Alexandre de Marenches

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Alexandre de Marenches
Ronald Reagan with Alexandre de Marenches.jpg
Ronald Reagan et Alexandre de Marenches
Fonction
Directeur
Service de documentation extérieure et de contre-espionnage
-
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
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Distinctions

Le comte Alexandre de Marenches, né le à Paris et mort le à Monaco, est un officier français, directeur général du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) de 1970 à 1981.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et jeunesse[modifier | modifier le code]

Descendant d'une vieille famille piémontaise, installée en Franche-Comté au XVe siècle et liée à plusieurs grandes familles de la noblesse européenne, dont les Habsbourg-Lorraine, il est le fils du capitaine Charles-Constant-Marie de Marenches (28 novembre 1881 à Lavans-lès-Dole- 2 décembre 1931), saint-cyrien, promotion du Centenaire de la Légion d'honneur (1901-1903), aide de camp du maréchal Foch, représentant du maréchal Pétain auprès du général Pershing avec Aldebert de Chambrun. Sa mère, Marguerite Clark de L'Estrade (7 mai 1881 New York - 3 mai 1968 Paris), citoyenne américaine, veuve du président-directeur général d’Ideal Standard Monahan[1], est issue d'une vieille famille huguenote installée aux États-Unis à la suite de la révocation de l'édit de Nantes.

Il est élevé à l'École des Roches, en Normandie, puis à Fribourg, en Suisse, ce qui contribue à le mettre en relation avec des cercles dirigeants. Son père meurt alors qu'il n'a qu'une dizaine d'années.

Engagement militaire[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, d'abord germanophile et pétainiste, il s'engage à 19 ans dans la cavalerie. Après l'entrée en guerre des Etats-Unis, il fournit des renseignements à l'ambassade américaine à Vichy, avant de gagner l'Espagne. Il rejoint en 1942 l'armée française en Afrique du Nord et participe avec son ami Albert Plécy (créateur à Alger du Service cinématographique des Armées) à la campagne d'Italie en 1943 où il devient l’interprète et officier de liaison du général Juin. Il est cependant hostile au général de Gaulle[1]. Comme Albert Plécy, également associé à l'état major et à la personne du futur maréchal Juin, Alexandre de Marenches y est blessé plusieurs fois et fait la connaissance d'une infirmière écossaise, qui devient son épouse quelques années plus tard.

En janvier 1946, il est attaché à l'état-major de la Défense nationale puis quitte l'armée française la même année. Tout en accomplissant des périodes de réserve militaire, où il obtient les galons de colonel, il s'occupe de ses affaires, en particulier la gestion d'une entreprise familiale de fonderie. Actionnaire et animateur de la société Esthétiques nouvelles, pour la recherches sur l'image et le devenir de la photographie appliquée, fondée par Albert PLécy, 9 rue Lincoln à Paris, à proximité des Champs Elysées[2], Marenches joue de ses relations mais se sert aussi de couvertures. En 1967, il est à la tête des dix personnes escortant le cercueil du maréchal Juin lors de ses funérailles.

Chef du renseignement[modifier | modifier le code]

Alors que Michel Debré, ministre de la Défense nationale, voit Jean-Émile Vié aux commandes du renseignement extérieur, le beau-frère de Georges Pompidou, François Castex, souffle à ce dernier le nom de Marenches qu'il a connu au sein du corps expéditionnaire français pendant la guerre. Pierre Messmer, ancien ministre des Armées, recommande sa candidature. Celle-ci est également appuyée par Anne-Marie Dupuy, directrice de cabinet de Georges Pompidou, qui est une amie proche de Marenches depuis la campagne d'Italie où elle était ambulancière[3]. Désirant placer à la tête du renseignement un homme n'ayant aucun lien avec les services, Pompidou opte pour Marenches. Lors du Conseil des ministres du 6 novembre 1970, il est nommé à la direction du SDECE (qui devient en 1982 la DGSE), par le président de la République Georges Pompidou. Il remplace à ce poste le général Guibaud. Sa nomination est une des conséquences des affaires Ben Barka et Marković ayant impliqué les services de renseignements français. Pompidou, sali personnellement par l'affaire Marković, fait appel à lui pour réformer profondément le service. Il commence sa mission par une purge d'anthologie.

Ses qualités linguistiques et sa faconde lui permettent de communiquer sans difficulté avec ses homologues anglophones, et, souhaitant « faire bénéficier la France de ses relations[4] », il devient l'interlocuteur privilégié de nombre de chefs d'État dans le monde et ami intime du roi du Maroc Hassan II, il est élu membre de l'Académie marocaine. Il est également proche du chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi[1]. Après l'élection de Ronald Reagan à la présidence des États-Unis d'Amérique, il serait devenu, selon le journaliste américain Colley, l'un de ses plus proches conseillers pour la conduite des affaires en Afghanistan. Il incarne l’alignement du renseignement français sur Washington et la CIA[1].

De 1977 à 1981, il a Michel Roussin comme directeur de cabinet. Didier Faure Beaulieu tient également cette fonction. Marenches réorganise le service action, élabore une stratégie basée sur la lutte contre l'empire communiste soviétique qu'il voit comme l'ennemi principal. Il invente le Safari Club, sorte de club rassemblant les services maghrébins, iraniens et saoudiens pour lutter contre la subversion communiste. Il monte un certain nombre « d'opérations », notamment en Afrique. Il entre en conflit avec Jacques Foccart. Mais, refusant de servir un gouvernement avec des ministres communistes tel que le premier gouvernement de François Mitterrand, il quitte ses fonctions le 12 juin 1981.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Il continue néanmoins d'offrir conseils et services aux rois et aux princes de ses amis. Il publie en 1986 un livre de mémoires, Dans le secret des princes, sous la forme d'un entretien avec la journaliste Christine Ockrent (Marenches 1986). Il y explique, entre autres, que l'administration américaine de Jimmy Carter a volontairement provoqué la chute du régime du shah Mohammad Reza Pahlavi d'Iran, pas assez démocrate à ses yeux, et qu'il développait un programme nucléaire. Dans ce livre, page 136, il mentionne aussi une rencontre à Paris avec le « chef des services israéliens ». Au vu de sa référence à Entebbe, et par recoupements des dates de services communs aux deux responsables, il a rencontré Yitzhak Hofi, chef du Mossad, à plusieurs reprises de 1974 à 1982. « Il y décrit en particulier le scénario implacable qui devait suivre l'occupation de l'Afghanistan par les Soviétiques : le déboulé des Russes vers la mer d'Oman[4]

En 1995, il décède au Centre Cardio-Thoracique de Monaco d'un infarctus quelques jours avant son soixante-quatorzième anniversaire.

Il est d'abord inhumé au Cimetière Nord de Dole, puis sa veuve le fait exhumer et incinérer, ainsi que leur fils ; leurs cendres sont déposées dans une chapelle[5].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1953, il épouse Lilian Witchell, américaine qu'il a rencontrée en 1944, décédée à Morges (Suisse) le 23 août 2012[6].

Depuis plusieurs siècles, les Marenches avaient à chaque génération un seul héritier mâle. Alexandre de Marenches, fils unique, ne dérogea pas à la tradition en ayant un seul garçon légitime : Anselme, né en 1956, mais celui-ci meurt des suites d'un accident de mobylette survenu le 26 juin 1971 à Grasse à l'âge de 15 ans[7]. Ce décès devait marquer la fin de la famille de Marenches.

Toutefois, Alexandre de Marenches a un enfant naturel[8], né dans les années 1950, celui-ci se fait appeler Jean-Edouard Lacarde de Marenches[6],[9].

Caractère et tempérament[modifier | modifier le code]

« Le comte de Marenches avait tout de l'aristocrate vieille école, parfaitement éduqué, doué d'un sens de la formule et de la politesse, s'il n'était pas prince, il avait appris à l'être. Pétri d'histoire et de culture militaire, « de l'imagerie du Moyen Âge, jusqu'auquel il faisait volontiers remonter ses ancêtres, il avait gardé la prestance, la faconde et l'outrance. L'appétit, aussi, et le goût de la chevalerie. Il aimait les chevaux, les femmes, et il tolérait les hommes quand ils avaient du courage. Alexandre de Marenches était né grand, corpulent et riche dans une famille d'ancienne aristocratie qui avait su par le mariage, avant que ces alliances deviennent vulgaires, refaire fortune en Amérique (...). Marenches avait hérité, outre la fortune, une familiarité naturelle et entretenue avec les grands de ce monde. Jeune homme, il en retint le goût du conciliabule, du secret partagé entre gens de même rang, et il en conçut une forme d'impertinence. Il en garda aussi, profondément, en contrepartie de tant de privilèges, le sens du service. Formidable conteur, charmeur et brutal, féroce souvent, Alexandre de Marenches savait ce qu'il en coûtait de demeurer tel qu'en lui-même le survivant d'un autre temps et d'une culture disparue. Peu lui ressemblent qui lui succèdent. Et c'est dommage[10]. »

Il fut surnommé Porthos à cause de sa corpulence ou encore « le Patricien » par ses hommes.

Dans l'ouvrage de Vladimir Volkoff Le Berkeley à cinq heures, il est représenté sous les traits d'un personnage nommé Lagardère.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Alexandre de Marenches et Christine Ockrent, Dans le secret des princes, Stock, 1986 (ISBN 2-234-01879-X), p. 254.
  • Atlas géopolitique, Stock, (ISBN 2-234-02021-2).
  • Claude Faure, Aux Services de la République, du BCRA à la DGSE, Fayard, .
  • (en) The Fourth World War: Diplomacy and Espionage in the Age of Terrorism (1re édition), William Morrow & Co, .
  • Jean-Christophe Notin, La maître du secret - Alexandre de Marenches, légende des services secrets français, éditions Tallandier, (ISBN 979-1021031296)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Le maître du secret. Alexandre de Marenches », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 20 novembre 2018)
  2. « Association "Les gens d'Image", témoignage », sur gensdimages.com (consulté le 28 décembre 2018)
  3. Jean-Christophe Notin, Le maître du secret, Paris, Tallandier, , 556 p. (ISBN 979-10-210-3129-6), p. 203-204
  4. a et b Jean Guisnel, « Alexandre de Marenches exfiltré vers l'au-delà », Libération,‎ (lire en ligne).
  5. "Le Maître du secret", biographie d'Alexandre de Marenches écrite par Jean-Christophe Notin, 2018, éditions Tallandier, page 500 et 501.
  6. a et b http://www.hommages.ch/Defunt/71183/Lilian_de_Marenches_Witchell
  7. "Le Maître du secret", biographie d'Alexandre de Marenches écrite par Jean-Christophe Notin, 2018, éditions Tallandier, pages 36 et 37.
  8. "Le Maître du secret", biographie d'Alexandre de Marenches écrite par Jean-Christophe Notin, 2018, éditions Tallandier, pages 500 et 501.
  9. https://www.facebook.com/jeanedouard.demarenches
  10. Christine Ockrent, « Le seigneur de l'ombre », L'Express,‎ (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]