Le Guépard (film)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guépard (homonymie).

Le Guépard

Description de cette image, également commentée ci-après

Claudia Cardinale, Burt Lancaster et Alain Delon

Titre original Il Gattopardo
Réalisation Luchino Visconti
Scénario Suso Cecchi D'Amico
Pasquale Festa Campanile
Enrico Medioli
Massimo Franciosa
Luchino Visconti
Acteurs principaux
Sociétés de production Titanus
Pathé Cinéma
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre drame historique
Sortie 1963
Durée 205 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Il gattopardo (Sciacca).jpg

Le Guépard (Il Gattopardo) est un film franco-italien réalisé par Luchino Visconti, adapté du roman homonyme de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, sorti en 1963.

Il a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 1963.

Synopsis[modifier | modifier le code]

En mai 1860, après le débarquement de Garibaldi en Sicile, à Marsala, Don Fabrizio assiste avec détachement et mélancolie à la fin de l'aristocratie. ces aristocrates comprennent que la fin de leur supériorité est désormais proche : en fait, ceux qui profitent de la nouvelle situation politique sont les administrateurs et grands propriétaires terriens de la nouvelle classe sociale qui monte. Don Fabrizio, appartenant à une famille d'ancienne noblesse, est rassuré par son neveu préféré Tancrède qui, bien que combattant dans les colonnes garibaldiennes, cherche à faire tourner les événements à son avantage. Tancrède explique à son oncle : « Si nous ne nous mêlons pas de cette affaire, ils vont nous fabriquer une république. Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change ».

Lorsque, comme chaque année, le prince se rend, avec toute sa famille, dans sa résidence d'été de Donnafugata, il trouve comme nouveau maire du village Calogero Sedara, un bourgeois d'extraction modeste, fruste et peu instruit, qui s'est enrichi et a fait carrière en politique. Tancrède, qui avait au début, montré un certain intérêt pour Concetta, la fille aînée du prince, tombe amoureux d'Angelica, la fille de don Calogero, qu'il épousera finalement, séduit par sa beauté mais aussi par son patrimoine considérable.

L'arrivée à Donnafugata d'un fonctionnaire piémontais, le cavaliere Chevalley di Monterzuolo marque un tournant dans le récit. Il propose à Don Fabrizio d'être nommé sénateur du nouveau Royaume d'Italie. Pourtant, le prince refuse, se sentant trop lié au vieux monde sicilien. Reflet de la réalité sicilienne, Don Fabrizio est pessimiste : « Ensuite, ce sera différent, mais pire… »

L'union entre la nouvelle bourgeoisie et l'aristocratie déclinante est un changement désormais incontestable. Don Fabrizio en aura la confirmation au cours d'un bal grandiose à la fin duquel il commencera à méditer sur la signification des événements nouveaux et à faire le douloureux bilan de sa vie.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

Le Guépard représente dans le parcours artistique de Luchino Visconti un tournant crucial dans lequel l'engagement dans le débat politico-social du militant communiste s'atténue en un repli nostalgique de l'aristocrate milanais sur la recherche d'un monde perdu, qui caractérisera les films historiques qu'il tournera ensuite. À propos du film, le réalisateur indiqua lui-même qu'il aspirait à réussir la synthèse entre Mastro-don Gesualdo de Giovanni Verga et La Recherche de Marcel Proust [1].

Visconti déclare : « J'épouse le point de vue de Lampedusa, et disons aussi de son personnage, le prince Fabrizio. Le pessimisme du prince Salina l'amène à regretter la chute d'un ordre qui, pour immobile qu'il ait été, était quand même un ordre. Mais, notre pessimisme se charge de volonté et, au lieu de regretter l'ordre féodal et bourbonien, il vise à établir un ordre nouveau ». Pour illustration cette réplique restée célèbre : « Si nous voulons que tout reste pareil, il faut que tout change »[2].

Le film décrit la gestion de la crise par l'aristocratie italienne, dont la scène du bal (qui dure 45 minutes) donne la clé. Celle-ci fut tournée au palais Valguarnera-Gangi, à Palerme, mais l'essentiel du film a été tourné au palais Chigi (it) d'Ariccia près de Rome[3]. Très impliqué dans l'écriture du personnage du prince Fabrizio, Visconti a choisi l'acteur américain Burt Lancaster pour l'incarner. Le choix surprit, mais se révéla remarquablement pertinent. L'osmose se répétera pour un autre rôle sur lequel Visconti se projetait tout autant, Violence et Passion en 1974. Le personnage principal du film, le Guépard, s'inspire de l'arrière grand-père de l'auteur du livre, le prince Giulio Fabrizio Tomasi di Lampedusa, qui fut un astronome renommé et qui dans la fiction littéraire devient le prince Fabrizio Salina, ainsi que de sa famille entre 1860 et 1910, en SicilePalerme et dans leur fief de Donnafugata, c'est-à-dire Palma di Montechiaro et Santa Margherita di Belice dans la province d'Agrigente). Le film a été sélectionné parmi les 100 films italiens à conserver[4].

