Eugène Leroy

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Eugène Leroy
Eugène LEROY - La création, les filles de Leucippe.jpg
La Création, les filles de Leucippe 1960-1981 (détail).
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 89 ans)
WasquehalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation

Eugène Leroy est un peintre français, né le à Tourcoing, mort le à Wasquehal[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales, éducation[modifier | modifier le code]

Son père Eugène Louis Leroy, représentant, meurt en 1911 alors qu'Eugène a 18 mois[2]. Sa mère est Marie Thérèse Charlotte Lepers. La famille Leroy est originaire de la ville d'Houplines.

Eugène Leroy est élevé par son oncle « abbé » et sa mère « à l'ancienne, pour ne pas dire au froid et à la margarine[3] » à Tourcoing.

Découverte de la peinture[modifier | modifier le code]

Pour ses quinze ans, sa mère lui offre la boîte de peinture de son père. Il commence alors à dessiner et découvre Rembrandt, puis Jordaens, Greco et Goya avec l'aide de ses professeurs qui remarquent son talent et lui recommandent de travailler d'après nature, précepte qu'il ne remettra jamais en question. En classe de philosophie, il lit Bergson, puis Proust et part visiter Rome. Âgé de 18 ans, il est victime d'une pleurésie, contre laquelle il luttera durant trois ans[2]. « La peinture me fait vivre[4] », dit-il.

Il se lie avec Valentine Thirant qui va devenir sa femme en 1933.

Entrée aux Beaux-Arts de Lille[modifier | modifier le code]

En 1931, il entame, à l'école des beaux-arts de Lille, de courtes études, qu'il poursuit à Paris par des cours de dessin à la Grande Chaumière. Se considérant « pas fait pour les études », il retourne dans le Nord. Son fils Eugène Jean (dit « Géno ») naît en 1934. En 1935 il s'installe près de Roubaix où, parallèlement à sa carrière de peintre, il est professeur de latin et de grec au collège Notre-Dame-des-Victoires.

En 1936, il découvre La Fiancée juive de Rembrandt au Rijksmuseum d'Amsterdam, mais aussi la peinture de Malevitch qui la frappe par son « rêve de totalité ». Leroy sera toujours intéressé par la peinture abstraite en particulier celle de Mondrian. Il expose pour la première fois à Lille, en 1937.

Il est mobilisé à Pâques 1940, puis revient à Roubaix où il enseigne de nouveau le latin et le grec de 1940 à 1945. Il peint alors des scènes de genre comme Le Massacre des Saints Innocents ou L'Opéra de quatre sous. En 1943, il rencontre le critique Gaston Diehl qui l'expose à Paris. En 1944 naît son fils Jean-Jacques.

Il peint les paysages de la mer du Nord, près de Gravelines et à Croix de 1945 à 1950 dans de vastes aquarelles aux couleurs sombres et grises. En 1951, il rencontre le marchand Pierre Loeb qui lui achète une dizaine de toiles.

Passion des maîtres[modifier | modifier le code]

Passionné par les grands maîtres, Giorgione, Rembrandt, Van Gogh, il voyage en Allemagne, en Espagne et en Italie et expose régulièrement à Lille. Peintre figuratif, Il se tient à l'écart des avant-gardes. De 1946 à 1948, il réalise une peinture murale de 27 m2, Crucifixion, pour la chapelle du collège Notre-Dame-des-Victoires de Roubaix[5].

Il expose en 1954 à Paris avec Sam Francis et Serge Poliakoff, et Marcel Pouget sous la férule de Charles Estienne. En 1956, il expose avec Eugène Dodeigne à Lille. La même année a lieu la première exposition de ses œuvres au musée de Tourcoing. L'année suivante, au musée de Dunkerque, il reçoit le prix Emile-Othon Friesz.

En 1958, il s'installe près de Lille, à Wasquehal, rue Louis-Faidherbe, dans sa maison-atelier, et cet emménagement dans un nouvel espace fait évoluer le format de ses toiles ; la même année, il réalise les vitraux de l'église Notre-Dame-des-Flots de Dunkerque[5]. Il rencontre alors la sculptrice Germaine Richier ; il est collectionné par les grands collectionneurs du Nord, Masurel ou Leclerq[6], qui le défendent.

