Arthur Rubinstein

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Arthur Rubinstein
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Arthur Rubinstein le 13 février 1962 lors d'un concert à Concertgebouw.

Naissance
Łódź, Drapeau de la Pologne Pologne
Décès (à 95 ans)
Genève, Drapeau de la Suisse Suisse
Activité principale pianiste
Style Musique savante (ou classique)
Années d'activité 1894-1976
Maîtres Karl Heinrich Barth
Élèves Dubravka Tomšič Srebotnjak, François-René Duchâble, Avi Schönfeld, Ann Schein Carlyss, Eugen Indjic, Janina Fialkowska, Dean Kramer et Marc Laforêt
Conjoint Aniela Młynarska
Descendants Eva, Paul, Alina et John, ainsi que Luli Oswald et peut-être Sanders Draper.

Répertoire

Principalement romantique, en particulier les compositeurs Chopin, Brahms, Beethoven, Schumann, mais aussi Mozart, Debussy, Villa-Lobos etc.
A côté de cela, quasiment aucune musique baroque ou contemporaine.

Arthur (ou Artur[N 1]) Rubinstein (né le à Łódź, Pologne - mort le à Genève, Suisse) est un pianiste polonais naturalisé américain et fut un des interprètes majeurs du XXe siècle, considéré en particulier comme un des meilleurs pianistes de la musique de Chopin[1].

Arthur Rubinstein n'a aucun lien de parenté avec le célèbre pianiste et compositeur russe Anton Rubinstein (1829-1894), la similitude des patronymes de ces deux grands musiciens n'est que le fruit du hasard - mais la confusion était très fréquente au tout début de la carrière d'Arthur[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Rubinstein en 1906

L'enfant prodige[modifier | modifier le code]

Né septième enfant d'une famille de tisserands polonais de la ville de Łódź, sa famille est de confession juive. Alors que sa sœur aînée prend des leçons de piano sans manifester grand intérêt, le jeune Arthur, âgé seulement de quatre ans, essaie de restituer les mélodies familières sur les touches. Son talent reconnu très tôt, ses parents le conduisent à Aleksander Różycki, un professeur de piano respecté. Sans trop de succès, car celui-ci dort constamment pendant les leçons d'Arthur[3]. Ses parents n'abandonnent cependant pas.

Il donne son premier concert dans sa ville natale en 1894 et, dès 1898, le violoniste Joseph Joachim le prend sous sa protection, l’envoie étudier à la Hochschule für Musik de Berlin et le recommande au professeur de piano Karl Heinrich Barth. Il y apprend lors d'études exigeantes qui durent sept ans toutes les bases nécessaires pour devenir pianiste virtuose. Il entame sa carrière dans la capitale allemande et commence très vite à jouer dans d’autres pays, notamment en Pologne. Pendant son adolescence, il ne va pas au lycée, mais son précepteur lui donne une culture si solide que, dès ses quatorze ans, il lit les littératures polonaise, russe, française, anglaise et allemande dans le texte.

En 1904, il a alors 17 ans et se rend à Paris où il rencontre Ravel, Dukas entre autres. Parmi les morceaux qu'il joue lors son premier concert en cette ville au Nouveau-Théâtre (correspondant aujourd'hui au Théâtre de Paris)[1] figure le Second Concerto pour piano de Saint-Saëns : le compositeur assiste à la répétition générale et se montre très enthousiaste quant à la prestation du jeune pianiste polonais. Particulièrement adapté à sa personnalité puisque de nature raffinée et courtoise, ce morceau deviendra durant la carrière de Rubinstein un de ceux qu'il jouera le plus - il en fera deux enregistrements en 1958 et en 1969, ainsi qu'un troisième très énergique beaucoup plus tôt en 1939 qui fut cependant déclaré insatisfaisant et publié que très tardivement[4].

Toujours en 1904, le pianiste polonais part à Madrid y donner un concert durant lequel il interprète, entre autre, le Concerto No. 1 de Brahms. Son excellente interprétation conquiert immédiatement les critiques qui assistaient à la représentation : sa renommée est faite et lui permet alors d'entamer une tournée dans toute l'Espagne qui continue sous d'aussi bons auspices. Finalement, cet épisode lance la carrière international de Rubinstein en lui offrant un début de notoriété dans le monde des pianistes classiques[5].

En 1906, Rubinsein fait ses débuts aux États-Unis avant de s'installer à Paris. En 1908, endetté et profondément déprimé, il tente de mettre fin à ses jours. La tentative échoue. Dès lors, débute une vraie carrière internationale entre les États-Unis, l’Australie, l’Italie, la Russie et la Grande-Bretagne.

En 1910, il se déplace à Saint-Pétersbourg afin de participer à la compétition fondée en cette ville par Anton Rubinstein (en transgressant à ses risques et périls les lois russes de l'époque, qui interdisaient à ce juif polonais de rester plus d'une journée sur place) : s'il ne reçoit pas le Premier prix, il bénéficie cependant d'une mention spéciale qui lui ouvre la porte à une coopération avec le grand chef-d'orchestre Serge Koussevitky et des concerts qu'il honore début 1911 - sans que la Première Guerre Mondiale puis l'installation du régime soviétique ne lui permette, jusqu'en 1932, de revenir jouer dans le pays[6].

Durant la Première Guerre mondiale, il vit surtout à Londres où il donne des récitals et accompagne le violoniste Eugène Ysaÿe. Il part ensuite, en 1916, en tournée en Espagne puis en Amérique du Sud. Profondément dégoûté par l'attitude de l'Allemagne durant ce premier conflit mondial, il refusera à jamais de se produire dans ce pays, en donnant toutefois des concerts aux frontières de la nation germanique pour le peuple allemand qui apprécie son art (la dernière représentation de Rubinstein outre-Rhin date donc de 1914)[7].

En 1919, Rubinstein entame une tournée dans les provinces britanniques, accompagné de la soprano Emma Calvé et du ténor Vladimir Rosing[8].

