Traité de Bucarest (1918)

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Le Traité de Bucarest désigne un traité de paix conclu pendant la Première Guerre mondiale entre le Royaume de Roumanie et les Empires centraux le 7 mai 1918 après l'armistice du 9 décembre 1917. L'abrogation du traité de Bucarest a été l'une des conditions de l'armistice entre les Empires centraux et la Triple-Entente du 11 novembre 1918.

Territoires perdus par la Roumanie à la suite du traité. En rouge ceux cédés à l'Autriche-Hongrie, et en vert ceux cédés à la Bulgarie.

Contexte[modifier | modifier le code]

En bleu, la Roumanie au traité de Bucarest (mai 1918): le liséré rouge montre la limite de la zone occupée (à l'ouest).

Dans la Première Guerre mondiale, la Roumanie a été l'alliée de la Triple-Entente. Mais la révolution russe de 1917 et le retrait des troupes russes laisse la Roumanie, déjà occupée aux deux-tiers après les défaites de l'été 1916 et repoussant à grand-peine les Empires centraux sur le front du Siret, seule face à l'ennemi austro-allemand. La petite troupe française du général Henri Berthelot, composée surtout d'officiers du génie et du renseignement, et seul lien sur place (en dehors des ambassades) entre l'Entente et le Royaume de Roumanie[1], ainsi que le maigre appui logistique, matérialisé par des envois de fournitures de guerre, matériel et munitions[1], ne sont pas suffisants pour soutenir la Roumanie, réduite à une bande de terre en Moldavie, à l'heure où les mutineries de la Marne secouent l'armée française et ou le front russe est en cours d'écroulement. En effet, les territoires roumains encore contrôlés par l'Entente ne sont plus épaulés par l'arrière-pays constitué par la Russie, dont de vastes portions de territoires, l'Ukraine notamment, sont progressivement occupées par les troupes austro-allemandes, ce qui permet de prendre à revers les troupes roumaines[1].

Sachant le Royaume dans cette situation, les Autrichiens font savoir aux Roumains qu'une demande de paix ne serait pas repoussée par les Puissances Centrales, et que, si elle était formulée, le roi ne serait pas obligé d'abdiquer[1].

De plus, les troupes russes en débandade, ne recevant plus de ravitaillement, se mettent à piller la Roumanie et à tuer les militaires et les civils roumains qui tentaient de s'y opposer.

Par ailleurs, le 9 avril 1918, le vote du Sfatul Țării (le parlement moldave élu en 1917 à Chișinău, qui avait proclamé l'indépendance de la première république de Moldavie vis-à-vis de l'Empire russe) venait de sceller l'union de la Bessarabie à la Roumanie, qui se trouvait dès lors agrandie de 44 422 km2.

Revendications des Empire centraux et de leurs alliés[modifier | modifier le code]

Après la conclusion de l'armistice entre les Puissances centrales et la Russie, le roi Ferdinand et par son gouvernement comprennent qu'un processus similaire est inévitable pour la Roumanie, sous peine de disparition de l'Etat ; les offres de négociations formulées par les représentants des Puissances Centrales sont donc étudiées[1].

Revendications territoriales[modifier | modifier le code]

Deux pays alliés du Reich ont des revendications sur des territoires roumains qu'ils occupent déjà : l'Autriche-Hongrie et la Bulgarie.

La Bulgarie exige du royaume, par une note du 24 février 1918, la totalité de Dobrogée, et non la simple rétrocession du territoire qu'elle avait été obligée de céder à la Roumanie au terme de la Deuxième guerre balkanique selon les termes du traité de Bucarest[2]. La cession de la Dobrogée à la Bulgarie est conditionnée par les clauses du traité de 1915, obligeant la Bulgarie à rendre les rives de la basse-Maritza à l'Empire ottoman. Ce dernier territoire étant finalement partagé (entre les Bulgares et des Turcs[3]), il en sera de même pour la Dobrogée, la Roumanie conservant la partie située au nord d'une ligne Rasova-Agigea avec le port de Constanza qui reste néanmoins sous occupation germano-bulgare[4].

L'Autriche-Hongrie se contente de rectifications de frontières dans la chaîne des Carpates, dont elle souhaite contrôler les cols, et du côté des Portes de Fer sur le Danube, où elle annexe le port de Turnu Severin, le tout pour enlever à la Roumanie la possibilité d'une attaque-surprise comme celle de 1916[1].

Revendications politiques[modifier | modifier le code]

Méfiant face à la francophilie de l'opinion roumaine et de sa classe politique, le Kaiser allemand Guillaume II souhaite la mise en place d'une tutelle étroite sur le pays, placé sous le sceptre d'un prince allemand plus fiable que la branche cadette des Hohenzollern, qui lui était pourtant apparentée (mais cela ne voulait rien dire : c'était aussi le cas du Tsar Nicolas II). Il souhaite également que le Reich contrôle directement le port de Constanza. La mise sous tutelle du pays se fait d'abord au moyen d'une convention militaire entre le Reich et ses alliés, d'une part, et le royaume de Roumanie de l'autre[5].

