Arletty

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Arletty
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Portrait d'Arletty (1898-1992)

Nom de naissance Léonie Marie Julia Bathiat
Naissance
Courbevoie, Seine, France
Nationalité Drapeau de France Française
Décès (à 94 ans)
Paris 16ème, France
Profession Actrice
Films notables Hôtel du Nord
Circonstances atténuantes
Fric-Frac
Le jour se lève
Les Visiteurs du soir
Les Enfants du paradis

Arletty, nom de scène de Léonie Bathiat, née le à Courbevoie[1] et morte le à Paris[2], est une actrice et chanteuse française.

Elle figure dans quelques chefs-d'œuvre du patrimoine cinématographique français des années 1930 et 1940 : Hôtel du Nord en 1938, Le jour se lève en 1939, Les Visiteurs du soir en 1942, Les Enfants du paradis en 1945, quatre films de Marcel Carné, les trois derniers dialogués par Jacques Prévert.

Biographie[modifier | modifier le code]

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Léonie Marie Julia Bathiat raconte, dans son livre La Défense, qu'elle est née à Courbevoie, 33, rue de Paris, « dans un rez-de-chaussée sombre éclairé par le sourire de mes parents »[3]. Elle est la fille de Michel Bathiat, ajusteur-tourneur pour les tramways de Paris, et de Marie Marguerite Philomène Dautreix, lingère[3]. Elle a un frère aîné, Pierre[4].

Souffrant de problèmes respiratoires, elle est mise en pension à quatre ans et demi dans la ville de sa famille paternelle, Clermont-Ferrand. Elle reçoit une éducation religieuse dans l'institution privée Sainte-Thérèse jusqu'en 1910. Elle poursuit ses études à Puteaux à l'Institution Martinois. Le secrétariat étant pour les femmes un métier d'avenir, elle étudie la sténographie chez Pigier[5]. La guerre de 1914 fauche sur le champ de bataille son premier amour, surnommé « Ciel » à cause de la couleur de ses yeux. Son père promu chef de traction, meurt le , écrasé par un tramway. Arletty, son frère et sa mère sont alors expulsés du pavillon affecté aux employés des tramways de Paris.

En 1917, elle se laisse séduire par le jeune banquier Jacques-Georges Lévy qui l'emmène dans sa villa du 18 avenue Alphonse-de-Neuville, à Garches. Ils ont pour voisins Coco Chanel et André Brulé. Jacques-Georges lui fait connaître le théâtre, les grands couturiers, les bons restaurants et la haute société parisienne[6].

Elle le quitte pour le marchand de tableaux Paul Guillaume — l'ami de Picasso, Modigliani, Soutine — qui la recommande à Armand Berthez, directeur du petit théâtre des Capucines. Un temps mannequin chez Poiret, sous le pseudonyme d'Arlette (prénom choisi dans le roman Mont-Oriol de Maupassant[7]), Berthez anglicise son nom en Arletty[8] pour mener les revues de Rip, où la fantaisie et le luxe sont de mise, et chanter, dès 1928, dans les opérettes de Maurice Yvain comme Yes, Gabaroche, Azor (1932), de Raoul Moretti (Un soir de réveillon, 1932), et de Reynaldo Hahn (Ô mon bel inconnu).

En 1928, elle rencontre Jean-Pierre Dubost qui restera son fidèle compagnon. Elle fait ses débuts au cinéma en 1930 avec Victor Boucher dans La Douceur d'aimer. Elle se distingue dans un premier rôle, dès 1931, dans le film de Jean Choux, Un chien qui rapporte. Arletty inspire les peintres Marie Laurencin, Kees van Dongen, Moïse Kisling, Fujita et Jean-Gabriel Domergue qui la prennent comme modèle. Elle a pour ami Pierre de Régnier, fils de Marie et Henri de Régnier, mais enfant naturel de Pierre Louÿs.

Sa carrière sur scène prend un tournant décisif, en 1932, dans l'opérette de Raoul Moretti, Un soir de réveillon, aux Bouffes-Parisiens, avec Henry Garat, Dranem et Koval. Elle joue ensuite dans Ô mon bel inconnu, une opérette de Reynaldo Hahn, sur un livret de Sacha Guitry. Puis c'est Au Bonheur des dames avec Michel Simon, joué près de 500 fois sans interruption malgré leurs désaccords successifs.

Elle fait la connaissance de Louis-Ferdinand Céline. Celui-ci lui dédie en 1948 son scénario Arletty, jeune fille dauphinoise. Elle tourne La Guerre des valses de Ludwig Berger avec Fernand Gravey, Dranem et Madeleine Ozeray. Elle rencontre Marcel Carné dans Pension Mimosas de Jacques Feyder où elle a notamment Françoise Rosay comme partenaire.

Ancien hôtel de Donnant à Belle-Île-en-Mer. Arletty possédait une maison à la sortie du village de Donnant.

Marcel Carné lui offre alors l'un de ses plus mémorables rôles au cinéma : celui de « Mme Raymonde » dans Hôtel du Nord sur un scénario coécrit par Henri Jeanson, rôle qui la rend célèbre et la fait entrer de son vivant dans la légende du Paris populaire : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?  », lance-t-elle à Louis Jouvet sur une porte d'écluse du canal Saint-Martin (et non pas sur la passerelle jouxtant cette écluse).