Les voyages successifs que le pianiste polonais entreprend en Amérique latine lui permettent de devenir un spécialiste de la musique latino-américaine : ils ont en effet permis de connaître les compositeurs tels que de Falla, Granados, Albéniz ou même le brésilien Villa-Lobos. En 1920, Rubinstein découvre ce dernier en l'entendant jouer dans une fosse d'orchestre d'un cinéma de Rio de Janeiro - le brésilien est violoncelliste en plus d'être compositeur et ce travail lui permet de gagner sa vie. Le pianiste polonais est immédiatement conquis, que ce soit par l'originalité ou la palette très colorée du monde musical de Villa-Lobos, et fait connaître ses compositions à l'international en permettant au compositeur de lancer ainsi sa carrière ; Villa-Lobos lui dédiera par la suite un morceau, Rudepoema[9].

Rubinstein voyage aux États-Unis en 1921 pour y donner deux tournées de concerts, en particulier à New-York, en la compagnie de Karol Szymanowski ainsi que son proche ami Paul Kochanski[7].

Arthur Rubinstein
photographié par Carl van Vechten (1937)

Carrière internationale et reconnaissance mondiale[modifier | modifier le code]

Il faut attendre les années 1930 pour que le pianiste jouisse vraiment d'une renommée internationale. En effet, jusqu'à cette date, les grands pianistes tels que Sergueï Rachmaninov ou Josef Hofmann font de l'ombre à Rubinstein, et plus globalement à tous les autres pianistes. Mais les années 1930 marquent la fin de carrière de ces deux géants, et laissent la place aux "jeunes". Or, la plupart sont peu intéressants et percutent le piano. Rubinstein, avec son tempérament romantique, trouve alors sa place : à la fois successeur des grands pianistes post-romantiques et représentant d'une nouvelle génération.

Durant l'été 1934, le pianiste se retire quelques mois de la scène pour travailler sa technique et son répertoire. Il s'astreint alors à un entrainement acharné et intensif, qui lui permet de solutionner les erreurs et imperfections de son jeu que lui reprochaient un certain nombre de critiques[10].

Rubinstein repart une nouvelle fois en tournée aux États-Unis en 1937, sa carrière commence à s'y centrer durant la Seconde guerre mondiale puisqu'il s'installe alors à Brentwood, en Californie - fuyant le régime nazi et le chaos européen. Il devient citoyen américain à part entière en 1946[7]. Profondément marqué par la Shoah, durant laquelle il a perdu des membres de sa famille, il s'affermit dans sa décision - prise depuis la Première guerre mondiale - de ne plus donner de concert en Allemagne.

« [Pourquoi je ne joue pas en Allemagne ?] C'est une triste question à laquelle je dois répondre trop souvent. Je ne joue pas en Allemagne parce que j'ai un immense respect envers la mort, pour les 100 membres de ma famille tués par les Nazis[N 2]. »

— Arthur Rubinstein, après une master-class à New-York, le 12 février 1975[11].

En 1949, Rubinstein annonce avec d'autres prestigieux musiciens - tels que Horowitz, Heifetz, etc. - qu'il ne jouera pas au côté du Symphonique de Chicago si ce dernier engage le chef d'orchestre allemand Wilhelm Furtwängler, accusé - à tort - d'avoir eu des rapports ambigües avec le régime nazi[12]. Devant la polémique qui est immédiatement déclenchée dans le monde musical, il se justifie : « Si Furtwängler avait été un vrai démocrate, il aurait tourné le dos à l'Allemagne comme le fit Thomas Mann. Furtwängler est resté parce qu'il pensait que l'Allemagne gagnerait la guerre et, maintenant, il est en quête de dollars et de prestige en Amérique, et il ne mérite rien de tout cela[13]. ». Furtwängler, qui est profondément blessé par cette attaque, proteste et réfute toute complicité avec les nazis, mais doit se résigner à annuler son voyage à Chicago[14].

En 1954, Rubinstein se réinstalle à Paris, une ville dont il est tombé amoureux[15], avenue Foch, dans la maison qu'il détenait avant guerre (et qui avait été réquisitionnée par la Gestapo) ; sa fille Eva y vit toujours.

Un documentaire sur la vie du pianiste polonais est réalisé en 1969, L'Amour de la vie - Artur Rubinstein : Rubinstein y interprète son propre rôle sous la direction de Gérard Patris et François Reichenbach ; le film remporte l'Oscar du meilleur documentaire en 1970[1].

Fin de vie et décès[modifier | modifier le code]

En grand amoureux de la vie, il continue à parcourir le monde et en famille, malgré un début de cécité qui se déclare en 1975. Son ultime séance d'enregistrement a lieu en avril 1976 pour la Sonate 18, Op. 321 No. 3 de Beethoven - il l'interprète avec un allant et une énergie extraordinaire au vu de son âge avancé -, et son dernier concert se déroule le 10 juin de la même année à Londres. La carrière de Rubinstein prend ainsi définitivement fin ; au cours de sa vie, le pianiste aura donné plus de 6000 concerts et enregistré plus de 200 disques (entre 1928 et 1976)[1].

À la question de Jacques Chancel lors de l'émission de télévision française Le Grand Échiquier qui lui est consacrée : « Croyez-vous à l'au-delà ? », il avait répondu : « Non, mais ça me ferait une bonne surprise ! ». Il s'éteint le 20 décembre 1982, toujours jeune et plein d'humour mais presque aveugle, à l'âge de 95 ans, à Genève en Suisse.

Pour le premier anniversaire de sa mort, une urne contenant ses cendres est enterrée en Israël, sur un terrain dédié maintenant surnommé "Forêt Rubinstein" qui surplombe la forêt de Jérusalem (cela fut décidé avec les rabbins pour que la forêt principale ne tombe pas sous le coup des lois religieuses gouvernant les cimetières).

Vie privée[modifier | modifier le code]

Personnalité[modifier | modifier le code]

Rubinstein est un "homme à femmes" et ne s'en cache pas ; ainsi, il décrit une fois sa jeunesse avec cette formule malicieuse : « On dit de moi que quand j'étais jeune, je divisais mon temps impartialement entre le vin, les femmes et la musique. Je réfute catégoriquement cela. Quatre-vingt-dix pourcents de mes centres d'intérêts étaient les femmes[N 3] » [16].

