Maximilien Luce

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Maximilien Luce

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Portait de Maximilien Luce par Paul Signac (La Plume, 1891), Minneapolis Institute of Arts.

Naissance 13 mars 1858
Paris
Décès 6 février 1941 (à 82 ans)
Paris
Nationalité Français Drapeau de la France
Activités Artiste peintre
Formation Académie Suisse
Maîtres Diogène Maillart
Henry Théophile Hildibrand
Eugène Froment

Maximilien Luce, né le 13 mars 1858 et mort le 6 février 1941 à Paris, est un peintre, graveur et militant libertaire[1] français.

Ses premiers tableaux connus datent de 1876. Il a usé de la technique du pointillisme, développée par Georges Seurat. Il fut également portraitiste et affichiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'Exécution de Varlin, 1914-1917, Musée de l'Hôtel-Dieu, Beaune

En mai 1871, Luce a 13 ans quand il assiste à la répression contre les communards. Après la fin des études primaires, il suit les cours du soir de dessins que le peintre Diogène Maillart donne aux ouvriers des Gobelins, puis il entre en apprentissage dans l'atelier de gravure sur bois d'Henry Théophile Hildibrand. En 1876, il entre à l'atelier d'Eugène Froment, qui produit notamment des gravures sur bois pour L'Illustration et poursuit ses études de peintre à l'académie Suisse. Il peint son premier tableau, Le jardin au grand Montrouge.

C'est en 1879, le 7 novembre, qu'il est incorporé au 48e régiment d'infanterie de ligne à Guingamp, au titre du service militaire, et peut regagner Paris en mai 1881. Il fréquente alors l'atelier de Carolus Duran. En 1882, l'invention de la zincographie ayant sensiblement réduit les débouchés de la gravure sur bois, Luce devient peintre à plein temps.

Lors du Salon des indépendants, il fait la connaissance de Georges Seurat, Camille Pissaro, Jules Louis Rame et Paul Signac, lequel lui achète à cette occasion une œuvre intitulée La Toilette.

En février-mars 1889, il est invité à exposer ses œuvres à Bruxelles, où il retournera à nouveau en 1892, et c'est cette même année qu'il part à Londres avec Camille Pissaro, puis à Saint-Tropez chez Paul Signac.

Il rencontre Ambroisine Bouin en 1893, qu'il épouse et avec laquelle il a un fils, Frédéric, mort en 1895. Un second fils, prénommé aussi Frédéric, naît le 19 juillet 1896.

Issu du monde ouvrier du quartier de Montparnasse, Maximilien Luce avait assisté à la répression de la Commune et cette terrible vision conditionna son engagement politique. Considéré comme « dangereux » par la police, surtout à cause de sa participation au journal Le Père Peinard et à la suite de l'assassinat de Sadi Carnot le 24 juin 1894 par Casério, il est arrêté le 6 juillet puis incarcéré à la prison Mazas, d’où il sort au mois d’août suivant. Il profite toutefois de cet épisode pour produire de nombreuses illustrations sur la vie carcérale, qui seront réunies dans un album intitulé Mazas.

Il découvre Rolleboise en 1917 et s'y installe.

C'est en 1934 qu'il est élu président de la Société des artistes indépendants, titre qui consacre sa carrière longue et variée tant par ses techniques que dans ses œuvres.

Son épouse meurt le 30 mars 1940, et Maximilien, un an après. Ils sont tous deux inhumés au cimetière de Rolleboise.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Les Victimes de la Commune, 1890, musée d'Orsay, Paris.

Plusieurs influences ont marqué ses tableaux. Issu du monde ouvrier, en rapport avec ses idées, il devient un paysagiste croquant les scènes des villes industrielles et les hommes au travail dont il exalte l'effort.

