Refus global

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Refus global est un manifeste artistique publié le à Montréal par les Automatistes. Il paraît secrètement[1] aux Éditions Mythra-Mythe.

Son auteur, Paul-Émile Borduas, remet en question les valeurs traditionnelles et rejette l'immobilisme de la société québécoise. Il considère alors que le surréalisme ne peut coexister avec le dogme religieux[2]. Il désire plus que tout soustraire les contraintes morales afin d’épanouir sa liberté individuelle[3].

Ce manifeste est plus radical et libertaire[4] que Prisme d'yeux lancé quelques mois auparavant.

Le document[modifier | modifier le code]

Un recueil, publié en 400 exemplaires, contient en entrée le manifeste proprement dit de même que d'autres textes, des illustrations et des photographies[5].

Table des matières du recueil
Couverture: texte de Claude Gauvreau, dessin de Jean-Paul Riopelle[6]
1. Paul-Émile Borduas Refus global[7]
2. Paul-Émile Borduas En regard du surréalisme actuel[8]
3. Paul-Émile Borduas Commentaires sur des mots courants[9]
4. Claude Gauvreau Au cœur des quenouilles[10]
5. Claude Gauvreau Bien-être[11]
6. Claude Gauvreau L'ombre sur le cerceau[12]
7. Bruno Cormier L'œuvre picturale est une expérience[13]
8. Françoise Sullivan La danse et l'espoir[14]
9. Fernand Leduc Qu'on le veuille ou non...[15]

Dans la prose de Borduas, on peut y lire une description sans complaisance de la société :

« Un petit peuple serré de près aux soutanes restées les seules dépositaires de la foi, du savoir, de la vérité et de la richesse nationale. Tenu à l'écart de l'évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers, éduqué sans mauvaise volonté, mais sans contrôle, dans le faux jugement des grands faits de l'histoire quand l'ignorance complète est impraticable[16]. »

Signataires[modifier | modifier le code]

Il est contresigné par 15 artistes dont 8 hommes et 7 femmes, proportion hors du commun à cette époque[17]. L’idéologie automatiste n’est pas la même chez tous les signataires. Certains tel que Pierre Gauvreau et Riopelle veulent rattraper l’Europe sur le plan artistique alors que Borduas et Claude Gauvreau désirent effectuer ce rattrapage et pousser cela encore plus loin afin de permettre au Québec de se défaire de l’image de « Pauvre petit peuple » en processus de décolonisation. Ils désirent une revendication radicale non seulement artistique mais aussi sociale. Claude Gauvreau est particulièrement affecté par les précurseurs surréalistes et présurréalistes. Il écrit d’ailleurs son premier recueil de poésie «Étal mixte» à la suite de sa découverte des «Vingt-Cinq poèmes» de Tzara. Au Québec contrairement en Europe, l’automatisme est mieux compris par les gens du peuple et est snobé par l’élite. Il s’agit donc d’un mouvement de démocratisation de l’art. Par contre le langage plastique isole les automatistes malgré un rapprochement avec les milieux populaires et les met en marge socialement. Tout comme Borduas, des artistes tels que John Lyman se consacrent spécifiquement à la défense du champ artistique[18].

Contexte et suites[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1940, l’automatisme au Québec commence tranquillement à s’imposer en raison de l'influence des écrits de Nietzsche et de Freud. Borduas, pour sa part, ne s'associe à aucun parti; il est considéré comme un anarchiste[19], et Refus global est avant tout un constat de la décrépitude de la civilisation chrétienne[20].

À cause de Refus global, Borduas perd son emploi d'enseignant et doit s’exiler aux États-Unis[21]. Autrement, le manifeste cause peu de remous[22], ce que Jonathan Meyer explique par la quasi-inexistence de la télévision comme medium de masse[23].

Marcel Barbeau lui-même, dans le documentaire Les Enfants de Refus global, explique qu’il ne s’agissait pas d’un mouvement social très dessiné et que c’était plutôt un manifeste contre une structure sociale très fermée. C’est plus tard que l’on associera Refus global au parti socio-démocrate et néo-nationaliste[24]. En effet, dans les années 1960, période où le Québec s'emploie à faire valoir son identité et son autonomie politique, Borduas sera perçu comme un héros sauvant l’intégrité culturelle du peuple canadien français. Depuis, Refus global est devenu une référence régulièrement citée pour signaler que la « Grande Noirceur » duplessiste n'a pas étouffé toute vie intellectuelle au Québec, étant ainsi présenté comme un signe précurseur de la Révolution tranquille et du Modèle québécois.

L'interprétation du sens du Refus global dans l'histoire intellectuelle du Québec continue de susciter des réflexions même cinquante ans plus tard[25],[26]. Ainsi, en 1998, le prix Condorcet a été remis « À tous les signataires du Refus global ». La même année, Manon Barbeau lançait le film Les Enfants de Refus global[27].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Le groupe rock québécois Tango Tango a repris ce thème[28].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Nestor, Sur les traces de l’anarchisme au Québec : les années 1940, Ruptures, n°5, printemps 2005, texte intégral.
  • Louis Gill, Art, politique, révolution. Manifestes pour l’indépendance de l’art. Borduas Pellan, Dada, Breton, Rivera, Trotsky, Montréal, M Éditeur, 2012, introduction, pp. 9-13.
  • François-Marc Gagnon, Chronique du mouvement automatiste québécois, Lanctôt Éditeur, 1998, 1023 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Julie Gaudreault, Le recueil écartelé. Étude de Refus global, Québec, Éditions Nota Bene,2007, p.9.
  2. Louise Vigneault, Identité et modernité dans l’art au Québec. Borduas, Sullivan, Riopelle.(Montréal, Éditions Hurtubise HMH, Cahiers du Québec, coll. « Beaux-Arts », no 132, 2002) p. 109.
  3. Vigneault, op. cit., p. 101.
  4. Louis Cornellier, Art et politique: une relation malaisée, Le Devoir, 24 mars 2012, lire en ligne.
  5. Les Automatistes et le livre
  6. Description de la couverture du Refus global
  7. Voir le document Refus global, disponible sur Wikisource.
  8. En regard du surréalisme actuel
  9. Commentaires sur des mots courants
  10. Au cœur des quenouilles
  11. Bien-être
  12. L'ombre sur le cerceau
  13. L'œuvre picturale est une expérience
  14. La danse et l'espoir
  15. Qu'on le veuille ou non...
  16. Cette information est issue du document Refus global, disponible sur Wikisource.
  17. Jonathan Mayer, Les échos du refus global, Québec, Éditions Michel Brûlé, 2008. p.13.
  18. Louise Vigneault, Identité et modernité dans l’art au Québec. Borduas, Sullivan, Riopelle.(Montréal, Éditions Hurtubise HMH, Cahiers du Québec, coll. « Beaux-Arts », no 132, 2002),p.108.
  19. Michel Nestor, « Sur les traces de l’anarchisme au Québec : les années 1950 », Ruptures, n° 6, printemps 2006, texte intégral.
  20. Jonathan Mayer, Les échos du refus global, Québec, Éditions Michel Brûlé, 2008. p. 48.
  21. Jean Ethier-Blais, Autour de Borduas – Essai d'histoire intellectuelle, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1979, p. 40.
  22. Éric Bédard, Histoire du Québec pour les nuls, Éditions First, 2015, p. 251.
  23. Jonathan Mayer, Les échos du refus global, Québec, Éditions Michel Brûlé, 2008, p. 15.
  24. Lise Gauvin, Les automatistes à Paris, actes d'un colloque [Laval, Québec], Les 400 coups, 2000. p. 97.
  25. L'art à l'époque de la « grande noirceur »: Le Refus Global.
  26. Le Refus global, 50 ans plus tard.
  27. Film de Manon Barbeau, Les enfants de Refus global.
  28. http://www.youtube.com/watch?v=I5LD_HY4mlc

Expositions[modifier | modifier le code]

17 février au 17 mars 2011: Pérennité: Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau et Fernand Leduc à la Galerie Michel-Ange

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]