Hooligan

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Panneau devant le Camp Nou interdisant des objets potentiellement dangereux, ainsi que des symboles incitant à la violence

Un hooligan est un adepte d'un sport utilisant la violence pour peser sur le sort d'une rencontre, tout comme les barra bravas en Amérique du Sud. Le terme « hooligan » est aujourd'hui lié au football.

Selon certains chercheurs, le mot serait mentionné dans des rapports de la police londonienne pendant l'été 1898 et repris dans les colonnes du journal Daily News en référence à un ivrogne irlandais notoire, Patrick Hooligan, demeurant à Londres et régulièrement impliqué dans des bagarres[1]. Une famille du XIXe siècle portant ce nom aurait aussi été connue pour avoir un mode de vie sauvage et violent[1]. Par extension, un « hooligan » serait une personne se comportant de la même manière. Une autre hypothèse veut que ce nom vienne d'un gang de Islington, appelé Hooley[2]. La dernière origine donnée par le dictionnaire The Compact Oxford English Dictionary parle d'un surnom donné à un personnage irlandais dans une chanson de music-hall à la fin du XIXe siècle[3]. Le terme est popularisé en Angleterre à partir de 1898 après qu'un membre d'un gang de Londres, surnommé les Hooligan Boys, a tué quelqu'un[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les historiens britanniques ont déjà bien étudié la question, et la lecture de The Roots of football hooliganism du trio Eric Dunning, Patrick Murphy et John Williams, est incontournable. En 1885, Preston North End joue un match contre Aston Villa. À l'issue du match, les deux équipes sont bombardées de pierre, attaquées à coup de bâtons et se font cracher dessus. Un des joueurs de Preston North End est si sauvagement agressé qu'il en perd conscience[5]. Très actifs avant la Première Guerre mondiale, les hooligans sont quasi absents des tribunes très familiales de l'entre-deux-guerres. En revanche, au terme du second conflit mondial, le hooliganisme fait son retour. On note 25 incidents par saison dans les années 1960[5] et ce phénomène touche une grande partie des clubs anglais dans les années 1970.

Le Royaume-Uni n'est pas seul touché par le fléau de la violence, et en France, Amiens se dote d'un service d'ordre dès 1906 pour endiguer ses supporters les plus indisciplinés… Les incidents dans les stades français sont moins nombreux qu'en Angleterre, mais certains d'entre eux dépassent en violence le « modèle anglais ». Ainsi, en 1967, mécontent d'une décision arbitrale, le public du Red Star mit le feu au stade et commença à démonter les tribunes. En 1932 déjà, les supporters du Havre AC avaient été suspectés d'avoir incendié le Stade de la Cavée Verte après une défaite 6-1 dans le derby face au FC Rouen[6].

Le traitement par la presse de ces incidents est variable avec le temps. Ainsi, une publication sérieuse comme France Football a soutenu bon nombre d'actions violentes de ces personnes, qui réagissaient face à une décision arbitrale contestable ou face à des forces de l'ordre trop rigides[réf. nécessaire]. On trouve des textes que l'on qualifierait aujourd'hui d'édifiants jusqu'au début des années 1980. Ainsi, lors de la Coupe du monde espagnole (1982), de graves incidents ont lieu entre les forces de police du cru et les supporters anglais. France Football mis alors l'accent sur les provocations de la police espagnole. Autre cas où les hooligans reçoivent le soutien des médias : les erreurs d'arbitrage. Citons ici pour l'exemple l'éditorial signé Jaques Ferran dans l'hebdomadaire France Football du (N°1522, page 3). Cet éditorial est intitulé « Nous sommes tous des hooligans de Leeds ! » et contient des passages explicites : « 1. L'arbitre est coupable. 2. La violence fait partie du jeu. », « Beaucoup de spectateurs français, témoins ahuris des exactions anglaises, étaient, dans le fond, par haine de l'arbitre, solidaires des supporters de Leeds » ou « Il est facile d'imaginer à quelles extrémités aurait pu se porter une foule française si, par exemple, dans une finale de Coupe d'Europe, l'arbitre avait pris, à l'égard de Saint-Étienne, les décisions qui enflammèrent les supporters de Leeds ! ». La presse britannique va même encore plus loin en créant à la fin des années 1960 un championnat d'Angleterre des hooligans. Chaque incident était noté par les journalistes et donnait droit à des points[réf. nécessaire].

L'intrusion de la politique change un peu la donne au début des années 1980. Les partis d'extrême droite tentent en effet de noyauter ces groupes de supporters. Aujourd'hui encore (cf le dernier rapport des Renseignements Généraux sur le sujet), le terme même de hooligan est très marqué politiquement.