Son ami Félix Fénéon le présente en 1887 comme « un brutal et un loyal au talent fruste et musculeux »[2]. En 1888, il décrit son travail comme celui d'un néo-impressionniste, qui « se rattache au système de M. Seurat de peindre avec des tons francs, posés les uns à côté des autres, légitimés par leurs complémentaires et produisant d'intenses vibrations lumineuses [...] L'art de M. Luce s'attache à peindre avec une large sérénité de facture et des lignes simples, les prolétaires en leurs occupations de travail »[2]. L'année suivante, Fénéon relève un changement dans les coloris du peintre : « les terres, ces vieilles terres, se retrouvent sur la palette de M. Maximilien Luce, et on leur imputera l'aspect érugineux, — malgré les violets, — et lourd de ses tableaux ». Il ajoute : « M. Luce est, comme était Vallès, un artiste strictement classique : tout le montre tel dans ses paysages peints, et dans l'album de lithographies qu'il publiait récemment »[2].

De 1890 à 1914, Luce collabore par ses dessins et ses illustrations, à des publications d'inspirations anarchistes, comme Le Père Peinard ou La Sociale. Il disait :

« Qu'il vienne donc une révolution. J'espère, si je ne suis pas un lâche, que j'en serais, et ma foi, je crois que j'aurais du bonheur à me faire casser la gueule pour cette idée à laquelle je crois. »

Jules Chéret choisit de reproduire À la Scala, gravée et imprimée chez Bataille à Paris en 1891, dans sa revue Les Maîtres de l'affiche (1895-1900).

Terril de charbonnage (1896)
Musée d'Ixelles

Il est frappé par la découverte des nouvelles couleurs de la Révolution industrielle en particulier celles du Sillon Sambre-et-Meuse qu'il découvre en 1895, alors qu'il est reçu à Bruxelles par Émile Verhaeren. Il se rend à cette occasion à Charleroi, en compagnie de Théo van Rysselberghe, et il est fasciné par les couleurs du Borinage.

À l'instar de Camille Pissarro, Luce est un anarchiste actif et peint plusieurs scènes ouvrières, dont La Bataille Syndicale en 1910. Durant la Grande Guerre, il peint des scènes de combat, peinture militante hostile aux horreurs de la guerre, comme La gare de l'Est (1917).

À la fin de sa vie, il retrouve une technique plus classique et une influence moins engagée, comme dans son tableau Rolleboise, la baignade dans le petit bras (1920).

Salons[modifier | modifier le code]

En plus des salons auxquels il participe avec d'autres peintres, à Paris comme à Bruxelles, il a eu en octobre-novembre 1899 sa première exposition personnelle à la galerie Durand-Ruel, suivie en 1904 d'une autre à la galerie Druet, puis, en 1907, à la galerie Bernheim-Jeune et en 1914, à la galerie Choisel. En 1926, il participe à l'exposition « 30 ans d'art » au Grand Palais.

Ses œuvres se trouvent actuellement, outre les collections privées, dans les principaux musées mondiaux, notamment au Musée d'Orsay, au musée de l'Hôtel Dieu de Mantes-la-Jolie qui conserve un très bel ensemble de ses œuvres peintes mais aussi sur papier, à Versailles au musée Lambinet, au musée de Grenoble, au musée de l'Annonciade à Saint-Tropez, au musée Albert-André de Bagnols-sur-Cèze et dans divers musées à l'étranger, notamment aux États-Unis.

Illustrateur libertaire[modifier | modifier le code]

Biribi, discipline militaire, Georges Darien, dessin de couverture par Maximilien Luce.

Maximilien Luce était qualifié par ses amis d'« homme libre, digne, qui ne consentait aucune concession à la mode, intransigeant avec lui-même et avec les autres ». Il ressemblait à un ouvrier du faubourg Saint-Antoine[réf. nécessaire], fuyait les salons et fréquentait les restaurants populaires en lisant La Révolte, un journal anarchiste.

Suite aux attentats de Ravachol et d'Auguste Vaillant, le 8 juillet 1894, il est considéré comme un « anarchiste dangereux », ses dessins sont jugés comme pouvant « inciter le peuple à la révolte » (voir Procès des Trente). Incarcéré à la prison de Mazas pendant 42 jours par le juge d'instruction Anquetil pour « association de malfaiteurs », il n'est finalement pas inculpé et publie à sa sortie 10 lithographies sur la prison de Mazas. Deux ans plus tard, il est de nouveau emprisonné durant la visite d'Alphonse XIII à Paris.