Charmeur dans l'âme et grand amateur d'humour, il sait séduire son public même quand sa musique n’œuvre pas. Rubinstein évoque pour beaucoup la douceur de vivre, l'optimisme inébranlable, la foi infaillible placée dans le bonheur et l'avenir souriant - malgré l'époque difficile traversée par Rubinstein et sa génération, marquée par les guerres mondiales, la Shoah, la crise de 1929, etc. [17].

Tout en étant agnostique, Rubinstein est néanmoins fier de son héritage Juif[7]. Il est ainsi un grand ami d’Israël[18] où il aime voyager régulièrement accompagné de sa femme et ses enfants, visites au cours desquels il fait profiter les israéliens de son Art - que ce soit à travers des récitals, des concerts avec le Philharmonique d’Israël ou des masters-classes au Music Center de Jérusalem.

Mariage et famille[modifier | modifier le code]

Arthur et Nela Rubinstein, devant un portrait du père de de cette dernière Emil Młynarski, à Varsovie en 1958.

En 1932, à l'âge de 45 ans, Rubinstein épouse Nela Młynarska, une danseuse polonaise de 24 ans qui avait étudié avec Mary Wigman. Nela, fille du chef d'orchestre polonais Emil Młynarski et de son épouse Anna Talko-Hryncewicz - qui provenait d'une famille de la haute aristocratie -, tombe amoureuse de Rubinstein à l'âge de 18 ans ; elle doit cependant se résoudre à épouser Mieczysław Munz quand le pianiste polonais entame une liaison avec une princesse italienne[19]. Mais Nela divorce de Munz et, trois ans plus tard, se marie avec Rubinstein[20].

Le couple donne naissance à quatre enfants (ainsi qu'un cinquième mort en bas âge) : Eva (qui devient photographe et épouse William Sloane Coffin), Paul, Alina et John (comédien, récompensé aux Tony Awards et père de l'acteur Michael Weston). Nela rédige par la suite le Nela Cookbook, recensant tous les plats qu'elle préparait pour les fêtes légendaires qu'organisait le couple[21].

Arthur Rubinstein est par ailleurs le père de Luli Oswald, qui deviendra pianiste, née de sa maîtresse Paola Medici del Vascello - qui était marquise italienne -, et pourrait aussi être le père de l'artiste Sanders Draper, qui est mort lors de la Seconde guerre mondiale, fils de Muriel Draper[7].

Bien qu'Arthur et Nela n'aient jamais officiellement divorcé, le pianiste la quitte en 1977, à l'âge de 90 ans, pour rejoindre Annabelle Whitestone (alors âgée de 33 ans)[7].

Style et approche musicale[modifier | modifier le code]

Sculpture représentant Arthur Rubinstein dans la rue Piotrkowska de Łódź, sa ville natale.

Rubinstein est l'interprète inoubliable des Romantiques, promenant sur le clavier la grâce naturelle de son talent là où d'autres émergeaient à force de travail opiniâtre et propage par le disque, nouvellement apparu, une interprétation aussi lyrique que sans fard. En effet, s’il garde l’esprit romantique, Rubinstein épure son style et enlève tout le maniérisme qui peut émaner du jeu des pianistes comme Paderewski : il garde les meilleurs éléments du courant romantique mais en rejette les excès. Son jeu se caractérise, en particulier, par des sons chauds et des phrasés très expansifs[22] ; il est cependant parfois critiqué pour son côté brillant qui manquerait d'intériorité - en particulier dans la jeunesse de sa carrière.

Rubinstein esquive parfois la difficulté en glissant dans la paresse et il ne s'en cache absolument pas, mais cette indolence ne cache pas pour autant une gêne technique - loin de là[10].

Pour Rubinstein, l’interprète doit refléter le message du compositeur tout en l’interprétant - car, sinon, un robot pourrait tout aussi bien le faire. Dans cette optique, il jette un regard peu laudatif sur la jeune génération des années 1960 : dans un entretien donné en 1964, il critique ces jeunes, qui « sont trop précautionneux avec la musique, n’osent pas assez, et jouent automatiquement et pas assez avec leur cœur ». Rubinstein joue en effet avec son cœur, sans larmoiement. Le pianiste Eugen Indjic rapporte que Rubinstein supporte mal, surtout vers la fin de sa vie, que les temps ne soient pas respectés : autrement dit, il accorde une grande importance à cette fine limite entre le rubato approprié et celui de mauvais goût ; limite que Rubinstein ne franchit pas.

Au début de sa carrière, Rubinstein est réticent à enseigner - déclinant, par exemple, les demandes de William Kapell qui voulait prendre des leçons auprès de lui. Ce n'est qu'à partir des années 1950 qu'il accepte un premier élève, Dubravka Tomšič Srebotnjak ; d'autres suivront : François-René Duchâble, Avi Schönfeld, Ann Schein Carlyss, Eugen Indjic, Janina Fialkowska, Dean Kramer et Marc Laforêt. Le pianiste polonais donne aussi, vers la fin de sa carrière, plusieurs masters-classes[18].

« [Le piano] est tout simplement ma vie. Je le vis, le respire, parle avec lui. Je suis presque inconscient de lui. Non, je ne veux pas dire que je le considère comme acquis - on ne devrait jamais prendre pour acquis aucun des dons de Dieu. Mais c'est commle un bras, une jambe, une partie de moi. A côté de cela, les livres, les peintures et les gens sont pour moi des passions, toujours à cultiver. Les voyages aussi. Je suis un homme chanceux d'avoir une activité qui me permette d'être autant sur la route. Dans le train, l'avion, j'ai le temps de lire. Là encore, je suis un homme chanceux d'être un pianiste. C'est un instrument splendide, le piano, juste la bonne taille de sorte que vous ne puissiez pas l'emporter avec vous. Au lieu de m'y exercer, je peux lire. Je suis un compagnon de la chance, n'est-ce pas ?[N 4] »

— Arthur Rubinstein[23].

