Jean Chiappe

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Jean Baptiste Pascal Eugène Chiappe
Jean Chiappe en 1927.
Jean Chiappe en 1927.
Fonctions
Député de la Seine
Président du conseil municipal de Paris
Prédécesseur Georges Contenot
Successeur Jean Raymond-Laurent
Préfet de police de Paris
Prédécesseur Alfred Morain
Successeur Adrien Bonnefoy-Sibour
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Ajaccio
Date de décès (à 62 ans)
Lieu de décès Méditerranée
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique Indépendants républicains
Profession Haut fonctionnaire

Jean Baptiste Pascal Eugène Chiappe (prononcé [kjap], né à Ajaccio le et mort en Méditerranée le , est un haut fonctionnaire et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Entré au ministère de l'Intérieur après des études de droit[1], il a fait toute sa carrière au ministère de l’Intérieur, où il entre en 1899 comme secrétaire de l’administration pénitentiaire. Il était reconnaissable à ce qu'il portait toujours une écharpe blanche et qu'il était de petite taille[2].

Il devient ensuite chef du cabinet du secrétaire général du ministère (1909), secrétaire général du ministère en 1925 et directeur de la Sûreté générale de 1924 à 1927[2].

En 1927, il obtient le poste de préfet de police de Paris, où il réprime les manifestations communistes et cultive des amitiés parmi les milieux d'extrême droite dont l'Action française, Maurice Pujo et l'hebdomadaire nationaliste Gringoire, dont le directeur, Horace de Carbuccia, est son gendre[3]. Grand ami du radical Louis Malvy[4], très populaire dans les milieux conservateurs[1] (il s'entend très bien avec André Tardieu, plusieurs fois président du Conseil[4], ainsi qu'avec Maurice Pujo, fondateur des Camelots du roi [4]), il l'est également auprès des policiers pour avoir amélioré leurs conditions de travail et de vie. Ainsi, il facilita l'emploi des épouses de policiers comme concierges dans les immeubles de Paris. Il créa également une clinique qui existe encore et qui se nomme aujourd'hui "Hôpital des Gardiens de la Paix". L'influence du préfet de police à cette époque était considérable : en 1934, Chiappe «commandait environ quinze mille hommes, soit plus d’un quart de la totalité des effectifs de police et de gendarmerie en fonction sur l’ensemble du territoire»[4]. Seul Louis Lépine a eu autant d'influence que Chiappe parmi les préfets de la Troisième République [4].

Plusieurs gouvernements successifs tenteront vainement de déloger ce haut fonctionnaire proche des milieux monarchistes. En 1930, il est à l'origine de la censure du film l'Âge d'or de Buñuel ; plus tard, ce dernier fera scander dans son Journal d'une femme de chambre le nom de Chiappe lors d'une manifestation d'extrême droite[5].

Les socialistes ayant mis comme condition pour leur soutien au gouvernement la révocation du préfet, le radical Édouard Daladier, nouveau président du Conseil, le démet le 3 février 1934, l'accusant également d'avoir freiné l'instruction de l'affaire Stavisky, impliquant pourtant le député-maire radical de Bayonne, Dominique-Joseph Garat, dans le scandale des faux bons de caisse du Crédit municipal. Pour éviter l'apparence d'une décision partisane, Daladier lui propose le poste de résident général au Maroc, l'un des postes les plus prestigieux de la IIIe République [4], que Chiappe refuse. En protestation contre cette éviction, qui eut lieu avec la prise de fonctions comme nouveau préfet de police du préfet de Seine-et-Oise Adrien Bonnefoy-Sibour, trois ministres (Jean Fabry, François Piétri et Jean-Marc Doussain) démissionnent, de même que le préfet de la Seine, Édouard Renard [4].

