Allen Dulles

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Allen Dulles
Image illustrative de l'article Allen Dulles
Fonctions
1e directeur civil de la CIA
Prédécesseur Walter B. Smith
Successeur John McCone
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Watertown, New York (États-Unis)
Date de décès (à 75 ans)
Nationalité États-Unis
Diplômé de Université de Princeton, université George Washington
Profession service diplomatique, avocat, agent secret, directeur de la Central Intelligence Agency

Allen Dulles

Allen Welsh Dulles ( - ) est le premier directeur civil de la Central Intelligence Agency, du 26 février 1953 au 29 novembre 1961, et l'un des sept membres de la commission Warren chargée d'enquêter sur l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Il est également le frère cadet de John Foster Dulles, Secrétaire d'État des États-Unis du gouvernement Dwight Eisenhower, de 1953 à 1959, et actionnaire principal de la United Fruit Company, société bananière influente dans les républiques bananières d'Amérique latine.

Allen Dulles est controversé : sa carrière au sein de l'État américain n'a cessé d'être émaillée de conflits d'intérêts personnels et familiaux plus ou moins importants, dus à sa participation aux opérations de grands groupes industriels internationaux ainsi qu'à la carrière de son frère John Foster, qui a aussi travaillé pour ces grands groupes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un pasteur presbytérien, Allen Dulles est né à Watertown, dans l'État de New York.

Il fait ses études à l'université de Princeton et il entre dans les services diplomatiques en 1916. Il est envoyé en Suisse[1] ; il est responsable du rejet de la demande de Vladimir Lénine d'un visa pour les États-Unis, le 8 avril 1917[1]. En 1919, après la Première Guerre mondiale, lui et son frère Foster font partie de la délégation « américaine » de la Conférence de paix de Paris[2]. En 1926, il obtient un diplôme de droit à l'université George Washington et trouve un emploi dans la société Sullivan & Cromwell LLP, un cabinet d'avocats international basé à New York dans lequel travaille déjà son frère Foster[3],[4]. Il travaille alors comme financier pour Wall Street, et notamment pour la Standard Oil dont il représente les intérêts en Europe. À ce titre, il est impliqué dans des liens financiers avec l'Allemagne nazie avant la guerre de 1939-1945[N 1].

Dulles est recruté par William J. Donovan pour devenir chef des opérations à New York pour le compte du COI (Coordinator of Information), organisme de renseignements américain renommé Office of Strategic Services (OSS) en 1942.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Dulles est chef de station de l'OSS à Berne en Suisse et de là, il fournit à son gouvernement des informations concernant l'Allemagne nazie[5]. Parmi son réseau d'informateurs, il a un atout : son vieil ami Thomas McKittrick, le président américain de la Banque des règlements internationaux à Bâle, un point clé dans le réseau de l'argent transnational qui a contribué à maintenir l'Allemagne dans les affaires pendant la guerre[6].

Après la Seconde Guerre mondiale, il fonde en 1948 avec William J. Donovan, le Comité américain pour une Europe unie[7], un organisme qui fait transiter des fonds privés et gouvernementaux américains vers l'Europe, afin de financer des organismes européens fédéralistes, comme le Mouvement européen. Et il appuie la formation de Fraternité mondiale en Europe, alors qu'il entre à la CIA[5], en devient le n° 2 puis le directeur en 1953, nommé par Eisenhower. Pendant cette période il fonde Radio Free Europe, dont le but est de combattre le communisme, en diffusant des idées et des informations inaccessibles aux habitants du bloc de l'Est[5].

Dans le contexte de la guerre froide entre les États-Unis et l'URSS, Allen Dulles désire contrer l'avancée du communisme en Europe, et pour cela, il va promouvoir l'unité européenne. Outre le financement des organisations fédéralistes européenne par le biais du Comité américain pour une Europe unie, certains auteurs comme Christophe Deloire et Christophe Dubois considèrent que Dulles a entretenu des relations directes avec les protagonistes de la construction européenne, comme Jean Monnet et Robert Schuman[8].

Certaines actions d'Allen Dulles sont controversées : sous couvert de protéger les intérêts américains (politique du New Look), il renverse des gouvernements démocratiquement élus dont il pense qu'ils s'allieront peu ou prou au bloc soviétique (URSS). Ainsi, à travers des opérations secrètes, il fait emprisonner le premier ministre élu d'Iran Mohammad Mossadegh, en 1953, puis le président du Guatemala Jacobo Arbenz en 1954, également élu démocratiquement. Dans le cas de Mossadegh, il s'agit de donner le pétrole iranien à British Petroleum ; dans le cas d'Arbenz, il s'agit d'empêcher une taxe d'entrer en vigueur sur les bananes exportées par United Fruit. La CIA paraît ainsi davantage servir les intérêts financiers des grands groupes plutôt que la démocratie et la liberté[9],[N 2].

Allen Dulles a promu l'opération Mockingbird, dont le but est d'influencer les sociétés de média américains[N 3].

En mars 1953, le sénateur Joseph McCarthy commence une série d'investigations sur une potentielle subversion communiste au sein de la CIA. Malgré le manque d'éléments révélateurs d'un dysfonctionnement, les audiences, pouvant être dommageables pour la réputation de la CIA et pour la sécurité des informations sensibles, Dulles persuade Eisenhower de demander à McCarthy d'arrêter ses attaques contre l'agence[10].

De 1953 à 1954, l'opération PBSUCCESS, conjointement mené par l'United Fruit Company, dont Dulles est le principal actionnaire, et la CIA, permet de renverser Jacobo Arbenz Guzmán, le président du Guatemala démocratiquement élu.

En tant que directeur de la CIA, il est aussi impliqué dans un projet d'assassinat de Patrice Lumumba (1961), le Premier ministre du Congo. Dulles aurait mal interprété la volonté du président Dwight Eisenhower[11],[12]

Pendant le mandat de John Fitzgerald Kennedy (JFK), Dulles fait face à des critiques grandissantes[13]. L'échec de l'invasion de la baie des Cochons à Cuba[14] et de plusieurs projets d'assassinat (dont la majorité utilise la mafia et des Cubains anticastristes comme recrues) de Fidel Castro (opération Mongoose)[15], ainsi que les régimes pro-américains de l'Iran et du Guatemala, largement perçus comme brutaux et corrompus, minent la crédibilité de la CIA[16].

Dulles est renvoyé par Kennedy pour sa participation à la préparation de l'audacieux document « opération Northwoods » dont le but est d'utiliser la CIA dans des attaques réelles ou simulées et d'en accuser Cuba, dans le but d'obtenir un soutien populaire pour une guerre avec ce pays.

Dulles publie le livre The Craft of Intelligence (L'Art du renseignement) en 1963.

Après l'assassinat de Kennedy, le président Lyndon Johnson engage Dulles comme l'un des sept membres de la commission Warren[17]. Malgré sa connaissance de plusieurs projets d'assassinats par la CIA, la mafia et les anticastristes envers Castro, dans aucun document qu'il remet aux autorités d'enquête, Dulles ne mentionne ces faits durant la commission d'enquête qui se déroula de 1963 à 1964. Parmi les nombreuses théories sur l'assassinat de Kennedy, une prétend que Dulles s'est allié à Lyndon Johnson et la mafia de Chicago ; le crime est parfait, puisque Johnson est nommé président des États-Unis à la suite de la mort de Kennedy, et c'est lui qui nomme Dulles chef de l'enquête sur l'assassinat de Kennedy[18].

En 1969, Dulles meurt à l'âge de 75 ans d'une grippe et d'une complication par pneumonie. Son épouse meurt en 1974 à 80 ans.

