Âge de bronze des comics

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Âge de bronze des comics
Pays États-Unis
Période début des années 1970 — 1986
Période liée
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L'âge de bronze des comics est une période de l'histoire de la bande dessinée américaine qui s'étend du début des années 1970 à 1986. L'âge d'argent des comics peut être défini par le retour des super-héros sur le devant de la scène, et cela est marqué par le numéro 4 du comic book Showcase daté de septembre 1956, dans lequel apparaît un nouveau Flash, scénarisé par Robert Kanigher, dessiné par Carmine Infantino et encré par Joe Kubert. Le passage de cette période à celle de l'âge de bronze est moins facilement datable, mais cela correspond bien à une période où l'on voit apparaître de nombreux changements qui la différencient des périodes précédente et suivante. Elle est constituée de l'arrivée d'une nouvelle génération d'auteurs, de nouveaux genres qui remplacent les plus classiques, de nouvelles formes de diffusion et de vente des comics, l'apparition de nouveaux formats (mini-séries et graphic novels) et la meilleure reconnaissance du travail des artistes.

Origine[modifier | modifier le code]

L'arrivée de Jack Kirby chez DC Comics sert parfois à marquer le début de l'âge de bronze

Si le passage de l'âge d'or des comics à l'âge d'argent est facilement identifiable par l'instauration du comics code, abrégée en CCA[1], il n'est pas aussi aisé de séparer l'âge d'argent de l'âge de bronze. En effet, le changement tient plus de l'évolution que de la rupture et les prémices de l'âge de bronze existent déjà dans la période précédente. Plusieurs éléments marquent cette période. L'un d'entre eux est le réalisme qui tend à s'imposer[C 1]. Or cet aspect était déjà présent dans certains comics publiés par DC (Batman de Neal Adams) ou Marvel. Particulièrement chez cette dernière, les héros doutent et connaissent des difficultés que peuvent connaître les lecteurs (difficultés relationnelles, peines de cœur, etc.)[2]. Les séries de l'âge de Bronze accentuent cela et tendent à ancrer encore plus les héros dans le monde réel. Parmi les dates le plus souvent retenues pour marquer le début de l'âge de bronze on trouve celle de mai-juillet 1971 qui correspond à trois numéros de Amazing Spider-Man (n° 96 à 98), écrits par Stan Lee et dessinés par Gil Kane, publiés sans le sceau du comics code[3]. Une agence d'état avait demandé à Marvel de publier une histoire mettant les lecteurs en garde contre les méfaits des drogues. Stan Lee, qui est aussi le responsable éditorial, accepte mais la CCA n'approuve pas l'histoire qui viole l'interdiction totale de mentionner l'existence des drogues. Stan Lee passe donc outre ce qui amène les membres de la CCA, conscients que les règles édictées en 1954 doivent évoluées, à réécrire le comics code. La mention de drogue devient acceptable s'il s'agit de la condamner[P 1]. Un autre changement important est l'acceptation de la présence de monstres s'ils reprennent des monstres de la littérature ; les vampires et les loups garous peuvent donc de nouveau être des personnages de comics. D'autres dates sont parfois choisies comme point de départ de l'âge de bronze. L'arrivée de Jack Kirby chez DC est l'une d'entre elles. En 1970, Jack Kirby, mécontent de ne pas être assez reconnu comme auteur des comics qu'il dessine, quitte Marvel pour DC après avoir été contacté par Carmine Infantino. Là il crée Le Quatrième Monde qui regroupe quatre séries Mister Miracle, New Gods, Forever People et Superman's Pal Jimmy Olsen[4],[C 2]. Enfin une dernière date est parfois préférée. C'est celle de juin 1973 car cette année Gwen Stacy, la fiancée de Peter Parker meurt dans The Amazing Spider-Man #121[3]. cet épisode marque bien la tendance au réalisme qui s'impose. Jusqu'alors les héros et les personnages récurrents étaient de fait «immortels», à partir de cet épisode, la mort est une réalité.