La révolution manquée[modifier | modifier le code]

La publication du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa avait ouvert, dans la gauche italienne, un débat sur le Risorgimento en tant que révolution sans révolution, à partir de la définition d'Antonio Gramsci dans ses Cahiers de prison. À ceux qui accusaient le roman d'attaquer le Risorgimento, répondait un groupe d'intellectuels qui y appréciaient la lucidité de l'analyse de l'alliance, marquée d'immobilisme, entre vieille aristocratie et la bourgeoisie montante[5].

Visconti, qui avait déjà affronté la question de l'unité italienne dans Senso (1954) et qui avait été profondément ému à la lecture du roman, n'hésita pas à intervenir dans le débat qui lui proposait Goffredo Lombardo, qui avait acquis, au nom de la Titanus, les droits d'adaptation du livre. Dans le film, la narration de ces événements est vue à travers le regard subjectif du prince Salina : à son personnage sont reliés « comme en un alignement planétaire, les trois regards sur le monde en changement : celui du personnage, celui de l'œuvre littéraire, celui du texte filmique qui l'illustre » [6]. Le regard de Visconti se trouve coïncider avec celui de Burt Lancaster, auquel cette expérience de "double" du réalisateur « vaudra… une profonde transformation intérieure, même sur le plan personnel »[7]. C'est là qu'on peut saisir le tournant par rapport aux productions précédentes du réalisateur : les débuts d'une période où, dans son œuvre, « … aucune force positive de l'histoire… ne se profile comme alternative à l'épopée de la décadence, chantée avec une bouleversante nostalgie » [8]. Cette mutation s'exprime de manière déterminante dans le bal final, auquel Visconti attribue, par rapport au roman, un rôle plus important tant par la durée (à lui seul, il occupe environ un tiers du film) que par la situation (en le mettant à la conclusion du film, alors que le roman continue bien après 1862, jusqu'à évoquer la mort du prince en 1883 et les dernières années de Concetta au début du XXe siècle). Dans cette séquence, tout parle de la mort. La mort physique, en particulier dans la longue aparté du prince devant le tableau La mort du juste de Greuze. Mais surtout, la mort d'une classe sociale, d'un monde de « lions et de guépards », remplacés par « des chacals et des hyènes » [9]. Le cadre somptueux, vestige d'un passé glorieux, dans lequel se déroule la réception, assiste impuissant à l'irruption et à la conquête d'une foule de personnages médiocres, avides et mesquins. Ainsi le vaniteux et fanfaron colonel Pallavicini. Ainsi, le rusé don Calogero Sedara (Paolo Stoppa), représentant d'une nouvelle bourgeoisie affairiste, habile à tirer profit de l'incertitude des temps, et avec laquelle la famille du prince a dû s'allier pour redorer son blason affaibli. Mais c'est surtout dans le nouveau cynisme et dans le manque de scrupules du neveu adoré, Tancrède, qui après avoir combattu avec les garibaldiens n'hésite pas, après Aspromonte, à se ranger aux côtés des nouveaux vainqueurs et à approuver l'exécution des déserteurs, qui annonce la fin des idéaux moraux et esthétiques du monde du prince [10].

Tournage du film[modifier | modifier le code]

Difficulté de production[modifier | modifier le code]

Le tournage du film, qui aurait demandé 15 mois d'intense travail, commença à la fin de décembre 1961, et le premier tour de manivelle eut lieu le lundi 14 mai 1962. À l'automne précédent, le réalisateur accompagné du décorateur Mario Garbuglia et du fils adoptif de Giuseppe, Gioacchino Lanza Tomasi, avait effectué un repérage en Sicile, qui n'avait pas levé les inquiétudes du producteur Goffredo Lombardo.

L'investissement exigé par ce projet colossal se révéla bientôt supérieur aux prévisions de la Titanus, alors qu'en 1958, immédiatement après la publication du roman, elle en avait acheté les droits d'adaptation. Après un accord de coproduction manqué avec la France, l'engagement de Burt Lancaster dans le rôle principal, en dépit de la perplexité de Luchino Visconti (qui aurait préféré Laurence Olivier ou l'acteur soviétique Nikolaï Tcherkassov[11]), et peut-être de l'acteur lui-même [12], permit un accord de distribution pour les États-Unis avec la 20th Century Fox.

Pourtant, les pertes subies par le film Sodome et Gomorrhe et Le Guépard causèrent la suspension de l'activité cinématographique de la Titanus [13].

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Bien que, comme on l'a dit, la narration objective des événements soit obscurcie et marginalisée dans le film par le regard subjectif du personnage principal-réalisateur, un grand souci fut porté à la reconstitution des combats entre garibaldiens et l'armée des Bourbons. À Palerme, dans les différents décors sélectionnés (piazza San Giovanni Decollato, piazza della Vittoria allo Spasimo, piazza Sant'Euno) "l'asphalte fut recouvert de terre battue, les rideaux de fer remplacés par des persiennes et des stores, les poteaux et fils électriques éliminés"[14]. Ceci advint à la demande de Visconti, puisque le producteur Lombardo s'était inquiété qu'il n'y ait aucune scène de combats.

