Paul Durand-Ruel

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Auguste Renoir, Durand-Ruel (1910), huile sur toile, Paris, Archives Durand-Ruel.

Paul Durand-Ruel, né le 31 octobre 1831 à Paris où il est mort le 5 février 1922, est un marchand d'art français. Il a été un exceptionnel entrepreneur, promouvant les artistes issus de l'École de Barbizon et du mouvement impressionniste et établissant un réseau de galeries à Paris, Londres, Bruxelles et New York, y organisant de nombreuses expositions.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paul Durand-Ruel est le fils de Jean-Marie-Fortuné Durand et de Marie-Ferdinande Ruel, issue d'une famille riche et cultivée, et qui apporte dans sa dot un commerce de papeterie et articles divers (pinceaux, aquarelles, encadrements, chevalets)[1].

Jean-Marie-Fortuné Durand, issu d'une famille de vignerons établis à Solers, est marchand de fournitures d'artistes avant de devenir marchand d'art. En mars 1849, son fils Paul passe son examen du baccalauréat et réussit le concours d'entrée de l'École militaire de Saint-Cyr, se destinant à une carrière militaire, mais une grave maladie l'obligea à renoncer à cette école et à rester avec ses parents pour les seconder[2]. Fournissant des articles pour les artistes, ces derniers souvent désargentés lui laissent en garantie leurs tableaux. En 1865, il reprend les rênes de l'entreprise familiale qui représente notamment Corot et l'École de Barbizon. Au cours des années 1860 et aux débuts des années 1870, Paul se montre un défenseur brillant et un excellent marchand de cette école. Il se tisse rapidement un réseau de relations avec un groupe de peintres qui se feront connaître sous le nom d'impressionnistes[3].

Il épouse le 4 janvier 1862 Jeanne Marie Eva Lafon (1841-1871), fille d'un horloger de Périgueux et nièce du peintre Jacques-Émile Lafon, avec laquelle il aura cinq enfants, Joseph, Charles, Georges, Marie-Thérèse et Jeanne[4],[5].

En 1867, Paul installe la galerie Durand-Ruel 16 rue Laffitte, rue des experts et des marchands de tableaux et qui va rester jusqu'à la Première Guerre mondiale un des centres du marché de l'art[6]. En janvier 1869, il fonde La Revue Internationale de l'art et de la curiosité dont il confie la direction à Ernest Feydeau. Dès 1870, il reconnaît le potentiel artistique et commercial des impressionnistes. Sa première exposition d'importance se tient en 1872, toujours à Londres. Il organise ensuite des expositions impressionnistes dans ses galeries parisienne, londonienne et bruxelloises, et plus tard à New York[7].

Pendant la Guerre franco-prussienne de 1870-1871, Durand-Ruel quitte Paris pour se réfugier à Londres, où il retrouve un certain nombre d'artistes français et fait la connaissance de Monet et Pissarro[8]. En décembre 1870, il ouvre la première d'une série de dix expositions annuelles de la Société des artistes français dans sa nouvelle galerie londonienne, installée au 168 New Bond Street, confiant plus tard la direction de cette galerie à Charles Deschamps[8].

Au cours des trois dernières décennies du XIXe siècle, n'hésitant pas à lourdement s'endetter, Paul Durand-Ruel devient l'un des plus célèbres marchands français, de même que le principal soutien moral et financier des impressionnistes de par le monde. Alors qu'il se trouve dans une situation financière critique, la banque de l'Union générale va soutenir le marchand et lui permettre ainsi de continuer sa politique d'achat auprès des artistes en qui il croit. Cependant l'Union Générale fait faillite en 1882 et, suite au krach de la banque, Paul Durand-Ruel est mis en demeure de rembourser ses créanciers. Ne pouvant plus subvenir aux besoins de « ses » peintres, il est contraint de vendre à bas prix son stock de toiles de l'École de Barbizon, ainsi que certains tableaux impressionnistes.

Il organise la seconde exposition du groupe des peintres impressionnistes dans ses locaux, 11 rue Le Peletier et plus tard, il participe également à l'organisation de la septième exposition du groupe. Mais ses expositions impressionnistes sont un échec, la vente des toiles montrant initialement le désintérêt de l'État et des marchands pour les œuvres impressionnistes (la vente d'Impression soleil levant est révélatrice à cet égard). Il se tourne alors vers le marché américain, en pleine croissance économique et qui se montre plus réceptif comme le lui a suggéré l'artiste peintre Mary Cassatt. Il y organise une première exposition à Boston en 1883.

Grâce à un Américain, James F. Sutton (l'un des directeurs de l'American Art Association), son exposition de 300 toiles, en grande partie impressionnistes, en avril 1886 à New York, Works in Oil and Pastel by the Impressionists of Paris[9] est un succès et la première reconnaissance officielle des impressionnistes. Exempté de droits de douane la première année, il ouvre une sa galerie à New York en 1887 pour y conserver ses toiles[10]. Grâce à son succès aux États-Unis, les œuvres des artistes impressionnistes vont progressivement être appréciées en France, en Allemagne et dans le reste de l'Europe. À partir de 1890, l'activité de la galerie parisienne de Paul Durand-Ruel reprend, le travail de Renoir et de Pissarro commence à être estimé et l'artiste Claude Monet est de plus en plus reconnu.

En 1905, Paul Durand-Ruel organise une très grande exposition à Londres, aux Grafton Galleries (en), avec plus de 300 tableaux. C'est sans doute l'exposition impressionniste la plus exceptionnelle du siècle.

Entre 1891 et 1922, l'année de sa mort, Paul Durand-Ruel achète une quantité incroyable de tableaux, soit près de 12 000 œuvres dont plus de 1 000 Monet, 1 500 Renoir, 400 Degas, 400 Sisley 800 Pissarro, 200 Manet, 400 Mary Cassatt.

À la fin de sa vie, Paul Durand-Ruel écrit dans ses mémoires : « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j'étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… ». Il meurt le 5 février 1922 dans son appartement au 35, rue de Rome à Paris[11].

Son activité est aussi celle d'un marchand traditionnel, profitant de l'émergence de la demande américaine pour écouler outre-atlantique des œuvres de l'art classique européen. En 1904, l’Assomption de la Vierge du Greco et les Majas au balcon de Goya, aujourd'hui à l'Art Institute of Chicago et au Metropolitan Museum of Art, sont acquis par lui, à Madrid, auprès de membres de la famille royale espagnole, et revendus pour 17 000 et 50 000 dollars au collectionneur Henry Osborne Havemeyer[12].

Un capitaliste visionnaire[modifier | modifier le code]

Il impose ainsi au marché de l’art une dynamique nouvelle. En s’endettant et en anticipant sur la demande, il rompt totalement avec les pratiques des anciens marchands. Il base en effet sa philosophie de marchand sur quelques principes clefs, extrêmement novateurs :

  1. Protéger l'art avant tout ;
  2. L'exclusivité du travail des artistes ;
  3. Des expositions individuelles ;
  4. Un réseau de galeries internationales ;
  5. L'accès gratuit aux galeries, ainsi qu'à son appartement ;
  6. Promouvoir le travail des artistes par le biais de la presse ;
  7. Associer le monde de l'art à celui des finances.

L'art devient une valeur marchande presque comme une autre, soumise aux aléas de la vie économique. Grâce au crédit dont il jouit auprès de riches financiers, Durand-Ruel peut continuer à soutenir « ses » artistes financièrement, notamment en achetant les œuvres des artistes aussi bien dans leur studio, chez des amis ou collègues chez qui les artistes ont mis leurs œuvres en dépôt, ou en ventes aux enchères.

