Arthur Rubinstein

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Arthur Rubinstein

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Arthur Rubinstein en 1963 par Erling Mandelmann

Naissance
Łódź, Pologne
Décès (à 95 ans)
Genève, Drapeau de la Suisse Suisse
Activité principale pianiste

Arthur (Artur[1]) Rubinstein (né le à Łódź, Pologne - mort le à Genève) est un pianiste polonais. Il fut un des interprètes majeurs du XXe siècle. Il fut le mari d'Anelia Mlynarska (1908-2001).

Biographie[modifier | modifier le code]

Rubinstein en 1906

Né septième enfant d'une famille de tisserands polonais de la ville de Łódź, sa famille est de confession juive. Arthur Rubinstein n'a aucun lien de parenté avec le célèbre pianiste et compositeur russe Anton Rubinstein (1829-1894). Alors que sa sœur aînée prend des leçons de piano sans manifester grand intérêt, le jeune Arthur, âgé seulement de quatre ans, essaie de restituer les mélodies familières sur les touches. Son talent reconnu très tôt, ses parents le conduisent à Aleksander Różycki, un professeur de piano respecté. Sans trop de succès, car Arthur dort constamment quand il faut jouer les exercices. Ses parents n'abandonnent cependant pas.

Il donne son premier concert dans sa ville natale en 1894 et, dès 1898, le violoniste Joseph Joachim le prend sous sa protection, l’envoie étudier à la Hochschule für Musik de Berlin et le recommande au professeur de piano Heinrich Karl Barth. Il y apprend lors d'études exigeantes qui durent sept ans toutes les bases nécessaires pour devenir pianiste virtuose. Il entame sa carrière dans la capitale allemande et commence très vite à jouer dans d’autres pays, notamment en Pologne. Pendant son adolescence, il ne va pas au lycée, mais son précepteur lui donne une culture si solide que, dès ses quatorze ans, il lit les littératures polonaise, russe, française, anglaise et allemande dans le texte.

En 1904, il se rend à Paris où il rencontre Ravel, Dukas et joue même le Second Concerto pour piano de Saint-Saëns en présence du compositeur. En 1906, il fait ses débuts aux États-Unis avant de s'installer à Paris. En 1908, endetté et profondément déprimé, il tente de mettre fin à ses jours. La tentative échoue. Dès lors, débute une vraie carrière internationale entre les États-Unis, l’Australie, l’Italie, la Russie et la Grande-Bretagne. Durant la Première Guerre mondiale, il vit surtout à Londres puis en Espagne où en 1916, il entame une grande tournée de concerts ainsi qu'en Amérique du Sud, ce qui fera de lui un spécialiste de la musique latino-américaine. Ces voyages lui ont en effet permis de connaître les compositeurs tels que Falla, Granados, Albeniz ou même Villa-Lobos. Ce dernier lui dédie d’ailleurs une pièce.

Arthur Rubinstein
photographié par Carl van Vechten (1937)

Mais il faut attendre les années 1930 pour que le pianiste jouisse vraiment d'une renommée internationale. En effet, jusqu'à cette date, les grands pianistes tels que Sergueï Rachmaninov ou Josef Hofmann font de l'ombre à Rubinstein, et plus globalement à tous les autres pianistes. Mais les années 1930 marquent la fin de carrière de ces deux géants, et laissent la place aux « jeunes ». Or, la plupart sont peu intéressants et percutent le piano. Rubinstein, avec son tempérament romantique, trouve alors sa place : à la fois successeur des grands pianistes post-romantiques et représentant d'une nouvelle génération.

En 1932, le pianiste se retire quelques mois de la scène pour travailler sa technique et son répertoire. Il se marie avec Aniela Młynarska, polonaise, danseuse, polyglotte elle aussi (sept langues) et dotée de multiples talents, fille du chef d'orchestre Emil Młynarski. Ils eurent quatre enfants : Eva, Paul, Alina et John.

Durant la Seconde Guerre, il s'installe aux États-Unis et devient citoyen américain à part entière en 1946. En 1954, il se réinstalle à Paris, une ville dont il restera amoureux[2], avenue Foch, dans la maison qu'il détenait avant guerre (et qui avait été réquisitionnée par la Gestapo) ; sa fille Eva y vit toujours.

