement, comme le plus souvent dans la tradition musulmane, en rêve), qui lui ordonna d’abandonner toutes ses affiliations précédentes et lui promit d’être son intercesseur privilégié, et celui de ses fidèles, auprès de Dieu[7],[8].

Son ordre prend rapidement une expansion importante sur la région, ce qui provoque l'inquiétude des autorités du diwan de la Régence d'Alger et il est contraint de se réfugier à Fès (Empire chérifien) où il s'installe jusqu'à sa mort en 1815 sous la protection du sultan alaouite Souleiman[6].

Le 22 juillet 1799 (18 safar 1214 de l'Hégire), Ahmed reçoit le statut de « Pôle caché », ce qui dans la hiérarchie islamique en fait un intermédiaire entre les prophètes et le commun des mortels, et le place immédiatement en dessous des prophètes et de leurs compagnons[9]. Le Prophète l'aurait élevé au rang spirituel du sceau de la sainteté (khātam al-awliyā), lui conférant la connaissance exclusive du nom suprême de Dieu (ism Allāh al-a'ẓam) et le pouvoir d'un vice-roi (khalifa) qui seul peut assurer la médiation entre Dieu et ses créatures[5].

L'attaque de l’émir Abdelkader (qui deviendra plus tard héros de la lutte contre les Français), qui était aussi un dignitaire d'une confrérie rivale, la Qadiriyya, en 1838 sur le village fortifié d’Aïn Madhi pour obliger la famille du cheikh à rallier sa cause poussa cette dernière à se rapprocher des Français[8]. Son image de confrérie modérée et pro-française ne fit que se renforcer quand, en 1870, Ahmed al-Tijani, le petit-fils homonyme du fondateur, envoyé en résidence surveillée en France, rencontra à Bordeaux une jeune femme, Aurélie Picard, qu'il finira par épouser et qui exercera une influence profonde sur lui[8].

Son enseignement a été enregistré par un compagnon proche et mis en forme par Omar bin Said al-Futi (1796-1864)[5].

Au milieu du XIXe siècle, Omar bin Said al-Futi, un Fulbe du Sénégal, assume la direction des Tijanis et le rôle de mujahid (guerrier de la foi), lançant un mouvement militant pour le djihad anticolonial en Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Ghana et au Soudan nilotique[5].

Doctrine[modifier | modifier le code]

Le contact direct avec le Prophète dont se prévalait le fondateur de la Tijaniyya est un atout important de la nouvelle confrérie dans la mesure il raccourcit de façon spectaculaire la chaîne de transmission des fidèles (silsila), rendant ces derniers plus proches de Mahomet[8] que ce dont pouvaient se prévaloir les autres confréries. La Tijaniyya se veut en outre exclusive alors que l'affiliation multiple à des tariqas était généralement admise[8]. Elle se heurta d'ailleurs rapidement aux autres tariqas qui dénonçaient cette arrogance[8].

La doctrine de la Tijaniyya est décrite comme l'accès à la connaissance de Dieu par la fanâ’ et le baqa’.

La récitation (wird) tijane consiste à prononcer 100 fois la demande de pardon, 100 fois la prière sur Mahomet (« salatoul fatihi »), 12 fois la prière des « perles de la perfection » (« djawaratoul kamel »), et, ajouté par la suite, 100 fois la reconnaissance de l'unicité de dieu (« lâ ilâha ill’Allâh», soit « il n'y a point de Dieu excepté Allah » - ou littéralement: pas de dieu sauf Le Dieu).[réf. souhaitée]

Elle doit sans doute une partie de son succès du fait qu'elle propose une voie plus sûre, plus rapide et moins ascétique que les autres tariqa[8].

Lieux saints[modifier | modifier le code]

Le centre intellectuel, culturel et historique de la Tijaniyya est Aïn Madhi en Algérie où se trouve le siège du califat avec le palais de Kourdane[3]. Le ksar abrite également la zaouïa mère de la confrérie qui conserve les tombeaux des chefs de la famille Tidjani[10]. En outre Boussemghoun, où Ahmed Tijani vit Mahomet en état de veille et où il résida pendant 13 ans, est le centre le plus important[3].

La ville de Fès où Ahmed Tijani a vécu une partie de sa vie (surtout vers la fin) et où se trouve son mausolée, est le lieu de pèlerinage de la Tijaniyya le plus visité dans le monde surtout par les ressortissants de pays subsahariens (Sénégal, Mali...).

L'importance de ce lieu de pèlerinage est pleinement utilisé par les autorités marocaines pour narguer les autorités algériennes et promouvoir une diplomatie religieuse de Rabat en Afrique sub-saharienne[6].

Zones d'implantation[modifier | modifier le code]

La Tijaniyya trouve son origine à Aïn Madhi en Algérie[11], puis s'est diffusée dans un premier temps autour de Boussemghoune dans le désert algérien.