En 1887, il se lie d'amitié avec le journaliste Jean Grave qui avait créé La Révolte[3]. Deux ans plus tard, il dessine la couverture du nouveau journal libertaire, Le Père Peinard fondé par Émile Pouget. Il donne aussi des œuvres à d'autres revues anarchiste et socialistes[4] et collabore à L’En-dehors créé par Zo d'Axa en 1891. En 1907, il collabore à la revue La Guerre sociale créée par Gustave Hervé[5].

Durant les années 1930, il fait partie du comité d’honneur de la Ligue internationale des combattants de la paix, association la plus radicale des organisations pacifistes, n'ayant qu’un mot d’ordre : « Non à toutes les guerres ! ».

En 1935, président de la Société des artistes indépendants, il signe une pétition antifasciste et démissionne de son poste en 1940 pour protester contre la politique de discrimination de Vichy à l’égard des artistes juifs[6].

Œuvre[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

Dessins, aquarelles[modifier | modifier le code]

  • s. d. - Champ de Bataille ; dessin, encre, lavis d'encre et fusain sur papier; Sbd; Dim; H30cm X L: 48 cm [7].
  • s. d. - Gueules noires , Maximilien Luce d'après l'œuvre de Constantin Meunier, 10 planches, La Sociale, Paris, 1896[8].
  • s. d. - La Place de la Concorde en travaux , Crayon sur papier crème, Sbd, dim; h: 32,7 cm x l: 44 cm, ( vente publique en France)

Peintures[modifier | modifier le code]

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Portrait de Félix Fénéon, 1901, musée d'Orsay, Paris.
Le Drapeau rouge ou La Bataille syndicale, 1910, musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie.
  • Vue de l'observatoire, 1882
  • La Toilette, 1887
  • Quai de l'école, 1889
  • La Seine à Herblay, 1890, Paris, musée d'Orsay.
  • Le Louvre et le pont du Carrousel, 1890
  • Le Café, 1892
  • Côte de la citadelle de Saint Tropez, 1892
  • Le Port de Saint Tropez, 1893
  • Paris la nuit, 1893
  • Vue de Londres, 1893
  • Bord de mer, 1893
  • Quai à Camaret, 1894
  • La Tamise et le parlement de Londres, 1895
  • L'Aciérie Stellworks, 1895
  • Fonderie à Charleroi, 1896
  • Percement de la rue Réaumur, 1896
  • Paris vu de Montmartre, 1897
  • Usine près de Charleroi, 1897
  • Les Terrils de sacré Madame, 1897
  • Portrait d'Henri Edmond Cross, 1898
  • La Cathédrale de Gisors, 1898
  • Notre-Dame, 1899
  • La Carrière , 1899[9]
  • Madame Bouin à sa toilette, 1901
  • Quai de Montebello, 1901
  • La Neige au quai de Boulogne, huile sur toile, 38,5 × 46 cm, musée d'Orsay, Paris
  • 1906 - Yonne, peupliers au bord de la Cure , hst, SDbd, située au dos au croyon sur le châssis: Arcy-sur-Cure , dim; h: 81 cm × l: 60 cm, acquis par le propriétaire auprès de l'artiste et première vente publique le 1" octobre 2011, lot no 235, par Artcurial, Briest, Poulaine et F. Tajan, Paris, Hôtel Marcel Dassault)
  • Construction des quais de Pacy, 1907
  • Rotterdam, 1908
  • Le Chantier, 1911
  • Chantier de construction, 1912
  • La Seine a Rolleboise , 1912
  • La Gare de l'Est, huile sur toile, 1917
  • Ferme à l'Isle-Adam, 1920
  • Rolleboise, l'arbre en fleurs, huile sur toile, 1920, musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie.
  • Rolleboise, la baignade dans le petit bras, huile sur toile, 135 × 145 cm, vers 1920, musée de l'Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie.
  • Travaux sur la Seine, pont des Saints-Pères, huile sur toile, 1936, Paris, musée Carnavalet.

