Rocco et ses frères

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Rocco et ses frères

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Scène de la mort de Nadia
(Renato Salvatori et Annie Girardot)

Titre original Rocco e i suoi fratelli
Réalisation Luchino Visconti
Scénario Luchino Visconti
Vasco Pratolini
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Sortie 1960
Durée 192 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli) est un film franco-italien de Luchino Visconti (1960).

Appartenant à la veine néo-réaliste du cinéma italien et, incontestablement, un des grands chefs-d'œuvre de Luchino Visconti, Rocco e i suoi fratelli conte les déboires d’une famille de Basilicate récemment immigrée à Milan.

Dans l’Italie d’après-guerre, celle de la reconstruction et de la ré-industrialisation, l’innocence, la naïveté et les traditions méridionales se heurtent à la réalité des temps modernes et de la vie urbaine. Véritable électrochoc social et humaniste, l’œuvre de Luchino Visconti évite l’écueil du pathos et de l’apitoiement en forgeant une réelle identité à ses compagnons de route. Tour à tour, la vie des frères Parondi est mise au jour sous la lumière froide du soleil milanais et le lot funeste que le scénario de Visconti leur réserve.

Une histoire qui, en vérité, retrace le combat des hommes face à leur destin, le sens même de leur existence, broyé par le Juggernaut inépuisable de la question sociale. L’ange côtoie le démon, qui fréquente la diablesse, elle-même déchue de ses propres rêves, se métamorphosant en martyre. Déracinée, abaissée puis humiliée, la famille Parondi se désagrège sous les yeux du spectateur, comprenant qu’en grand chef d’orchestre, Visconti y dirige les dernières heures d’une Italie métamorphosée, où la poésie et la beauté du Mezzogiorno n’a plus sa place. Loin des oliviers et de leur « terra ingrata », nos cinq frères n’ont plus que l’amour des autres et d’eux-mêmes, pour vivre et survivre dans un monde étranger.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le père de la famille en Basilicate étant décédé, Rosaria Parondi et quatre de ses cinq fils, Rocco (Alain Delon), Simone (Renato Salvatori), Ciro (Max Cartier) et Luca, débarquent à Milan. Vincenzo (Spýros Fokás), le fils aîné déjà installé et fiancé avec Ginetta (Claudia Cardinale), reçoit sa famille chez ses beaux-parents. Mais, dès leur arrivée, une dispute avec la belle-famille entraîne le départ des Parondi dans un logement social où Simone rencontre Nadia (Annie Girardot), une prostituée. Peu à peu, il s’installe dans une vie facile, où les traditions de labeur et l’amour du travail n’ont plus leur place. Par facilité et sans doute par faiblesse, Simone mène une carrière de boxeur de quartier, croyant un jour pouvoir percer le milieu de la boxe professionnelle et offrir à Nadia la vie dont elle a toujours rêvé. Mais Simone prend du poids et c’est son frère Rocco qui, revenu du service militaire, montre les plus belles aptitudes à la maîtrise de l’art pugilistique. Simone, dont Nadia est séparée depuis maintenant deux ans, assiste à l’ascension de son frère et à sa nouvelle idylle... avec Nadia. Fou de jalousie, Simone la viole devant Rocco et s’ensuit un duel aux poings entre les deux frères qui scelle le destin de ce dernier.

Devenant ainsi le véritable socle et protecteur de la famille, comprenant que la bonté naturelle et l’innocence de Simone s’estompent sous le poids d’un inconsolable chagrin d’amour, Rocco renonce à Nadia. Mais, sous le regard froid et désabusé de Nadia qui a toujours refusé d’accorder un quelconque crédit aux sentiments de Simone, la faiblesse du « grand » Simone dépasse de loin son courage et, dans un moment de désespoir et de profonde crise, ce dernier poignarde Nadia jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Dans l'épilogue final qui peut se classer parmi les plus belles scènes du cinéma italien, Ciro fait l’éloge et la critique du grand frère déchu et emprisonné devant le petit Luca. Un dialogue émouvant, à travers lequel Visconti nous narre la fin d’une société italienne traditionnelle et aliénante et l’avènement d’un monde moderne, dans lequel l’homme ne semble pas non plus pouvoir se reconnaître. C’est là, au détour de ce désert moral et existentiel, enveloppé d'un air poignant composé par le légendaire Nino Rota, que Luca s’en va rentrer chez lui, dans les cités construites à la va-vite en bordure des usines Alfa-Romeo, sans oublier toutefois de caresser du revers de la main, les affiches à la gloire de Rocco devenu champion et étoile montante de la boxe, brillant auteur d’une carrière sportive dont il ne voulait pas...

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Rocco et ses frères : comédiens et personnages[modifier | modifier le code]

  • La préparation du scénario fut partagée en "blocs narratifs", chacun centré autour d'un des cinq frères Parondi. Suso Cecchi d'Amico fut, comme à l'accoutumée, chargée d'établir le scénario définitif. Luchino Visconti attachait, évidemment, beaucoup d'importance aux personnages et aux comédiens susceptibles d'incarner ces rôles. Sur ce point, il fut, comme souvent, inflexible. Le choix des acteurs fut d'ailleurs une des pommes de discorde qui provoqua la rupture avec le producteur Franco Cristaldi.
  • Pour Simone, le frère criminel, Visconti s'est inspiré du caractère authentique de Renato Salvatori[1], homme sentimental, très lié à sa mère mais aussi excessivement passionné et capable d'accès de violence incontrôlée. Annie Girardot lui paraissait idéalement propre à incarner Nadia, la semi-mondaine qu'aime Simone. Visconti l'avait précédemment dirigée au Théâtre des Ambassadeurs à Paris, en 1958, aux côtés de Jean Marais, dans la pièce Deux sur la balançoire. Il avait remarqué son tempérament mélancolique, dû aux blessures de son existence : la séparation d'avec sa mère et la morphinomanie de son père. Katína Paxinoú, familière des rôles d'Électre et de Jocaste, n'eut, pour sa part, aucune difficulté à camper le rôle de cette mère "mélodramatique, nerveuse, envahissante, autoritaire...", à la façon d'Anna Magnani, telle que la désirait Luchino Visconti. "Cette Hécube lucanienne, c'est un peu la Grèce", remarquait Katína Paxinoú. Quant à Rocco, il constitue l'hommage de Visconti à Rocco Scotellaro, cet écrivain originaire de Lucanie, un de ceux qui firent entendre "la voix profonde" du Sud. Dès qu'Olga Horstig, agent des grandes vedettes françaises, lui présenta Alain Delon, Visconti reconnut, d'emblée, le protagoniste recherché. "J'avais besoin, dira Visconti, de cette candeur...Si on m'avait contraint à prendre un autre acteur, j'aurais renoncé à faire le film. D'autant qu'il a la mélancolie de qui se sent forcé de se charger de haine quand il se bat, parce que, d'instinct, il la refuse." Ciro, interprété par Max Cartier, apparaît, selon le critique Freddy Buache, comme le héros positif de cette œuvre. Il est la conscience lucide du réalisateur qui, rejetant la nostalgie et le fatalisme, s'inscrit dans la courbe irrépressible du mouvement de l'Histoire. "Il a cessé de ne se définir que par son passé et son présent ; il fonde sa dignité sur son devenir. Avec Ciro, l'œuvre ample de Visconti devient enfin ce qu'elle est : un inoubliable et bouleversant cri de liberté", conclut Freddy Buache.

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • Lion d'argent à la Mostra de Venise 1960
  • Prix spécial du jury
  • Prix de la fédération internationale de la presse cinématographique

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]