Anarchisme dans l'art et la culture

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Don Quijote de José Guadalupe Posada.
Affiche de Mai 68.

L’anarchisme a depuis longtemps des liens avec les arts créatifs, en particulier la peinture, la musique et la littérature.

L'influence de l'anarchisme dans l'art n'est pas qu'une question d'imagerie spécifique ou de figures publiques propres à l'anarchisme, mais peut être vue comme une approche vers l'émancipation totale de l'homme et de l'imagination[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Gustave Courbet photographié par Nadar.
Camille Pissarro, Autoportrait (1873).

Dès le XIXe siècle, des liens sont tissés entre artistes et anarchistes. Gustave Courbet est l’ami de Pierre-Joseph Proudhon[2].

Entre 1880 et 1914, nombreux sont les artistes et les écrivains qui s’intéressèrent à l’anarchisme. Ils collaborent à des revues ou font parfois don de certaines œuvres. On peut citer les noms de plusieurs peintres : Camille Pissarro[3], Paul Signac[4], Maximilien Luce[5] et Henri-Edmond Cross[6], ou le critique d'art Félix Fénéon[7].

En 1891, dans The soul of man under socialism (L'Âme de l'homme sous le socialisme), Oscar Wilde défend passionnément une société égalitaire dans laquelle la richesse serait partagée entre tous, tout en mettant en garde contre les dangers d'un socialisme autoritaire qui détruirait toute individualité[8]. Il précise plus tard « Je pense que je suis un peu plus qu'un socialiste. J'ai quelque chose d'un anarchiste, je pense ».

L'anarchisme a une influence significative sur le symbolisme français. Le 9 décembre 1893, jour de l'attentat d'Auguste Vaillant au Palais-Bourbon, Stéphane Mallarmé affirme « Je ne connais pas d'autre bombe qu'un livre »[9].

Plus significativement, l'esprit libertaire se retrouve dans les œuvres du mouvement dadaïste[10] et du surréalisme[11].

Dans le monde francophone, des personnalités comme Albert Camus[12],[13],[14], André Breton[15], Jacques Prévert[16], Boris Vian[17],[18] Robert Desnos[19] ou Étienne Roda-Gil[20] marquent le champ culturel d'une empreinte libertaire. Il en est de même dans le cinéma[21], avec Jean-Pierre Mocky[22] ou Luis Buñuel[23].

Plusieurs artistes américains du début du XXe siècle sont influencés par les idées libertaires, tels Rockwell Kent et George Bellows de l'École d'Ashcan, tendance du réalisme américain.

Vers la fin du XXe siècle, l'anarchisme et l'art sont associés de façon primaire dans les collages de James Koehnline (en), Freddie Baer et Johan Humyn Being dont les œuvres sont publiées dans les magazines anarchiste comme Anarchy : A Journal of Desire Armed (L'Anarchie : un journal du désir armé) et Fifth Estate (Le cinquième pouvoir). Freddie Baer est reconnu pour son œuvre en tant que designer de livres pour AK Press (en) et pour sa contribution à la science-fiction féministe. De même, le Living Theatre, une troupe de théâtre dont faisait partie Judith Malina et Julian Beck, affiche sa relation directe avec les idées anarchistes.

Dans les années 1990, des anarchistes sont impliqués dans le mouvement mail art (art postal), qu'on peut décrire comme l'utilisation du service postal de façon artistique. On peut aussi parler de l'engagement des anarchistes dans les fanzines, les affiches, les stencils et les graffiti.

Expressionnisme[modifier | modifier le code]

Né en Allemagne en 1919 et exprimé dans toutes les disciplines artistiques (peinture, littérature, musique, cinéma, théâtre), l'expressionnisme se distingue dans divers courant ayant en commun les idées radicales anarcho-individualistes, anti-positivistes, humanitaires et anti-bourgeoises. L'expressionnisme abstrait a inclus des artistes de tendance libertaire comme les peintres Mark Rothko et Jackson Pollock, qui a adopté ces idées radicales durant son expérience en tant que muraliste pour la Work Projects Administration.

Futurisme[modifier | modifier le code]

L'œuvre la plus connue de Carlo Carrà est The Funeral of the Anarchist Galli (en), peint en 1911. Dans un catalogue de 1912 pour la première exposition parisienne des futuristes, Umberto Boccioni écrivait « les gerbes de lignes correspondant à toutes les forces en conflit, suivant la loi générale de la violence », dont il étiqueta les lignes-forces en capsulant l'idée futuriste de transcendantalisme physique. Mark Antliff a suggéré que cette esthétique futuriste était créée pour engager le spectateur dans les politiques mêmes qui ont mené à l'intervention de l'Italie dans la Première Guerre mondiale et, finalement, à la montée du fascisme en Italie. L'historien de l'art, Giovanni Lista a identifié cet esthétique comme apparaissant pour la première fois dans le courant anarcho-syndicaliste, où Marinetti a rencontré les mythes soréliens d'action et de violence.

Surréalisme[modifier | modifier le code]

Le surréalisme comme l'anarchisme prétendent exprimer la liberté totale de l'individu : le surréalisme sur le plan artistique, l'anarchisme sur le plan social et politique. Les surréalistes eux-mêmes ont longuement défendu ce « partage des tâches »[24].

Pour André Breton en 1952, « Les surréalistes ont vécu alors sur la conviction que la révolution sociale étendue à tous les pays ne pouvait manquer de promouvoir un monde libertaire (d'aucuns disent un monde surréaliste, mais c'est le même) »[25].

Le surréalisme est un mouvement artistique et politique en même temps, qui touche la libération de l'être humain des contraintes du capitalisme, de l'État, et des forces culturelles qui limitent le règne de notre imagination. Le mouvement s'est majoritairement développé en France après la Première Guerre mondiale avec André Breton comme théoricien et poète important du courant. À l'origine, Breton avait beaucoup d'affinité avec le parti communiste. Plus tard, une amitié sincère avec Leon Trotsky le fit lâcher le parti communiste. Au Québec, le surréalisme représenté par les "Automatistes", un groupe comptant entre autres Paul-Émile Borduas, Claude Gauvreau et Jean-Paul Riopelle, a été marquant dans l'histoire libertaire de la région. Même si son impression originale n'était que de 400 exemplaires, leur manifeste, le Refus Global, marqua l'histoire du Québec.

Artistes et créations artistiques liés à l'anarchisme[modifier | modifier le code]

Arts visuels[modifier | modifier le code]

Titres de presse[modifier | modifier le code]

Musique et chanson[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Musique libertaire.

Auteurs[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Écrivain libertaire.

Œuvres littéraires[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Poète libertaire.

Théâtre/Comédie[modifier | modifier le code]

Œuvres cinématographiques[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Film libertaire.

Documents vidéos[modifier | modifier le code]

Position anarchiste sur la liberté des connaissances[modifier | modifier le code]

