Paul Durand-Ruel

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Paul Durand-Ruel.
Portrait par Auguste Renoir (1910).

Paul Durand-Ruel, né le à Paris où il est mort le , est un marchand d'art français. Il a redéfini le rôle de marchand d’art et de soutien aux artistes. Il a été un exceptionnel entrepreneur et un précurseur sur la scène internationale du marché de l’art en établissant un réseau de galeries à Paris, Londres, Bruxelles et New York, et en organisant des expositions dans le monde entier. Convaincu par le talent des artistes de l’École de Barbizon et des Impressionnistes, et confiant dans son rôle de défenseur de leur art, Paul Durand-Ruel a su imposer leurs œuvres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Durand-Ruel est marchand de fournitures d'artistes avant de devenir marchand d'art. En 1865, son fils, Paul, reprend les rênes de l'entreprise familiale qui représente notamment Corot et l'École de Barbizon. Au cours des années 1860 et aux débuts des années 1870, Paul se montre un défenseur brillant et un excellent marchand de cette école. Il se tisse rapidement un réseau de relations avec un groupe de peintres qui se feront connaître sous le nom d'impressionnistes.

Il épouse Jeanne Marie Eva Lafon (1841-1871), nièce du peintre Jacques-Émile Lafon, avec laquelle il aura cinq enfants[1].

Pendant la Guerre franco-prussienne de 1870-1871, Durand-Ruel quitte Paris pour se réfugier à Londres, où il retrouve un certain nombre d'artistes français et fait la connaissance de Monet et Pissarro[2]. En décembre 1870, il ouvre la première d'une série de dix expositions annuelles de la Société des artistes français dans sa nouvelle galerie londonienne, sis 168 New Bond Street, confiant plus tard la direction de cette galerie à Charles Deschamps[2].

Dès 1870, il reconnaît le potentiel artistique et commercial des impressionnistes. Sa première exposition d'importance se tient en 1872, toujours à Londres. Il organise ensuite des expositions impressionnistes dans ses galeries parisienne, londonienne et bruxelloises, et plus tard à New York.

Au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle, n'hésitant pas à lourdement s'endetter, Paul Durand-Ruel devient l'un des plus célèbres marchands français, de même que le principal soutien moral et financier des impressionnistes de par le monde. Il organise la seconde exposition du groupe des peintres impressionnistes dans ses locaux, 11 rue Le Peletier et plus tard, il participe également à l'organisation de la septième exposition du groupe. Paul Durand-Ruel promeut les peintres impressionnistes aussi bien aux États-Unis (notamment l'exposition de 300 toiles, en grande partie impressionnistes, en 1886 à New York, Works in Oil and Pastel by the Impressionists of Paris[3]) qu'en Europe par le biais, entre autres, de ses galeries internationales. Alors qu'en Europe la vente des toiles montre initialement le désintérêt de l'État et des marchands pour les œuvres impressionnistes (la vente d'Impression soleil levant est révélatrice à cet égard), Durand-Ruel dont les expositions impressionnistes sont un échec se tourne vers le marché américain, en pleine croissance économique et qui se montre plus réceptif comme le lui a suggéré l'artiste peintre Mary Cassatt. Exempté de droits de douane la première année, il ouvre une sa galerie à New York en 1887 pour y conserver ses toiles[4]. Il soutient « ses » artistes financièrement en leur versant généralement des sommes mensuelles, les tirant ainsi de la misère, en contrepartie de l’exclusivité de leur production.

Son activité est aussi celle d'un marchand traditionnel, profitant de l'émergence de la demande américaine pour écouler outre-atlantique des œuvres de l'art classique européen. En 1904, l'Assomption de la Vierge du Greco et les Majas au balcon de Goya, aujourd'hui à l'Art Institute of Chicago et au Metropolitan Museum of Art, sont acquis par lui, à Madrid, auprès de membres de la famille royale espagnole, et revendus pour 17 000 et 50 000 dollars au collectionneur Henry Osborne Havemeyer[5].

Un capitaliste visionnaire[modifier | modifier le code]

Il impose ainsi au marché de l’art une dynamique nouvelle. En s’endettant et en anticipant sur la demande, il rompt totalement avec les pratiques des anciens marchands. Il base en effet sa philosophie de marchand sur quelques principes clefs, extrêmement novateurs :

  1. Protéger l'art avant tout ;
  2. L'exclusivité du travail des artistes ;
  3. Des expositions individuelles ;
  4. Un réseau de galeries internationales ;
  5. L'accès gratuit aux galeries, ainsi qu'à son appartement ;
  6. Promouvoir le travail des artistes par le biais de la presse ;
  7. Associer le monde de l'art à celui des finances.

L'art devient une valeur marchande presque comme une autre, soumise aux aléas de la vie économique. Grâce au crédit dont il jouit auprès de riches financiers, Durand-Ruel peut continuer à soutenir « ses » artistes financièrement, notamment en achetant les œuvres des artistes aussi bien dans leur studio, chez des amis ou collègues chez qui les artistes ont mis leurs œuvres en dépôt, ou en ventes aux enchères.

Affiche de Carlos Schwabe pour le premier salon de la Rose-Croix à la galerie Durand-Ruel, 11 rue Le Peletier à Paris, en 1892

La crise de 1882[modifier | modifier le code]

Cependant, Paul Durand-Ruel va rencontrer de grosses difficultés de trésorerie et, alors qu'il se trouve dans une situation financière critique, la banque de l'Union générale va soutenir le marchand et lui permettre ainsi de continuer sa politique d'achat auprès des artistes en qui il croit. Malheureusement, l'Union Générale fait faillite en 1882 et, suite au krach de la banque, Paul Durand-Ruel est mis en demeure de rembourser ses créanciers. Ne pouvant plus subvenir aux besoins de « ses » peintres, il est contraint de vendre à bas prix son stock de toiles de l'École de Barbizon, ainsi que certains tableaux impressionnistes.

La reconnaissance américaine[modifier | modifier le code]

C'est finalement grâce à un Américain, James F. Sutton (l'un des directeurs de l'American Art Association) que Paul Durand-Ruel va exposer les œuvres des impressionnistes à New York en 1886 et que le talent des artistes impressionnistes va enfin être reconnu. Cette exposition est un succès et la première reconnaissance officielle des impressionnistes. Cet événement marque également le début de l'implantation de Durand-Ruel à New York, ainsi qu'aux États-Unis.

Grâce à ce succès, les œuvres des artistes impressionnistes vont progressivement être appréciées en France, en Allemagne et en Europe. À partir de 1890, l'activité de la galerie parisienne de Paul Durand-Ruel reprend, le travail de Renoir et de Pissarro commence à être estimé et l'artiste Claude Monet est de plus en plus reconnu.

L'exposition de 1905 à Londres[modifier | modifier le code]

En 1905, Paul Durand-Ruel organise une très grande exposition à Londres, à la Grafton galleries, avec plus de 300 tableaux. C'est sans doute l'exposition impressionniste la plus exceptionnelle du siècle.

Entre 1891 et 1922, l'année de sa mort, Paul Durand-Ruel achète une quantité incroyable de tableaux, soit près de 12 000 œuvres dont plus de 1 000 Monet, 1 500 Renoir, 400 Degas, 400 Sisley 800 Pissarro, 200 Manet, 400 Mary Cassatt.

À la fin de sa vie, Paul Durand-Ruel écrit dans ses mémoires : « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j'étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… ».

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Assouline, Grâces lui soient rendues : Paul Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes, Plon, Paris, 2002 (ISBN 978-2259193023)
  • Lionello Venturi, Les Archives de l'Impressionnisme, Durand-Ruel, Paris - New York, 1939
  • (en) John Rewald, The History of Impressionism, The Museum of Modern Art, New York, 1946 (ISBN 0870703692)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Paul Durand-Ruel », sur Geneanet (consulté le 14 février 2011)
  2. a et b (en) Whistler.arts.gla.ac.uk
  3. (en) American Art Association, Works in Oil and Pastel by the Impressionists of Paris : Exhibition Under the Management of the American Art Association of the City of New York, The Association,‎ 1886, 31 p.
  4. Françoise Cachin, Richard R. Brettell, Sylvain Amic, Musée Fabre, L'impressionnisme, de France et d'Amérique : Monet, Renoir, Sisley, Degas, Artlys,‎ 2007, p. 21
  5. Institut national d'histoire de l'art, archives Jean Guiffrey, correspondance Desparmet-Fitzgerald/Direction des Musées nationaux (1904-1905)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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