Léo Joannon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Léo Joannon
Nom de naissance Léon Gabriel Paul Joannon
Naissance
Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône
Nationalité Drapeau de France Français
Décès (à 64 ans)
Neuilly-sur-Seine, Hauts-de-Seine
Profession Réalisateur, scénariste, producteur

Léon Joannon, dit Léo Joannon, est un réalisateur, scénariste et producteur français, né le à Aix-en-Provence, mort le (à 64 ans) à Neuilly-sur-Seine. Il a réalisé, depuis le début du parlant jusqu'à la fin des années soixante, plus d'une trentaine de films.

Biographie[modifier | modifier le code]

Du cinéma populaire au cinéma à message (1922-1940)[modifier | modifier le code]

À vingt ans, rebuté par des études de droit[1], Léo Joannon se rêve romancier. Il écrit quelques nouvelles et publie des critiques cinématographiques, qui lui ouvrent un poste de régisseur chez Gaumont, où il s'initie au métier de cadreur[1]. Devenu un expert en optique et mécanique cinématographiques, il est embauché comme assistant par Georg Wilhelm Pabst[1] puis Augusto Genina et Carmine Gallone[1]. En 1930, il entreprend sa première réalisation.

Il se lance alors dans une production commerciale, légère ou sentimentale, d'où l'originalité technique n'est pas toujours absente, comme lorsqu'il réalise un film musical, Le Chanteur de minuit, ou une pièce de théâtre filmée dans laquelle joue Raimu, Vous n'avez rien à déclarer ? Ce n'est qu'en 1938 qu'il peut exprimer une première fois l'ambition sociale qu'il assigne au cinéaste dans un plaidoyer pacifiste porté par Pierre Fresnay. Alerte en Méditerranée, sorti vingt jours après les accords de Munich, glorifie le sens de l'honneur de la marine allemande et la collaboration entre militaires de camps opposés face à d'obscurs malfaiteurs sans morale, ce qui lui vaut le Grand prix du cinéma français.

Au début de l'année 1940, Léo Joannon dirige dans L'Émigrante, aux côtés d'Edwige Feuillère, l'actrice Foun-Sen, éternel personnage de l'Indochinoise du cinéma français qui deviendra son épouse[2] et auprès de laquelle il finira prématurément ses jours.

Filmer sous l'Occupation (1941)[modifier | modifier le code]

En 1941, plusieurs mois après le début de l'Occupation allemande, Léo Joannon se rapproche de la société de production Continental, à laquelle le ministre de la propagande de Hitler, Joseph Goebbels, a subordonné toute l'industrie cinématographique française. Avec l'acteur Jean Brochard, il récupère pour le compte de la Continentale les studios de Boulogne, qui ont été aménagés juste avant la défaite dans l'ancienne usine de blanchisserie Heuzé[3] pour concurrencer les studios de Billancourt.

Fort de cette position, il force le célèbre cinéaste Raymond Bernard, fils de Tristan Bernard et petit fils d'un marchand de chevaux juif de Franche-Comté, à lui abandonner un scénario que celui ci, compte tenu des circonstances, ne peut plus lui même réaliser, Caprices. Il menace de faire déporter les neveux de l'écrivain et son frère Jean-Jacques Bernard[4]. Celui ci est en effet interné depuis le 12 décembre 1941 à Compiègne en vertu de la loi de discrimination des juifs du 2 juin 1941. Le film, dialogué par André Cayatte, sort le 16 février 1942 et Jean-Jacques Bernard est libéré 1er mars 1942 pour raisons de santé[5] mais un des fils de celui ci, François, mourra à Mauthausen.

Ce sera la seule collaboration directe de Léo Joannon avec la Continentale. Le directeur de celle ci, Alfred Greven, lui obtient d'être nommé administrateur délégué de la Maîtrise artisanale de l'industrie cinématographique, maison de production au service de la propagande de Vichy[6]. La MAIC produira deux de ses trois films suivants.

La propagande vichyste (1942-1944)[modifier | modifier le code]

Léo Joannon soumet au Secrétariat général à la Jeunesse, que préside Henri Caillemer, et à la Direction générale du cinéma un projet de propagande cinématographique sur le redressement moral que prône la Révolution nationale à l'endroit d'une jeunesse dévoyée. Il en obtient respectivement une subvention d'un million de francs et un prêt de trois millions, soit un tiers du budget[6]. Comme en réponse à Prison sans barreaux, film soutenu par Jean Zay en 1938, Le Carrefour des enfants perdus exposera les nouvelles méthodes d'éducation des mineurs délinquants là où le Front populaire aurait échoué[6]. En contrepartie des financements publics, le réalisateur s'engage à laisser à Mr. Schiltz, chef adjoint de la propagande, « un droit absolu de regard et de contrôle sur le plan moral et national »[6].

En 1943, six mois après l'occupation de la Zone libre par la Wehrmacht, Léo Joannon est nommé, par le ministre du travail Hubert Lagardelle, président d'une commission d'hommes de métier chargée d'organiser la Famille Professionnelle des Spectacles[6]. Créée par un décret du 17 avril de la même année, la FPS est un organe de contrôle et de développement de l'industrie du spectacle prévu par la Charte du travail dans le cadre de la politique corporatiste voulue par le régime de Vichy. La FPS s'attribue la supervision du COIC, qui est depuis décembre 1940 l'instance de décision financière et de censure du cinéma au sein du Comité d'organisation. L'acteur Pierre Fresnay y prend la présidence de la première, et principale, sous commission[7] et Léo Joannon s'y réserve la direction d'un département[6].