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Les anarchistes s'accordent sur la promotion de la distribution libre de tout types d'information et connaissance. Ces temps-ci, cette tendance peut être reconnue dans ses activités de promotion de l'abolition des royalties et brevets, de désobéissance au copyright, de diffusion de la connaissance libre et de la culture libre et général, de la culture du fanzine et des licences alternatives notamment copyleft. Sur le plan de la diffusion se développent des athénées libertaires [Quoi ?] et infokiosques, et au niveau virtuel des bibliothèques libertaires en ligne et des wikis comme celui-ci.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre-Joseph Proudhon, Du Principe de l’art et de sa destination sociale, (1865), Les presses du réel, 2002, (ISBN 978-2-84066-067-5).
  • André Reszler, L'esthétique anarchiste, PUF, 1973.
  • Edgar Wind, Art et Anarchie, trad. de l'anglais Pierre-Emmanuel Dauzat, intro. John Bailey, Collection Bibliothèque des Sciences humaines, Gallimard, 1988, (ISBN 2070713024), présentation éditeur.
  • Collectif, Art & Anarchie, Actes du colloque organisé pour les dix de Radio libertaire, 1993, Éditions Via Valériano, (ISBN 2-908144-17-4).
  • Collectif, Surréalisme et anarchisme : écrits pour débattre, Lyon, Atelier de création libertaire, 1992.
  • Alix Large, L'esprit libertaire du surréalisme, Lyon, Atelier de création libertaire, 1999.
  • Mufloz Manuel, La critique d'art dans l'anarchisme espagnol au tournant du siècle, Romantisme, n°71, 1991, pp. 39-48.
  • Anne-Marie Bouchard, Figurer la société mourante - Culture esthétique et idéologique de la presse anarchiste illustrée en France, 1880-1914, Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques, Faculté des arts et sciences, Université de Montréal, 2009, lire en ligne.
  • Gaetano Manfredonia, La chanson anarchiste en France des origines à 1914 : « Dansons La Ravachole !, Paris, L'Harmattan, 1997.
  • Caroline Granier, Nous sommes des briseurs de formules. Les écrivains anarchistes en France à la fin du dix-neuvième siècle, thèse de doctorat, Université Paris-VIII, 2003, publiée chez Ressouvenances, 2008, texte intégral.
  • Jonny Ebstein, Au Temps de l'anarchie, un théâtre de combat. 1880-1914, Paris, Séguier, 2001.
  • Bouchard, Anne-Marie, « Mission sainte » Rhétorique de l’invention de l’Art social et pratiques artistiques dans la presse anarchiste de la fin du XIXe siècle, Études littéraires, vol. 40, n°3, 2009, p. 101-114.
  • Isabelle Marinone, Anarchisme et cinéma : panoramique sur une histoire du 7e art français virée au noir, doctorat en Art et archéologie, Cinéma, Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, 2004, résumé en ligne.
  • Michel Antony, Filmographie - Guerre et Révolution Espagnole 1936-39, 1995-2000, lire en ligne.
  • Alain Pessin, Patrice Terrone (ss la dir.), Littérature et anarchie, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1998.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Culture libertaire.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) David Goodway, Anarchist Seeds beneath the Snow : Left-Libertarian Thought and British Writers from William Morris to Colin Ward, Liverpool University Press, 2006, page 9.
  2. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Gustave Courbet.
  3. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Camille Pissarro.
  4. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : Paul Signac.
  5. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Maximilien Luce.
  6. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Henri-Edmond Cross.
  7. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Félix Fénéon.
  8. Kristian Williams, The Soul of Man Under... Anarchism ?, New Politics, Vol XIII-2, 2011, lire en ligne.
  9. Stéphane Mallarmé, Bertrand Marchal, Jean-Luc Steinmetz, Centre culturel international de Cerisy-la-Salle, Mallarmé, ou, l'obscurité lumineuse, Hermann, 1999, page 59.
  10. Theresa Papanikolas, Anarchism and the Advent of Paris Dada : Art and Criticism, 1914-1924, Ashgate, 2010.
  11. Alix Large, L'esprit libertaire du surréalisme, Lyon, Atelier de création libertaire, 1999.
  12. Jean-Pierre Barou, Camus, ce libertaire qu’on voudrait ignorer, Libération, 4 janvier 2010, texte intégral.
  13. Mustapha Harzoune, Michel Onfray, L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus, Hommes et migrations, no 1295, 2012.
  14. Hubert Prolongeau, Libertaire, j'écris ton nom, Marianne, 23 juin 2013.
  15. Michel Ragon, Dictionnaire de l'Anarchie, Albin Michel, 2008, lire en ligne.