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

Allen Dulles est incarné par plusieurs acteurs dans différents films et téléfilms[19] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Kinzer souligne le rôle central de John Foster Dulles, le frère d'Allen, dans l'acheminement des fonds des États-Unis à l'Allemagne nazie dans les années 1930. En effet, son amitié avec Hjalmar Schacht, le président de la Reichsbank et le ministre de Hitler de l'économie, a été crucial pour la reconstruction de l'économie allemande. Sullivan & Cromwell a émis des obligations pour le fabricant d'armes Krupp A. G. et a également travaillé pour IG Farben, le conglomérat de produits chimiques. Le cabinet d'avocats des frères Dulles n'a pas été le seul dans son empressement à faire des affaires avec les nazis - beaucoup à Wall Street et de nombreuses sociétés américaines, y compris Standard Oil et General Electric, avaient des intérêts en Allemagne. Allen Dulles a cependant des scrupules à opérer en Allemagne nazie, et il pousse à la fermeture du bureau de Sullivan & Cromwell en Allemagne en 1935, un mouvement opposé à celui de son frère. (« Overt ad Covert », sur New-York Times (consulté le 23 mai 2016))
  2. La vision du monde manichéenne des frères Dulles s'est avérée être un mauvais outil pour faire face aux complexités de l'ère postcoloniale. Des dirigeants comme Lumumba et Mossadegh auraient bien pu avoir été ouverts à la coopération avec les États-Unis, le voyant comme un allié naturel des ennemis du colonialisme. Toutefois, pour les frères Dulles, et pour une grande partie du gouvernement américain, les menaces sur les intérêts des entreprises américaines ont été classées comme soutien pour le communisme. « Pour nous », a expliqué une fois John Foster Dulles, « il y a deux sortes de gens dans le monde. Il y a ceux qui sont chrétiens et soutiennent la libre entreprise, et il y a les autres ». Rejeté par les États-Unis, les nouveaux dirigeants se tournent vers Moscou. « Overt ad Covert », sur New-York Times (consulté le 23 mai 2016)
  3. Allen Dulles supervise le réseau Mockingbird des employés de média recrutés ou infiltrés. Dulles est un partenaire senior de la société Sullivan et Cromwell à Wall Street, qui représente les intérêts de la famille Rockefeller et de trusts, corporations et cartels aussi bien allemands qu'américains. Ces géants des affaires veulent voir leurs points de vue dans la presse. (en) Bridget S. Howe, If the West Falls...: Globalization, the End of America and Biblical Prophecy, WestBow Press, (ISBN 9781449721794, lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Grose 1994, p. 26.
  2. Grose 1994, p. 36, 46.
  3. « Allen Dulles », sur www.u-s-history.com (consulté le 23 mai 2016)
  4. Stephen Kinzer, « When a C.I.A. Director Had Scores of Affairs », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  5. a, b et c « A Look Back ... Allen Dulles Becomes DCI », sur CIA.gov (consulté le 24 mars 2012)
  6. Adam Lebor, « ‘The Brothers,’ by Stephen Kinzer », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne)
  7. Thiérry Grobois, La stratégie de Ford à l'égard de l'intégration européenne, p. 9-10 (Pdf)
  8. Christophe Deloire et Christophe Dubois, Circus Politicus, Albin Michel, coll. « Essais Doc. », , 461 p. (ISBN 978-2226238597, lire en ligne)
  9. Documentaire TV, CIA guerres secrètes, opérations clandestines, 2003, Arte
  10. « McCarthy charges communists are in the CIA - Jun 02, 1954 - HISTORY.com », sur HISTORY.com (consulté le 23 mai 2016)
  11. Commission Church, Interim Report: Alleged Assassination Plots Involving Foreign Leaders, III, A, Congo
  12. Government Hit Squads, Minus the Hits, NYT, Scott Shane, 18 juillet 2009
  13. (en) Britannica Book of the Year 1970, Chicago, Encyclopaedia Britannica, Inc., (ISBN 0-85229-144-2), p. 580
  14. « Bay of Pigs Chronology », sur nsarchive.gwu.edu (consulté le 23 mai 2016)
  15. (en) James Srodes, Allen Dulles: Master of Spies, Regnery Publishing, (ISBN 9780895262233, lire en ligne)
  16. Immerman, 1982
  17. (en) « Report of the President's Commission on the Assassination of President Kennedy »
  18. « The Dulles brothers and their secret wars » (consulté le 5 novembre 2014)
  19. (en) Allen Dulles (comme personnage à l'écran) sur l’Internet Movie Database

Sources[modifier | modifier le code]

  • Allen Dulles, The Craft of Intelligence, (ISBN 1-59228-297-0)
  • (en) Richard H. Immerman (en), The CIA in Guatemala: The Foreign Policy of Intervention, Austin: University of Texas Press,
    (en) A. B. Magil, « Reviewed Work: The CIA in Guatemala: The Foreign Policy of Intervention by Richard H. Immerman », Science & Society, Guilford Press, vol. 51,‎ , p. 216-219 (JSTOR 40404389))
  • (en) Peter Grose, Gentleman Spy: The Life of Allen Dulles, Boston, Houghton Mifflin, [détail de l’édition] (ISBN 978-0-395-51607-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]