Depuis son foyer d'origine en Algérie, la Tijaniyya s'est répandue au Maghreb (Maroc et Tunisie) et, de façon limitée[8], en Arabie saoudite.

Elle a surtout traversé le Sahara pour se diffuser en Afrique de l'Ouest (Mauritanie, qui allait devenir avant le Sénégal une plaque tournante[8] de la confrérie, Sénégambie, Mali, Burkina Faso), région où elle est aujourd'hui la confrérie la plus puissante, tout particulièrement au Sénégal, où elle jouit d'une influence inégalée[6].

Elle s'est implantée plus tard au Tchad, au Soudan[8], au Nigéria, en Indonésie et au Pakistan. Elle est également présente en Libye, en Égypte, en Syrie, en France et aux États-Unis.

Afrique de l'Ouest[modifier | modifier le code]

Le djihad mené entre 1852 et jusqu'à sa mort en 1864 par El Hadj Oumar Tall, chef de guerre, érudit musulman, fondateur de l'éphémère empire toucouleur et membre de la Tijaniyya, à travers toute l'Afrique de l'Ouest, contribua beaucoup à la diffusion de cette dernière dans la région[12]. Il s’attribua d'ailleurs le titre de khalife de la tariqa en Afrique sub-saharienne.

Sénégal[modifier | modifier le code]

Comme toutes les confréries au Sénégal, la Tijaniyya joue un rôle politique. Elle est aussi celle qui suscite les passions les plus vives de la part de tendances soufies rivales ou de mouvements anti-confrériques[13].

Au Sénégal, deux dynasties familiales relaient le message spirituel de la Tijaniyya [6]:

  • Les descendants d’El Hadj Malick Sy, établis à Tivaouane, et héritier le plus direct d'El Hadj Oumar Tall (le grand marabout de la zaouïa fut Seydou Nourou Tall, un de ses descendants)[8]
  • Les descendants d’El Hadj Abdoulaye Niasse, qui ont pris pour siège la ville de Kaolack, comme cheikh Ibrahim Niass, qui jouera un rôle majeur dans son rayonnement en dehors du Sénégal. Cette branche dite «  niassène  » ou ibrahimiyya[8] est considérée comme la plus dynamique et a des liens transnationaux forts[8] (contrairement à Tivaouane, essentiellement sénégalaise) avec de nombreux adeptes au Niger (Kiota), au Ghana et dans le nord du Nigeria (Kano)[8].

Dans la région de Thiès, Elhadji Ahmadou Barro Ndieguene diffusa aussi la voie.

Les villes de Louga[3] avec Cheikhna Abass Sall, Médina Gounass avec cheikh Mohamad siradji Dini Ba, Bandiagara (Mali) et Chinguetti (Mauritanie) sont également des villes significatives.

Mali[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle apparaît une branche fondée par Ahmedou Hamahoullah et installée à Nioro, désignée sous le nom de hamallisme.

Les compagnons du cheikh Ahmed Tijani[modifier | modifier le code]

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Les grands héritiers[modifier | modifier le code]

Sénégal[modifier | modifier le code]

Branche Sy[modifier | modifier le code]

  • Cheikh Sidi Hadji Malick Sy, imam de la Tijaniyya qu'il contribua largement à diffuser au Sénégal et en Afrique noire.
  • Cheikh Thierno Ousmane Sy
  • Mourchid Ahmed Iyane Sy
  • Malick Iyane Sy
  • Moustapha Mouhamed Iyane Sy
  • Aboubacar Iyane Sy
  • Serigne Abdou Aziz Sy, très connu sous le surnom Dabakh
  • Seydi Ababacar Sy, marabout et un calife tidjane du Sénégal qui fut calife général des tidjanes de 1922 à 1957

Branche Tall[modifier | modifier le code]

Branche niassène[modifier | modifier le code]

Autres Mouqqadam[modifier | modifier le code]

  • Serigne Abbas Sall
  • Serigne Hady Touré (Fass Touré)
  • Thierno Mansour Barro
  • Mouhammadou Samassa
  • Ahmad Tidiane Ba Fass Gounass
  • Serigne Mounirou Ndieguene
  • Elhadj Mamadou Seydou Ba Siradji Dini
  • Seydou Nourou Ba
  • Mohamed al Mansour Sy
  • Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine

Mali[modifier | modifier le code]

Maroc[modifier | modifier le code]

Mauritanie[modifier | modifier le code]

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  • Ahmad Ibn Baba
  • Cheikh Mouhammad Koita
  • Ahmad As Sukayrij, auteur notamment de Kashf Ul Hijâb
  • Muhammad An Nazîfî, auteur de Durrat Khâridah
  • Mouhamed fall inb Baba Alawi
  • Amadou Dème
  • Aboubacar Maïga
  • Sidi Mohammad Maïga
  • Muhammad Ul Hâfiz Al Misrî, auteur notamment de Qasdu Sabîl
  • Ali Cissé
  • Al Hasan Ibn 'Alî Cissé
  • El Hadji Mama Ansou Niang
  • Hamidou Alpha Moussa Sy
  • Idrîs Al 'Irâqî Al Husaynî, auteur de Fayd Ur Rabbânî
  • Ahmad Tall, auteur notamment de Mishkat Ul Asrâr
  • Salâh Ud Dîn At Tijânî, auteur notamment de Rahîq Ul Makhtûm et de An Nûr Fî Tarîqat It Tijâniyyah
  • Muhammad al Radî Kannûn al Idrîsî, auteur de Nisâ Ut Tijâniyyât et d'une version de Ahzab Wa Awrad

Les grands ouvrages de la Tijaniyya[modifier | modifier le code]

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Membres célèbres[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laghouat se penche sur son patrimoine : Des sites sont proposés au classement en attendant leur exploitation, La Tribune du 18/11/2009
  2. Aïn Madhi : Restauration du vieux ksar, Le Soir d'Algérie du 14/08/2010
  3. a b c et d Mouhamadou Mawloud Diakhaté, L'aménagement du territoire au Sénégal: Principes, pratiques et devoirs pour le XXIe siècle, L'Harmattan, (lire en ligne), p. 229
  4. (en) Diana Cousens, « Tijâniyya Sufi Order », dans Martin Baumann et L. Gordon Melton, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-Clio, , p. 1280
  5. a b c et d (en) Gerhard Bowering, The Princeton Encyclopedia of Islamic Political Thought, Princeton, Princeton University Press, , xv
  6. a b c d et e Youssef Ait Akdim, « La Tidjaniyya, arme secrète du « soft power » marocain en Afrique », Le Monde,‎ .
  7. Odile Goerg et Anna Pondopoulo, Islam et sociétés en Afrique subsaharienne à l'épreuve de l'histoire: un parcours en compagnie de Jean-Louis Triaud, Karthala, (lire en ligne), p. 188
  8. a b c d e f g h i j k l m et n Jean-Louis Triaud, « La Tidjaniya, une confrérie musulmane transnationale », Politique étrangère, no 4,‎ (lire en ligne)
  9. Vie et œuvre de Cheikh Ahmed Tijani (rta), sur le site officiel de la Voie Tidjaniya.
  10. Marc Côte, Guide d'Algérie : paysages et patrimoine, Média-Plus, , 319 p. (ISBN 9961-922-00-X), p. 238
  11. Philippe Marchesin, Tribus, ethnies et pouvoir en Mauritanie., 2010, Karthala (lire en ligne)
  12. Lapidus, Ira M. A History of Islamic Socities. 3rd ed. New York, NY: Cambridge University Press, 2014. pg 472-473
  13. Jean-Louis Triaud (éditeur) et David Robinson (éditeur), La Tijâniyya : une confrérie musulmane à la conquête de l'Afrique, Paris, Karthala, (ISBN 2-84586-086-2)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abdourahmane Aidara, Implantation et expansion des ordres Qadiryya et Tidjaniyya en Casamance, Dakar, université de Dakar, 1983, 107 p. (mémoire de maîtrise)
  • Doudou Kane, Sérigne Abbas Sall (1909-1990). Vie et œuvre d’une figure de proue de la Tidjaniya sénégambienne, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 1998, 199 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Cheikh Ibrahima Sall, Guide pour le disciple Tidjane aspirant à la perfection, Nouvelle Imprimerie dakaroise
  • Mamadou Karfa Sane, Islam et société au Sénégal. Approche sociologique d'une confrérie : le cas de la confrérie tidjane, 2004, Université de Nantes, 2004 (thèse)
  • Alioune Traoré, Contribution à l’étude de l’islam : le mouvement tijanien de Cheikh Hamahoullah, Dakar, Université Cheikh Anta Diop, 1975, 335 p. (Thèse)
  • Jean-Louis Triaud et David Robinson (sous la direction de), La Tijâniyya : une confrérie musulmane à la conquête de l'Afrique, Paris, Karthala, 2005 (2e édition), 512 p. (ISBN 2845860862)
  • Amadou Hampâté Bâ, Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara, 1957, réécrit en 1980.
  • (en) Jamil M. Abun-Nasr, The Tijaniyya order, Université d'Oxford, 1961, 378 p. (thèse)
  • Jillali el Adnani, La Tijâniyya, 1781-1881: les origines d'une confrérie religieuse au Maghreb, Rabat, Editions Marsam, , 249 p. (ISBN 9954-21-084-9)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Éliane de Latour, Tidjane : les voies d'Allah, film documentaire, CNRS Images, 2004