  16. Pierre Marcabru, Jean-Claude Lamy, Jacques Prévert, l’anarchiste bien-aimé, Le Figaro, 3 février 2000 & encyclopédie Encarta 1997 lire en ligne.
  17. Philippe Boggio, Boris Vian, Paris, Flammarion, 1993, p. 347-359 et : Le parolier libertaire page 347. Dans ce chapitre, Philippe Boggio évoque principalement la création du Déserteur, et des chansons créées pour La Bande à Bonnot ; il souligne, après l'arrêt de la comédie musicale, que Boris Vian « est fixé : le public, les producteurs n'aiment pas la veine libertaire », ce qui le conduit plus tard, à interpréter lui-même ses chansons.
  18. Gilbert Pestureau, « Boris Vian, témoin anarchiste de la Libération », French Cultural Studies, vol. 5, no 15,‎ , p. 293-300 (DOI 10.1177/095715589400501509) (Ce texte a été aussi été republié dans le tome neuvième des œuvres de Boris Vian, pages 1101 à 1108) : Gilbert Pestureau, faisant référence au traitement de l'antimilitarisme dans L'équarrissage pour tous, et du racisme américain dans une de des Chroniques du menteur, « Impressions d'Amérique », indique : « On peut estimer pourtant que la provocation libertaire et l'éthique anarchiste sont inadmissibles à propos de sujets aussi douloureux que les camps de la mort ou la tragédie du peuple noir. L'humoriste répondra que c'est le seul moyen de supporter l'inacceptable ». Gilbert Pestureau conclut son analyse par ces mots : « Il témoigne d'une méfiance tonique contre les idéologies triomphantes, ou les systèmes de pensée organisés, et ce désengagement est part de son originalité ; ne serait-il d'ailleurs pas en cela « postmoderne » ? A coup sûr, son pacifisme anarchisant et sa revendication de l'épanouissement de l'individu furent déterminants dans la gloire qui le saisit en 1968. »
  19. Jean-Louis Trintignant, Trois poètes libertaires, Sic Productions.
  20. Dictionnaire international des militants anarchistes, notice biographique.
  21. Section Histoire du cinéma libertaire, in Arbus P., Bousquet F. (dir.), Cinéma et identités collectives, 2005, Éditions Le Manuscrit, texte intégral
  22. Jean-Pierre Mocky le libertaire vedette d'"Un réalisateur dans la ville" à Nîmes, Culturebox, 29 juillet 2013, lire en ligne.
  23. Anne Dessuant, Dans l'œil de Buñuel, Télérama, 29 juin 2013.
  24. Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, Albin Michel, 1990, page 117.
  25. Daniel Salvatore Schiffer, Les Intellos ou la dérive d'une caste, L'Âge d'Homme, coll. Objections, 1995, 310 pages, page 162, (ISBN 2825106372).
  26. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Charles Angrand.
  27. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Paul-Émile Borduas.
  28. RA.forum : Flavio Costantini.
  29. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Camille Pissarro.
  30. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Paul Signac.
  31. Michel Onfray, L'archipel des comètes, Grasset,‎ 2001 (lire en ligne).
  32. Dictionnaire des Musiciens, Encyclopædia Universalis, 2013, Béranger, François.
  33. Dictionnaire international des militants anarchistes, notice biographique
  34. Dictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : Jean-Roger Caussimon.
  35. Guy Bellouet, Dictionnaire des Musiciens, Encyclopædia Universalis, 2013, Couté, Gaston.
  36. Gérard Herzhaft, Dictionnaire des Musiciens, Encyclopædia Universalis, 2013, Woody Guthrie.
  37. (en) Oscar Wilde: The Soul of Man Under Socialism (1891) in Robert Graham, Anarchism : A Documentary History of Libertarian Ideas, From Anarchy to Anarchism (300 CE to 1939), volume I, Black Rose Books, 2005, pp. 212-215.
  38. (en) Andre Breton : The Black Mirror of Anarchism (1952), in Robert Graham, Anarchism : A Documentary History of Libertarian Ideas, The Emergence of the New Anarchism (1939 to 1977), volume II, Black Rose Books, 2009, pp. 127-130.
  39. Georges Ueberschlag, Stig Dagerman ou les incertitudes d’un engagement, Germanica, 10|1992, lire en ligne.
  40. Thierry Maricourt, Histoire de la littérature libertaire en France, Albin Michel, 1990, page 384.
  41. Michel Ragon, Dictionnaire de l'Anarchie, Albin Michel, 2008, Agustín Gómez-Arcos.
  42. Pierre Michel, Octave Mirbeau : les contradictions d'un écrivain anarchiste, in Littérature et anarchie, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 1998, lire en ligne.
  43. a, b, c et d François Bédaria, Sur l'anarchisme en Angleterre, in Mélanges d'histoire sociale offerts à Jean Maitron, Éditions Ouvrières, 1976, pp. 11-26.
  44. Romain Blondeau, « Un film de Banksy sur la culture anarchiste disponible en ligne », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne)