SAVAK

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Emblème des services secrets iraniens SAVAK, 1957-1979

La SAVAK (persan : ساواک acronyme de سازمان اطلاعات و امنیت کشور Sāzmān-e Ettelā'āt va Amniyat-e Keshvar, Organisation pour le renseignement et la sécurité nationale) était le service de sécurité intérieure et le service de renseignement de l'Iran entre 1957 et 1979, sous le règne de Mohammad Reza Chah. Dissous à la Révolution islamique, il fut remplacé par le VEVAK, en 1984.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le premier directeur de l'organisation est le général Teymour Bakhtiar [1] qui est remplacé par Hassan Pakravan en 1961 puis assassiné. Pakravan est remplacé en 1965 par le général Nematollah Nassiri, ancien camarade de promotion militaire du Shah, et le service fut réorganisé et devint de plus en plus “efficace” face à l'opposition islamique et communiste (Toudeh) de plus en plus remuante. Face à la mauvaise réputation de ses services secrets, le Shah congédie Nassiri en juin 1978 et le remplace par Nasser Moghaddam, qui restera en place jusqu'à la dissolution du service avec l'abolition de la monarchie en février 1979.

Prélude[modifier | modifier le code]

La première police politique en Iran fut mise en place par le Premier ministre Mohammad Mossadegh [2]. Le , Mossadegh informa le parlement iranien (Majlis) par lettre que l'Iran possédait depuis quelque temps une police politique nommée Amniat Edchtemai (Protection Sociale) [3]. L'Amniat Edchtemai devait principalement empêcher les troubles politiques et les grèves illégales. Mossadegh, dans sa lettre au Parlement, avance trois raisons pour la création de cette police politique ː

  1. La présomption d'innocence des opposants politiques arrêtés, qui peuvent être libérés sous caution, est une erreur dans la réglementation légale et doit cesser.
  2. Les réformes fondamentales génèrent toujours une certaine opposition. Pour mener à bien ces réformes, les opposants doivent être éliminés.
  3. Les opposants au gouvernement doivent être arrêtés par la force pour éviter de menacer la sécurité publique. Ils doivent être punis immédiatement pour éviter de nouvelles complots.

L'Amniat Edmtemai créa ses propres prisons, dans lesquelles des prisonniers étaient condamnés après un procès judiciaire. Les avocats, représentant légalement les accusés, n'étaient pas autorisés à y entrer [2].

Fondation et direction[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fondation de l'Edchtemai Amniat il n'y avait en Iran qu'une seule structure de renseignement militaire (G2), qui, d'après une idée d'experts en renseignements britanniques et américains, après le renversement de Mossadegh, devrait être complétée par un service de renseignement civil en Iran. Les services secrets de la Turquie, dans lesquels les services secrets nationaux et étrangers s'étaient unis dans une seule autorité, servirent de modèle pour la création de la SAVAK. La police politique de Mossadegh avait disparue à sa chute, et ce dernier avait rendue permanente l'application de la loi martiale en 1953. Selon le concept original, la SAVAK fut chargé de recueillir des informations et produire des rapports sur l'élaboration des politiques [4]. La loi établissant le SAVAK fut adoptée par le Sénat le et par le Parlement le . Conformément à la loi, SAVAK devait « protéger les intérêts de l'Etat et empêcher tout complot contre l'intérêt public » [5]. La mise en place des services secrets se fit principalement avec l'assistance de la CIA et du Mossad [6], ainsi qu'avec celle de divers autres services secrets occidentaux.