Le hooliganisme connaît un virage en 1985 en raison du drame du Heysel. Les hooligans anglais sont montrés du doigt, bien que la gendarmerie belge et l'UEFA furent également condamnées par la justice belge suite à leur incompétence dans cette affaire. Une partie de la violence des hooligans était provoquée par les conditions déplorables qui étaient alors en usage dans les stades. On entassait en effet, jusqu'à l'étouffement, les supporters afin de gonfler un peu les recettes. Il faudra attendre la tragédie de Hillsborough en 1989 pour voir la mise en place d'une « vraie » politique globale des supporters en Angleterre, incluant la réfection des stades, bien que cette tragédie ne fût pas lié au hooliganisme. Depuis lors, le hooliganisme n'est plus un problème pesant comme ce fut longtemps le cas.

Si le Royaume-Uni a su gérer le problème hooligan, les autres nations européennes n'ont pas vraiment mis en place de politique globale pour traiter cette question, et les problèmes perdurent. En France, mais aussi en Belgique, Allemagne, Hollande ou Italie, pour se concentrer ici sur la seule Europe occidentale, le hooliganisme « à l'anglaise » a connu l'influence italienne du mouvement Ultras et de celles des hools hollandais, belges et allemands.

L'Espagne et le Portugal sont moins touchés par ce fléau que ses voisins mais comporte une scène Ultra fortement politisée (voire violente) avec des groupes comme les Ultras Sur 1980 du Real Madrid.

Parmi les plus violents des hooligans figurent les Headhunters (Chasseurs de Tête), supporters du club de football de Chelsea à Londres. Parallèlement à leurs activités axées autour de la violence, ils revendiquent leur idéologie néo-nazie et leurs liens avec le groupe néo-nazi Combat 18. On constatera cependant que leur influence est en baisse depuis la forte répression de la part des autorités britanniques.

En 1999, le reporter de la BBC, Donal McIntyre, a infiltré les Headhunters en endossant l'identité d'un fervent supporter du club, au point de se faire tatouer le logo du Chelsea FC sur le bras. Il a ainsi pu approcher les leaders du groupe, lors du Mondial 1998 en France, des matchs du championnat anglais et des rencontres européennes.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Les sociologues et journalistes qui ont enquêté sur le phénomène notent qu'il n'y a aucun lien systématique entre le hooliganisme et l'environnement social. Il semble que les hooligans proviennent des milieux les plus divers et qu'ils ne se recrutent pas, dans leur majorité, chez les chômeurs et autres défavorisés. L'appartenance à un camp et la participation à un match à risques peuvent motiver les plus enclins à la violence.

Groupes hooligans[modifier | modifier le code]

Angleterre[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Belgique[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Quinion, Michael, « "Hooligan" », World Wide Words,‎ 27 Juin 1998 (consulté le )
  2. « Violences jeunes, medias et sciences sociales », L'âge d'homme (consulté le 19 septembre 2010)
  3. (en) « hooligan », Compact Oxford English Dictionary, Oxford English Dictionary (consulté le 15 octobre 2008)
  4. History House Who were the original Hooligans?
  5. a et b The Guardian When did football hooliganism start?
  6. Ouest Éclair -édition de Caen, 22 novembre 1932
  7. dissous par le ministère de l'Intérieur en 2008 décret de dissolution de la Faction Metz
  8. a et b dissous par le ministère de l'Intérieur en 2010 Décret de dissolution du Commando Loubard et de la Milice Paris

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) E. Short, Crowds, Londres, Home Office Comittee of Crowds, 1924, 28 pages. (Premier ouvrage anglais écrit sur le sujet)
  • (en) Eric Dunning, Patrick Murphy et John Williams, The Roots of Football Hooliganism, Londres, Routlege & Kegan Paul, 1988
  • (en) Bill Bufford, Among the Thugs, Londres, Secker & Warburg, 1991. (parmi les hooligans)
  • (en) Eddy Brimson, Tear Gas and Ticket Touts, Londres, Headline,1999
  • (en) Martin King et Martin Knight, Hoolifan, 30 years of hurt, Londres, Mainstream Publishing, 1999
  • (en) Dougie Brimson et Eddy Brimson, Capital Punishment, London's Violent Football Following, Londres, Headline, 1997
  • (en) Adam Brown, Fanatics! Power, Identity & Random in Football, Londres, Routledge, 1998
  • (en) Gerard Reid, Football War, Londres, Sigma Leisure, 2000
  • (en) Franklin Foer, en:How Soccer Explains the World, 2000
  • Philippe Broussard, Génération supporter, Paris, Robert Laffont, 1990 (ISBN 2221069145)
  • Manuel Comeron (sd), Quels supporters pour l'an 2000?, Bruxelles, Labor, 1997 (ISBN 978-2804012441)
  • Roland Chatard, La Violence des spectateurs, Paris, Lavauzelle, 1994 (ISBN 978-2702503638)
  • Patrick Mignon, La Passion du football, Paris, Editions Odile Jacob, 1998 (ISBN 2738106110)
  • Pol Vandromme, Les Gradins du Heysel, Tournai, Gamma, 1985 (ISBN 978-2710327134)
  • Benjamin Danet, Violentes tribunes : le dossier noir du foot, Paris : Solar, 1999 (ISBN 2-263-02778-5)
  • William Langlois, Les guerriers du samedi soir, Paris, 2011 (ISBN 978-1-447-3948-7)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]