Découvert par Baselitz[modifier | modifier le code]

Au début des années 1960, le peintre Georg Baselitz, au cours d'un de ses premiers voyages à Paris en compagnie de son ami Michael Werner[7], découvre la peinture de Leroy. Ainsi que le rapporte Harry Bellet dans Le Monde du  :

« Baselitz aime à raconter que, découvrant des tableaux d'Eugène Leroy exposés à la galerie Claude Bernard, ils n'osent pas pousser la porte, pensant devoir acheter quelque chose, et se contentent de les regarder par la vitrine. Michael Werner corrige : “C'est le souvenir de Baselitz. Dans ma mémoire à moi, c'était chez un marchand qui avait une petite boutique dans le passage Saint-André-des-Arts. Il vendait de l'art africain mais il avait aussi des Leroy. C'est chez lui que je n'ai pas osé entrer. On était jeunes, un peu inhibés.” »

Leroy participe alors au salon de Mai de 1955 à 1970 à Paris et, par deux fois, au salon des Réalités Nouvelles en 1973 et 1976.

En 1977, François Mathey présente son travail à l'école des beaux-arts de Lille. Son fils Eugène Jean ouvre une galerie rue Quincampoix à Paris en 1977. En 1979, une présentation de l'œuvre peint de Leroy a lieu à la FIAC à Paris, une rétrospective de l'œuvre gravé a lieu à Gravelines. La même année Valentine meurt. La galerie K de Washington (États-Unis) le présente, puis le Museum van Heidenhaage Kunst de Gand, en Belgique, en 1982. Le galeriste allemand Michael Werner, ami et marchand de peintres allemands comme Baselitz ou Lüpertz, devient son agent, et organise des expositions en Allemagne, Autriche, Belgique, Grèce, aux États-Unis.

Sa peinture se caractérise de plus en plus par une accumulation de strates de peintures épaisses, de chaos d'empâtements extravagants d'où des figures, portraits, nus, paysages émergent à travers une observation minutieuse du spectateur. Leroy travaille la peinture : couche après couche, il enfouit l'image sous la matière pour parvenir à une occultation qui semble complète. Mais, de l'amas de matières et de couleurs émerge une figure, paysage, portrait ou nu ; c'est cet amas qui permet « que la peinture soit totalement elle-même[8]. » Jean Clair écrit de lui qu’il veut « saisir non la ressemblance mais au contraire l’indéfini, l’insaisissable, l’imprévu. »

Dernières années[modifier | modifier le code]

En 1985, Leroy rencontre Marina qui devient son modèle.

En 1987, Baseliz et Rudi Fuchs, entre autres, signent un texte dans le catalogue de l'exposition du musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq. En 1988, le musée d'art moderne de la Ville de Paris lui consacre une rétrospective, en partenariat avec le musée d'Eindhoven. Sa peinture est largement reconnue[9]. Suivent alors des expositions personnelles et rétrospectives en France et à l'étranger.

En 1992, il participe à la Documenta 9 à Cassel, en Allemagne, et, en 1995, il est invité à la Biennale de Venise. En 1996, il reçoit le grand prix national de peinture.

Leroy meurt le dans sa maison de Wasquehal ; il est inhumé avec sa femme dans le cimetière du Plomeux.

Donations et musées[modifier | modifier le code]

Musée national d'art moderne Georges-Pompidou[modifier | modifier le code]

En 2003, une dizaine d’œuvres d'Eugène Leroy entre par dation au musée national d'art moderne Georges-Pompidou à Paris.

Musée des beaux-arts de Tourcoing[modifier | modifier le code]

En 2009, le conseil municipal de Tourcoing accepte la donation faite au musée des beaux-arts par les deux fils d'Eugène Leroy, né dans cette ville. Cette donation[10] comprend 55 tableaux, 13 sculptures, 140 dessins, 18 carnets de dessins et 99 gravures, soit près de 600 œuvres d'une valeur de 2,5 millions d'euros[11].

En 2010, pour le 100e anniversaire de sa naissance, à la suite de cette donation, le musée des beaux-arts de Tourcoing, devenu MUba Eugène Leroy, organise une exposition qui présente 150 de ses œuvres.

Influence[modifier | modifier le code]

Le rayonnement d'abord régional de l'œuvre d'Eugène Leroy, au Nord de la France et en Flandres, a incité plusieurs plasticiens à s'engager dans des explorations plastiques nouvelles. Son influence est, sans doute, palpable dans le travail des expressionnistes wallons (Bernard Courcelles, Michel Frère) et flamands avec lesquels Leroy a entretenu des relations amicales tout au long de sa vie.