Il refusera à jamais de se produire sur le sol allemand à la suite de la guerre de 1914-1918. Il perdra ensuite plusieurs membres de sa famille polonaise au cours de l'Holocauste du second conflit mondial. Il donnera toutefois des concerts aux frontières de l'Allemagne pour le peuple allemand qui apprécie son art. En grand amoureux de la vie, il continuera à parcourir le monde et en famille durant trente ans, malgré un début de cécité qui se déclare en 1975. Son dernier concert a lieu le 10 juin 1976 à Londres.

Le premier tome de sa biographie paraît en 1973, le dernier en 1980. Il s'éteint deux ans plus tard, toujours jeune et plein d'humour mais presque aveugle, à l'âge de 95 ans, à Genève en Suisse.

À la question de Jacques Chancel lors de l'émission de télévision française Le Grand Échiquier qui lui est consacrée : « Croyez-vous à l'au-delà? », il répond: « Non, mais ça me ferait une bonne surprise! ». Le 20 décembre 1983 (premier anniversaire de sa mort), une urne contenant ses cendres est enterrée en Israël, sur un terrain dédié maintenant surnommé « Forêt Rubinstein » qui surplombe la forêt de Jérusalem (cela fut décidé avec les rabbins pour que la forêt principale ne tombe pas sous le coup des lois religieuses gouvernant les cimetières).

Le style de Rubinstein[modifier | modifier le code]

Sculpture représentant Arthur Rubinstein dans la rue Piotrkowska de Łódź, sa ville natale.

Rubinstein est l'interprète inoubliable des Romantiques, promenant sur le clavier la grâce naturelle de son talent là où d'autres émergeaient à force de travail opiniâtre. Il contribue de façon majeure à faire sortir les œuvres de Frédéric Chopin de certaines dérives maniéristes exercées par plusieurs générations d'interprétations malheureuses. Il propage par le disque, nouvellement apparu, une interprétation lyrique et sans fard qui tâcha de souligner, selon ses mots, « la magnifique qualité d'esprit viril qui se cachait en Chopin ».

En effet, s’il garde l’esprit romantique, Rubinstein épure son style, et enlève tout le maniérisme qui peut émaner du jeu des pianistes comme Paderewski. Il garde les meilleurs éléments du courant romantique, mais en rejette les excès. Il est cependant parfois critiqué pour son jeu trop brillant et pas assez intérieur.

Pour Rubinstein, l’interprète doit refléter le message du compositeur tout en l’interprétant. Car sinon, un robot pourrait tout aussi bien le faire. Dans cette optique, il jette un regard peu laudatif sur la jeune génération des années 1960 : dans une interview donnée en 1964, il critique ces jeunes, qui « sont trop précautionneux avec la musique, n’osent pas assez, et jouent automatiquement et pas assez avec leur cœur ». Rubinstein joue en effet avec son cœur, sans larmoiement. Le pianiste Eugen Indjic rapporte que Rubinstein supportait mal, surtout vers la fin de sa vie, que les temps ne soient pas respectés. Autrement dit, il existe une fine limite entre le rubato approprié, et le rubato de mauvais goût. Limite que Rubinstein ne franchissait pas.

Son jeu très apprécié lui a permis d’obtenir de nombreuses récompenses, notamment un Grammy award pour ses interprétations de Beethoven et Schumann, mais aussi des Grammy awards récompensant ses interprétations en musique de chambre avec Pierre Fournier (violoncelle) et Henryk Szeryng (violon) ; le pianiste lui-même a donné son nom à un concours de piano à Tel-Aviv, qui récompense de jeunes pianistes talentueux.

Arthur Rubinstein (1963) by Erling Mandelmann - 2.jpg

Distinctions[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Orthographe préconisée par Larousse et Encyclopædia Britannica (origine juive)
  2. Déclaration de l'artiste dans le documentaire intitulé "Arthur Rubinstein" de Marie-Claire Margossian, diffusé le 25 octobre 2010 sur Arte
  3. (en) List of honorary British knights and dames - Entertainment and arts