Le premier directeur du service fut le général Teymour Bakhtiar [1]. Bakhtiar devint après le renversement de Mossadegh le commandant de la garde royale et le gouverneur militaire de Téhéran, applicateur de la loi martiale. En tant que gouverneur militaire, il réduisit presque à néant le parti communiste Toudeh de 1953 à 1957 [7], date à laquelle les services secrets furent mis en place et la loi martiale abrogée. Il fut donc recommandé en tant que responsable de la nouvelle SAVAK. En tant que directeur de la SAVAK, Bakhtiar introduisit dans l'organisation de nombreux officiers qui lui étaient dévoués, lesquels n'avaient pas appris le travail de renseignement grâce à une formation explicite, mais plus par une « formation sur le tas ». Bientôt, sous la direction de Bakhtiar, le service de renseignement se développa pour former un état dans l'état, puis un instrument de pouvoir personnel de Teymour Bakhtiar. Au bout d'un moment, les agents de la SAVAK furent implantés partout en Iran et Teymour Bakhtiar devint une sorte de souverain secret du pays [8]. En 1961, Teymour Bakhtiar fut renvoyé, le Shah le soupçonnant de préparer un coup d'état et, en 1962, il fut expulsé du pays. Le , Bakhtiar mourut en Irak dans des circonstances mystérieuses. Il semble qu'il fut, comme Gérard de Villiers l'écrivit, victime d'une arme qu'il avait lui-même créée [9].

Le successeur de Bakhtiar fut son adjoint, Hassan Pakravan [10]. Une de ses premières décisions fut d'interdire la torture pour tout type d'interrogatoire [11]. En outre, Pakravan changea complètement la façon dont SAVAK opèrait. C'est en grande partie grâce à Pakravan que Rouhollah Khomeiny ne fut pas été exécuté après son arrestation et sa condamnation suite à son implications dans les violentes manifestations de juin 1963, mais libéré en 1964 de sa prison, puis, quand il refit parler de lui, envoyé en exil en Turquie, puis déporté en Irak [12]. Le , quelques jours avant l'anniversaire du lancement la révolution blanche, le programme de réforme de Mohammad Reza Chah, qui avait mené aux émeutes organisées par le clergé en 1963, le Premier ministre Hassan Ali Mansour fut victime d'un attentat commis par un membre des Fedayin-e Islam. Mansour décéda le 27 janvier 1965 des suites de l'assassinat. Après l'assassinat du Premier ministre Mansour, il apparut clairement aux yeux du Shah qu'Hassan Pakravan avait trop libéralisé la SAVAK, ce qui avait sa responsabilité dans l'assassinat du premier ministre. Le général Nematollah Nassiri devint le nouveau chef de SAVAK. La relève de Pakravan, selon de Villiers, "équivalait au remplacement d'un intellectuel éduqué par un homme à poigne bourru" [9]. Le général Nassiri fit ensuite de l'organisation, l'oppressante SAVAK crainte par tous, et décrite dans de nombreux rapports de l'opposition.

Le , après 13 ans à la tête de la SAVAK, Nassiri fut remplacé par Shah par Nasser Moghaddam. Nassiri était considéré pendant son mandat comme l'homme le plus violent d'Iran, répuuté cruel et sadique. Au cours de la Révolution islamique, il fut l'un des tous premiers membres de la SAVAK à être exécuté le .

Directeurs de la SAVAK[modifier | modifier le code]

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Officiellement, la SAVAK était sous les ordres directs du premier ministre et possédait des liens étroits avec l'armée. En réalité, le Premier ministre ne recevait que des informations sélectionnées par le directeur ou le chah, et l'armée appréciait peu de collaborer avec le service de renseignement. Deux fois par semaine, le chah recevait le directeur de la SAVAK dans son bureau et écoutait son rapport.

La SAVAK avait virtuellement des pouvoirs illimités d'arrestation et de détention[réf. souhaitée]. Elle opérait dans ses propres centres de détention, comme la célèbre prison d'Evin.

La plupart des membres de la SAVAK relevaient du troisième bureau, concernant le renseignement intérieur. Ce bureau était chargé du suivi de l'opposition et en particulier des mouvements communistes, et façonna l'image de la SAVAK, intérieurement et à l'étranger, en particulier dans les dernières années de son existence, alors que le chef du troisième bureau, Parviz Sabeti, était devenu l'homme le plus puissant de l'institution. De par cette mauvaise image, les succès des services d'espionnage étranger, comme le démasquage du général Ahmad Mogharebi à la solde de l'Union soviétique, furent complètement oubliés.

Surveillance[modifier | modifier le code]

Les membres de la SAVAK infiltrèrent presque tous les groupes d'opposition en Iran, du Front National co-fondé par Mossadegh au parti communiste Toudeh, des moudjahiddines du peuple iranien marxistes au Fedayin de l'Islam, proches des membres du clergé chiite liés à l'ayatollah Ruhollah Khomeini. Les groupes plus petits, tels que l'Union des communistes iraniens (Sarbedaran) maoïste ou des groupes plus importants, tels que les groupes terroristes commis par la lutte armée de l'Organisation des guérilla des fedayins du peuple iranien, la guérilla fedayin du peuple iranien ou l'Organisation des fedayins du peuple iranien étaient constamment surveillés. Des milliers de personnes membres de ces groupes, en particulier les critiques de régime politisés à gauche, islamiques ou marxistes-islamiques, furent arrêtés, interrogés, et généralement torturés lorsqu'ils se trouvaient impliqués dans des activités terroristes. En 1977, Amnesty International a estimé que le nombre de personnes détenues pour des raisons politiques en Iran était de plusieurs milliers. D'autres sources de l'opposition ont parlé de 25 000 à 100 000 prisonniers politiques [13]. Toutefois, ce nombre n'a jamais été confirmé par des organisations indépendantes.

En plus de ses activités domestiques, le service se chargeait de la surveillance des iraniens à l'étranger (tels les étudiants boursiers à l'étranger, particulièrement en France, aux États-Unis et au Royaume-Uni)[réf. souhaitée].

Processus de jugement[modifier | modifier le code]

Les procès relevaient des tribunaux militaires lorsque, selon le paragraphe sur la trahison de 1931, les preuves d'espionnage ou les aveux obtenus sous la torture étaient établis comme preuves irréfutables. L'accusé n'avait pas droit à un avocat commis d'office [14]. La défense de l'accusé relevait de la responsabilité de l'armée. Le chah pouvait accepter d'intercéder par une demande en appel - droit de grâce - en 6 jours. Si l'appel était rejeté, la peine de mort était appliquée dans les 48 heures par fusillade [15].

Un clip vidéo de l'écrivain accusé Khosrow Golsorkhi, activiste communiste notoire parfois dépeint comme le " Che Guevara iranien" [16], présenté sur la télévision d'État, montre une partie du procès. Khosrow Golsorkhi fut accusé d'être impliqué dans la planification d'une tentative d'enlèvement et de séquestration du Prince héritier (et peut-être aussi du Shah et de la Reine), en tant que membre des Moudjahiddine du peuple [17].

Censure[modifier | modifier le code]

En plus du suivi direct de l'opposition politique du Shah, la SAVAK était également responsable de la censure des médias et de la littérature. La loi sur la presse du 30 juillet 1955 fut conçue de telle sorte que les déclarations critiques contre la religion et la monarchie pourraient être interdites par une ordonnance du tribunal. Après 1963, la pré-censure était soumise au nouveau ministère de l'information (lequel fut dirigé plus tard par Hassan Pakravan, ancien directeur de la SAVAK qui tenta d'abolir la censure) [18].

Torture[modifier | modifier le code]

Il était de notoriété publique que la SAVAK soumettait régulièrement ses détenus récalcitrants à la torture physique[19].

Ambiance[modifier | modifier le code]

Des agents de la SAVAK menaient aussi des opérations les uns contre les autres[réf. souhaitée]. Teymour Bakhtiar fut assassiné par des agents de la SAVAK en 1970[réf. souhaitée], et Mansour Rafizadeh, directeur d'opérations de la SAVAK aux États-Unis, rapporta[réf. souhaitée] que le téléphone du Général Nassiri était sous écoute. Hussein Fardust, un ancien camarade de classe du Chah, a été directeur délégué de la SAVAK jusqu'à ce qu'il soit nommé chef de l'Inspection Impériale, aussi connue sous le nom de Bureau Spécial du renseignement, qui s'occupait de surveiller les officiels de haut niveau, dont les directeurs de la SAVAK.

Post-Révolution[modifier | modifier le code]

Après le départ en exil du Chah en janvier 1979, les 15 000 agents de la SAVAK furent la cible de représailles aveugles et déchainées. La plupart de ses dirigeants furent assassinés, un bon nombre de ses employés furent exécutés arbitrairement [réf. souhaitée] sur l'ordre de Rouhollah Khomeini dès sa prise du pouvoir en février de la même année. Khomeini avait annoncé que les gens de l'ancien régime devraient se présenter pour bénéficier de "la justice islamique" et "être libérés" si innocents. Sur cette affirmation, un grand nombre des savaki [réf. souhaitée] se sont rendus et ont été exécutés. L'un des anciens directeurs de la SAVAK qui avait conseillé d'exiler Khomeiny plutôt que de le condamner à mort, s'est rendu en Iran et a été fusillé. Selon Alexandre de Marenches, Khomeiny ne voulait pas qu'on puisse dire qu'il lui devait la vie[20].

La SAVAK a été remplacée par la SAVAMA, Sāzmān-e Ettelā'āt va Amniat-e Melli-e Irān (« Organisation du renseignement et de la sécurité de la nation iranienne »). La SAVAMA sera par la suite renommée VEVAK, Vezārat-e Ettelā'āt va Amniat-e Keshvar (« Ministère des renseignements et de la sécurité nationale »).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Issa Pejman, Assar-e Angosht-e Savak vol. 1, Nima Publishing, Paris, février 1994.
  2. a et b Erfan Ghaneei, Dar Damgah Hadeseh (In the Net of Events), Ketab Corp, 2012, p. 56.
  3. (fa) « نامه محمد مصدق به مجلس شورای ملی برای بنیان سازمان امنیت با نام امنیت اجتماعی ۲۰ آبان ۱۳۳۱ - مشروطه », sur mashruteh.org (consulté le 15 septembre 2017)
  4. (en) Gholam Reza Afkhami, The Life and Times of the Shah, University of California Press, (ISBN 9780520942165, lire en ligne), p. 381
  5. (de) Amad Farughy et Jean-Loup Reverier, Persien: Aufbruch ins Chaos? ; eine Analyse der Entwicklung im Iran von 1953 - 1979, Goldmann, (ISBN 9783442038466, lire en ligne), p. 60
  6. Henner Fürtig, Die Islamische Republik Iran, 1987, p. 60
  7. Office of the Military Governor of Teheran, Black Book on Tudeh Officers Organization, 1956. ISBN 978-3-8442-7813-2[1]
  8. Ehsan Naraghi, From Palace to Prison, I. B. Tauris, 1994, p. 176
  9. a et b Gérard de Villiers, Bernard Touchais et Annick de Villiers, L'irrésistible ascension de Mohammad Reza, shah d'Iran, Plon, (lire en ligne)
  10. « Hommage au général H. Pakravan », sur www.sahebjam.fr (consulté le 16 septembre 2017)
  11. Abbas Milani, Eminent Persians, Syracuse University Press, 2008, p. 478.
  12. Ehsan Naraghi, From Palace to Prison, I. B. Tauris, 1994, p. 177.
  13. Reza Baraheni et James D. Seymour, « Political Prisoners in Iran », The New York Review of Books,‎ (ISSN 0028-7504, lire en ligne)
  14. Bahman Nirumand, Persien, Modell eines Entwicklungslandes, Hambourg, 1967, p. 128
  15. Ulrich Gehrke, Iran, p. 253
  16. (en) « THE CHE GUEVARA OF IRAN, KHOSROW GOLSORKHI: “EQUALITY” —TRANS. SHERRY LAICI—FIRST TIME IN ENGLISH!!! », Scarriet,‎ (lire en ligne)
  17. Gholam Reza Afkhami, The life and times of the Shah, University of Califormia Press, 2008, p. 402
  18. Ulrich Gehrke, Iran, 1975, p. 106
  19. Ryszard Kapuscinsky (traduction Véronique Patte) Le Shah Flammarion Paris 2010 241p (ISBN 978-2-0812-3177-1)
  20. Dans le secret des princes Christine Ockrent et Alexandre de Marenches Albin Michel

Voir aussi[modifier | modifier le code]