Affiches[modifier | modifier le code]

Affiche pour la Scala, 1891, New York Public Library.
  • À la Scala, affiche pour les représentations de Jules Mévisto à la Scala, 1891.
  • Les Temps nouveaux supplément littéraire, 1897.
  • La Bataille syndicaliste quotidien 5 cent., 1910.
  • Le Cinéma du peuple. La Commune, 1913-14.
  • Ça c'est la guerre - CGT, 1932.

Expositions[modifier | modifier le code]

Posthumes 
  • « Maximilien Luce, peintre anarchiste », à l'occasion du 100e anniversaire du premier voyage du peintre à Charleroi, musée des sciences de Parentville (Charleroi), ULB, 1995[10].
  • « Chantiers et machines au regard des peintres : Maximilien Luce et Fernand Léger - Des artistes à l'usine », musée d'art moderne (Donation Maurice Jardot), Belfort, 2009[11].

Élèves[modifier | modifier le code]

Écrits[modifier | modifier le code]

  • Correspondance de Fanny et Félix Fénéon avec Maximilien Luce, ill. par Luce de portraits originaux, édition établie par Maurice Imbert, Tusson, Du Lérot, 2001.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies :

  • Adolphe Tabarant, Maximilien Luce, Paris, Éditions G. Crès, 1928.
  • Philippe Cazeau, Maximilien Luce, La Bibliothèque des Arts, 1982.
  • Jean Bouin-Luce et Denise Bazetoux, Maximilien Luce, catalogue raisonné de l'œuvre peint, 3 tomes, Paris, Éditions JBL, 1988 (ISBN 978-2906112003[à vérifier : isbn invalide]).
  • (en) Russell T. Clement et Annick Houze, Neo-Impressionist Painters: A Sourcebook on Georges Seurat, Camille Pissarro, Paul Signac, Theo Van Rysselberghe, Henri Edmond Cross, Charles Angrand, Maximilien Luce, and Albert Dubois-Pillet, Greenwood Press,‎ 1999, p. 323-357.
  • Aline Dardel, Maximilien Luce : Peindre la condition humaine, Paris, Somogy,‎ 2000 (ISBN 9782850564017, présentation en ligne).
  • L'art social à la Belle Époque : Aristide Delannoy, Jules Grandjouan, Maximilien Luce : trois artistes engagés, Adiamos,‎ 2005 (ISBN 2-909418-26-X, présentation en ligne).
  • Maximilien Luce, néo-impressionniste, catalogue de l'exposition du Musée des impressionnismes Giverny, Éditions Silvana Editoriale[Quand ?].

Articles :

  • Ephraïm Jouy, « Maximilien Luce, les Chroniques de la Grande Guerre, peindre l'Histoire », notice pour le Catalogue de l'exposition 1917, Éditions du Centre Pompidou Metz, 2012.
  • Ephraïm Jouy : « Maximilien Luce » in 78 Personnalités illustrent les Yvelines, Tome II, Éditions du Conseil Général des Yvelines, 2013.

Références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, « Le Maitron » : notice biographique.
  2. a, b et c Félix Fénéon, Oeuvres plus que complètes, Droz,‎ 1970, p. 68, 114, 166
  3. L'Éphéméride anarchiste : notice.
  4. Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones (Cgécaf) : bibliographie d'illustrations.
  5. Jean Sutter, Luce - Les travaux et les jours, Bibliothèque des arts de Paris,‎ 1971
  6. RA.forum, notice biographique illustrée.
  7. Vente Tajan, Paris le 12 février 2009, lot n°17
  8. Centre international de recherches sur l'anarchisme (Lausanne) : notice.
  9. huile sur panneau, une planche parqueté Sbg, 24 x32.5, vente Millon, 21 novembre 2011, lot 64, p.44 du catalogue de vente
  10. Centre international de recherches sur l'anarchisme (Lausanne) : l'affiche de l'exposition.
  11. Le franc-parler Comtois, annonce.

Liens externes[modifier | modifier le code]