Traité de Sèvres

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Traité de Sèvres

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Les frontières redessinées par les traités : en gris, celles de Sèvres, en noir celles de Lausanne.

Signature 10 août 1920
Lieu de signature Sèvres, Seine-et-Oise, France
Condition Ratification par l'Empire ottoman et les trois principales puissances alliées
Signataires Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman
Drapeau français République française
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie
Drapeau : Japon Empire du Japon
Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni
Flag of the Democratic Republic of Armenia.svg Arménie
Drapeau de la Belgique Belgique
Flag of Czechoslovakia.svg Tchécoslovaquie
State Flag of Greece (1863-1924 and 1935-1970).svg Royaume de Grèce
Flag of Hejaz 1917.svg Royaume du Hedjaz
Flag of Poland.svg Pologne
Drapeau du Portugal Portugal
Drapeau roumain Royaume de Roumanie
Drapeau : Royaume de Yougoslavie Royaume des Serbes, Croates et Slovènes
Dépositaire Gouvernement français
Langues Français, anglais, italien
Les signataires ottomans du Traité de Sèvres : Riza Tevfik, Damat Ferid Paşa (grand vizir), Hadi Paşa (ambassadeur) et Reşid Halis (ministre de l'Éducation).

Le traité de Sèvres, conclu le 10 août 1920 à la suite de la Première Guerre mondiale entre les Alliés et l'Empire ottoman, est un traité réalisé durant un contexte de guerre civile initié par le sultan Mehmet VI envers le gouvernement provisoire nationaliste turc[1]. Il est destiné à mettre en application les décisions relatives aux territoires ottomans prises lors de la conférence de San Remo. Le territoire devait étre partagé au profit des Alliés, mais aussi des minorités kurdes et armémiennes[2]. Il ne fut jamais ratifié par l'ensemble de ses signataires et, provoquant en Turquie un sursaut national autour de Mustafa Kemal Paşa, aboutit à la chute de l'Empire ottoman, à la proclamation de la République turque et à la négociation d'un nouveau traité plus avantageux pour celle-ci : le traité de Lausanne.

Le traité[modifier | modifier le code]

L'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Composition ethnique de l'Anatolie en 1910.

Ce traité, signé le 10 août 1920 par les mandataires du sultan Mehmed VI, consacre le rétrécissement de l'Empire ottoman, qui ne garde en Europe qu'Istanbul et en Asie que la partie occidentale de l'Anatolie, moins la région de Smyrne, soit un territoire de seulement 420 000 kilomètres carrés.

Les articles 62 à 64 prévoient la création d'un « territoire autonome des Kurdes » englobant le sud-est de l'Anatolie. Selon les articles 88 à 94, les vilayets de Van, Bitlis, Trébizonde et Erzurum doivent être intégrés à la République indépendante d'Arménie, la détermination de la frontière étant soumise à l'arbitrage du président américain Woodrow Wilson, selon ses « 14 points ». La France occupe la Syrie (avec une frontière bien au nord de l'actuelle) et se voit confier une zone d'influence comprenant la Cilicie avec Adana, et s'étendant jusqu'au nord, bien au-delà de Sivas. L'Italie, qui avait déjà le Dodécanèse depuis 1911, occupe la ville d'Antalya et toute la région avoisinante, et se voit confier une zone d'influence allant de Bursa à Kayseri, en passant par Afyonkarahisar. La Grèce obtient de son côté Smyrne et sa région dans l'ouest de l'Anatolie, la Thrace orientale (qui comprend Andrinople et Gallipoli) et les îles d'Imbros et Ténédos. Istanbul, les côtes de la mer de Marmara et les Dardanelles sont démilitarisées. Les détroits sont placés sous le contrôle d'une commission internationale. Le passage devait rester libre en temps de guerre comme en temps de paix. Les provinces arabes, soulevées en 1916-1918 par la Grande révolte arabe, sont détachées ; la SDN met plusieurs d'entre elles sous mandat de la France (Liban et Syrie) et du Royaume-Uni (Irak et Palestine)[3].

En comparaison avec ses 1 780 000 kilomètres carrés d'avant la guerre, le nouvel Empire ottoman n'est plus qu'un petit territoire composé en grande partie des steppes salées de l'Anatolie centrale, et aux possibilités de développement limitées à cause d'un système de « garanties » qui, entre-autres, mettent les finances du pays sous la tutelle de commissions étrangères. Toutes les ressources du pays doivent être affectées par priorité aux frais d'occupation et au remboursement des indemnités dues aux Alliés (art. 231-266). Des commissions doivent dissoudre intégralement l'armée pour la remplacer par une force de gendarmerie. L'article 261 du traité prévoit en outre le rétablissement des capitulations. Par ailleurs, la police, le système fiscal, les douanes, les eaux et forêts, les écoles privées et publiques doivent être soumis au contrôle permanent des Alliés[3].

Pour Norbert de Bischoff, « ainsi s'effondrait après une chute sans égale, un des plus grands empires qu'ait connus l'histoire moderne ».

« Mais si ce document fut signé par le gouvernement ottoman d'Istanbul, la plupart des Turcs, dans la presque totalité du pays, ne reconnaissaient que l'autorité du gouvernement d'Ankara dirigé par Mustafa Kemal qui, lui, refusait catégoriquement ce traité et ses clauses. »[4]. Craignant de voir leur pays partagé entre les Empires coloniaux européens, les Turcs se soulèvent en masse, s'enrôlent dans l'armée kémaliste et déclenchent la Guerre d'indépendance turque en mai 1919. Les kémalistes sont victorieux au bout de quatre années de conflit. Le traité de Sèvres, non ratifié par tous ses signataires, est finalement révisé par le traité de Lausanne (24 juillet 1923), conclu avec la Turquie moderne d’Atatürk. Mieux encore pour la Turquie, le traité de Kars, conclu en octobre 1921 avec la Russie soviétique, lui permet de récupérer le territoire de Kars perdu en 1878 par les sultans et de bénéficier de l'armement soviétique dans sa lutte contre les Arméniens, les Grecs et la Triple-Entente. Les traités de Kars et de Lausanne sont en revanche désastreux pour l'Arménie, ainsi partagée à nouveau entre Turquie et Russie, et pour la Grèce. Cette dernière qui, après s'être émancipée de la protection obligatoire que les grandes puissances lui avaient imposée à la suite de la guerre d'indépendance grecque[3] et après avoir été à deux doigts de réaliser sa Grande Idée, perd tous ses acquis et doit, en plus, accueillir un million et demi de réfugiés grecs d'Asie mineure (tandis que plus de 300 000 autres, notamment dans la région du Pont et en Cilicie, doivent se convertir à l'islam et passer à la langue turque pour survivre)[5] : c'est la « grande catastrophe ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Mustafa_Kemal_Atatürk/134505
  2. http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Mustafa_Kemal_Atatürk/134505
  3. a, b et c Édouard Driault et Michel Lhéritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours. Tome V, Paris, PUF, 1926, p. 381-385.
  4. Article sur Herodote.net
  5. (tr) Ömer Asan, Pontos Kültürü (« La culture du Pont »), Trabzon, 1996 (ISBN 975-344-220-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Benoist-Méchin, Mustapha Kémal ou La mort d'un empire, édition Albin Michel, 1954 (ISBN 2226021957).
  • Henry Laurens, L'Orient arabe : arabisme et islamisme de 1798 à 1945, édition Albin Michel, 2000 (ISBN 2-200-25176-9).
  • Yves Ternon, L'Empire ottoman : le déclin, la chute, l'effacement, édition du Félin, 2002 (ISBN 2-86645-425-1).
  • Olivier Lowczyk, La Fabrique de la paix, du Comité d'études à la Conférence de la paix, l'élaboration par la France des traités de la Première Guerre mondiale, Paris, éditions Economica, Coll. Bibliothèque stratégique, 2010, 533p (ISBN 978-2-7178-5684-2).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]