Fin 1943, Léo Joannon commence le tournage du Carrefour des enfants perdus et donne à cette occasion son cinquième rôle à Serge Reggiani. Pour répondre à la censure, il a du renoncer aux scènes qui dénoncent les violences familiales et les bagnes d'enfants[6]. Il a du également effacer certaines séquences documentaires qui donnaient au film l'aspect d'un reportage et rendait trop voyant le zèle du réalisateur à servir le gouvernement[6]. Un centre de redressement par le travail, mis à disposition par le ministère de la Jeunesse, sert de plateau, plusieurs centaines d'enfants placés là se détournant de leur quotidien pour servir à la figuration[8]. Le COIC, par l'intermédiaire du Comité d'attribution des avances du Crédit national dont le président Wilfrid Baumgartner a été déporté, avance les trois millions et demi nécessaires au montage[6].

Le résultat est une apologie de l'éducation par l'inculcation d'une idéologie du chef[6]. La critique reçoit le film comme une œuvre de propagande, que ce soit pour dénoncer ou pour louer la démarche[6]. Avec Mermoz de Louis Cuny et Coup de tête de René Le Hénaff, Carrefour des enfants perdus est un des rares films fascisants produit par le cinéma français durant l'Occupation[9].

Un cinéma missionnaire (1945-1969)[modifier | modifier le code]

A la Libération, Léo Joannon réussit à sortir un film réalisé avec le même Jean Brochard durant la drôle de guerre mais les sympathies qu'il a affichées durant l'Occupation lui valent d'être mis au banc de la profession pendant cinq années.

En 1951, il a l'honneur de réunir pour une dernière fois Laurel et Hardy. L'opération finit de façon prévisible en naufrage[10]. Il renoue avec son ambition édificatrice en réalisant entre 1954 et 1958 quatre apologies du prêtre affrontant le mal, de la rédemption par la foi ou du salut par le pardon. Ce sont successivement Le Défroqué, où il retrouve Pierre Fresnay, Le Secret de sœur Angèle, L'Homme aux clés d'or, également joué par Pierre Fresnay, Le Désert de Pigalle.

En 1963, il réalise le second[11] film français, après Patrouille de choc de Claude Bernard-Aubert, consacré à la guerre du Viêt Nam. Mélodrame tiré d'un scénario très original qu'a écrit Georges Kessel[12] alias Jean Sorgues, le second frère impénitent de Joseph Kessel[13] et ex directeur des magazines Détective[14] puis Voilà[15] et enfin Confessions, Fort du fou narre, non sans nostalgie pour le projet colonial, l'abandon des Tonkinois catholiques par une armée française impuissante.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Comme réalisateur[modifier | modifier le code]

Longs métrages
Moyen métrage
  • 1935 : Les Conquêtes de César.

Comme scénariste[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Contributions littéraires[modifier | modifier le code]

Nouvelles
...
Scénarios transcrits en romans illustrés des images des films correspondants
Paroles de la chanson pour piano du film Quand minuit sonnera

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d F. Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, p. 550, Karthala, Paris, 2012 (ISBN 978-2-8111-0790-1).
  2. Claude Beylie et Philippe d'Hugues, Les Oubliés du cinéma français, p. 103, préface de Jean-Charles Tacchella, Éditions du Cerf, Paris, 1999.
  3. E. Couratier, « Rue de Silly », in E. Couratier, Les rues de Boulogne-Billancourt, Archives municipales, Boulogne-Billancourt, 1962.
  4. H. Jeanson, Le Canard enchaîné, Paris, 4 octobre 1944, cité in H. Jeanson, Jeanson par Jeanson, p. 255, René Chateau, Paris, 2000 (ISBN 2-85-85-20-526).
  5. J. J. Bernard, Le Camp de la mort lente, Compiègne 1941-1942., Albin Michel, Paris, 1944, (ISBN 2748169301) rééd. Le Manuscrit, Paris, 2006, (ISBN 978-2-7481-6930-0).
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k G. Houbre, « Rééduquer la jeunesse délinquante sous Vichy : l'exemple du "Carrefour des enfants perdus" de Léo Joannon », in Rhei, n° 3, pp. 159-177, PUR, Rennes, 2000 (ISSN 1777-540X).
  7. S. Added, Le Théâtre dans les années Vichy: 1940-1944., p. 195, Ramsay, Paris, 1992.
  8. Combat, Paris , 13 mai 1944, cité in Houbre, op. cité.
  9. F. Garçon, « La tardive tentation fasciste du cinéma français, septembre 1942-septembre 1943 », in M. Ferro, Film et histoire, p. 122, EHESS, Paris, 1984.
  10. An., « Biographie », in Allmovie, New York Times, New York, [s. d.]
  11. « Cinéma français », in J. Dalloz, Dictionnaire de la Guerre d'Indochine: 1945-1954., Armand Colin, Paris, février 2006.
  12. (en) Georges Kessel sur l’Internet Movie Database
  13. A. Asseo, Que sont mes amis devenus...: Brassens, Gary, Kessel et les autres., p. 11, Le Cherche midi, Paris, mars 2013.
  14. D. Garcia, « Gallimard, la maison aux cent ans de création », in L'Express, Paris, 22 mars 2011.
  15. P. Aron, « Entre journalisme et littérature, l’institution du reportage. », in COnTEXTES, Bruxelles, septembre 2011 (ISSN 1783-094X).

Liens externes[modifier | modifier le code]