Revendications économiques[modifier | modifier le code]

Les vainqueurs, essentiellement l'Empire allemand et l'Autriche-Hongrie, poursuivent l'un comme l'autre des objectifs précis en Roumanie, réputée pour son rendement en grains et pour les richesses en pétrole de son sous-sol, source de frictions entre les deux alliés[6].

S'étant rendu en Roumanie au cours de l'année 1917, Guillaume II, soutenu par ses généraux en poste en Roumanie, réclame pour le Reich le contrôle des champs de pétrole roumains, et la libre disposition des richesses agricoles roumaines[7]. Ainsi, les Allemands proposent-ils à la Roumanie de céder les terrains pétrolifères à une société à capitaux majoritairement allemands, la Société pétrolière de la Mitteleuropa, qui disposerait non seulement de droits d'exploitation, mais aussi de droits d'expropriation des terrains qu'elle souhaiterait exploiter[8]. Pour évacuer la production, un monopole commercial serait octroyé à une société à créer, pour contrôler la commercialisation du pétrole de Roumanie par le port de Constanza : au sein de cette société 20% des parts reviendrait à l'État roumain, 55% reviendraient au Reich et 25% à l'Autriche-Hongrie; ce contrôle par le Reich de l'économie roumaine serait masqué par le recouvrement des frais générés par la remise en état de l'économie du pays[5]. Sur ce modèle sont élaborés les accords destinés à assurer pour le Reich et son allié le contrôle des excédents agricoles roumains, les exportations étant légalement interdites[5]. N'ayant pas le choix, le gouvernement roumain, replié à Jassy, avalise l'ensemble des revendications présentées par le Reich et l'Autriche-Hongrie[5].

Des négociations menées sous la menace[modifier | modifier le code]

Caricature française des traités de Brest-Litovsk et de Bucarest de 1918.

Saisi au mois de février des demandes des puissances centrales, le gouvernement proteste, mais se voit opposer un ultimatum formulé par Czernin : soit le royaume accède aux souhaits de ses vainqueurs qui reconnaîtront alors son union avec la république de Moldavie orientale (Bessarabie), soit il refuse et il est rayé de la carte dans un délai de six semaines[2]. Le 1er mars, Ferdinand s'incline et accepte le 5 mars de signer les préliminaires de paix de Buftea, qui adoucissent cependant certaines conditions : la Dobrogée n'est pas tout entière cédée à la Bulgarie, et la mise en œuvre des annexions austro-hongroises est échelonnée dans le temps[2].

Clauses du traité[modifier | modifier le code]

C'est sur ces bases que le traité est signé le 7 mai 1918 au palais royal de Bucarest, occupé par le général Falkenhayn qui y reçoit le roi roumain Ferdinand en invité de marque vaincu. Toutes les revendications politiques et économiques formulées par le Reich et son allié austro-hongrois sont acceptées par le gouvernement du président du conseil Marghiloman[9]. Les clauses politiques ne constituent pas, selon les Allemands, l'essentiel du traité résidant dans les annexes ayant trait à la prise du contrôle de l'économie roumaine par le Reich, malgré les fortes réserves des milieux économiques allemands, qui reprochent au traité de les écarter du contrôle du pays au profit du Reich[9]. En conclusion, la Roumanie, vaincue, sort du traité complètement asservie aux Empires centraux sur le plan économique, mais territorialement agrandie malgré sa défaite, car de 128 144 km2 avant la guerre et malgré les 14 896 km2 cédés à l'Autriche-Hongrie et à la Bulgarie, le traité lui reconnaît un territoire de 157 670 km2 grâce à l'union avec la République démocratique moldave qui apporte ses 44 422 km2[10].

Devenir du traité[modifier | modifier le code]

Le traité, jamais ratifié, ne resta valide que six mois. Le général Berthelot avait conseillé au roi, fortement influencé par ses conseillers français et francophiles[11], d'accepter, se doutant que sur le plan économique et stratégique, l'entrée en guerre des États-Unis compenserait largement le retrait des russes. Le 31 octobre 1918, la Roumanie dénonce le traité et reprend les hostilités contre les Austro-Allemands[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne Impériale, Paris, Trévise,‎ 1970 (édition française)
  • (fr) Pierre Renouvin, La crise Européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, 1934 (Ed. Utilisée, 1962).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Pierre Renouvin, La Crise Européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 531.
  2. a, b et c Pierre Renouvin, La Crise Européenne et le Première Guerre Mondiale, p. 532.
  3. La Bulgarie rend Demotika et Mandra, mais conserve Ferecik et la rive droite de l'embouchure du fleuve.
  4. Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 516.
  5. a, b, c et d Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 519.
  6. Pierre Renouvin, La Crise Européenne et le Première Guerre Mondiale, p. 533.
  7. Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 515.
  8. Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 518.
  9. a et b Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 521.
  10. Pierre Renouvin, La Crise Européenne et la Première Guerre Mondiale, p. 532
  11. Fritz Fischer, Les Buts de Guerre de l'Allemagne impériale, p. 514.
  12. N.P.Comnène, Roumania through the ages, Payot, Lausanne et Paris, 1919