Villa Boscogrande, résidence du prince

La restauration de la villa Boscogrande, dans les environs de la ville fut aussi nécessaire et fut menée en 24 jours. Cette villa incarne, au début du film, le palais des Salina, dont l'état n'en permettait pas l'usage. Même pour les scènes tournées dans la résidence estivale des Salina, Castello di Donnafugata, qui est identifié dans le roman avec Palma di Montechiaro, on dut choisir un autre site, Ciminna. Visconti fut séduit par l'église principale et le paysage environnant. L'édifice à trois nefs présentait une splendide pavement en majolique. L'abside, décorée de stucs représentants des apôtres et des anges par Scipione Li Volsi (1622), était en outre pourvue de stalles en bois de 1619, ornées de motifs grotesques, particulièrement aptes à accueillir les princes dans la scène du Te Deum. Le plafond original de l'église, partiellement endommagé pendant le tournage, a été depuis enlevé et ne se trouve plus sur le site. Bien que la situation topographique de la placette de Ciminna ait semblé optimale, il ne manquait que le palais du prince. Mais en 45 jours, une façade dessinée par M. Garbuglia fut élevée devant les édifices à côté de l'église. Tout le pavage de la place fut refait, en éliminant l'asphalte et en le remplaçant par des galets et des dalles"[15] La plus grande partie du tournage des scènes situées dans la résidence eut lieu dans le palais Chigi (it) d'Ariccia[11].

Le bal[modifier | modifier le code]

En revanche, l'état du Palazzo Gangi à Palerme était excellent. C'est là que l'on situa le bal final, dont la chorégraphie fut confiée à Alberto Testa. Dans ce cas, le problème qui se posait était l'aménagement des amples espaces intérieurs. Les Hercolani et Gioacchino Lanza Tomasi lui-même y contribuèrent par le prêt de meubles, tapisseries et bibelots. Plusieurs tableaux (dont la Mort du juste) et d'autres œuvres furent commandées par la production. Le résultat final valut un Nastro d'Argento des meilleurs décors mérité.

Un autre Nastro d'Argento récompensa la photographie en couleurs [16] de Giuseppe Rotunno (qui l'avait déjà gagné l'année précédente avec Journal intime). Est à remarquer, en particulier, l'illumination des salles pour lesquelles, le réalisateur désirait réduire au minimum l'usage des lumières électriques. Des milliers de cierges devaient être rallumés au début de chaque session de tournage. La préparation du décor, la nécessité d'habiller des centaines de figurants[17] exigèrent pour cette séquence des séances exténuantes[18].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Luchino Visconti, Il Gattopardo, Bologna 1963, p. 29
  2. La phrase est reprise du roman homonyme de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Se vogliamo che tutto rimanga come è, bisogna che tutto cambi.
  3. (it) La scena del principe - Visconti e Il Gattopardo sur le site du Palais Chigi d'Ariccia.
  4. Rete degli Spettatori
  5. Antonello Trombadori (a cura di), Dialogo con Visconti, Cappelli, Bologna, 1963
  6. Luciano De Giusti, La transizione di Visconti, Marsilio, Edizioni di Bianco e Nero, 2001, pag.76
  7. Giorgio Gosetti, Il Gattopardo, Milano, 2004
  8. Luciano De Giusti, op.cit.
  9. C'est ce que dit, dans le film, le prince de Salina à Chevalley
  10. Alessandro Bencivenni, Luchino Visconti, Ed. L'Unità/Il Castoro, Milano, 1995, p. 58-60
  11. a et b Modèle:Cita TV
  12. Caterina D'Amico, La bottega de "Il Gattopardo", Marsilio.Edizioni di Bianco e Nero, 2001, pag.456
  13. "Malgré les années, Lombardo attribue la crise au coût excessif des deux films, lesquels, malgré leur succès public, ne réussirent pas à rentrer dans leurs fraisSodoma e Gomorra di Robert Aldrich e Il Gattopardo di Luchino Visconti". Callisto Cosulich, L'"operazione Titanus", in "Storia del cinema italiano", Marsilio, Edizioni di Bianco e Nero, 2001, pag.145
  14. Caterina D'Amico, op.cit.
  15. Caterina D'Amico, op.cit.
  16. À l'époque, le prix était attribué séparément à la photographie en couleurs et à celle en noir et blanc
  17. "...les costumes préparés (en plus des huit réservés aux acteurs principaux) furent au nombre de 393 : les vêtements féminins étaient tous différents, et au moins cent d'entre eux exigeaient manteaux et sorties différents.". Ibid.
  18. "L'habillage commençait à deux heures de l'après-midi, on commençait à tourner à huit heures du soir, jusqu'à quatre heures du matin, parfois jusqu'à six heures". Ibid

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :