Asharisme

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L'acharisme est une école théologique de l'islam, fondée par Abu Al-Hasan al-ʾAshʿarī (873-935), descendant d'Abu Musa al-ʾAshʿarī, compagnon de Mahomet, et issu de la tribu yéménite des acharites. Les adhérents à cette école sont nommés les acharites (الأشعرية al-ʾAšʿarīyya ou أشاعرة, ʾašʿarīa). D'après Muhammad Al-Kawtharî, cette école de pensée se répandit très vite et devint l'école théologique majoritaire. Dans l'introduction du Tabyin Kadhib Il Muftarin faite par Muhammad Al Kawtharî dans laquelle il dit : « Ainsi, tous les Mâlikites, les trois quarts des Shâfi'ites, un tiers des Hanafites, et une partie des Hanbalites ont suivi cette approche (Ash'arite)[réf. souhaitée] en ce qui concerne la théologie, depuis l'époque d'Al-Bâqillânî, tandis que les deux tiers des Hanafites suivaient l'approche Mâturîdîte dans les demeures qui sont au-delà du fleuve [Euphrate], les terres de la Turquie, de l'Afghanistan, de l'Inde, de la Chine, et de tout ce qui est au-delà, excepté ceux d'entre eux qui tendaient vers le Mu'tazilisme (al i'tizal), comme cela a également été le cas de certains Shâfi'ites. ».

Les origines[modifier | modifier le code]

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D'abord adepte du mu'tazilisme en tant qu'élève d'Al-Jubbâ`î (en), Abû Al-Hasan Al-Ach`arî s'en sépara au moins sur deux points essentiels[réf. souhaitée] :

  • Il récuse la thèse qui affirme que les actes de l'homme sont crées par celui-ci, il affirme que l'homme est libre de ses actions mais c'est Dieu qui crée ses actes (bons ou mauvais);
  • Il réfute la thèse des mutazilites affirmant que le Coran est contingent et créé : Il reprend alors et théorise la position de Ahmad Ibn Hanbal et de l'ensemble des traditionalistes en déclarant que le Coran est incréé car, étant la Parole de Dieu lui-même, elle fait donc partie de lui[réf. souhaitée].

Sa croyance fut influencée par des théologiens comme Ahmad Ibn Hanbal, 'Abdu Llâh Ibn Kullâb, Al Hârith Al Muhâsibî et Abul 'Abbâs Al Qalânisî. Ibn Khaldoun (XIVe siècle) a dit dans son livre Muqaddima : « Il suivait les opinions de 'Abdu Llâh Ibn Sa'îd Ibn Kullab, d'Abûl 'Abbâs Al Qalânisî et d'Al-Hâtith Al Muhâsibî, tous partisans de l'attitude des salafs en accord avec la voie Sunnite. Il fortifia ces doctrines par des arguments tirés de la théologie dialectique »[réf. nécessaire]. Ibn Taymiyya a dit aussi  : « Al-Ash'arî fut le plus proche de l'Imâm Ahmad Ibn Hanbal, notamment sur les questions se rapportant au Coran et aux Attributs Divins[1]. ». Il se différencia de la majorité des salafs par l'utilisation du raisonnement logique afin de prouver la justesse de la révélation contenue dans le Coran et la sunna lorsque le besoin s'en fait ressentir lors d'un débat ou une réfutation. Ce raisonnement lié à la théologique est appelé kalâm qui est accusé d'être scolastique par les non partisans dont la mouvance salafiste.

L'acharisme fut ensuite repris par Abû Hamid Al-Ghazali (mort en 1111) qui, sur le point de la prédestination, prend le contre pied de la position des mutazilites. Dieu n'a de compte à rendre à personne et n'a à se soumettre à aucune loi, l'univers est parfait comme il est sans que rien ne puisse y être amélioré. La condition de chaque humain n'est l'objet d'aucune injustice car ce serait contraire au principe de la justice divine : les misères de la vie terrestre sont certes des pertes sur terre, mais elles sont aussi des gains dans l'au-delà. Sans la nuit, le jour n'aurait pas de valeur. Sans la maladie, la santé ne serait pas si appréciable. Si l’imperfection n’avait pas été créée, la perfection resterait inconnue.

Dans son ouvrage intitulé L'incohérence des philosophes (Tahafut al-falasifa), Al-Ghazali prend le contre-pied de la philosophie rationnelle grecque et attaque principalement Avicenne et Al-Farabi. Averroès (1126-1198) riposta avec l’Incohérence de l'Incohérence (Tahāfut al-Tahāfut). Son influence reste cependant encore très profonde dans le monde musulman depuis cette époque.

L'acharisme a été surtout propagé par la dynastie des Almohades (XIIe siècle-XIIIe siècle) au Maghreb et la dynastie ayyoubide (XIIe siècle-XIVe siècle) au Machrek.

Lorsque Atatürk renversa le califat ottoman en 1924, il se méfiait tellement de la pensée acharite[pourquoi ?] qu'il fit interdire l'édition en turc moderne (en caractères latins) des œuvres d'Abû Hamid Al-Ghazali[réf. nécessaire].

Sur le libre arbitre et la prédestination[modifier | modifier le code]

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Une question conflictuelle fut celle de la prédestination et du libre arbitre[2]. Les Mu`tazilites soutenaient que l’homme dispose d’une totale liberté d’agir et qu’il est le propre créateur de ses actes, de sorte que Dieu ne prend connaissance des actes de l’homme qu’au moment de leur survenue. L’Imâm Al-Ash`arî réfuta cette idée et réaffirma la doctrine coranique selon laquelle la Science de Dieu embrasse toute chose passée et future, que Dieu est le Créateur de tout, y compris des actions bonnes et mauvaises, et que l’homme dispose d’une liberté de choix qui fait qu’il agira de telle ou telle manière, qu’il choisira telle bonne action créée par Dieu ou telle mauvaise action tout aussi créée par Dieu. Sa Connaissance éternelle des actions des hommes ne contredit en rien la liberté de choix relative de ces derniers. Par ailleurs, dire que Dieu est le Créateur des actions ne contredit en rien le fait que c’est bien l’homme qui prend le parti de commettre telle ou telle action.

L'argument principale des Mu'tazilites affirmant que l'homme était créateur de ses actes était que dans le cas contraire, l’idée du Jugement dernier n’aurait plus aucun sens, puisque l’homme serait jugé pour des actes dont il ne serait pas responsable. Mais dans le même temps, la conclusion des Mu`tazilites induisait que Dieu ne détient pas un savoir absolu, puisqu’il ne prendrait connaissance des actions des hommes qu’après-coup. La faille de ce raisonnement par l’absurde opéré par les Mu`tazilites était qu’ils partaient du postulat implicite selon lequel Dieu obéirait à la loi chronologique qui dit que le conséquent ne peut précéder l’antécédent. Ainsi, selon eux, Dieu ne connaîtrait les actions des hommes qu’après que celles-ci se sont effectivement réalisées. La conséquence de cette affirmation est en outre que ce sont les hommes qui créent leurs actions bonnes ou mauvaises, non Dieu. Ainsi, les Mu`tazilites soutenaient non seulement que Dieu n’était pas Savant de toute chose, mais également qu’Il n’était pas Créateur de toute chose. La vision de l'Imâm Al-Ash`arî sur ce sujet donne à Dieu la connaissance des actions des hommes et affirme que c'est Dieu qui crée ses actions (bonnes comme mauvaises), mais c'est bien l'homme qui décide de les effectuer.

L'Imâm Al-Ash`arî s'oppose également aux Jahmites qui affirme que l'homme n'a aucun choix, qu'il est contraint de faire ses actes.

Sur les attributs d'Allah[modifier | modifier le code]

'Abd al-Hayy Ar-Rajshahi a résumé le dogme acharite concernant les attributs d'Allah en disant : « Selon les Ash'arites, Allâh est Un, Unique, Éternel et est un Être existant. Il n'est pas une substance, ni un corps, ni un accident, ni limité par une quelconque direction et ni contenu par un quelconque espace. Il possède des Attributs tels que l'omniscience, la toute-puissance, la vie et la volonté. Il est entendant, voyant et est doué de la parole[3]. ».

Sur l'usage du Kalâm[modifier | modifier le code]

L'usage du Kalâm, qui est une forme de méthodologie religieuse consistant à rechercher des principes théologiques à travers la dialectique, était dans un premier temps l'apanage des sectes et rares étaient les sunnites qui pratiquaient cette méthode d'argumentation[réf. nécessaire]. Puis, sous l'influence grandissante de philosophies marginales et hétérodoxes[non neutre], certains savants, avec Abou Hassan Al Ash'ari à leur tête[interprétation personnelle], utilisèrent le Kalâm à leur tour afin de contrer les arguments des sectes et de les réfuter méthodiquement. Al-Qabîsî Al-Mâlikî a dit : « Sachez qu'Abou Hassan Al Ash'ari [...] n'a pris du Kalâm que ce par quoi il voulait clarifier les traditions prophétiques, les confirmer et réfuter les problématiques créées par rapport à ces mêmes traditions prophétiques. A compris cela celui qui a été doté de la bonne compréhension par la grâce d'Allâh, et cela ne peut échapper qu'à celui à qui Allâh n'a pas destiné la bonne compréhension des choses[4]. ».

Liste des oulémas acharites[modifier | modifier le code]

Les disciples d'Abou Hassan Al Ash'ari les plus connus sont :

  • Abul Hasan Ad Dummal (m.360/971)
  • Abû Bakr Ibn Mujâhid At Tâ'î (m.368/979)
  • Muhammad As Su'lukî (m.369/980)
  • Abul Hasan Al Bâhilî Al Basrî (m.370/981)
  • Muhammad Al Marwazî (m.371/982)
  • 'Alî Ibn Muhammad Ibn Al Mahdî At Tabarî (m.380/991)

Exemple de savants et imams opposés au Ash'arisme[modifier | modifier le code]

Outre les mutazilites, les anthropomorphistes[précision nécessaire] et les qadarites, les acharites furent également l'objet de vives critiques provenant d’oulémas d'autres courants tels qu'Ibn Taymiyya ou Ibn Al-Qayyim par rapport à leur crédo théologique. Ce dernier a consacré plusieurs volumes à la critique de l'acharisme avec son livre : "Réfutation de l'opposition entre raison et révélation"

  • Ibn Hazm (XIe siècle) semble avoir été assez critique à leur égard[Note 1], mais il serait possible qu'il eut de mauvaises informations sur l'acharisme, les accusant de choses qui ne sont trouveraient nulle part dans les ouvrages d'oulémas acharites[réf. souhaitée].
  • Ibn Qudama al-Maqdissi (XIIe siècle) était fermement opposé à l'acharisme[5].
  • Ibn Taymiyya (XIIIe siècle) a écrit plusieurs réfutations sur l'acharisme, dont un livre en plusieurs tomes intitulé Daru' Taʿâruḍ al-ʿaql wa an-naql (Réfutation de la contradiction entre la raison et la révélation) ou encore Muwāfaqat sahîh al-manqoūl li sarīh al-maʿqoūl (Conformité entre la tradition authentique et la raison explicite).
  • Ibn Al-Qayyim (XIVe siècle), disciple d'Ibn Taymiyya, tenta de réfuter les opinions des acharites dans plusieurs ouvrages, notamment dans Al-sawâʿiq al-moursala ʿalâl-jahmiyya wa al-mouʿattila (il nommait souvent les acharites Jahmiyya du nom d'une groupe plus radical, proche des mutazilites, et assez vite disparu), Ijtimâʿ al-jouyoûsh al-islâmiyya li ghazw al-muʿattila wa al-jahmiyya (livre consacré à démontrer, par d'innombrables citations, le dogme selon lequel Dieu est au-dessus des cieux, récusé par les acharites qui eux, ne donnent aucun lieu, ni direction à Dieu). Il écrivit également un poème intitulé Qasîdat an-noûniyyah dans lequel il expose sa croyance et critique l'acharime. Ce poème était diffusé en secret par peur de représailles[réf. souhaitée], étant donné que l'école acharite était plus répandue[6]. Taqî ad-Dîn As-Soubkî réfuta ce poème dans un ouvrage intitulé Sayf as-saqil fi ar-radd 'alâ Ibn Zafil (L'épée brulante réfutant Ibn Zafil, Ibn Zafil étant Ibn Al-Qayyim) en déclarant que la divinité décrite dans ce poème (Allah) n'a rien à voir avec l'islam.
  • Les oulémas salafistes reprennent les arguments d'Ibn Taymiyyah et d'Ibn Al-Qayyim et considèrent l'acharisme comme une dénaturation du dogme sunnite.
  • L'imam Abou Nasr As-Sijzî était opposé au Ash'arisme. Il composa une épître pour les réfuter connu sous le titre de "risâla ilâ ahl zoubayd"
  • L'imam Ibn Aqil était un opposant notable du Ash'arisme.
  • L'imam Abd al-Ghani al-Maqdisî fut persécuté par les Ash'arites à cause de ses positions doctinales en opposition avec le Ash'arisme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Qadi Iyad dit dans son livre Tartib al-madârik : « Il (Ibn Hazm) a rempli son livre contre lui (Abou Hassan Al Ash'ari) et contre les imams parmi ses compagnons avec des mensonges et des choses horribles sans fondements. »[réf. à confirmer]
Références
  1. Al Mu'taqad[réf. incomplète].
  2. « L'Imâm Abû Al-Hasan Al-Ash`arî - islamophile.org - L'islam en français », sur www.islamophile.org (consulté le 13 juillet 2016)
  3. A History of Muslim Philosophy du Professeur 'Abd al-Hayy Ar-Rajshahi[réf. incomplète].
  4. Mentionné par Ibn Asakir dans son ouvrage intitulé Tabyîn kadhib al-mouftarî[réf. incomplète].
  5. Hikaayat ul-Munaadhara Fil-Qur'an p.51
  6. Voir la biographie de Jibrîl al-Haddâd consacrée à Ibn Al-Qayyim[réf. incomplète].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire des philosophes et des théologiens musulmans (de 632 1258 J.-C.). Scènes de la vie religieuse en Orient, Gustave Dugat, Adegi Graphics LLC, (ISBN 978-1-4212-2215-8), (ISBN 978-1-4212-2215-8).
  • Les schismes dans l'Islam: introduction à une étude de la religion musulmane, Volume 1 de Bibliothèque historique. Collection d'histoire des religions, Bibliothèque historique, Collection d'histoire des religions, Henri Laoust, Payot, 1983.
  • L'Enseignement, La Doctrine Et La Vie Dans Les Universités Musulmanes D'Égypte, Pierre Arminjon, BiblioBazaar, LLC, 2008, (ISBN 978-0-559-35760-2), (ISBN 9780559357602).