Cette période est aussi marquée par l'érosion des ventes de comics[P 2]. Cependant, certaines séries résistent soit parce qu'elles semblent intouchables (comme Superman ou Batman) soit parce qu'elles s'imposent grâce au scénario ou au dessin. Ainsi les X-men, recréés en 1975, voient leurs ventes progresser sous la conduite de Chris Claremont au scénario et John Byrne au dessin[P 3]. Ces deux auteurs font partie de la nouvelle vague d'auteurs qui arrivent dans les années 1970[P 4] parmi lesquels on trouve comme scénaristes Bill Mantlo, David Michelinie, Dennis O'Neil, Jim Shooter, Len Wein, Marv Wolfman, etc. et comme dessinateurs Dave Cockrum, Mike Grell, Michael Wm. Kaluta, Marshall Rogers, Jim Starlin, etc. Avec ces nouveaux créateurs arrivent de nouveaux genres et de nouveaux formats.

De nouveaux genres[modifier | modifier le code]

Le Kung fu : inspiration pour de nombreux comics de l'âge de bronze

Les années 1970 voient la quasi-disparition de genres qui existaient depuis des décennies. Les comics de romance, déjà réduits à la portion congrue après 1950[B 1] disparaissent tout à fait et les westerns et les comics de guerre se raréfient. D'autres genres apparaissent sur les stands à leurs places comme l'heroic fantasy, l'horreur ou le kung fu. L'héroïc fantasy est représentée par des titres comme Conan de Roy Thomas et Barry Windsor-Smith ou Kull tous deux édités par Marvel. Les comics d'horreur sont incarnés chez Marvel par The Tomb of Dracula créé par Gerry Conway mais scénarisé surtout par Marv Wolfman et dessiné par Gene Colan ou Werewolf by Night de Gerry Conway et Mike Ploog et, chez DC, par House of Mystery et House of Secrets. C'est dans ce dernier qu'apparaît, dans le numéro 92, daté de juillet 1971, Swamp Thing de Len Wein et Bernie Wrightson. Enfin des personnages maîtres du kung fu apparaissent, bénéficiant de la vague d'intérêt pour cet art martial dans les années 1970 aux États-Unis. Shang-Chi est créé par Steve Englehart et Jim Starlin en décembre 1973 dans Special Marvel Edition #15, Iron Fist est créé par Roy Thomas et Gil Kane dans Marvel Premiere #15 en mai 1974, etc[P 3],[C 3].

Les années 1970 marquent aussi l'apparition du premier crossover entre deux maisons d'édition. En 1975, DC et Marvel publient conjointement une adaptation du Magicien d'Oz[B 2] et l'année d'après elles renouvellent l'expérience mais cette fois-ci en publiant une aventure mettant en présence Superman et Spider-Man écrite par Gerry Conway et dessinée par Ross Andru et Dick Giordano[5]. Ce type de rencontres se renouvellera souvent par la suite.

Ces tentatives pour créer de nouveaux genres et proposer le travail de nouveaux artistes va trouver sa limite en 1978 avec la «DC implosion». Le projet voulu par Carmine Infantino était de doubler le nombre de comics proposés par DC et d'augmenter le nombre de pages de ceux-ci. Les ventes ne suivent pas et rapidement la production est divisée par deux[P 5].

De nouvelles formes de vente[modifier | modifier le code]

Denis Kitchen : fondateur de Kitchen Sink Press, maison d'édition indépendante

Les comics underground connaissent eux aussi une crise. Ils disparaissent en tant qu'éléments de la contre-culture et de la contestation politique. Les auteurs qui ne désirent pas travailler pour les grandes maisons d'édition continuent à produire des comics personnels mais ne montrent plus cette volonté de s'opposer à la société américaine. Pour se faire connaître ils vont s'appuyer sur de nouveaux lieux de vente, les magasins spécialisés dans la vente de comics[6], et un nouveau système de distribution le Direct market imaginé en 1972 par Phil Seuling. Ce système permet de distribuer rapidement les comics dès qu'ils sortent des imprimeries jusqu'aux magasins spécialisés. Les invendus ne peuvent plus ensuite être renvoyés à l'éditeur et, en échange, les magasins peuvent commander de qu'ils veulent dans des quantités très limitées et bénéficient d'une marge plus importante. Ceci permet aux éditeurs de compenser la chute progressive des ventes chez les marchands de journaux et aux auteurs indépendants de trouver des éditeurs qui ne se soumettent pas au comics code et ne vendent que dans ces magasins spécialisés. Parmi ces éditeurs indépendants on trouve Pacific Comics qui est le premier éditeur à proposer des comics accessibles uniquement dans les magasins spécialisés. Il éditera ainsi Captain Victory and the Galactic Rangers et Silverstar de Jack Kirby. D'autres éditeurs importants trouvent leurs places comme Kitchen Sink Press, créé par Denis Kitchen, qui publie les œuvres de Howard Cruse et Trina Robbins, NBM Publishing qui propose des bandes-dessinées étrangères telles que Corto Maltese d'Hugo Pratt ou Lone Sloane de Philippe Druillet, Eclipse Comics avec les comics de Donna Barr, Chuck Dixon, Scott McCloud, etc. Toutes ces nouveaux éditeurs vont prendre la place de groupes existants qui ne parviennent pas à s'adapter à tous ces changements. Ainsi Dell disparaît en 1973, Warren Publishing en 1983, Gold Key en 1984 et Charlton en 1985[P 6]..

De nouveaux formats[modifier | modifier le code]

Howard Chaykin, dessinateur de la première mini-série

Le comic strip quotidien publié dans les journaux et le comic book paraissant régulièrement sont jusque dans les années 1970 les formats classiques de la bande dessinée américaine. À l'opposé, les comics underground ont une parution plus irrégulière et n'ont pas vocation à durer indéfiniment. Les années 1970 vont voir apparaître deux nouveaux formats proposés par les éditeurs classiques. La mini-série est un ensemble de comic book qui permet de raconter une histoire complète en quelques numéros, le roman graphique s'inspire des albums de bandes dessinées européens dans lesquels on trouve une histoire complète. La première mini-série est The World of Krypton écrit par Alan Kupperberg et dessiné par Howard Chaykin et Murphy Anderson et date de 1979. Elle est constituée d'une histoire qui à l'origine devait paraître dans le comics Showcase et qui était déjà écrite et dessinée lorsque ce comics est supprimé. Les responsables de DC Comics décident donc de la publier dans un format inédit[P 5].

L'origine du roman graphique est plus difficile à cerner car plusieurs titres se disputent l'honneur d'être le premier publié sous cette forme. En 1971, Archie Goodwin et Gil Kane produisent Blackmark un album de 119 pages qui rétrospectivement a été surnommé «le premier roman graphique américain». En 1976, sort Bloodstar de Richard Corben qui se définit comme roman graphique sur la couverture. Enfin en 1978 est publié par Eclipse Comics, Sabre: Slow Fade of an Endangered Species de Don McGregor et Paul Gulacy qui est le premier roman graphique destiné uniquement aux magasins spécialisés de comics[P 7]. Ce format se développe peu à peu et va servir ensuite à désigner aussi des compilations d'épisodes de comics.

La question du droit d'auteur[modifier | modifier le code]

Jusque dans les années 1970, la question du droit d'auteur n'existe pas. Les auteurs de comics sont payés à la page et l'éditeur garde tous les droits sur les personnages, les histoires publiées et les planches. Les créateurs sont rarement crédités et le nom des scénaristes et des dessinateurs n'apparaissent pas. Par ailleurs, certaines séries sont signées du nom de leur créateur mais sont réalisées par d'autres. Ce système de ghost artist est courant dans les comic strips. La série est alors plus importante que l'artiste. Peu à peu les artistes sont nommés dans les comics, surtout lorsque leur style est reconnaissable et peut attirer une partie du lectorat[6]. Au début des années 1950, EC Comics nomme les dessinateurs de chaque histoire publiée dans leus comics mais le scénariste reste encore dans l'ombre. Dans les années 1970, les différentes personnes (scénariste, dessinateur, encreur, lettreur) participant au comics sont nommées mais elles n'ont toujours aucun droit sur leurs travaux. La première reconnaissance financière concerne les planches originales. Suite à la création en 1973 de la nouvelle maison d'édition de Martin Goodman, Atlas Seaboard, et à ses conditions avantageuses pour les artistes, DC Comics, la même année, décide de rendre les pages des comics qui paraissent et accorde un petit pourcentage des bénéfices en cas de réimpression des comics et d'utilisation dans un autre média[7]. En 1976, Marvel suit l'exemple de DC. Les pages anciennes stockées seront rendues à partir du milieu des années 1980 car un recensement de celles-ci et une vérification de l'auteur de la page doivent être opéré avant. En 1978, les lois américaines sur le copyright changent. Les éditeurs vont donc proposer de nouveaux contrats qui leurs assurent les droits de propriété sur les créations des artistes mais cela ne se fait pas sans conflit entre les auteurs et les éditeurs. Ces tractations s'achèveront pour les dernières en 1987, bien que régulièrement des procédures judiciaires opposant les auteurs et les éditeurs aient lieu (Gary Friedrich contre Marvel, la famille Kirby contre Marvel, les familles de Jerry Siegel et Joe Shuster contre DC[8], etc.).

La suite[modifier | modifier le code]

L'âge de bronze laisse la place à l'âge moderne des comics, parfois nommé âge sombre des comics, en 1986-87 avec la publication de trois séries majeures : Batman: The Dark Knight Returns de Frank Miller, Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons, Crisis on Infinite Earths de Marv Wolfman au scénario et George Perez au dessin, tous trois édités par DC.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. p.523
  2. p.324
  1. p.34
  2. p.40
  3. p.112-113
  1. p.60
  2. p.61
  3. a et b p.62
  4. p.59
  5. a et b p.63
  6. p.68-70
  7. p.65

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « The Press : Horror on the Newsstands », Time magazine,‎ 27 septembre 1954, p. 1 (lire en ligne)
  2. Rita Reif, « ANTIQUES; Collectors Read the Bottom Lines of Vintage Comic Books », sur www.nytimes.com, New York Times,‎ 27 octobre 1991 (consulté le 13 avril 2012)
  3. a et b (en) Björn Saemann, How Comics Reflect Society : The Development of American Superheroes, Grin Verlag,‎ 2011, 48 p. (ISBN 978-3-640-83112-8, lire en ligne), p. 8
  4. (en) Mark Evanier, Jimmy Olsen adventures, DC Comics,‎ 2003, 160 p. (ISBN 9781563899843), « Introduction »
  5. (en) Bruce Buchanan, « Superman Vs. The Amazing Spider-Man » (consulté le 08 février 2012)
  6. a et b (en) Tony Isabella, 1,000 Comic Books You Must Read, Krause Publications,‎ 2009, 272 p. (ISBN 0896899217, lire en ligne)
  7. (en) Michael Dean, « Kirby and Goliath : The Fight for Jack Kirby’s Marvel Artwork », The Comics Journal Library « Jack Kirby »,‎ 2002 (lire en ligne)
  8. (en) Michael Dean, « An Extraordinarily Marketable Man: The Ongoing Struggle for Ownership of Superman and Superboy », The Comic Journal, no 263,‎ novembre 2004, p. 16 (lire en ligne)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article source utilisée pour la rédaction de cet article

  • (en) M. Keith Booker, Encyclopedia of Comic Books and Graphic Novels, ABC-Clio,‎ 2010, 763 p. (ISBN 978-0-313-35746-6, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Randy Duncan et Matthew J. Smith, The Power of Comics : History, Form & Culture, The Continuum International Publishing Group Inc.,‎ 2009, 346 p. (ISBN 978-0826429360, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gérard Courtial, À la rencontre des SUPER-HÉROS, Bédésup,‎ 1985, 152 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]