Municipalisme libertaire

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le municipalisme libertaire, est une application locale de l'écologie sociale élaborée par le théoricien anarcho-communiste écologiste politique Murray Bookchin, et utilisée pour décrire un système politique dans lequel des institutions libertaires, composées d'assemblées de citoyens, dans un esprit de démocratie directe, remplaceraient l'État-nation par une confédération de municipalités (communes) libres. On parle parfois aussi de communalisme libertaire, la notion est proche.

Description[modifier | modifier le code]

Les assemblées municipales dans un système municipaliste libertaire sont ouvertes à tous. Les citoyens sont informés à l'avance et débattent des sujets lors des assemblées. Les décisions se prennent à la majorité.

Pour les questions touchant une sphère plus large que la communauté (pouvant correspondre autant à la commune, à la municipalité qu'au quartier), elles sont discutées dans des assemblées locales ou régionales, et à un échelon supérieur encore pour les questions plus globales encore. Les personnes assistant à ces assemblées sont des délégués mandatés par les assemblées municipales. Ils doivent rendre des comptes ensuite auprès de leur communauté et leurs décisions peuvent être révoquées. Le pouvoir ne quitte ainsi pas les mains des citoyens, du niveau local.

Le municipalisme libertaire tend à créer une situation dans laquelle les deux pouvoirs, à savoir la confédération de communes libres et l'État-nation ne puissent plus coexister. La structure du municipalisme devient alors la nouvelle structure de la société.

Gradualisme révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Le municipalisme libertaire ou l'écologie sociale se réclament explicitement du gradualisme révolutionnaire : sur le terrain des luttes sociales, ils développent des revendications immédiates tout en construisant les fondements d'une société future[1]. Ainsi, pour la Fédération municipale de base de Spezzano Albanese, en 2003, « une pratique libertaire [...] ne se nourrit pas d’illusions réformistes, ni d’une révolution par laquelle on attend le boum pour après en repousser le but, mais bien une pratique gradualiste révolutionnaire qui, trouvant sa force dans le conflit, se projette, jour après jour, hors des institutions du pouvoir, avec des structures auto-organisées et autogestionnaires qui, à partir des municipalités, préfigurent [...] la société de l’autogestion »[2],[3].

Analyses, critiques, remarques, constatations et comparaisons[modifier | modifier le code]

  • Le municipalisme libertaire fait le deuil de la lutte des classes, puisqu'il souhaite réunir les habitants d'un quartier, d'une commune autour d'un projet commun, sans distinction de classe (interclassisme ou union des classes)[4]. Il peut être envisagé également dans l'optique de la société sans classe, donc après un premier changement radical de société.
  • C'est une organisation politique qui existait en Suisse au Moyen Âge lorsque les communes se débarrassèrent de la tutelle de la société féodale avant la création de l'État-nation, la Confédération helvétique[5].
  • À Cuba le gouvernement communiste a instauré des comités de quartier appelés "Comité de Défense de la Révolution" en 1961[6].
  • La Tunisie compte 200 comités de quartier, perçus par les opposants à l'ancien régime comme des organismes de délation au service du ministère de l'Intérieur[7].
  • Au Venezuela, le gouvernement d'Hugo Chávez a fait adopter une loi qui a créé en 2006 plus de 18 000 conseils communaux, ruraux et urbains. Ils devraient finalement atteindre le chiffre de 30 000. Prévu pour regrouper entre 200 et 400 familles vivant dans une même zone, le conseil communal, à la différence des institutions traditionnelles, définit lui-même ses frontières. Le droit de vote est rabaissé à 15 ans. À terme ces conseils communaux, selon la volonté de Chavez, devraient remplacer les municipalités actuelles.
  • En Libye, en accord avec la doctrine de « démocratie directe du peuple » du livre vert du colonel Khadafi, les citoyens assistent aux réunions de leurs comités de quartiers, supposées faire remonter leurs décisions jusqu’au Congrès général du peuple, qui siège quelques semaines au début de chaque année. Pendant la période de réunion des comités, les boutiques ferment obligatoirement tous les jours, de 16 heures à 20 heures, moment des réunions. En 2006, l’ordre n’a été respecté que par la moitié des commerçants. En 2007, elles sont restées ouvertes[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens et références externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fédération municipale de base de Spezzano Albanese, Spezzano Albanese : l’expérience communaliste de la Fédération municipale de base, in Le quartier, la commune, la ville… des espaces libertaires, éditions du Monde Libertaire & éditions Alternative Libertaire, 2001, texte intégral.
  2. Rencontre internationale, Au-delà de Porto Alegre… idées, expériences et pratiques d’autogouvernement, Spezzano Albanese, août 2003, texte intégral.
  3. Le Monde libertaire, HS n°23, juillet-août 2003, texte intégral.
  4. L'analyse du municipalisme préconisé par Bookchin nous conduit en définitive à en récuser deux éléments principaux : l'électoralisme et l'interclassisme.http://pagesperso-orange.fr/libertaire/archive/2001/236-fev/municipal.htm
  5. Adof Gasser, l'histoire de la liberté populaire et de la démocratie
  6. Cuba - actualité et information de fond - Cubanismo
  7. La Tunisie de Ben Ali ou l'illusion de la réussite
  8. Le Figaro - International : La Libye se rêve en émirat méditerranéen