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Gerhard Richter

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Gerhard Richter
Gerhard Richter à Prague en 2017.
Naissance
Période d'activité
Nationalité
Activité
Formation
Représenté par
Marian Goodman Gallery (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieux de travail
Mouvement
Capitalist realism (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Isa Genzken (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Heinrich Eufinger (d) (beau-père)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Site web
Œuvres principales
Akt auf einer Treppe
Abstraktes Bild
Spiegel

Gerhard Richter, né à Dresde le , est un artiste peintre allemand dont l'œuvre est reconnue, depuis les années 1980, « comme une expérience artistique inédite et remarquable »[1].

Peintre polymorphe, il aborde des sujets figuratifs ou produit des œuvres abstraites.

Gerhard Richter naît en 1932 à l'hôpital de Dresde[2]. Il grandit en Haute-Lusace, à Reichenau et Waltersdorf, où son père travaille comme instituteur.

De 1949 à 1951, il suit une formation de peintre en lettres et de peintre de décors de théâtre à Zittau. Il est ensuite admis à l'École des beaux-arts de Dresde à sa seconde candidature et obtient sa maîtrise en 1956. Celle-ci lui permet de bénéficier d'un atelier pour trois ans, période pendant laquelle il doit honorer des commandes de la République démocratique allemande.

En 1959, il obtient un visa vers l’Ouest pour visiter la Documenta 2 à Cassel. Il y reçoit un véritable choc esthétique[3]. Son intérêt pour la peinture abstraite — les œuvres de Jackson Pollock et Lucio Fontana en particulier — motive son passage à l'Ouest en 1961 via Berlin-Ouest, malgré les risques. Il s'établit à Düsseldorf où il devient l'élève de Karl-Otto Götz et rencontre Sigmar Polke, Blinky Palermo et le futur galeriste Konrad Fischer-Lueg. Il devient également élève de Ferdinand Macketanz (de), ami de Sigmar Polke, et développe une pratique nouvelle où les photographies sont la base de ses peintures[3].

Gerhard Richter photographié par Lothar Wolleh vers 1970.

Gerhard Richter peint la première œuvre de son catalogue en 1962 : une peinture à l'huile appelée Tisch (« table »), réalisée d'après une photographie de presse. À la fois photographe du quotidien et peintre, il reproduit en effet sur la toile les sujets de ses photos.

Paysages, natures mortes et scènes intimes parsèment ainsi une œuvre par ailleurs essentiellement constituée de peintures abstraites qu'il nomme, invariablement, Abstraktes Bild (« toile abstraite »). Les sources documentaires de son travail — photos de presse, clichés d'amateur qu'il collectionne ou ses propres photos — sont réunies pour former un atlas exposé pour la première fois en 1972. En 2013, ce sont 802 feuillets pour près de 10 000 images qui constituent sa collection[3].

Parallèlement à ses expositions personnelles, Gerhard Richter exerce une activité de professeur à l'académie des beaux-arts de Düsseldorf de 1971 à 1993 — la peintre abstraite suisse Pia Fries y sera son élève dans les années 1980. Il intervient aussi ponctuellement comme professeur invité, en 1966 à la Hochschule für bildende Künste Hamburg et en 1978 au Nova Scotia College of Art and Design à Halifax, au Canada.

De nombreux prix récompensent son œuvre : prix Junger Western à Recklinghausen en 1967 — du nom d'un collectif d'artistes de cette ville dédié à l'art moderne —, prix Arnold Bode de la documenta à Cassel en 1982, prix Oskar Kokoschka à Vienne en 1985, prix Wolf en art en Israël en 1994/95 et Praemium Imperiale au Japon en 1997.

Gerhard Richter vit et travaille désormais à Cologne.

Vie privée

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En 1957, un premier mariage l'unit à Marianne Eufinger, qu'il représente dans Ema (Akt auf einer Treppe) (Ema (Nu sur un escalier), musée Ludwig, Cologne)[4], une peinture à l'huile de 1966. C'est une référence au Nu descendant l'escalier (N°1) exécuté par Marcel Duchamp en 1911, qui manifeste sa technique du flou[N 1]. Sa fille Betty, née en 1966, aura trois toiles à son prénom : deux gros plans de visage peints en 1977 et Betty, tableau de 1988 la présentant la tête tournée.

Il se marie en 1982 avec la sculptrice Isa Genzken, sujet de deux portraits en 1990 (Isa).

Il se marie ensuite avec Sabine Moritz (en) en 1995, une de ses élèves de l'académie des beaux-arts de Düsseldorf devenue peintre. Elle donne naissance à leur fils Théo la même année. Tous deux sont les modèles de la série S. mit Kind (S. avec enfant).

Dans son œuvre, qu'elle soit figurative ou abstraite, Richter interroge les frontières entre la peinture et la photographie. Pour lui, la peinture ne cherche plus à représenter le réel, comme autrefois, mais à le questionner.

Les peintures figuratives de Richter ressemblent à des photographies de paysages ou de personnes. Cependant, l'artiste floute les contours des éléments, ce qui brouille la différenciation entre peinture et photographie. Cette fausse mimesis remet en question le principe de la représentation et son utilisation dans notre élaboration de la réalité. « Mes paysages ne sont pas uniquement beaux [...] ou classiques dans leur âme, tels des paradis perdus, ils sont surtout trompeurs.», affirma-t-il[5],[6],[7]. Elles sont de plus souvent ancrées dans une nostalgie proche du romantisme du XIXe siècle[8].

Pour effectuer ces peintures, Richter utilise des photographies qu'il effectuait lui-même, puis il les recopiaient soigneusement sur une toile. Tout les éléments, notamment l'aspect lisse des éléments, y est soigné[9]. Le flou est ajouté ensuite par des brosses en caoutchouc[5].

Son seul autoportrait connu, Selbstportrait, date de 1996[1].

Le groupe Sonic Youth choisit Kerze de Richter pour illustrer la pochette de son album de 1988 Daydream Nation. Elle devient l’œuvre préférée de nombreux fans de rock et contribue à le faire connaître[3].

Abstraction

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En 1989, Gerhard Richter réalise un vitrail aux 625 couleurs pour la maison Otte conçue par Walter Gropius à Berlin en 1922. En 2007, il est choisi pour composer le vitrail du transept sud de la cathédrale de Cologne, détruit pendant la guerre. Il assemble 11 263 carreaux de verres de 9,64 × 9,64 cm et de 72 couleurs différentes dans un ordre aléatoire déterminé par un programme informatique[3].

Son Tableau abstrait, numéro 952–4 de son catalogue raisonné, constitue en 2017 la dernière œuvre de sa pratique picturale. Il se concentre alors sur la pratique du dessin sur papier, à l’encre et au graphite, ainsi qu'à l’impression de compositions conçues à l’ordinateur[3].

  • En , Gerhard Richter devient l'artiste vivant le plus cher du monde. Abstraktes Bild (890-4), une œuvre abstraite de 1994 appartenant au guitariste Eric Clapton, est vendue pour 34,2 millions de dollars par Sotheby's à Londres[10],[11].
  • Un nouveau record est établi le mais cette fois avec une œuvre figurative de 1968. Domplatz, Mailand, représentant la piazza del Duomo à Milan, est vendue pour 37,1 millions de dollars par Sotheby's à New York[11].
  • « J’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j'évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux. » (in Texte de l'exposition avec Sigmar Polke, 1966).
  • « Mes tableaux sont sans objet ; mais comme tout objet, ils sont l’objet d’eux-mêmes. Ils n’ont par conséquent ni contenu, ni signification, ni sens ; ils sont comme les choses, les arbres, les animaux, les hommes ou les jours qui, eux aussi n’ont ni raison d’être, ni fin, ni but. Voilà quel est l’enjeu. (Mais il y a quand même de bons et de mauvais tableaux.) » (in Notes, 1984).
  • « Les toiles abstraites mettent en évidence une méthode : ne pas avoir de sujet, ne pas calculer, mais développer, faire naître. » (in Notes, 1985).
  • « Nous avons plus d'une douzaine d'écoles en Allemagne fédérale. Elles sont parasitées par les pires artistes allemands qui alimentent leur coterie grâce à un système incestueux et ennuyeux. Ces prétendus artistes, incapables de gagner leur croûte, y sont nommés professeurs, dotés d'ateliers, avec tout le prestige et l'argent que cela implique. Ils ne se contentent pas de cultiver et de répandre la sottise, d'en rebattre les oreilles aux étudiants, ils s'arrangent pour que chaque élève et tout nouveau collègue stagnent en deçà du niveau le plus bas. Ils peuvent ainsi rester eux-mêmes dans leur moisissure confinée sans être mis en danger. » (in Notes, 08/06/1983)
  • « L’art est la plus haute forme de l’espoir. » (in catalogue de l'exposition collective Documenta 7, Cassel, 1982).

Expositions (sélection)

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Expositions personnelles

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puis -  : Museum Ludwig, Cologne[21].
puis -  : Kunst- und Ausstellungshalle der Bundesrepublik Deutschland, Bonn ; -  : Moderna Museet, Stockholm.
puis -  : Art Institute of Chicago ; -  : Museum of Modern Art, San Francisco.
puis -  : Lenbachhaus, Munich.
puis -  : Musée d'Art national de Chine, Pékin ; -  : Galerie nationale d'Écosse, Edimbourg.
puis -  : Neue Nationalgalerie, Berlin ; -  : Centre Georges-Pompidou, Paris[30].
puis -  : Kunstmuseum, Winterthour.
puis -  : Museum of Contemporary Art, Los Angeles

Expositions collectives

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Shädel. Crâne, une huile sur toile de 1983, collection du musée d'Art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart est exposée dans la section « Vanité »[32].

Notes et références

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  1. Elle apparaît dans l'art optique en 1957 chez le peintre polonais Wojciech Fangor.

Références

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  1. a et b « "Le tableau" (titre incertain) », sur gerhard-richter.com (consulté le ).
  2. Dietmar Elger 2010, p. 3.
  3. a b c d e et f Louis Gevart, « Ces 6 choses que vous ne saviez (peut-être) pas sur Gerhard Richter à l'occasion de son expo à la fondation Vuitton », sur Beaux Arts, (consulté le )
  4. (de) « Gerhard Richter, Ema, Akt auf einer Treppe », sur www.gerhard-richter.com.
  5. a et b « Marine | Musée Guggenheim Bilbao », sur www.guggenheim-bilbao.eus (consulté le )
  6. (es) Colección del museo Guggenheim Bilbao, Bilbao, TF. Editores, , 535 p. (ISBN 978-84-95216-60-1), p. 377
  7. « Chinon (645) », sur Centre Pompidou (consulté le )
  8. « Landschaft (Landscape) » (consulté le )
  9. « Paysage près de Coblence », sur www.mbam.qc.ca (consulté le )
  10. « Vente record pour un tableau de Gerhard Richter à Londres », sur Le Point, (consulté le ).
  11. a et b « Gerhard Richter établit un nouveau record pour un artiste vivant », sur Le Figaro, (consulté le ).
  12. Thierry Grizard, « Gerhard Richter, Eisberg, un tableau magistral du peintre allemand », sur www.artefields.net, .
  13. (en) Matthew Stearns, Sonic Youth's Daydream Nation, Bloomsbury Publishing USA, (ISBN 9781441128867, lire en ligne)
  14. « Glenn »
  15. (en) « Gerhard Richter, October 18, 1977, 1988 », sur Museum of Modern Art.
  16. « Newsweek : Trop «politiquement correct», l'achat du MoMA ? », Libération,‎ (lire en ligne).
  17. Robert Storr (trad. Christian-Martin Diebold), "Septembre" : une peinture d'histoire de Gerhard Richter, Paris, La Différence, , 95 p. (ISBN 978-2-7291-1945-4).
  18. (de) Christin Klaus, "Lux et color" : Gerhard Richters Kölner Domfenster im Kontext zeitgenössischer sakraler Glasfenster, Marburg, Tectum, , 164 p. (ISBN 978-3-8288-2802-5).
  19. « Tableau abstrait [946-3] » Œuvres » Gerhard Richter », sur www.gerhard-richter.com (consulté le ).
  20. B. H. D. Buchloh, Gerhard Richter (catalogue d'exposition), Paris, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, 73 p. (ISBN 9782858500291).
  21. (de) Thomas Dreher, « Gerhard Richter. Atlas der Fotos, Collagen und Skizzen », Das Kunstwerk. Zeitschrift für moderne Kunst,‎ , p. 105-106 (lire en ligne).
  22. « Gerhard Richter au Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Le vrai, le beau, l'inqualifiable », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  23. Geneviève Breerette, « Les Richter de Gerhard Richter au Carré d'art de Nîmes », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  24. Sophie Richard, « Rétrospective picturale de Gerhard Richter », sur www.exporevue.com, .
  25. a et b Sabine Ginoux, « la peinture élégiaque de Gerhard Richter », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  26. Philippe Dagen, « Richter, un peintre s'explique », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  27. « Richter en France », sur Centre national des arts plastiques.
  28. Harry Bellet, « Artiste conceptuel, abstrait lyrique : Gerhard Richter rayonne partout », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  29. Pascale Nivelle, « Gerhard Richter à échelle humaine », Libération,‎ (lire en ligne)
  30. Philippe Dagen, « Gerhard Richter, entre figuration et abstraction », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  31. « Gerhard Richter » [archive du ], sur Fondation Louis Vuitton (consulté le ).
  32. Jean-Rémi Touzet, Les choses. Une histoire de la nature morte, Paris, Lienart éditions, , 447 p. (ISBN 978-2-35906-383-7), p. 152
  33. Thomas Sotinel, « « L’Œuvre sans auteur » : voir l’Allemagne en peinture », Le Monde,‎ (lire en ligne).

Bibliographie

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  • Philippe Dagen, « Richter, le gris de plomb et de cendres du XXe siècle », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Bruno Eble, Gerhard Richter : la surface du regard, Paris, L'Harmattan, 2006 (ISBN 9782296015272), 237 p.
  • Dietmar Elger (trad. Caroline Jouannic), Gerhard Richter, Paris, Hazan, , 334 p. (ISBN 978-2-7541-0064-9, présentation en ligne).
  • (en), (de) Dietmar Elger, Gerhard Richter : catalogue raisonné, Berlin, Hatje Cantz Verlag, 2011-2022, 6 vol.
  • Thierry Grizard, « Gerhard Richter et la photographie », sur www.artefields.net, .
  • Dictionnaire Bénézit, « Richter, Gerhard », dans Dictionnaire critique et documentaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 11, éditions Gründ, , 13440 p. (ISBN 2700030214), p. 672-674.
  • Jérôme Coignard, « Gerhard Richert, un géant à Paris », Connaissance des arts, no 705 , p. 50–59.
  • Sabine Ginoux, « La peinture élégiaque de Gerhard Richter », La Croix, .
  • Itzhak Goldberg, « Gerhrard Richert, Peintre multitâche », Beaux Arts Magazine, no 336 , p. 82–89.
  • « Le mystère Richter », Arts Magazine, no 66 , p. 66.
  • Michel Poivert, « De l'apparence photographique. Richter », dans Peintres photographes : de Degas à Hockney, Paris, Citadelles & Mazenod, (ISBN 978-2-85088-720-8), p. 174-183.
  • Jürgen Schreiber, Richter, peintre d'Allemagne. Le drame d'une famille, traduction française par Mariette Althaus, édition française : Les Presses du réel, 2012 (ISBN 978-2-84066-421-5), 336 p. (présentation éditeur).
  • Erik Verhagen, « Bête comme un peintre. Les portraits de famille de Gerhard Richter », Les Cahiers du Musée national d'art moderne, no 90, , p. 42–60.
  • Erik Verhagen, « Gerhard Richter. Doute, désespoir et destruction », Art Press, , p. 34–40.
  • Erik Verhagen, « Gerhard Richter Photographies peintes », Art Press, , p. 75.

Articles connexes

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Liens externes

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