Affiche de Carlos Schwabe pour le premier salon de la Rose-Croix à la galerie Durand-Ruel, 11 rue Le Peletier à Paris, en 1892

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lionello Venturi, Les Archives de l'Impressionnisme, Durand-Ruel, Paris - New York, 1939
  • (en) John Rewald, The History of Impressionism, The Museum of Modern Art, New York, 1946 (ISBN 0870703692)
  • Pierre Assouline, Grâces lui soient rendues : Paul Durand-Ruel, le marchand des impressionnistes, Paris, Plon, 2002 (ISBN 978-2259193023)
  • Claire Durand-Ruel Snollaerts, Paul Durand-Ruel. Marchand des impressionnistes, Paris, Gallimard, 2014 (ISBN 978-2-07-014694-9)
  • Collectif: (Pierre Assouline, Caroline Le Got, Laure-Caroline Semmer, Bertrand Tillier), Paul Durand-Ruel le pari de l'impressionnisme, Manet, Monet, Renoir…, éd Beaux-arts, n° hors-série, Paris, 2014 catalogue de l'exposition éponyme au Musée du Luxembourg.
  • Paul-Louis et Flavie Durand-Ruel, Mémoire du marchand des Impressionnistes, Paul Durand-Ruel, Flammarion, 2014.
  • Florence Gentner, L'Impressionnisme, dans l'intimité de Durand-Ruel, Editions du Chêne, 2014
  • Thomas Schlesser, Bertrand Tillier, Le Roman vrai de l'Impressionnisme, Beaux-Arts Editions, 2010.
  • Laure-Caroline Semmer, Les Œuvres clés de l'Impressionnisme, Larousse 2010.
  • Caroline Durand-Ruel Godfroy, (édition établie par), Correspondance de Renoir et Paul Durand-Ruel, La Bibliothèque des Arts, 1995.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • Du 9 octobre 2014 au 8 février 2015, au Musée du Luxembourg, Paris: Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme, Manet, Monet, Renoir…. L'exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais en collaboration avec le musée d’Orsay en France, la National Gallery à Londres et le Philadelphia Museum of Art aux États-Unis[13].
  • Du 4 mars au 31 mai 2015, exposition présentée à la National Gallery à Londres
  • Du 18 juin au 13 septembre 2015 au Philadelphia Museum of Art, USA

Iconographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Distel, Les Collectionneurs des impressionnistes : amateurs et marchands, Éditions La Bibliothèque des Arts,‎ 1989, p. 22
  2. Germain Bazin, Univers impressionniste, Somogy,‎ 1982, p. 59
  3. Merushan Karuizawa Bijutsukan, L'œil d'un collectionneur, Somogy,‎ 2003, p. 18
  4. « Paul Durand-Ruel », sur Geneanet (consulté le 14 février 2011)
  5. François Daulte, Alfred Sisley, Diffusion Princesse,‎ 1974, p. 28
  6. Anne Martin-Fugier, La vie d'artiste au XIXe siècle, Audibert,‎ 2007, p. 191
  7. Adolphe Tabarant, Manet et ses œuvres, Gallimard,‎ 1947, p. 194
  8. a et b (en) Whistler.arts.gla.ac.uk
  9. (en) American Art Association, Works in Oil and Pastel by the Impressionists of Paris : Exhibition Under the Management of the American Art Association of the City of New York, The Association,‎ 1886, 31 p.
  10. Françoise Cachin, Richard R. Brettell, Sylvain Amic, Musée Fabre, L'impressionnisme, de France et d'Amérique : Monet, Renoir, Sisley, Degas, Artlys,‎ 2007, p. 21
  11. (en) Pierre Assouline, Discovering Impressionism. The Life of Paul Durand-Ruel, Harry N. Abrams,‎ 2004, p. 231
  12. Institut national d'histoire de l'art, archives Jean Guiffrey, correspondance Desparmet-Fitzgerald/Direction des Musées nationaux (1904-1905)
  13. Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme Musée du Grand Palais

Liens externes[modifier | modifier le code]

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