Répertoire et relation avec les compositeurs[modifier | modifier le code]

L'interprète emblématique de Chopin[modifier | modifier le code]

Pour beaucoup de mélomanes et de critiques, le nom de Rubinstein rime immédiatement et incroyablement avec celui de Chopin. En effet, Rubinstein est un pianiste reconnu comme ayant été un des plus grands interprète de la musique de ce compositeur[22] ; il contribue de façon majeure à faire sortir les œuvres de Chopin de certaines dérives maniéristes exercées par plusieurs générations d'interprétations malheureuses, en tâchant de souligner, selon ses mots, « la magnifique qualité d'esprit viril qui se cachait en Chopin ».

Il fait trois séries d'enregistrement des Scherzos, des Nocturnes et des Mazurkas afin d'exploiter au plus près les possibilités qu'offraient les nouvelles technologies d’enregistrement et de lecture : une première dans les années 1930, une seconde au début des années 1950 (enregistrée sur bande magnétique et gravée sur disques 33 tours en mono) et une troisième au crépuscule de sa carrière dans les années 1960 (enregistrée en stéréophonie)[24].

Ses interprétations successives de ces morceaux se caractérisent globalement par un ralentissement des tempi. Cette dynamique n'est guère étonnante compte-tenu de deux principaux facteurs : l'évolution technologique qui permet d'enregistrer plus d'informations sonores sur un disque et donc d'allonger les temps d'interprétation de chaque morceau ; et l'évolution de Rubinstein lui-même, qui était un jeune homme fougueux et devient un sage vieillard de quasiment 80 ans - dont les performances des doigts sont, de plus, sûrement amoindries à cause de l'âge avancé[22]. D'une manière plus générale, ses interprétations de Chopin avant les années 1940 sont plus désinvoltes et novatrices, s'émancipent volontairement de certaines rigueurs rythmiques (jusqu'à en perdre le fil parfois) ; au contraire de ses interprétations plus tardives qui elles révèlent une lecture plus en finesse de la partition et plus conventionnelle : le musicologue Harris Goldsmith voit en cela une conscience de Rubinstein de sa position de "doyen des interprètes de Chopin" qui lui impose de mettre en lumière la structure raisonnée des morceaux du compositeur pour les générations de pianistes en devenir - plutôt que de chercher l'innovation et l'audace dans ses interprétations[10] .

Les Scherzos représentent des morceaux de prédilection pour Rubinstein qu'il maitrise particulièrement ; aisance mieux reflétée sur les enregistrements de 1959 et de 1932 que sur ceux de 1940 dont la prise de son est malheureusement décevante[24].

À noter que Rubinstein n'a jamais enregistré de toute sa vie les Nocturnes en ut dièse mineur (la "No. 20", de 1830) et en ut mineur (la "No. 21", de 1837), respectant ainsi la volonté de Chopin qui ne voulait pas que ces morceaux soient publiés[22].

Le fait que Rubinstein et Chopin soient issus de la même nation Polonaise a évidemment un rôle primordial dans la vision qu'à eu le premier de l’œuvre du second.

«  J'ai toujours pensé que les Mazurkas sont les plus originales, sinon les plus belles œuvres du répertoire de Chopin. À l'époque de la domination russe, nous [les Polonais] n'avions pas le droit de lire l'histoire de la Pologne ni d'étudier l'art polonais et nous trouvions un exutoire à nos émotions chez Chopin. [...] j'espère que mes enregistrements de ces Mazurkas contribueront à transmettre au vaste public du phonographe, dans le monde entier, un peu de ce que la musique de Chopin signifie pour les Polonais[N 5]." »

— Arthur Rubinstein, pour introduire ses enregistrements des Mazurkas de 1939 - l'Allemagne nazie venait alors tout juste d'envahir la Pologne, plongeant le monde dans une nouvelle guerre mondiale[25].

Un profond mais discret attachement à Mozart[modifier | modifier le code]

Si Rubinstein a laissé très peu d'enregistrements d’œuvres de Mozart (quelques Concertos à partir du No. 17, des Quatuors et le Rondo en La mineur) et en jouait peu lors de ses concerts, le compositeur virtuose a cependant eu une grande importance dans le cœur et la vie de Rubinstein - sans doute plus que Beethoven par exemple. La musique mozartienne est à l'époque vue comme de la délicatesse quasi-juvénile par la grande majorité des interprètes, vision à laquelle s'oppose le pianiste polonais qui souhaite lui en faire ressortir la maturité, la consistance et la diversité émotionnelle[26].

« Mozart et Haydn renferment tout autant d'émotion... que Beethoven [...] J'adore Mozart ; c'est mon grand, grand, grand, profond amour. Tout simplement Mozart a trouvé le moyen de mettre tout son cœur et son âme, son talent musical, son génie, dans les formes, dans le moule[N 6]... »

— Arthur Rubinstein, lors de l'interview réalisée par H. Brandon et parue dans le Sunday Time du 11 février 1962.

Il convient de souligner que les pièces de Mozart marquèrent les débuts du jeune Rubinstein. En effet, d'une part il joue une des Sonates lors de son tout premier concert public à Lódz en 1894 et, d'autre part, c'est son interprétation du Rondo en La mineur qui convainc le fameux violoncelliste Joseph Joachim de lui offrir une bourse afin d'être formé par un des plus grands professeurs de piano de Berlin, Heinrich Barth (morceau pour lequel il conserve une grande affection au point qu'il l'enregistre en 1959)[26],[27].

Pour comprendre pourquoi Rubinstein jouait si peu de Mozart malgré son amour revendiqué pour sa musique, il est possible de citer la formule d'Artur Schnabel que le pianiste polonais aimait à répéter, selon laquelle « Mozart était trop facile pour les débutants et trop difficile pour les pianistes accomplis »[26].

Le grand et précoce admirateur de Brahms[modifier | modifier le code]

Arthur Rubinstein en 1963 par le photographe Erling Mandelmann.

Daniel Barenboim et quelques autres musiciens ont raconté que le pianiste polonais aimait déclarer, vers la fin de sa vie, que Johannes Brahms était son compositeur préféré[2]. La passion de Rubinstein pour ces compositions débute pendant sa jeunesse, il baigne alors dans une atmosphère très favorable à ce compositeur. En effet, son mentor et ami Joseph Joachim est un proche de Brahms et un des interprètes les plus renommé à Berlin de cette musique ; bien que Joachim ne forme pas Rubinstein en tant que tel, il lui fait découvrir Brahms et lui permet en outre d’accéder aux répétitions qu'il faisait avec son fameux Quatuor Joachim : l'expérience pour le jeune pianiste polonais est alors très riche. Par ailleurs, il faut aussi souligner que Berlin est une ville où les musiciens apprécient beaucoup les compositions de Brahms et ces dernières sont donc très régulièrement données en concert ; citons par exemple la présence du violoncelliste Robert Haussmann ou le chef d'orchestre Fritz Steinbach, deux artistes que Brahms adore et que Rubinstein a pu écouter jouer en représentation[5]. Un passage tiré du premier tome de son autobiographie permet de comprendre tout l'enthousiasme que Rubinstein a alors de Brahms, le pianiste raconte l'épisode dans sa jeunesse où il vient d'écouter, pour la première fois, une après-midi, deux quatuors avec piano de Brahms:

« À partir de ce jour, Brahms devint mon obsession. Je devais connaître tout ce qu'il avait écrit. Plutôt que de travailler les œuvres recommandées pour mes leçons de piano, je lisais avec extase toutes les pièces de Brahms qui me tombaient dans les mains. J'achetais sa musique à crédit ; j'aurais volé de l'argent pour l'obtenir[N 7] ! »

— Arthur Rubinstein dans son autobiographie My Young Years[16].

Dans ce contexte, il convient de citer l'influence qu'a eut Emma Engelmann : cette amie de Brahms, qui fut formée par Clara Schumann, transmet à Rubinstein des informations essentielles concernant la façon qu'avaient de jouer Robert Schumann et Brahms (tempi, phrasé, approche stylistique, etc.)[5].

L'anecdote qui suit est révélatrice de ce que représente Brahms pour le pianiste (et, à la fois, de l'incroyable talent qu'il possède déjà) : en 1899, à l’âge de 12 ans, Rubinstein demande un jour à son professeur Heinrich Barth à apprendre le Concerto No. 1 en ré mineur (Op. 15). Barth, très surpris, lui répond que ce morceau est beaucoup trop complexe pour lui ; malgré cela, une semaine plus tard, le jeune musicien joue cette pièce devant son professeur aussi époustouflé qu'émerveillé. Rubinstein commente cette histoire dans ses Mémoires avec cette formule : « C'est alors que j'ai découvert que le véritable amour ne connaît pas d'obstacles.[N 8] »[5] »

Ce n'est donc pas pour rien que ce Concerto est un des morceaux de Brahms que Rubinstein interprète le plus au cours de sa carrière. C'est d'ailleurs son interprétation de cette pièce en 1904 (il a alors 17 ans) à Madrid qui lui permet d'entamer une carrière en Espagne ; puis, par effet boule de neige, cela lui ouvre une réputation internationale. Rubinstein en fait plusieurs enregistrements tout au long de sa carrière, dont ceux avec le Symphonique de Chicago dirigé par Fritz en 1954 ou avec le Symphonique de Boston/Leinsdorf en 1964 qui sont tous deux d'une qualité indubitable ; mais c'est l'enregistrement réalisé avec le Philharmonique d'Israël sous la baguette de Zubin Mehta en 1976 - soit à la toute fin de sa carrière - qui est souvent considéré, dont par Rubinstein lui-même, comme sa version paroxystique[5].

Des contacts étroits avec la musique moderne française : Ravel, Debussy, Dukas, Saint-Saëns...[modifier | modifier le code]

Rubinstein vit à Paris durant une large part de sa vie et rencontre, dès septembre 1904, des compositeurs français : Ravel, Dukas (devant lesquels il joue), etc. Il se lie d'amitié avec le premier et le voit régulièrement pour jouer en sa compagnie des pièces pour quatre mains, c'est par ce biais que Rubinstein découvre les pièces de Ravel, mais aussi de Debussy. Il rencontre par la suite des pianistes français de la nouvelle génération dans les années 1920 comme Poulenc ou Milhaud, avec qui il tisse des liens. Mais, au-delà de ces rapports amicaux avec les compositeurs, Rubinstein s’intéresse de près à la musique moderne française pour sa qualité intrinsèque à une époque où, pourtant, bon nombre d'auditeurs et de musiciens rejettent ce répertoire en le jugeant excessivement avant-gardistes [N 9],[28].

Une exploration tardive des pièces de Beethoven[modifier | modifier le code]

La musique beethovénienne est pendant une grande partie de la vie de Rubinstein un répertoire qu'il joue et explore peu. Il n'incorpore alors dans son répertoires que quelques-unes des Sonates parmi les plus fameuses ainsi que les Concertos No. 3 et No. 4[29] ; son premier enregistrement d'une œuvre de Beethoven - la Sonate Op. 81a "des Adieux" - ne date d'ailleurs que de fin 1940[9].

Une évolution nette se produit cependant après qu'il enregistre en 1956 d'un seul coup les Concertos No. 1 à No. 5 : dès lors, les œuvres de Beethoven commencent à occuper une place de plus en plus importante dans les représentations et enregistrements du pianiste polonais. C'est ainsi qu'il grave entre 1956 et la fin de sa carrière trois ensembles complets des cinq concertos pour piano du compositeur : un premier avec Krips/Symphony of the Air en 1956, un second avec Leindorf/Symphonique de Boston de 1965 à 1967 et un troisième avec Barenboim/Philharmonique de Londres en 1975 (Rubinstein avait déjà enregistré ces Concertos auparavant, mais seulement de manière parcellaire et éclatée[30])[29].

À côté de ces Concertos, Rubinstein n'enregistre que sept sonates sur les trente-deux que Beethoven a composé - dont certaines le sont plusieurs fois au cours de sa carrière. La toute dernière séance d'enregistrement de la vie du pianiste est d'ailleurs consacrée à une d'entre elles (la Sonate 18, Op. 31 No. 3), en avril 1976 dans un studio de RCA[30]. Il est particulièrement impressionnant de se rendre compte de la vivacité voir de l’espièglerie qui se dégage encore de cet ultime enregistrement - correspondant parfaitement à l'esprit dans lequel Beethoven avait composé ces Sonates -, puisqu’il faut tout de même se rappeler que Rubinstein avait alors près de quatre-vingt-dix ans...

Comme bon nombre de ses contemporains (Josef Hoffmann, etc.), Rubinstein s'oppose à l'approche d'Artur Schnabel, pianiste connu en particulier pour avoir été un grand interprète de Beethoven. La limite reste cependant floue entre ce que le pianiste polonais a rejeté de Schnabel et ce qu'il en a tiré comme inspiration : en effet, si ses déclarations sont peu nuancée concernant son désintérêt des interprétations de l'autrichien, certains (dont le fils d'Artur Schnabel par exemple[31]) semblent remarquer que Rubinstein aurait eu tendance à davantage coller au texte (c'est-à-dire se refuser à prendre des libertés) à partir de la mort de Schnabel en 1951 - ce qui était une des caractéristiques de l'interprète autrichien[29].

« Je n'ai jamais été convaincu par la conception intellectuelle et presque pédante d'Artur Schnabel, spécialiste reconnu de[s œuvres beethovéniennes] [... ] On semble oublier que Beethoven fut le premier compositeur que l'on pourrait qualifier de "romantique", ce qui signifie simplement qu'il utilisait son génie créateur pour évoquer dans sa musique son désespoir, ses joies, son sentiment pour la nature, ses crises de rage, et - avant tout - son amour. Grâce à son unique maîtrise, il exprimait toutes ces émotions sous une forme parfaite. Rien ne m'est plus étranger que le terme "classique" lorsqu’on parle de Beethoven [N 10] »

— Arthur Rubinstein, dans son autobiographie My Many Years [29],[18].

Le porte-étendard de Villa-Lobos[modifier | modifier le code]

Rubinstein découvre un jour la musique de Villa-Lobos en 1920, au cours de sa tournée de concert en Amérique latine, qui ne bénéficie alors que d'une renommée très confidentielle. Le pianiste polonais est immédiatement subjugué par cette nouvelle façon de composer de la musique qu'il juge si novatrice, vive et captivante. Il se fait à partir de ce moment un des interprète les plus fidèle de Villa-Lobos, dont il diffuse la musique à travers ses concerts tout autours du globe et permet au brésilien d'accéder à une carrière internationale[9] - qui triomphe dès lors, en particulier après ses concerts en 1927 à Paris dans la salle Gaveau[32].

Villa-Lobos, reconnaissant, lui dédie sa plus importantes pièce pour piano seul, Rudepoema. Mais le morceau du composieur qui devient véritablement le plus joué par Rubinstein est la suite Prole do bebê ("Les poupées du bébé") composée en 1918, dont il jouait souvent la très populaire septième partie en bis au cours de ses concerts. Il laisse un unique enregistrement de cette suite, en 1941[9].

Une attention très réservée à Bach, Schubert et Haydn[modifier | modifier le code]

Rubinstein n'enregistre aucune œuvre de Bach au cours de sa carrière, à l'exception du BWV 564 en 1928 arrangé par Busoni. En effet, le pianiste polonais estime beaucoup Busoni (le jugeant loin des jeux inintéressants d'autres pianistes de sa génération) et en joue quelques arrangements - maintenant totalement passés de mode. Rubinstein appréciait ainsi Bach mais aussi Haydn ou Schubert, mais sans pour autant beaucoup les jouer et beaucoup explorer leurs répertoires respectifs - d'une manière bien plus prononcée que pour Mozart[2].

Cela explique pourquoi il faut remonter aux débuts de la carrière du musicien dans les années 1930 pour retrouver des enregistrements de Bach ou Schubert (à part pour la musique de chambre de ce dernier) ; Rubinstein n'a par ailleurs jamais enregistré d’œuvres de Haydn au cours de sa carrière[2].

Une indifférence nette vis-à-vis de la musique contemporaine[modifier | modifier le code]

Rubinstein n'a jamais fait entrer la musique contemporaine dans son répertoire, en s'opposant à son caractère cérébral qu'il juge froid et sans émotion.

« Ma sensibilité artistique est trop vielle pour accepter des choses violentes, d'un progrès violent comme la musique [contemporaine] tout à fait à l'avant-garde. Cette musique qui emploie les électroniques, qui fait un bruit infernal, qui a décidé de ne plus donner de l'émotion, qui ajuste les sonorités ; qui veut faire tout simplement du bon travail sur table. Et une chose qui m'inquiète beaucoup, sur la valeur de ces choses là : [le compositeur] explique trop, la musique dure trop peu. »

— Arthur Rubinstein, interviewé pour l'émission Panorama en 1965[33][voir en ligne].

Un jugement très mitigé quant à Rachmaninov[modifier | modifier le code]

Rubinstein éprouve une admiration presque sans borne pour Rachmaninov en tant qu'interprète : le russe fait ainsi parti des quelques pianistes que Rubinstein loue énormément[34].

« Quand [Rachmaninov] jouait la musique d'autre compositeurs, il m’impressionnait par l'innovation et l'originalité de ses conceptions. Quand il jouait [des œuvres de] Schumann ou Chopin, même si cela allait à l'opposé de mes propres sentiments, il pouvait me convaincre juste par le simple effet de sa personnalité. Il était le pianiste le plus fascinant d'entre tous depuis Busoni. Il avait le secret de l'or, la pierre vivante qui vient du cœur.[N 11] »

— Arthur Rubinstein, dans son autobiographie My Many Years[34].

Cependant, comme beaucoup de ses contemporains, Rubinstein a un tout autre avis à propos des compositions de Rachmaninov, qu'il ne porte pas dans son cœur[34].

« [La musique de Rachmaninov souffre d'un] manque de noblesse, qui est l'attribut d'une grande musique, mais il y a [tout de même] une impression sexuelle qui chatouille votre sensibilité musicale [...] Selon moi il était plus grand pianiste que compositeur. Je tombe, je dois l'admettre, sous le charme de ses compositions quand je les écoute mais je retourne chez moi avec une pointe de dégoût envers leurs douceurs exprimées avec trop d'affront. [N 12] »

— Arthur Rubinstein, dans son autobiographie My Many Years[34].

Cela explique que les œuvres du compositeur russe aient une place modeste dans le répertoire de Rubinstein. En effet, ce dernier n'enregistre que deux pièces orchestrales : le célèbre Concerto No. 2, trois fois (Golschmann/NBC Symphony en 1946, Reiner/Chicago Symphony en 1956 et Ormandy/Philadelphie en 1971), et la Rhapsodie à deux reprises (Susskind/Philadelphie en 1947 et Reiner/Chicago Symphony en 1956). Le pianiste ne grave par ailleurs qu'un seul morceau soliste de Rachmaninov, le fameux Prélude en Ut-dièse mineur - à deux reprises, en 1936 et 1950[35].

Autres compositeurs[modifier | modifier le code]

  • Un des plus grands morceaux pour piano de Tchaikovsky est sans doute son Concerto No. 1, dédié initialement au pianiste Nikolaï Rubinstein qui ne fut pas convaincu de la composition, déclenchant une querelle entre Tchaikovsky et lui. Bien qu'Arthur Rubinstein n'ait aucun lien de parenté avec Nikolaï, la coïncidence des patronymes le poussa à se sentir munit d'une certaine responsabilité quant à l'interprétation de ce morceau[36].

« [...] il faut un second Rubinstein pour faire quelque chose, vous savez, une façon de présenter ses excuses pour cette mauvaise conduite de mon homonyme Nikolaï. [Alors], je le fais à mon humble façon. J'essaie de rétablir - je le dis en toute sincérité - rétablir ce morceau [le Concerto No. 1] qui est beau. C'est une œuvre de génie pour le piano qui a trop servi, au cours des années, de cheval de bataille à des pianistes qui cherchent seulement à [...] [faire] admirer leur force, etc. Faire de la musique, ce n'est pas ça. C'est ce que j'essaie de ne pas faire.[N 13] »

— Arthur Rubinstein, dans une interview en 1963[36].

Héritage et postérité[modifier | modifier le code]

Empreintes des mains du pianiste, conservées au musée de Łódź.

Arthur Rubinstein a donné son nom à deux prestigieux concours de piano qui récompensent de jeunes musiciens talentueux : un premier à Tel-Aviv à partir de 1974, le Arthur Rubinstein International Piano Master Competition ; et un second à Bydgoszcz en Pologne, le Concours International des Jeunes Pianistes Arthur Rubinstein[1].

Un orchestre symphonique, le Filharmonia Łódzka im. Artura Rubinsteina, basé dans la ville natale du pianiste polonais a été renommé à son nom en 1984[38].

En octobre 2007, la famille de Rubinstein fait don à la Juilliard School de New-York d'une vaste collection de manuscrits originaux, de copies manuscrites ainsi que d'éditions publiées qui avaient été saisis par les allemands durant la Seconde guerre mondiale dans la résidence parisienne du pianiste. Soixante-et-onze objets avaient été rendus à ses quatre enfants : c'était alors la première fois que des documents de Juifs gardés jusque là dans la Bibliothèque d'État de Berlin étaient rendus à ses héritiers légitimes[11].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Liste des distinctions reçues par Rubinstein, par ordre chronologique :

Citoyen honoraire de plusieurs villes[1].

Docteur honoris causa des universités suivantes[1] :

Grammy Award de la meilleure prestation de musique de chambre :

Grammy Award de la meilleure prestation solo sans orchestre (instrumentale) :

Grammy Award pour l'ensemble de la carrière (1994).

Sélection d'enregistrements majeurs[modifier | modifier le code]

La liste qui suit est une proposition de quelques enregistrements quintessentiels choisis dans la discographie de Rubinstein, par ordre chronologique :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographe préconisée par Larousse et Encyclopædia Britannica, le pianiste étant d'origine juive.
  2. Traduit de l'anglais : "That is a sad question that I have answered too often. I don’t play in Germany because I have a great respect for the dead, for 100 members of my family killed by the Nazis."
  3. Traduit de l'anglais : "It is said of me that when I was young I divided my time impartially among wine, women and song. I deny this categorically. Ninety percent of my interests were women."
  4. Traduit de l'anglais : "It is simply my life, music. I live it, breathe it, talk with it. I am almost unconscious of it. No, I do not mean I take it for granted--one should never take for granted any of the gifts of God. But it is like an arm, a leg, part of me. On the other hand, books and paintings and languages and people are passions with me, always to be cultivated. Travel too. I am a lucky man to have a business which allows me to be on the road so much. On the train, the plane, I have time to read. There again, I am a lucky man to be a pianist. A splendid instrument, the piano, just the right size so that you cannot take it with you. Instead of practicing, I can read. A fortunate fellow, am I not?
  5. Traduit de l'anglais : "I have always considered that the Mazurkas are the most original, if not the most beautiful of Chopin's work. In the days of Russian dominance, we [Poles] were not allowed to read Plolish history or study Polish art, and we found our outlet for our emotions in Chopin... [...] I hope that my records of these Mazurkas will help to the vaste audience of the gramophone, all the world over, a little of what Chopin's music means to the Poles"
  6. Traduit de l'anglais : "Mozart et Hadyn have just as much emotion in them... as many Beethoven had, [...] I adore Mozart ; he is my great, great, great deep love. The thing is simply that Mozart was able to put all his heart and soul, his musical talent, his genius, into the forms, into the mould..."
  7. Traduit de l'anglais : "From that day on, Brahms became my obsession. I had to know everything he had written. Instead of working on the pieces for my piano lessons, I would read with ecstasy anything of Brahms wich fell into my hands. I would buy his music on credits ; I would have stolen money to get it !"
  8. Traduit de l'anglais : "Well, I discovered then that the real love knows no obstacles."
  9. Il convient de rappeler que les compositeurs français mirent du temps à se faire une place dans l'histoire de la musique et sont, au début du XXe siècle, peu estimés par rapport aux "grands maîtres" tels que Mozart, Beethoven, Chopin, etc.
  10. Traduit de l'anglais : "I was never convinced by the intellectual and almost pedantic conception of Artur Schnabel, the acknowledged specialist in these works. [...] One seems to forget that Beethoven was the first composer whom one could call "romantic", wich means simply that he used his creative genius to bring out in his music his despair, his joys, his feeling for nature, his outbursts of rage and, above all, his love. With his unique mastery, he expressed all these emotions in perfect forms. Nothing is more foreign to me than the term "classic" when speaking of Beethoven."
  11. Traduit de l'anglais : "When he played the music of other composers, he impressed me by the novelty and the originality of his conceptions. When he played Schumann or Chopin, even if it was contrary to my own feelings, he could convince me by the sheer impact of his personality. He was the most fascinating pianist of them all since Busoni. He had the secret of the golden, living stone wich comes from the heart."
  12. Traduit de l'anglais : "[Rachmaninoff's works suffered from] a lack of nobility, wich is the attribute of great music, but there is a sexual impact wich tickles your musical senses [...] In my opinion he was a greater pianist than a composer. I fall, I admit, under the charm of his composition when I hear them but I return home with a slight distate for their too brazenly expressed sweetness."
  13. Traduit de l'anglais : "[...] it takes a later Rubinstein to do something, you know, some sort of apology, for this bad behavior of my namesake Nicholas. [Therefore] I do it in my re-establish the beautiful, beautiful piece it is. It is a piece of genius for the piano wich has been, over the years, used [...] for show off [the] strenght [of pianists], and so on. That is not making music. This is what I have been trying not to do"


