Comics underground

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Les comics underground ou bandes dessinées underground (en anglais, « underground comics ») ou comix[B 1] sont des bandes dessinées relevant de la culture underground, née aux États-Unis avant d'être diffusée dans le monde entier. Elles ont fortement inspiré les auteurs de bande dessinée alternative.

Définition[modifier | modifier le code]

Au sens strict, les comics underground sont des comics auto-produits sous forme de fanzines ou édités dans le cadre de la small press au cours des années 1960 et de la première partie des années 1970, et associés à la beat generation et au mouvement hippie.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les précurseurs[modifier | modifier le code]

La bande dessinée underground n'est pas apparue aux États-Unis ex nihilo et les artistes considérés comme faisant partie de ce mouvement ont souvent reconnu leurs dettes envers des artistes et des comics antérieurs. Parmi ceux-ci sont souvent cités Krazy Kat de George Herriman, les Tijuana Bibles[B 1], les EC Comics[1],[B 2] et les magazines dirigés par Harvey Kurtzman[1],[B 2]. Cependant, toutes ces œuvres ne se présentent pas ouvertement comme des ouvrages critiques de la société américaine.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Les comics underground se différencient donc de leurs prédécesseurs par la critique sociale et politique qui forme la base de leurs discours. Ceci est lié aux mouvements contestataires des années 1960 et 1970, à la libération sexuelle et aux mouvements pacifistes et hippies. Le début de ce mouvement peut être daté de la fin des années 1950, début des années 1960. En effet, dés 1959, Gilbert Shelton, dessine les aventures de Wonder Wart-Hog et en 1961 paraît le fanzine Wild de Don Dohler et Mark Tarka. Ce fanzine ne dure que 8 numéros mais on y trouve des artistes tels que Jay Lynch et Skip Williamson[E 1]. La liberté de ton, qui se retrouve dans ces comics, va de pair avec une diffusion des œuvres hors du système classique des marchands de journaux. Les comix sont publiés dans des journaux underground[1] ou dans des fanzines[E 2]. Le journal underground The East Village Other contient une section bande dessinée dans laquelle on trouve les œuvres de Vaughn Bodé, Spain Rodriguez et Willy Murphy. En 1964, Gilbert Shelton, Jack Jackson et Tony Bell font paraître une revue underground intitulée The Austin Iconoclastic Newsletter dans lequel Frank Stack publie The Adventures of J.[n 1]. Les épisodes seront ensuite rassemblés par Shelton qui en fera un recueil diffusé sous forme de photocopies. Par ailleurs cette même année Jack Jackson sous le pseudonyme de Jaxon publie ce qui est considéré comme le premier comics underground, God nose (snot reel) imprimé à 1 000 exemplaires[B 3]. À cette époque les auteurs de comix se rassemblent principalement à Austin au Texas ou en Californie[E 3]. L'édition et la diffusion est confidentielle et dépend du soutien de propriétaires de magasins spécialisés dans la vente de produits de la contre-culture[N 1] ou des magasins de comics comme celui de Gary Arlington à San Francisco ouvert en 1968 et qui pouvait se targuer d'être l'un des premiers[1]. L'accès à ces œuvres ne se fait donc pas par l'intermédiaire des kiosques mais par un circuit de distribution parallèle relayé par la diffusion sur les campus[B 1]. Cela implique une impression en quantité limitée ce qui n'empêche pas ces comics d'avoir une influence importante[N 1].

L'âge d'or[modifier | modifier le code]

Les comix sont donc le moyen pour de nombreux auteurs de diffuser leurs bandes dessinées. Parmi ceux-ci, on trouve on trouve Robert Crumb qui en 1967 publie Zap Comix[E 4]. Le premier numéro est imprimé à 5 000 exemplaires distribués dans des head shops et chez des disquaires[B 3]. Cela encourage la même année Jay Lynch et Skip Williamson à publier un comics nommé Bijou Funnies qui prend la place du magazine Chicago Mirror qu'ils éditaient[E 5].

Les comics underground sont souvent des œuvres auto-édités mais des maisons d'édition spécialisées commencent à apparaître. Ainsi en 1968, Shelton, Fred Todd, Dave Moriaty et Jaxon fondent en 1968 Rip Off Press qui publie Fabulous Furry Freak Brothers[B 4]. En 1970, Ron Turner fonde Last Gasp qui publie en 1972 le premier comics entièrement créé par des femmes, It ain't me, Baby, sous la direction éditoriale de Trina Robbins[B 3]. L'essor de cette bande-dessinée underground voit l'arrivée de nouveaux artistes tels que Kim Deitch, Justin Green, Rick Griffin, Dan O'Neill, Robert Williams et S. Clay Wilson. Le nombre de comix publié augmente (300 en 1973[B 4] et les ventes se chiffrent en dizaine de milliers d'exemplaires[B 4].

Déclin et métamorphose[modifier | modifier le code]

Après avoir atteint ces sommets, la chute est brutale. Le monde de la contre-culture américaine s'essouffle, la Cour suprême des États-Unis affirme que l'obscénité n'est pas couverte pas le premier amendement de la Constitution des États-Unis ce qui permet aux procureurs de poursuivre les auteurs et éditeurs de comix et les head shops sont soumis à la pression policière. Tout cela fait que les ventes de comix diminuent fortement[B 4]. Cependant, de nouveaux auteurs désireux de produire un travail personnel apparaissent, bien que les thèmes abordés diffèrent de ceux des comics underground. Ainsi Harvey Pekar propose un comic autobiographique dessiné par Robert Crumb. La scène underground se transforme en scène alternative. Les éditeurs de leur côté s'adaptent et publient ces comics proposant des sujets accessibles au plus grand nombre[B 5]. Les auteurs underground sont de plus en plus reconnus et leurs travaux sont parfois réédités et traduits par des maisons d'édition plus conventionnelles, pour devenir des produits culturels de masse, à l'instar des comics mainstream desquels ils se distinguaient à l'origine. Art Spiegelman est récompensé par un prix Pulitzer pour Maus et reçoit en 2011 le Grand prix de la ville d'Angoulême[2] ; Robert Crumb l'avait déjà reçu en 1999.

Influences[modifier | modifier le code]

En détournant ou en allant à contre-courant des codages et décodages traditionnels du genre dominant, comme le sens de lecture ou les personnages stéréotypés, les artistes underground, bien que reconnus, restent identifiables comme issus d'une avant-garde contre-culturelle.

L'influence des principaux auteurs de cette première période a conduit à un développement mondial de la bande dessinée underground. Ce mouvement stylistique influence aujourd'hui autant les auteurs de bande-dessinée diffusés à large échelle dans la société de consommation que ceux continuant à les diffuser par des moyens alternatifs, comme le DIY, de par le monde.

Styles et discours[modifier | modifier le code]

Les comics underground ne se contentent pas d'être un un objet artistique, ils sont aussi un moyen pour les artistes d'exprimer leurs opinions qui rejoignent celles de la contre-culture américaine de l'époque. On y trouve une critique de la société de consommation, des messages contre la guerre du Viêt Nam, des soutiens aux luttes pour les droits civiques mais aussi souvent une apologie de l'amour libre, des drogues et de tout ce qui appartient au mouvement hippie. Tout ce qui fonde la société américaine, comme la religion, ou ce qui en est une représentation idéale est critiquée. Ainsi en 1969, Franck Stack publie The New Adventures of Jesus, comics anti-religieux, et en 1971, l'anthologie Air Pirates Funnies se moque des personnages Disney[1]. L'ordre policier est aussi une cible des comics underground et, selon Spain Rodriguez, ceux-ci ont une approche plus réaliste de ce qu'est la police, y compris avec ses déviances (torture, mensonge, violence gratuite, etc.), que les médias grand public[3].

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. J. fait référence à Jésus

Références[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c p. 647
  2. a et b p. 648
  3. a, b et c p. 649
  4. a, b, c et d p. 650
  5. p. 654
  1. p. 44
  2. p. 43
  3. p. 50
  4. p. 53
  5. p. 52
  1. a et b p. 138

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Underground Comix Overview by Lambiek », sur lambiek.net,‎ 29 mai 2006 (consulté le 10 juin 2012)
  2. « Art Spiegelman Grand prix du Festival 2011 », La Charente libre, 30 janvier 2011.
  3. (en) Gary Groth et Spain Rodriguez, « 44The Spain Interview44 », The Comic Journal, no 206,‎ août 1998 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) M. Keith Booker, Encyclopedia of Comic Books and Graphic Novels, ABC-Clio,‎ 2010, 763 p. (ISBN 978-0-313-35746-6, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mark James Estren, A History of Underground Comics, Ronin Publishing,‎ 1993, 3e éd., 319 p. (ISBN 9780914171645, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Jean-Paul Gabilliet, Of Comics and Men : A Cultural History of American Comic Books, University Press of Mississippi,‎ 2010, 390 p. (ISBN 1604732679, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Charles Hatfield, Alternative Comics. An Emerging Literature, University Press of Mississippi, Jackson, 2005.
  • (en) Amy Kiste Nyberg, Seal of Approval : The History of the Comics Code, University Press of Mississippi,‎ 1998, 224 p. (ISBN 087805975X, lire en ligne)
  • (en) Bob Levin, The Pirates and the Mouse. Disney's War Against the Counterculture, Fantagraphics, 2003.
  • (en) Leonard Rifas, « Race and Comix » dans Frederick Luis Aldama (dir.), Multicultural Comics: From Zap to Blue Beetle, coll. « Cognitive Approaches to Literature and Culture », University of Texas Press, Austin, 2010, p. 27-38. (ISBN 9780292722811)
  • (en) Patrick Rosenkranz, Rebel Visions. The Undeground Comix Revolution 1963-1975, Fantagraphics, 2002.
  • (en) Dez Skinn, Comix: The Undergound Revolution, Thunder's Mouth Press, New York, 2004.


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Voir aussi[modifier | modifier le code]