Dans le même registre, elle incarne Marie qu'a-d'ça dans Circonstances atténuantes de Jean Boyer auprès de Michel Simon. Elle lance, gouailleuse : « Pas folle, la guêpe ! » Elle enregistre la chanson de ce film, Comme de bien entendu et de nombreuses ritournelles de ses revues ainsi que La Java et Mon Homme, pour rendre hommage à sa grande amie Mistinguett.

En 1939, elle reprend dans le film réalisé par Maurice Lehmann et Claude Autant-Lara, Fric-Frac, son rôle de « Loulou » créé à la scène en 1936 dans la pièce du même nom d'Édouard Bourdet. Dans ce film, elle forme avec Michel Simon un inénarrable duo de petits malfrats dont les accents canailles mâtinés d'argot parisien et même de javanais séduisent leur victime, le naïf bijoutier incarné par Fernandel.

Sous l'Occupation, elle interprète Madame sans gêne de Roger Richebé, Dominique dans le film Les Visiteurs du soir avec Alain Cuny, Jules Berry, Marie Déa, et surtout Garance des Enfants du paradis, réalisé par Marcel Carné sur le scénario de Jacques Prévert, avec Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur et Maria Casarès. Elle entretient alors une relation amoureuse avec Antoinette Gérard, épouse de François-Charles d'Harcourt[9].

Au théâtre des Bouffes-Parisiens, elle est Isabelle, dans Voulez-vous jouer avec moa, une comédie de Marcel Achard, avec Pierre Brasseur.

Après la Libération, Arletty est arrêtée, non pour fait de collaboration, mais en raison de sa liaison affichée avec Hans Jürgen Soehring[10], un officier allemand. Ils se sont connus à Paris le 25 mars 1941, présentés par Josée de Chambrun, épouse de René de Chambrun et fille de Pierre Laval. Soehring est, à l'époque, assesseur au conseil de guerre de la Luftwaffe à Paris. Elle aurait dit à Michèle Alfa et Mireille Balin qui avaient aussi comme amants des officiers allemands : « On devrait former un syndicat. » Elle est internée quelques jours à Drancy puis à Fresnes. Prise à partie par l'un des FFI lors de son arrestation, elle répond : « Si mon cœur est français, mon cul, lui, est international ! », phrase qui lui avait été suggérée par Henri Jeanson mais qui est peut-être apocryphe[11]. Elle répond à une détenue qui lui demandait des nouvelles de sa santé : « Pas très résistante »[12],[13].

Symbolisant la collaboration horizontale, elle aurait répondu à ses juges « Si vous ne vouliez pas que l'on couche avec les Allemands, fallait pas les laisser entrer »[14], renvoyant ainsi la République à ses responsabilités dans la débâcle de 1940.

Lorsqu'elle est libérée, on lui conseille de quitter la capitale. Elle trouve refuge pour dix-huit mois au château de La Houssaye-en-Brie, chez des amis résistants. En 1946, le comité d'épuration lui inflige un blâme, assorti d'une interdiction de travailler pendant 3 ans[15].

Plaque commémorative au no 14 de la rue de Rémusat à Paris, où Arletty vécut de 1969 à sa mort.

Elle renoue avec le théâtre et joue Un tramway nommé Désir de Tennessee Williams avec Daniel Ivernel et Louis de Funès débutant, puis La Descente d'Orphée avec Jean Babilée. Elle paraît aussi dans Un otage de Brendan Behan avec Georges Wilson.

Elle joue encore dans quelques films, Portrait d'un assassin avec Erich von Stroheim, Gibier de potence avec Georges Marchal, L'Amour Madame, aux côtés de François Périer, Le Grand Jeu avec Jean-Claude Pascal et Gina Lollobrigida, Maxime d'Henri Verneuil avec Michèle Morgan et Charles Boyer. En tournant Et ta sœur, elle fait la connaissance de Jean-Claude Brialy qui fait ses débuts. Plus tard, elle retrouve Marie Déa et Hélène Perdrière, des amies qui lui sont restées fidèles.

Parmi ses relations amicales, elle compte Paul Chambrillon[16].

En 1966, elle perd son frère ainsi que Jean-Pierre, son ami intime et unique compagnon de route malgré des « hauts et des bas ». Elle perd aussi partiellement la vue et doit interrompre Les Monstres sacrés de Jean Cocteau au théâtre des Ambassadeurs. Elle disparaît de la scène et de l'écran, mais prête sa voix à différents documentaires.

À partir de 1984, elle soutient activement l'Association des artistes aveugles et sa présidente fondatrice Marguerite Turlure (qu'elle surnomme « ma Marguerite du Faubourg St-Martin » en ajoutant toujours « moi aussi je suis une fleur des faubourgs » — témoignage de Didier Guelfucci, habitué des après-midi de la rue de Rémusat et bras droit de Mme Turlure), amie de longue date rencontrée par l'entremise de la chanteuse Renée Lebas… Jusqu'à sa mort, Arletty reste fidèle à l'Association des artistes aveugles dont elle est pour toujours la présidente d'Honneur.

Elle meurt le 23 juillet 1992 à 94 ans, dans son appartement parisien de la rue de Rémusat, elle est incinérée au crématorium du père Lachaise et ses cendres sont ensuite inhumées dans le caveau familial du cimetière des Fauvelles à Courbevoie.

Rôles marquants[modifier | modifier le code]

Si aujourd'hui son souvenir semble pour beaucoup indissociable de son rôle de « Mme Raymonde » dans Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné sous la direction duquel elle a tourné quatre autres films, nombreux[Qui ?] sont ceux qui voient dans son interprétation de Garance dans Les Enfants du paradis (1943) son rôle le plus marquant et le point culminant de sa carrière d'actrice. Cette interprétation a parfois été qualifiée de « lumineuse »[réf. nécessaire] ce qui pourrait tenir tant du jeu de l'actrice que du traitement particulier des éclairages mis en place par Roger Hubert, directeur de la photographie du film.

Prix Arletty[modifier | modifier le code]

En 1981, la comédienne Fanny Vallon fonde les Prix Arletty en hommage à la célèbre comédienne du film Hôtel du Nord. La comédienne a présidé à la remise des Prix portant son nom jusqu'à sa mort. Parmi les lauréats on compte les comédiennes Zabou Breitman, Isabelle Carré et Dominique Blanc. Le jury de ces Prix était composé de grands noms du cinéma et du théâtre, Pierre Arditi, Gérard Depardieu, Jackie Sardou, Micheline Presle ou encore le metteur en scène Robert Hossein.

Filmographie complète[modifier | modifier le code]

Complément filmographique[modifier | modifier le code]

En outre on peut voir et entendre Arletty dans les titres suivants :

Dans certaines filmographies indiquent deux œuvres supplémentaires avec Arletty[réf. nécessaire] :

Théâtre, opérettes, revues[modifier | modifier le code]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Autobiographie
Lettres
Biographies

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives en ligne de l’état civil des Hauts-de-Seine, commune de Courbevoie, acte de naissance no 212, année 1898 (page 56/158)
  2. Les gens du cinéma
  3. a et b Pierre Monnier, Arletty, Éditions du Rocher, , p. 16.
  4. Michel Souvais, Arletty : confidences à son secrétaire, Editions Publibook, , p. 23.
  5. Pierre Monnier, Arletty, Éditions du Rocher, , p. 21.
  6. Michel Souvais, Arletty : confidences à son secrétaire, Editions Publibook, , p. 47.
  7. Michel Souvais, Arletty : confidences à son secrétaire, Editions Publibook, , p. 50.
  8. Olivier Barrot, Raymond Chirat, Noir et blanc : 250 acteurs du cinéma français, 1930-1960, Flammarion, , p. 27.
  9. Arletty, une passion coupable, Ozap
  10. Né en 1908, il est, avant-guerre, magistrat et membre du parti nazi. Il s'engage dans l'aviation et devient officier dans la Luftwaffe. Il combat près de Monte Cassino en 1943. Après guerre, nommé en 1954 consul en Angola, puis consul de la République fédérale d'Allemagne à Léopoldville (aujourd'hui, Kinshasa) en République démocratique du Congo, il meurt noyé avec son fils dans le fleuve Congo le 9 octobre 1960.
  11. Jérôme Dupuis, « Le beau nazi d'Arletty », sur L'Express,
  12. Page 167 de son autobiographie La Défense, Éditions de la Table ronde, 1971.
  13. Arletty raconte une variante de cette anecdote, en 1986, dans un entretien accordé au quotidien Présent.
    Arletty et Jean Cochet (propos recueillis par), « Une parenthèse heureuse dans le Front populaire (10) : Arletty, princesse du Septième Art », Présent, no 1156,‎ , p. 4« Un matin, je suis reçue par un petit juge, qui me toise avec arrogance et me demande sur un ton méprisant : « Alors, Bathiat, comment vous sentez-vous, ce matin ? » Et moi, du tac au tac, je lui réponds : « Pas très résistante, M. le juge. » Ce matin-là, j'étais contente de moi. »
  14. Laurent Joly, La délation dans la France des années noires, Perrin, , p. 147.
  15. Denis Demonpion, Arletty, Flammarion, , p. 315
  16. Marie-Béatrice Baudet, « Le cahier bleu de Boudard », Le Monde, no 22257,‎ , p. 17.
    Article publié dans le cadre d'un feuilleton estival titré / Ecrivains en prison », dont il est le 4e volet (sur 6). La version disponible en ligne (accès intégral pour les seuls abonnés) sur le site Lemonde.fr est titrée « Les cahiers bleus d’Alphonse Boudard ».
    « Il y a deux ans, une correspondance de son mari [Alphonse Boudard] à Paul Chambrillon, fin connaisseur de Céline, ami d’Arletty et de Raimu, avait été achetée plus de 1 000 euros à l’hôtel Drouot. »

Liens externes[modifier | modifier le code]