  1. a, b, c, d, e, f, g et h Wojciech Grochowalski, Portrait d'Artur Rubinstein (documentation de l'exposition temporaire du 25 mai au 12 juin 2010 à la Bibliothèque Polonaise de Paris), Paris, 1 p. (lire en ligne)
  2. a, b, c et d Harvey Sachs (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°8), RCA
  3. Arthur Rubinstein, Les jours de ma jeunesse, p. 29
  4. Harvey Sachs (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°53), RCA
  5. a, b, c, d et e Paul Schiavo (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°81), RCA
  6. Paul Schiavo (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°62), RCA
  7. a, b, c, d, e et f (en) Harvey Sachs, Rubinstein: A Life, New York, Grove Press, , 529 p. (ISBN 978-0-8021-1579-9, lire en ligne)
  8. (en) Ivor Newton, At the Piano – the World of an Accompanist, Londres, Hamish Hamilton Ltd., , 309 p.
  9. a, b, c et d Donald Manildi (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°11), RCA
  10. a, b et c Harris Goldsmith (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°5), RCA
  11. a et b (en) Jane Gottlieb, « The School Receives Arthur Rubinstein Collection », sur www.juilliard.edu,‎ (consulté le 13 mai 2016)
  12. (en) « Whatever Happened to Arthur Rubinstein », sur Commentary Magazine,‎ (consulté le 1er mai 2016)
  13. Roger Smithson, « Furtwängler, les années de silence (1945-1947) », Périodique inconnu,‎ année inconnue
  14. Wilhelm Furtwängler (trad. Ursula Wetzel, Jean-Jacques Rapin, préf. Pierre Brunel), Carnets 1924-1954 : suivis d’Écrits fragmentaires, Genève, éditions Georg, , 189 p. (ISBN 2825705101)
  15. Déclaration de l'artiste dans le documentaire intitulé "Arthur Rubinstein" de Marie-Claire Margossian, diffusé le 25 octobre 2010 sur Arte
  16. a et b (en) Arthur Rubinstein, My Young Years, New York, Alfred A. Knopf, (ISBN 0-394-46890-2)
  17. Pierre BRETON, « RUBINSTEIN ARTHUR - (1887-1982) », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 12 mai 2016)
  18. a, b et c (en) Arthur Rubinstein, My Many Years, New York (ISBN 0-394-42253-8)
  19. (en) Angela Taylor, « Nela Rubinstein : making a life of her own. », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  20. (en) Fred Bernstein, « After 50 Years of Pots and Chopins with Husband Arthur, Nela Rubinstein Rolls Out Her Own Cookbook », People,‎ (lire en ligne)
  21. (en) Nela Rubinstein, Nela Cookbook, New York, Alfred A. Knopf, (ISBN 039451761X)
  22. a, b, c et d Harvey Sachs (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°26), RCA
  23. The Rubinstein Story (raconté par Clifton Fadiman), Radio Corporation of America, 1959.
  24. a et b Harris Goldsmith (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°6), RCA
  25. Harvey Sachs (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°27), RCA
  26. a, b et c Harvey Sachs (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°61), RCA
  27. Lynne S. Mazza (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°75), RCA
  28. Paul Schiavo (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°43), RCA, 33 p.
  29. a, b, c et d Harris Goldsmith (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°57), RCA
  30. a et b Paul Schiavo (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°79), RCA
  31. (en) « Interview of Karl Ulrich Schnabel by Jed Distler », Piano and Keyboard,‎
  32. Pierre Vidal, Villa-Lobos, par lui-même (livret du coffret), EMI, 19 p.
  33. Bernard Tournois, « Rubinstein l'enchanteur », Panorama, 22 octobre 1965 [voir en ligne]
  34. a, b, c et d (en) Donald Manildi, The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°35), RCA, 15 p.
  35. Discographique The Arthur Rubinstein Collection parue chez RCA.
  36. a et b Donald Manildi (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°15), RCA, 31 p.
  37. Richard Freed (trad. Byword), The Arthur Rubinstein Collection (livret du CD n°68), RCA, 31 p.
  38. (pl) Ewa Niedźwiecka, Łódź w PRL-u, Łodź, Dom Wydawniczy Księży Młyn, , 115 p. (ISBN 9788377290002)
  39. (en) « 2007: the Year of Artur Rubinstein », Culture.pl,‎ (consulté le 6 novembre 2011)
  40. (en) « Arthur Rubinstein (pianist) », Gramophone (consulté le 12 avril 2012)


Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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