Les ligues antiparlementaires (Croix-de-feu du colonel de la Rocque, Action française, Camelots du roi, Solidarité française, Jeunesses patriotes) organisent quant à elles une grande manifestation de soutien le 6 février 1934, qui dégénère vite en émeute contre la République et le gouvernement[1] et entraîne la chute de Daladier, affaibli par la démission des ministres de centre-droit en soutien au préfet de Police, qui reprend son poste [6].

Jean Chiappe est élu, le 24 juin 1935, président du Conseil municipal de Paris. Aux législatives de 1936, son élection à Ajaccio est invalidée[7], mais il se fait élire député de la Seine et rejoint le groupe conservateur des Indépendants républicains[1].

Le 10 juillet 1940, il ne prend pas part au vote donnant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, qui le nomme le 25 novembre suivant haut-commissaire de France au Levant[1]. L’avion d'Air France[8] qui le mène au Liban et en Syrie est piloté par Henri Guillaumet, le célèbre pionnier de l'Aéropostale survivant légendaire des Andes. Cet avion est abattu le 27 novembre au-dessus de la Méditerranée, entre la Sardaigne et l'Afrique du Nord, par l'aviation italienne alors engagée dans une bataille aéronavale contre les Britanniques[9]. Pierre Laval, vice-président du Conseil, protestera auprès des Britanniques et les accusera, comme certains journaux italiens, d'avoir abattu l'appareil[8] (cette thèse est toujours discutée aujourd'hui[8], Chiappe pouvant avoir représenté une menace pour les intérêts britanniques au Proche-Orient[8]). Guillaumet, ainsi que les autres membres de l'équipage, dont Marcel Reine, et les deux passagers, Jean Chiappe et son directeur de cabinet, sont tués. Il est alors cité à l'ordre de la Nation par le maréchal Pétain[10].

À Paris, une partie de l’avenue Henri-Martin dans le 16e arrondissement de Paris a pris le nom d’avenue Jean-Chiappe en 1941, avant de devenir l’avenue Georges-Mandel en 1945. La cour d'honneur de la préfecture de police de Paris fut baptisée cour Jean-Chiappe avant de prendre le nom de cour du 19-Août à la Libération.

Sources[modifier | modifier le code]

  • « Jean Chiappe », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Chiappe, Jean (1878-1940) », in Gisèle et Serge Berstein, Dictionnaire historique de la France contemporaine : 1870-1945, éditions Complexe, 1995, (ISBN 2870275498). p. 146-147.
  2. a et b Pierre Favre, Histoire d'un militaire peu ordinaire : fragments du siècle, L'Harmattan, 1992, (ISBN 9782738414519), p. 53.
  3. Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême droite en France : de Maurras à Le Pen, éditions Complexe, 1996, (ISBN 9782870277645), p. 90.
  4. a, b, c, d, e, f et g Blanchard Emmanuel, « Le 6 février 1934, une crise policière ?. », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 4/2015 (N° 128) , p. 15-28. DOI : 10.3917/ving.128.0015.
  5. « Le journal d'une femme de chambre », sur www.cineclubdecaen.com, (consulté le 14 juillet 2009).
  6. Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire de la France au XXe siècle : Tome 2, 1930-1945, éditions Complexe, 2003. (ISBN 2870279957). p. 131.
  7. Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron, Mathias Bernard (dir.), L'Incident électoral : de la Révolution française à la 5e République, Presses universitaires Blaise-Pascal, (ISBN 9782845162082), p. 241.
  8. a, b, c et d Anne-Lucie Chaigne-Oudin, La France dans les jeux d'influences en Syrie et au Liban : 1940-1946, Paris, L'Harmattan, coll. « Comprendre le Moyen-Orient », 260 p. (ISBN 2296073646), p. 21 à 22
  9. André Kaspi, La Deuxième Guerre mondiale : chronologie commentée éditions Complexe, 1990, (ISBN 2870275919), p. 159.
  10. Jean Lévy, Simon Pietri, De la République à l'État français : le chemin de Vichy, 1930-1940, éditions L'Harmattan, 1996, (ISBN 2738445705), p. 218.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]