Citation[modifier | modifier le code]

« Il faut être peintre pour faire des images, et ce sont les images qui font faire la peinture, mais c'est un secret. »

— Eugène Leroy[12]

Quelques œuvres[modifier | modifier le code]

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 2013-2014 : « Baselitz Leroy. Le récit et la condensation », MUba Eugène Leroy, Tourcoing
  • 2012-2013 : « La collection Michael Werner », musée d'art moderne de la Ville de Paris
  • 2010 : « Œuvres sur papier », galerie Bruno Mory, Besanceuil
  • 2010 : « Exposition du Centenaire », MUba Eugène Leroy, Tourcoing
  • 2008 : « Hommage à Eugène Leroy », Michael Werner London, Londres — « Pretty Ugly », Gavin Brown’s Enterprise, New York — Musée d’art moderne de la Ville de Paris
  • 2007 : Galerie Haas, Zurich
  • 2006 : « Bilder aus den 90er Jahren », Galerie Michael Werner, Köln — « Autour de la sorcellerie », Galerie de France, Paris
  • 2004 : « Grands nus, Couleurs, Papiers 1979-1985 », Michael Werner Gallery, New York — « Eugène Leroy : Autoportrait », La Piscine, Musée d'art et d'industrie André-Diligent, Roubaix
  • 2003 : « Voir en peinture », FRAC Île-de-France – Le Plateau, Paris — « Ölbilder, Aquarelle, Zeichnungen », Galerie Meyer-Ellinger, Francfort-sur-le-Main
  • 2002 : « Nudes », Michael Werner Gallery, New York — Galerie Bruno Mory, Besanceuil, France
  • 2001 : « Ruprecht Geiger, Eugène Leroy: Sunbursts and the Earth’s Shelter », Roger Smith Gallery, New York — « Hommage à Eugène Leroy », musée d’art moderne, Villeneuve d’Ascq

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Benezit.
  2. a et b Sylvie Boudailliez, « L'art comme résistance à la mort », Savoirs et clinique, vol. 7, no 1,‎ , p. 51 (ISSN 1634-3298 et 1776-2871, DOI 10.3917/sc.007.0051, lire en ligne, consulté le 5 mai 2020).
  3. Selon Eugène Leroy in catalogue Eugène Leroy, exposition du centenaire, p. 245, Hazan Muba, 2010.
  4. B. Vouters, Eugène, édité à l’occasion de l’exposition “Eugène Leroy : autoportrait” présentée du 19 juin au 19 septembre 2004 à La Piscine, musée d’Art et d’Industrie à Roubaix, p. 76.
  5. a et b Voir sur eugeneleroy.com.
  6. In cat. Eugène Leroy, exposition du centenaire, p. 255, Hazan Muba, 2010.
  7. Michael Werner sur data.bnf.fr.
  8. In Musée d’art moderne de la Ville de Paris, guide général, Éditions des musées de la Ville de Paris, 1998.
  9. Côte de l'artiste sur artnet.com.
  10. Donation Leroy sur le site du MUba.
  11. La Voix du Nord du 27 juin 2009.
  12. Eugène Leroy sur moreeuw.com.
  13. Voir sur mam.cudl-lille.fr.
  14. Voir sur cndp.fr
  15. Aggloroanne, « Le Musée », sur museederoanne.fr (consulté le 17 juin 2019).
  16. Voir sur afpa-creteil.org.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Leroy, Eugène Leroy : peinture, lentille du monde, préface de Jean Clair, éditions Lebeer Hossmann, Bruxelles, 1979
  • Jean Revol, « Exposition Eugène Leroy », La Nouvelle Revue française, no 312,
  • Bernard Marcadé, Eugène Leroy, Flammarion, Paris, 1994
  • Éric de Chassey, Eugène Leroy, autoportraits, Gallimard, Paris, 2004
  • Paul Audi, Le Regard libéré d'Eugène Leroy, Galerie de France & Michael Werner, Paris, 2010
  • Olivier Céna et Laurent Boudier, « Il est l'un des plus grands peintres français vivants : Eugène Leroy dans la lumière du Nord », Télérama, no 2404, , p. 10-15

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]